DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Natus Homo est :
Pronaque , cum spectent animalia caetera terram Os homin, sublime dédit, ccelumque iucri Justit, eterectos ad sidéra tollere vultus.
Ovid. Metam. , li. I. , c. IV..
Il n'est guère possible de se livrer à des recherches sur l'origine des peuples répandus aujourd'hui sur toute la surface du globe, sans essayer de remonter jusqu'à celle de ce globe lui-même , d'en connoître la composition et d'en examiner toutes les parties. Mais une obscurité profonde et impénétrable couvre les premiers âges du monde, et les traditions sont insuffisantes pour établir, même avec vraisemblance , l'histoire des premiers habitans de la terre.
L'homme placé par une main toute puissante dans cette demeure passagère où il occupe un si petit espace , veut en vain s'élancer vers la voûte azurée qui frappe ses regards. Ses yeux se lèvent vers le ciel , mais ses pieds ne peuvent quitter la terre sur laquelle il doit vivre et s'agiter pendant le tems fixé par le Créateur. Pétri d'ambition et d'orgueil , l'homme prétend pénétrer les secrets les plus cachés du mécanisme de ce vaste univers ; il veut soumeure à son approbation , à sa censure , l'oeuvre même du Tout-Fuissant , et la briè\elé de sa vie lui permet à peine d'entrevoir les objets de son inutile curiosité.
Quel est aujourd'hui le résultat des travaux et des recherches scientifiques de tant de générations qui se sent succédées ? Après avoir observé pendant une longue suite de siècles- ces innombrables -corps lumineux qui brillent dans l'espace , on s'est convaincu de la régularité de leur marche , ou a reconnu leurs révolutions pério- • diques ; mais comment s'assurer de l'exactitude des calculs qui ont été faits sur leurs diuiensious , leurs positions et leurs distances respectives , et connoîtra-t-on jamais leur composition et leur nature? Si , au surplus , on convient des progrès de l'astronomie , toute bornée «me paroisse cette science, on ne peut se flater d'avoir obtenu les mêmes avantages <dans la géologie ; car -on sait une tous les systèmes qu'elle a enfantés , ne présentent qu'erreur , invraisemblance , incertitude et ténèbres.
Il n'y a pas quatre cents ans que la moitié du globe étoit encore ignorée , et une grande partie restera peut-être tonjours inconnue. Les plus grandes profondeurs auxquelles on «oit parvenu à fouiller, ne dépassent guère l'épidémie de la croûte épaisse qui enveloppe la terre ^ mais combien cet espace qnelqu'élroit qu'il paroisse , na~t-ii pas, en se découvrant aux regnrds de l'homme , présente de sujets a ses méditations et à ses réflexions 1 L'observateur a pu y contempler les «effets désastreux des siècles , dans des bouleversemens au-dessus de toute conception ; il a p« recueillir dans ces archives «lu monde, des preuve» incontestables de «a haute antiquité j elle remonte peutêtre à des temps bien antérieurs à toutes les générations dont l'histoire est parvenue jusqu'à nous ; mais lo« même que l'observation sembleroit autoriser le sentiment de ceux qui ont voulu reculer les bornes de la création , ne
sera-t-on pas toujours forcé de reconnoître un créateur dont tout ce qui frappe les sens est incontestablement l'ouvrage ?
En imaginant ces globes fragiles aussi légers que l'élément qu'ils retiennent captifs dans leur sein , des hommes ont voulu , nouveaux Titans , aller affronter le ciel j ils se sont élevés à quelques centaines de toises au-dessus de la terre , vers laquelle il» ont été prompte ment repoussés par les dangers dunt atmosphère dans laquelle il. s n'auraient trouvé que la fin de leur vie. Qu'on t-ils rapporté de ces voyages hasardeux, une plus forte conviction de leur foiblesse et de leur impuissance ?
11 paroitrent naturel de penser qu'un sentiment de reconnorssance pour 1 éternel auteur de toutes choses, doit être le premier dans le cœur de ceux qui passent leur vie à étudier les merveilles de la nature y peut-on , sans en être pénétré y fixer sans cesse ses regards vers le ciel , et y contempler l'ordre et le mouvement régulier des astres ; en fouillant dans le sein de la terre , en pareour rama sa surface, en traversant l'immensité des mers, en observant les innombrables substances qui couvrent la globe,, et la variété des êtres animés qui l'habitent r ne trouve-t-on pas à chaque moment de nouveaux motifs de se reporter à celui qui créa toutes choses? Mais non r ce noble sentiment de gratitude envers Dieu ,. est encore plus, loin dn cœur des hommes civilisés que de celui des sauvages. Ces derniers 7 dans leur grossière ignorance, seuteot au moins le besoin d'une providence créatrice j ils adorent l'astre du jour dont la douce influence se répand sur toute la nature , et dont les rayons éclatans éblouissent leurs regards. Nos savans, au contraire , rejètent avec
inépris , toute idée d'un Dieu ; ils ont des yeux et ne voyentpas ; ils ont une âme et ne sentent rien. L'astronome attribue au hazard l'ordre régulier et immuable qui règne dans les cieux ; l'anatomiste ne voit dans l'admirable structure du corps humain , qu'une mécanique mue par des rouages plus ou moins solides ; ils s'usent ou se rompent, et la machine détruite, disparoît sans laisser aucune trace; enfin le physicien et le naturaliste, n'admirent , dans tonte la nature , que les effets d'une végétation reproductive dont le feu et l'eau sont les seuls agens. Tout est matière à leurs yeux ; un homme , un chien , un arbre ou une plante , sont pour eux une même chose ; tout cela doit finir sans autre but que de fournir à la terre des sucs nourriciers propres à faire éclore d'autres êtres aussi fragiles et aussi périssables.
Laissons ces hommes qui se croyent si supérieurs au vulgaire, vivre dans leur aveuglement et ramper tristement sur la terre , plaignons les sans les imiter. Nos habitations, nos meubles, nos vétemens, tout ce qui sert à nos besoins, et que le luxe a inventé ou porté au plus haut degré de perfection , est l'ouvrage de nos mains ; le monde seul , et l'homme lui-même , seroient celui du hazard ! Ce raisonnement absurde ne séduira jamais que ceux qui ont besoin de s'en faire un appui contre leur dépravation et leurs vices. L'homme probe et vertueux met son bonheur et ses espérances dans cette idée consolante, qu'il n'a pas été jeté au hazard ici bas pour y remplir le triste et court pèlerinage de la vie ; il aime à croire qu'à la fin de sa carrière , il sera reçu dans les bras d'un père indulgent et juste , comme le coupable et le méchant en seront rejetés; les hommes récompensent et punissent;
celui qui fit l'homme n'a-t-il donc ni la même puissance ni les mêmes facultés ?
Après ce début dans lequel nous nous sommes fait un devoir d'exposer nos principes , nous allons commencer la tâche que nous nous sommes imposée ; elle se bornera, dans ce discours , à une revue succincte et rapide de ce qui a été dit jusqu'à présent sur l'origine du monde , sur la composition du globe, et enfin sur ses plus anciens habitans, dont les migrations successives ont peuplé peuà-peu toute sa surface habitable. Nous ferons ensorte, dans ce travail , de ne pas nous attirer les reproches que nous venons d'adresser, en général, à ceux qui s'occupent d'agrandir le domaine de la science et de pénétrer les secrets de la nature.
Remonter de siècle en siècle , depuis l'état présent de la terre , jusqu'à son origine , est une entreprise bien hardie j elle a été tentée plusieurs fois et par des hommes doués de grands talens et de beaucoup d'instruction ; mais leurs efforts n'ont pas été couronnés d'un entier succès ; ceux qui sont entrés courageusement dans la carrière , et qui ont voulu s'y avancer avec audace, ont été bientôt arrêtés par des obstacles insurmontables ; ils ont reconnu qu'une puissance bien supérieure à l'homme , a fixé les bornes de la science qui lui est accordée , et au-delà desquelles tout devient erreur, doute, et impénétrable obscurité.
La géologie spéculative est toute hypothétique ; la géographie physique, en reposant sur des faits, n'offre cependant pas toujours de* conséquences sans réplique ; nous n'aurons donc jamais un système général de la formation primitive du globe assez débarrassé d'hypothèses
pour <Hre à J>bn cTune infinité d'objections; comment d'ailleurs les géologues parviendront-ils à établir sûrement un pareil système , lorsqu'à peine ils ont etfleuré la surface de la terre , et que sa composition intérieure leur est tout-à-fait inconnue ? Us ne pourront jamais essayer sans s'égarer d'arriver jusqu'à la main du Tout-Puissant dans laquelle est 1? premier anneau de la chaîne immense qui lie ensemble tous Jes êtres x tandis que de l'autre main il tieut les rênes de l'univers dont il dirige si sagement toutes les opérations et les ressorts.
fresque tous les peuples anciens ont eu l'idée de la création du monde ; on retrouve leurs systèmes dans plusieurs auteurs. Diodore de Sicile nous a conservé celui des Egyptiens (i); Eusèbe , d'après Sanchoniaton , celui des Phéniciens (2) : o.* connoit aussi les systèmes des CUaldéens (3), des Idumécns (4) et des Grecs; les Latins adoptèrent celui de ces derniers (5). Tous reconnoissoient que le monde avoit eu un comme nceiuent ; mais ils nç s'açcordoient pas sur celui qui l'avoit créé. Les Hébreux seuls furent toujours persuadés qu'un Uieu éternel et touA-puissant , étoit l'auteur de tous les êtres visibles et invisibles. Ipse djjçiA çtfwctq, $vn{. Ipf& majidwit. et çreata sunt (6).
( 1 ) Diod. Sic. lib. t.
(a) Euteb. Praepar. eru,tg. lib. i. cap. 10. (5) Stanley. Hist. Pht'L Part. XI IL ( 4 ) Job. XXXVIII. 4. 5. etc. •
(5) Ovid. Métamorph.
(6) Psaùn. 20001: 9.
Noue n'entrerons pas dans les détails de ces systèmes , et des différentes opinions sur la formation , la constitution intérieure et la configuration du globe; nous voulons, comme nous l'avons dit, nous borner à des considérations générales , afin d'arriver promptemeut à l'histoire des prc»* miers habitans de la Gaule , qui est le principal objet de ces recherches.
Les géologues se sont divisés en deux parties connus sous les dénominations de Vu le ajustes et de Neptuniens; les premiers ont avancé que la terre fut d'ahord dans une fusion complète et ignée, et que ce ne fut qu'à la suite d'un refroidissement long et successif, qu'une partie de sa surface fut couverte par les eaux. Ils attribuaient sa forme actuelle , à l'action intérieure du feu qui souJeva ks terres dans certaines parues et les bouleversa ou les transporta dans d'autres.
Selon les Neptuniens , au contraire , la terre étoit jusqu'à une certaine profondeur , dans une dissolution froide occasionnée par les eaux ; la précipitation y produisit peu à peu un dessèchement suivi de coagulation , qui finit par en faire un corps solide. Les terres Curent bouleversées par rabaissement de différentes parties ; il s'y forma des cavités qui reçurent les eaux , et ce sont les vastes bassins qui les contiennent aujourd'hui. Les peuples les plus anciens paroisse ni avoir adopté l'un ou l'autre de ces deux systèmes. Selon Platon (i), les Egyptiens croyoient que la terre entière avoit été couverte par les eaux qui se» toient ensuite écoulées dans les cavités intérieures du
( i ) In Tinueo.
globe, entraînant avec elles un vaste continent qu'ils nomxnoient Atlantide.
Les Chaldéens et les Hébreux avoient à peu près les mêmes idées , mais ils croyoient que les eaux, après s'être retirées une première fois , avoient de nouveau couvert la surface de la terre par reflet du déluge universel; l'autre système, selon lequel la terre auroit dû son origine au feu, paroit avoir également pris naissance dans l'Orient : l'un et l'autre passèrent dans la Grèce ; on croit que celui des Neptuuiens y fut apporté d'Egypte par Thalès. Homère , Aristote , Plutarque en ont parlé , et après eux Lucrèce, Virgile et Ovide ont aussi présenté leurs idées sur la formation primitive du globe (i).
Il faut voir dans le Timée de Platon , ce que ce philosophe célèbre pensoit sur la création. Après avoir établi la manière dont il conçoit Dieu , il dit qu'il n'y a qu'un monde dont la forme est ronde , comme la plus parfaite ; ce monde renferme tout ce que la raison peut comprendre, et tout ce qui peut frapper les sens. Dieu le fit d'un mélange combiné des quatre élémens j il créa les cieux pour servir d'enveloppe à la terre , et il les composa de plusieurs orbes dans lesquels il plaça le soleil , la lune et les étoiles , imprimant à tous ces corps un mouvement régulier et plein d'harmonie. Mais avant de créer le monde , Dieu fit les esprits qu'il sépara en deux classes ; les démons ou génies , et les âmes raisonnables. 11 ordonna aux premiers de créer les corps mortels , ne voulant pas qu'en se chargeant lui-même de cette opération,
( i ) Précis de la Géographie unirerselle , par Malle-Bran, ton», It
sa main divine leur imprimât l'immortalité ; cette faveur eût été contraire à la loi qu'il avoit établie en principe , que tout ce qui commence doit finir. Il ordonna en même temps aux génies , d'être les protecteurs , les guides des hommes , et de les ramener au bien , lorsque leur penchant ou leur volonté les porteroient à s'en écarter. Platon explique ensuite comment les créatures supérieures à l'homme , formèrent les trois âmes qu'il lui accorde ; on ne peut s'empêcher d'admirer dans tout ce système des conceptions sublimes , en regrettant qu'elles s'y trouvent mêlées à des idées bizarres , et par fois dépourvues de 6ens et de raison.
Nous ne parlerons qu'en passant des opinions des autres philosophe? Grecs, tels que Thalès, Anaximandre, Anaxiinène et Anaxagoré de Clazomène, qui fut le maître d'Euripidcs. Quelques-uns croyoient le inonde éternel et indestructible , sans pouvoir assigner l'instant de sa création et de celle du premier homme ; les autres , au contraire , disoient que le monde et les hommes avoient eu tin commencement et dévoient avoir une fin; ils expliquoient la formation de toutes choses de la manière suivante (i).
Le chaos et la confusion ne faisoient d'abord du ciel et de la terre qu'une masse informe , lorsque les corps se séparèrent peu à peu; l'air toujours agité, forma différentes zones dont les plus vives et les plus légèi-es s'élevant toujours , devinrent un feu pur et sans mélange ; le soleil et les autres astres sortirent de ce feu dont la sphère
( i ) Dioi» sicut. Jliit. univers, t. I. /. I.
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leur imprima un mouvement perpétuel. La partie terrestre du globe mêlée avec l'eau, demenra au-dessous de l'air; enfin l'eau se sépara de la terre parla seule agitation du globe roulant sur lui-méine. Le soleil frappant alors la terre encore fangeuse et humide , y causa différentes fermentations , dont le développement produisit toutes les espèces d'animaux. Chaque ordre de ces êtres vivans demeura attaché à l'élément qui lui avoit le plus communiqué de sa nature. Les oiseaux s'élevèrent dans les airs ; l'homme , les quadrupèdes et les reptiles , habitèrent la terre ; et les poissons se plongèrent dans les eaux. Le soleil ayant à la suite des tems , produit , ainsi que les vents , un dessèchement plus considérable , la terre perdit bientôt ces germes de fécondité qui l'avoient peuplée , et les espèces vivantes ne purent alors se reproduire que par la génération.
On sent bien que des opinions aussi absurdes , sont depuis long-tems abandonnées. On pourroit cependant reprocher à Descartes et à Leibhitz , de n'avoir pas fait des suppositions plus raisonnables. Le savant Linnée luimême, lorsqu'il a voulu expliquer l'existence des coquillages sur une grande partie du globe , n'a pu trouver qu'une fable et n'a fait qu'un roman sans vraisemblance et sans résultats.
Palissi , le premier parmi les modernes, annonça- en i584 ( i ) des idées justes sur les coquillages fossiles. Eu 1669 , Stenon reproduisit courageusement les mêmes opinions. ( a ) Burnet , Descartes , Leibnitz , Ray ,
( 1 ) Encyclop. méthod. géograph. phyiiq. , arl. Palissy.. ( a ) Disiert, de solid, intro. tolid.
Tournefort et Scheuchzer , enfantèrent aussi dans le 17.*4 siècle différents systèmes , plus ou moins ingénieux mais tous également invraisemblables. En 1708, Wisthon, et Woodward suivirent les mêmes traces , et furent encore imités entr'autres par le grand Fontenelle, par Hook, Lazaro-Moro , et le docte Raspe.
Mais tous les systèmes dont nous venons de parler, furent éclipsés par celui du célèbre BuiTon ; il sut revêtir dune forme brillante des fantômes séduisans , et soutint, par la magie du style , des raisonnemens qui n'étoient pas à répreuve de l'observation et de la réflexion. Enfin , en 1770, une théorie nouvelle parut et fixa l'attention des physiciens et des naturalistes ; ce fut celles du savant genevois Deluc qui excita de grands débats, mais dont l'idée principale mérita cependant tous les suffrages (1).
M. Deluc suppose que la terre ainsi que tous les corps célestes , éloient réunis en masses confuses d'élémens , dans lesquelles une volonté divine fit naître par la communication de la lumière , des précipitations qui formèrent les croûtes des roches solides. Ces croûtes s'affaissèrent plusieurs fois , mais leurs bords qui se trouvèrent appuyés sur les cloisoris de cavernes souterraines , résistèrent à l'affaissement et formèrent les montagnes. Les eaux qui d'abord couvroient tout le globe , s'infiltrèrent dans les parties centrales où l'ancien chaos continua d'exister. Ce fut alors que parurent les premiers continens beaucoup plus étendus que les nôtres , mais suspendus sur d'immenses cavités , et encore privés de la lumière du soleil.
( 1 ) Précis de U Géograph. unirer». par Malle-Brun. t. II. pag. i{fo>
Les débris des végétaux dont les continens ont été couverts et qui différoient entièrement de ceux qui sont aujourd'hui sur le globe , ont composé nos houillères. Les continens actuels cachés sous la mer, reçurent des dépôts marins que les éruptions volcaniques recouvrirent de laves. Un grand et dernier affaissement engloutit au sein des cavités souterraines , avec les continens primitifs , les générations qui les habitoient. C'est cette catastrophe que M. Deluc désigne comme le déluge universel décrit par Moyse , et dont le souvenir s'est conservé chez plusieurs nations. Nos continens actuels formés sous la mer, furent laissés à découverts par la retraite des eaux qui se précipitèrent dans les enfoncemens produits par l'affaissement des premiers continens; les dphris des Cétaeées fit ceux, des Quatrupèdes qui habitoient des Isles faisant partie des premières terres et écroulées avant le dernier affaissement, se trouvèrent ainsi entassés dans nos terrains meubles, ces débris s'y rencontrant toujours mieux conservés à mesure qu'on remonte vers le pôle. La nouveauté de nos continens, ou plutôt l'époque peu reculée où les eaux les ont abandonnés, paroît suffisamment prouvée par le peu d'épaisseur de la couche végétale et par le dépôt des restes d'animaux et de végétaux qu'on y découvre (i).
L'idée qui se trouve dans ce système de plusieurs aflfaissemens du globe ; ce qui a rapport à l'origine des restes d'animaux et de végétaux ensevelis dans le sein de la terre, ainsi que plusieurs autres idées de détails du savant naturaliste de Genève , ont réuni généralement tous les
( i ) Lettres sur Histoire de la terre, et Étëmeos de Géologie par Dekc
Suffrages. On n'a pas adopté avec la même facilité ce qu'il dit des immenses cavités dans lesquelles il suppose que le monde Ante-Déluvien a dû s'engloutir.
Depuis M. Deluc, d'autres savans ont traité le même sujet; Saussure, Werner, Pallas, l'infortuné Dolomieu et de Lamethrie, ont eu chacun leur système géologique. Dans le nouveau monde , cette étude étoit également suivie. Le célèbre Franklin eut sa théorie ; il réduisit tout en gaz aérifbrme élastique répandu coufusément dans les espaces. Suivant lui , les molécules gazeuses auroient été poussées et retenues dans des centres , de manière que la terre ne seroit qu'une croûte légère enveloppant un fluide élastique dont les mouvemens produiroient des tremblemeus de terre , ainsi que d'autres bouleverseniens dans l'économie générale du globe ( i ).
Nous ne nous 'étendrons pas plus longuement sur ces théories, qui toutes renferment quelques parties vraies ou vraisemblables ; elles ont concouru à donner une idée assez exacte de l'état actuel de la terre , au moins de ce qui en est connu, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur; mais les conséquences qu'on a voulu tirer de ces connoissances et de ces observations , relativement à la formation primitive du globe, ne sont, il faut en convenir , que des hypothèses plus ou moins hasardées et plus ou moins éloignées de la vérité ; ce résultat peu satisfaisant a prouvé de plus en plus que cette grande question de l'origine du monde , est insoluble et au-dessus de la foible conception de l'esprit humain. Nous réaliserons toujours et d'âge en âge l'in-
( i ) Précia de la Geograph. «dit. t. M.
génieuse parabole de Platon ( i ) , par laquelle il a voulu démontrer que l'homme enchaîné par les préjugés et les passions , est toute sa vie l'esclave et le jouet de Terreur et du mensonge ; en voici la substance.
Supposés , dit-il , une caverne obscure et profonde , dans laquelle des hommes auront été renfermés en naissant, et placés de manière à ne pouvoir fixer leurs regards que sur les objets qui sont en face d'eux, sans pouvoir faire aucun autre mouvement : derrière eux sera une lumière éloignée , qui retracera sur la partie de la caverne où leurs yeux peuvent s'arrêter , les ombres de différentes figures d'hommes et d'animaux élevés de temps à autre au-dessus d'une muraille intermédiaire ; derrière cette muraille seront d'autres hommes 401 parlerout et garderont le silence d'intervalle à autre ; les captifs dont nous parlons, passeront leur vie dans une illusion continuelle; ils prendront les ombres qui frappent leurs regards , pour des êtres réels ; ils leur attribueront même les discours qui seront arrivés à leurs oreilles ; les deux seuls sens dont ils jouissent , l'ouïe et la vue , seront trompés , sans qu'ils puissent s'assurer de la vérité. Tirés l'un de ces captifs des ténèbres dans lesquelles il étoit plongé pour l'exposer au grand jour , dans le premier moment il ne verra distinctement aucun des objets qui lui seront présentés ; sa vue sera fatiguée, et regrettant son antre obscur, il demandera à y rentrer ; mais si on le presse de persévérer, et qu'il ait la patience de s'accoutumer par degrés à la lumière , il parviendra peu à peu à supporter celle même
( 1 ) Dial. sur la Justice , ou Traité Je la République , lir. 7. Paris t%«.
de Vastre> éclatant du jour. Il connoîtra des êtres réels et palpables et plaindra le sort de ses premiers compagnons condamnés à ne voir jamais que des ombres fugitives ; si, cependant , le hazard le ramenoit dans sa première demeure , il trouveroit l'épaisse obscurité dont il y serait environné , bien plus insupportable que l'éclat des premiers rayons de lumière auxquels il auroit été exposé ; il sortirait avec empressement de cette Caverne ; il «'efforcerait même d'en tirer ceux qu'il y auroit laissé, tandis qne ceux-ci refuseraient de le suivre , et le croiraient lui-même frappé d'aveuglement et d'erreur (i).
Tout ceci ne s'applique pas spécialement aux savansqui se sont occupés de recherches sur l'origine du monde, mais en général aux homme» qui sont presque toujours disposés à examiner et à pénétrer ce qui est au-dessus de leur intelligence, en négligeant ce qui est à leur portée et dont ils pourraient retirer quelqu'utilité ; à ceux qui caressent des chimères séduisantes , qui se plaisent dans des erreurs qui les flatent, et qui placent leur bonheur dans des illusions que trop souvent la fatale lumière de l'expérience et le flambeau de la vérité viennent enlever et détruire.
Voyons, cependant, si le voile épais qui couvre encore l'origine et la composition radicale et primitive du globe , ne s étend pas également sur l'histoire des premiers hommes qui l'ont peuplé j il senible que ce soit pour cet être fragile et pour lui seul , que Dieu à créé l'univers , et la terre qu'il
( i ) Considération) sur l'Origine ei l'Histoire ancienne da globe , par M. de Fortia dUrban j Paris 1807 , page 169.
habite n'en est qu'une très-petite partie; que dirions nous donc si nous avions la certitude qu'il existe une innombrable quantité de mondes semblables au nôtre , et dans lesquels des fourmillières d'êtres peut-être plus intelligens et plus parfaits que nous , vivent aussi et s'agitent pendant un espace de temps limité par le Créateur ?
Lorsque l'architecte éternel et tout - puissant eut créé le monde , les astres suspendus dans l'espace commencé* rent à parcourir les orbites qui leur avoient été assignés; chacun des élémens demeura fixé dans la place qu'il devoit occuper ; la végétation commença sur la terre et la couvrit d'une innombrable variété de substances. Di verses créatures étoient répandues dans les airs , sur la terre et au sein des eaux ; l'univers existoit; mai» aucun dos êtres créés n'étoit doué dune intelligence assez parfaite pour en concevoir l'harmonie ; Dieu voulut qu'il y eut encore sur la terre d'autres êtres capables de sentir le bienfait de la vie , de comprendre les merveilles de la nature et d'en rendre de continuelles actions de grâces à l'éternel auteur de toutes choses , il créa l'homme ; il lui donna une compagne destinée à partager avec lui tous les avantages dune existence qui devoit s'écouler dans des jouissances multipliées et non interrompues. En accordant à l'homme la première place parmi toutes les autres créatures , il le doua aussi d'une structure et d'une organisation plus parfaites, et d'un haut degré d'intelligence et de raison ; mais il le soumit aux mêmes lois de propagation , d'accroissement, de dégénération etde dépérissement que les autres êtres vivans ; comme eux , il fut sujet aux maladies , aux ûifirmités et à la mort; en lui donnant le discernement propre à l'éclairer sur le bien et sur le mal fil lui laissa la
libre volonté de suivre son penchant pour l'un ou pour l'autre, et grava eu même temps au fond de «on âme ce sentiment du juste et de l'injuste qui accompagne, charme de ses actions ; ah ! «ans doute l'homme seroit meilleur sll écoutoit avec plus d'attention celte voix intérieure, que le haut degré de corruption auquel il est parvenu , ne peut pas même étouffer entièrement ; mais revenons à l'examen physique de cette singulière machine , celui de son être moral nous mènerait trop loin ; il n'est ni dans notre intention , ni dans le but que nous noua sommes proposés , de nous jeter dans l'inextricable labyrinthe formé par les replis du cœur humain.
L'homme A£t 1« seul «ître vivant qui ait la faculté de regarder naturellement le ciel j l'anatomie comparée ^ cette science utile dont les progrés ont été si rapides , et dont on doit la première idée à l'illustre Daubent on , a fait reconnoitre dans la tête de l'homme un caractère distinctif qui empêche de la confondre avec celle des animaux dont les espèces se rapprochent le plus de la sienne ; on y a remarqué que le trou occipital est placé perpendiculairement au sommet, tandis qu'il devient plus horizontal et forme un angle plus obtus entre le synciput et l'occiput, à mesure que les espèces s'éloignent d'avantage de lui par leur conformation extérieure.
Mais combien d'avantages précieux assurent à l'homme l'empire de l'univers ! Que de perfection dans presque tous les ouvrages qui sortent de ses. mains, et qu'elle finesse exquise dans tous ses sens! Le prunier de tous les dons qui lui ont été accordés n'est-il pas cette faculté de raisonner et d'exprimer sa pensée et sa volonté par l'organe de la parole! Sans doute il aurqit été trop hem eux sur la
terre , si tant de bi*«£*its n'eussent pas été balancés par quelques J<fsavantages destinés à lui rappeler sans cesse sa â-agilité et m foiblesse. 11 est délicat en entrant dans le monde : l'accroissement de son corps est lent et son dépérissement rapide; ses besoins sont multipliés, les maladies, les dangers, les infirmités le tourmentent et l'assiègent ; cependant ces maux trop réels lui ont encore présenté de futilité et des ressources en formant le premier lien de la société. Les enfans ont nécessairement éprouvé un sentiment naturel de reconnoissance pour les parens qui ont pris soin de leur foiblesse qui ont guidé leurs premiers pas , sentiment que la dépravation a pu seule altérer. Les peuples les plus anciens , l*« barbares mêmes et ies sauvages , regardoient comme le premier devoir , la reconnoissance envers les parens. Les législateurs anciens ne portèrent aucune loi contre le parricide , parce que ce crime leur étoit encore inconnu et leur paroissoit impossible. La piété filiale a donc été le second anneau de la chaîne formée par l'union des époux , et continuée par la réunion des familles qui ont ensuite composé les tribus et les nations.
La terre est la véritable patrie de l'homme ; on l'a trouvé existant dans toutes les parties du globe , où les voyageurs et les navigateurs ont pu pénétrer. Son corps délicat en apparence , et. su jet aux infirmités et aux maladies, supporte cependant l'influence du climat dans lequel il est né , et s'accoutume assea facilement à tous les autres. Dans le nord de» l'Asie , les habilans résistent à un froid qui malléfie le mercure , tandis que ceux du Sénégal y supportent une chaleur qui met l'esprit deyin enébulliûoo. On pourroit croire que les bornes naturelles de la vie
humaine ont toujours été fixées , ux&n* dans 1*3 premiers âges du monde, à l'espace d'an siècle, et non» établirons plus loin notre opinion à ce sujet; mais la dégénération successive de l'espèce en a depuis long-temps abrégé la durée. Les hommes qui ont vécu au-delà de cent ans , sont en très-petit nombre; on en cite à peine quelquesuns dans chaque siècle. De nos jours , on regardé comme des phénomènes ceux qui arrivent à ce terme , ou même qui en approchent de quelques lustres ; enfin , le nombre de ceux qui vivent quatre-vingts ans diminue tous les jours , et on peut établir en principe positif, qu'aujourd'hui la moitié d'une génération périt avant d'être parvenue à son cinquième lustre «t même au quart de la vie ordinaire fixée à quatre-vingts ans.
Les premiers habitans de la terre ne durent éprouver que des besoins peu multipliés. Se nourrir, se garantir des injures de l'air et de l'intempérie des climats et des saisons leur fut seul nécessaire : la chasse et la pèche forent leurs premières ressources ; les peaux des animaux vaincus par eux leur servirent de premier vêtement , et la garde des troupeaux devint une de leurs premières occupations; l'agriculture leur en fournit dans la suite une plus utile et plus précieuse; des branches entrelassées, des feuillages et des peaux leurs servirent d'abord d'asiles et de lits de repos. Ils firent ensuite des tentes faciles à transporter, et finirent par employer le bois sec, l'argile et la pierre , pour se construire des habitations plus sures et plus solides. Telles dut être la vie simple et heureuse de nos premiers pères ; mais tout s'altère prompte ment ici bas par les élans continuels du génie inquiet et remuant de l'espèce humaine.
(ao)
A mesure que 1<*> Iiabitans de la terre multiplièrent , on vit éclor* parmi eux des germes de division et de discorde; df* querelles survinrent, et bientôt le nombre des hommes de chaque parti s'augmentant , donna lieu à des combats sanglans. Le besoin de secours et d'appui resserra le lien des familles, et ces réunions s'accroissant , formèrent des tribus et des nations ; il leur fallut des chefs , et leur choU fut déterminé par la force du corps, le courage et l'audace , qui furent les seuls titres et les seuls droits des premiers souverains ; ils donnèrent leurs noms aux tribus .qui leur étoient soumises chacune de ces réunions traça bientôt les limites du terrain qui lui étoit nécessaire pour nourrir ses troupeaux, ou pour s'exercer à. la chasse et à la pèche \ l'agriculture consacra dans la suite plus particulièrement cette démarcation des cantons ou pays , et chacun attacha à son droit de propriété une importance proportionnée à ses travaux et à ses besoins.
Le premier berceau du genre humain ne nous est connu que par les livres de Moyse. U est sanscontredit le plus ancien historien dont les ouvrages nous soient parvenus en entier. On a cependant prétendu que le texte en avoit été altéré par les traducteurs , notamment par Esdras , quoiqu'on ne puisse nier qu'il a travaillé d'après le texte samaritain dont l'authenticité est reconnue ; mais malgré les difficultés qui se trouvent dans son ouvrage , et les passages qui y sont en opposition avec d'autres auteurs profanes de la haute antiquité , on est forcé de convenir que les traditions des plus anciens peuples , quoiqu 'enveloppées d'allégories et de fables, s'accordent pour le fond avec celles des Juifs. Les livres de Moyse sont donc la source la plus pure et la plus vraie dans laquelle on
lit à puiser pour connoître les évènt«^n9 mémorables des époques les plus reculées , et acquérir de* notions positives sur l'existence et la position géographique des premiers peuples.
Lorsqu'on a médité la Genèse, qu'on a cherché à se bien pénétrer des vérités historiques qui s'y trouvent consignées, et qu'ensuite on parcourt les annales et les fastes des nations, on y découvre, au milieu des nombreuses altérations qu'elles ont subies , la trace de toutes les origines indiquées par Moyse. L'Egypte étoit habitée et policée long-temps avant lui ( i ) , ce fut là que cé législateur étudia et acquit les connoissances à l'aide desquelles il traça le code qu il destinoit aux Hébreux. Il étoit encore voisin des premiers habita ns de la terre, dépositaire du testament d'Abraham et asses versé dans les sciences, surtout dans la géographie de son temps, pour éviter des erreurs dans les noms de peu» pies ou de pays. D'ailleurs , la langne hébraïque paroît-étre la seule qui se soit conservée pure et entière , et qui puisse par conséquent fournir de bonnes traditions. On en trouve une remarquble dans les livres de Moyse , sur les six époques géogo niques pendant lesquelles s'est opérée successivement la formation du globe ; car il nous semble qu'on peut, sans manquer au respect dû à l'écriture sacrée, prendre dans un sens figuré le mot jour, qui indique cette formation. La même tradition existe dans l'histoire des plus anciens peuples, avec la même division, par le nombre sir\ mais chaque parue de cette division embrasse un espace de temps plus ou moins long. Peut-être même l'historien hébreu a-t-il
fi) On fait remonter l'Empire d'Egypte à l'an da monde 1771 , et Moyje ugaii «elon la table chronologique de Dont Calme», l'an a433.
puisé ce qu'il • sur ^a crépon dans les tradition* de rind«*i I* pl113 arienne patrie de la civilisation.
Nous ne voulons pas augmenter le nombre des écrivains qui ont soutenu ou rejeté l'existence du paradis terrestre : ceux qui ont adopté le texte littéral de la Genèse ont recherché la situation de ce jardin de délices; ils ont cru la trouver, et c'est de tontes les opinions , celle qui s'accorde le mieux avec'Moyse, dans l'Arménie, entre les sources du Tigre, de TEuphrate , du Phasis et de l'Arax, qui paroissent être les quatre fleuves dont H a parlé; d'autres , plus difficiles à persuader , ont regardé tout ce que le livre sacré rapporte de la création , du séjour de nos premiers parens dans le jardin d'Edon et de leur expulsion de ce séjour de bonheur, comme une simple allégorie; ils ont pensé que Moyse, ne pouvant pénétrer l'obscurité des temps qui déjà déroboit les premiers âges du monde, voulut néanmoins mettre des bornes à la curiosité des Hébreux ; que dans cette vue , il chercha aussi à fixer leurs idées sur une origine et une chronologie propres à fortifier la soumission et le respect qu'il avoit à cœur de leur inspirer pour l'éternel auteur de l'univers .
Nous considérerons nous-mêmes comme des mystères qu'il ne nous est ni permis ni possible d'approfondir , tout ce qui a rapport à la création, ainsi que le colloque de Dieu avec Adam et Eve , celui de cette dernière avec le serpent, le repentir du Créateur d'avoir laissé sortir de ses mains une créatnre aussi fragile que l'homme ; enfin l'expulsion d'Adam etdNBvedu Paradis terrestre, gardé ensuite par un ange exterminateur. Passons rapidement en revue la chronologie telle qu'on la trouve dans la Genèse , depuis Adam jusqu'à Noé , avant lequel on sait
très-peu As chose sur l'histoire doc premiers patriarches. Nous étudierons ensuite les temps posteru^ a Noé, et nous tacherons de retrouver à la suite des prémices migrations des peuples , la trace des colonies qui sont venues d'Orient en Occident ; cette marche de la population nous parott la plus naturelle , elle est d'ailleurs d'accord avec toutes les traditions ; quelque zélés que nous soyons pour l'illustration de notre patrie , nous ne pouvons en aucune manière adopter le sentiment de ceux qui ont avancé que le Nord avoit peuplé le Midi, et que la Gaule surtout, ayant été civilisée à une époque très-reculée, avoit jeté les premières colonies dans l'Italie, dans la Grèce et dans une partie de l'Asie.
Dieu créa l'homme et la femme le sixième jour de l'existence du monde; Cajfcn naquit dans la deuxième année et Abel dans la troisième; Seth, troisième fils d'Adam et d'Ève , vint au monde l'an i3o ; Enos, fils de Seth , eu ?55 ; Cainan , fils d'Enos , naquit l'an 3a5 ; Malaléel, en 395; Jared, en 4<5o; Enoch , en 62a ; Mathusala, l'an 687; Lamech, l'an 87 4 > e* Noé, fils de Lamech, Fan io56.
Noé' naquit quatorze ans après la mort de Seth , fils d'Adam , et vécut quatre-vingt-quatre ans avec Enos , qui lui-même avoit passé six cent quatre-vingt-quinze ans avec le premier homme son ayeul* Noé vécut encore cinquanteneuf ans avec Abraham , qui mourut l'an du monde 2184. Moyse vint au monde deux cent quarante-neuf ans après ; il lui fut donc facile de recueillir avec précision la généalogie des premiers patriarches , et de l'établir avec certitude jusqu'au temps où il vivoit.
Une grande source de difficultés dans la chronologie,
a été la manière «1 ont les anciens peuples ont divisé le temps. N*«*s ne parlerons ici que des Egyptiens , parce que Moyse ayarit été élevé au milieu d'eux , dut adopter leur manière de compter , et l'employer dans les supputations des temps qu'il se trouva dans le cas de faire; Les prêtres Egyptiens étoient, dans la haute antiquité, les seuls auteurs et les gardiens des annales de leur pays; ils avoient une langue mystique , composée de caractères inconnus au vulgaire , et ils gardoient , avec un religieux secret , tout ce qui pouvoit y avoir rapport. Il semblerait que la chronologie égyptienne , établie par des hommes instruits , doit être la plus sure et celle qui peut servir de base à celle des autres peuples ; cependant elle n'est <nl plus claire ni plus certaine, et. il est dilïicile de reconnoitre la haute antiquité à laquelle ïes Egyptiens reportent leur origine ; s'il est vrai que leur année fut anciennement composée de jours et ensuite de mois ( i ) , comme l'ont prétendu plusieurs auteurs , cela expliquerait la longeur de la vie des premiers patriarches. Censorin dit que le roi Pison fixa d'abord à quatre mois l'année qui n'en avoit que deux, et que, plus tard, il la porta à douze mois et cinq jours. Ainsi, en réduisant la vie d'Adam , que Ton dit avoir été de neuf cent trente ans , en années de deux mois , il n'en auroit vécu que cent cinquante-cinq. Mathusalé y l'homme qui a eu la carrière la plus longue, puisqu'on la porte à neuf cent soixante-^neuf ans, n'auroit , d'après la même réduction, vécu que cent soixante et un ans et six» mois. On voit encore de nos jours , quelques exemples
( i ) Ptin. U6. 7 , c. 48. — Censorin, de Die Natal,
d'une semblable longévité : il est nattuolde penser que les hommes des premiers âges , qui. dévoient k une vie simple et frugale une grande force de constitution , ont joui dune carrière beaucoup plus longue que leurs descendans , dont les passions et les abus de tous genres ont de siècle en siècle abrégé davantage l'existence.
Les Egyptiens, comme tous les autres peuples anciens, ont voulu mêler du merveilleux à leur origine. Les astres frappoient fortement leurs sens ; ils étoient éloignés d'eux et au-dessus de leur intelligence ; ce fut dans ces corps célestes qu'ils placèrent les objets de leur adoration et de leur culte, le feu et le soleil furent leurs premiers Dieux. Us pensoient que le temps nécessaire à la révolution complète des astres autour du monde étoit de 36,5i5 ans , et ils avoientfixé leur grande année d'après ce calcul; la petite étoit de 1217 ans et demi , qui , selon eux, étoit le temps de la révolution des astres autour du Zodiaque , et qui, multiplié par 3o, donnoit le premier nombre de 36,5a5. Cétoit en conséquence de ces principes , que les Egyptiens avoient imaginé les trente dynasties dont ils composoient la première grande époque de leur histoire. On a dit encore que leur grande et leur petite année avoient été fixées d'après un autre calcul , qui nous paroit moins vraisemblable que le précédent quoiqu'il donne le même résultat. Selon cette seconde opinion, le premier mois des Egyptiens qui d'abord reçut le nom de Sothis et ensuite celui de Thoth , étoit regardé par eux , comme l'époque de la naissance du monde ; ils commençoient leur grande année à l'époque et au moment où le soleil se levoit dans la canicule , le premier jour de ce premier mois. Cet aslre ne revenoitau même point qu'après un espace de i46x ans
<raï /multipliés r** ab selon le cycle lunaire.» prodai soient également le nombre de 36,5a5. Essayons par un court examen de ces calculs, de les rapprocher de ceux de Moyse que nous avons pris pour base. «
Georges Syncelle qui vivoit dans le huitième siècle, nous a conservé des fragmens de l'ouvrage de M a néthon ( t ). Ce prêtre Egyptien rot chargé par Ptoâemée Philadelphe d'écrire , conjointement les septante in» teTprètes, l'histoire des rois d'Egypte. On croît que ManéV thon travailla lui-même d'après un ancien crono-graptuBon, dont il a conservé des passages entiers. On voit dans son ouvrage , on au moins dans ce qui nous en est connu , les règnes des souverains de l'Egypte divisés en trente dynasties , sans compter celui de Vulcain ou le feu , premier roi, auquel on n'assigne pas de limites. Le règne du Soleil, fils de Vnlcain et second roi, est étendu à 3o,ooo ans; les autres Dieux , au nombre de douze , n'auroient tons ensemble régné que 3,984 an8i enfin les souverains des trois royaumes de l'Egypte , Tanis, Memphis et Di os polis, auroient porté le sceptre pendant 17 10 ans! Total 35,694 années. Si on distrait de ce nombre les règnes fabuleux du Soleil et des autres dieux qui forment nn espace de 33,984 ans , il ne restera que les 1710 pendant lesquels ont régné les souverains des trois royaumes, qui finissent» Nectanébo. Ce dernier fut chassé d'Egypte par Artarxerce Ochus, roi de Perse, Tan du monde 3654- En otant les 1710 ans ci-dessus , on trouvera que le règne du premier rot de ces
( 1 ) On en trooye aussi des fragmens dans Josephe , Jules Africain , Eusèbe et Anniu» de Viterbe.
dynasties* a commencé l'an 1944. O*, Menés, qni est le Mezrann de Moyse , mourut en 1943. La -chronologie égyptienne ainsi dépouillée de ce qu'elle a évidemment de fabuleux , seroit donc d'accord a?ec les livres de Moyse- Nous pourrions , en poussant plus loin ces observations, démontrer que les Chaldécnsqui, du temps d'Alexandrele-Grand , faisoient remonter l'origine des lettres parmi eux, a environ 45, 000 ans, comptaient leur année par le cycle lunaire qui a depuis formé nos semaines et nos tnois ; nous parviendrions encore à prouver que les annales des Babyloniens, des Perses, des Chinois et des autres peuples les plus ancien», ne remontent pas plus haut que celles de Moyse , et sont en harmonie avec elles ; c'est lui qui nous indique la souche commune à laquelle toutes les nations ont appartenu et à laquelle elles peuvent remonter par une gradation non interrompue. Nous retrouvons son Heber chez les Hébreux ; son Japhet'chez les Grecs et chez les Romains j son Mesrès ou Aïe z rai m chea les Egyptiens et les Arabes 5 son Cham ou Ham chez les Chananéens et les Ammonites ; son A s sur chea les Assyriens ; son Madian chea les Madian i tes * et enfin son Babel à Babylone. Le Brama des Indiens pourroit bien être le même que F Abraham de Moyse , dont la sagesse et les talens lui acquirent de son temps une si haute renommée parmi les peuples. V Ibrahim des Mahométans , des Sarrasins et des Arabes, quoique plus nouveau , a peut-être aussi la même origine.
D'après tout ce qui précède , nous pensons que Dom Calmet(i)* mal à propos avancé que Tannée avoit douze
( 1 ) Dissertation» *ur l'Ecriture Sainte , 1. 1. p. 64.
mois solaires ou 365 jours , comme nous les comptons aujourd'hui, depuis le commencement du monde; il. n'a pas fait assez d'attention aux époques où les ouvrages dans lesquels il puisoit ses réflexions ont été écrits ; sans cela il auroit sans doute été convaincu connue nous , que leurs auteurs ont réduit leurs calculs et tiré leurs résultats d'après la manière dont Tannée étoit fixée au moment où ils écrivoient.
Nons ne pensons pas non plus qu'on puisse établir la haute antiquité du monde, d'après les zodiaques égyptiens et la précession des équinoxes sur la période desquelles on n'est même pas entièrement d'accord; on a vu cette manie de tout expliquer astronomiquement tellement répandue , qu'on a voulu même trouver un rapport immédiat entre les zodiaques égyptiens et celui qui est grossièrement seulpté sur le portail de la Cathédrale de Paris. Un savant ( i ) a démontré que celte sculpture n'etoit qu'un almanach du moyen âge , tel qu'on en voit dessinés ou imprimés en téte des bréviaires, des heures et autres livres d'église, manuscrits ou imprimés avant le quinzième siècle et jusque vers la fin du seizième : mais revenons aux considérations générales qui nous occupoient.
Si le premier berceau du genre humain est incertain , le second paroit moins difficile à reconnoître, et tout porte à penser qu'il a existé dans l'Asie Occidentale. Le souvenir du Déluge qui bouleversa et dépeupla cette partie de l'ancien monde et qu'on a cru avoir submergé le
( i ) M. Pasumot , iûgéniear géographe duftoi.
globe en entier, s'est conservé dans l*s traditions de$ plus anciens peuples. Sanchoniaton , qui vivoit du tems deGédéon, juge d'Israël (i), dit qu'il y a eu onze générations depuis le premier homme jusqu'à Mysor , qui n'est autre que le Mezraïm de Moyse, fils de Chain et fondateur de l'empire d'Egypte.
Platon , dans son premier livre des lois , remarque qu'il passe pour constant que de grandes inondations ont eu lieu auxquelles peu d'hommes ont échappé , et à la suite desquelles la fertilité de la terre fût altérée , ainsi que les espèces et les qualités de toutes les créatures.
Fohi ou Foé, premier roi des Chinois , s'établit dans la province de Xinsi, près du mont Ararat, où l'Ecriture dit que s'arrêta l'arche après le Déluge. Selon l'histoire de ces peuples , Foé n'eut ni père ni mère ; il fut conçu dans un arc-en-ciel , et ses ancêtres avoient péri dans les eaux 'y il éleva sept autels et offrit un holocauste de sept espèces d'animaux.
Chez les Indiens, le Bacchus dont parle Diodore de Sicile, s'établit dans llnde avant qu'elle fût assez peuplée pour lui offrir de la résistance ; il étoit le dieu du vin et naquit deux fois ; car lorsqu'on le croyoit enseveli dans les eaux du déluge de Deucalion, il sortit de la cuisse de Jupiter et reparut sur la terre.
Selon Lucien (a), les Syriens croyoient qu'il avoit existé
( O Cet auteur né a Bérjte , a écrit unehuloire des Phénicien* dans la langue de ces peuple* , !o45 an» avant J. C Cet onrrage fat traduit en grec par Philon de Bjblo*. Encèbe, Porphire et d'aulre» anciens écritains, nous en ont conservé des fragment authentique*. ,
(a) De deâ Syriocâ.
Une génération «K>nt les crimes attirèrent la colère de» Dieux q<d 1* firent périr dans les eau».
Plutàrqwï1 rapporte que le Typhon des Egyptiens, dont le nom en arabe signifie inondation , périt aussi dans un déluge; il fait mention de l'arche et de la colombe (i>
Platon (*) cite un voyage de Solon en Egypte , dans lequel ee législateur avoit entendu parier d'une inondation générale antérieure à celle qui était connue des Grées* Biodore (3) et Justin (4) disent aussi la même chose. »
Dans là Perse , la Bactriane , et même au Mexique * la tradition dù déluge existait également,
Bérose (5) cité par Eusèbe et par Josepfce , dana son Histoire de Xisuthrus , onaïème roiTdesChaldéens, dit que Cronus apparut en songe a ce prince , et lui ordonna de faire les mêmes choses que Dfeu , selon TEcrkurev ordonna à Noé pour se garantir du déluge.
Ne reconnoit-on pas encore le même patriarche dans Saturne et ses trois fils adorés par les Grecs et par ks Latins, comme il est évident que c'est de lui que font mention, au milieu de beaucoup de fables et de mensonges , toutes les traditions que nous venons de citer.
Il paroîtroit donc eertaia qu'une grande inondation couvrit une partie de ÏÎAsie vers Van du monde i65G r que cette catastrophe détruisit presqu'entièi-ement la.
( i ) Lîb. T. de Tndusl. animal.
(a ) In timœo.
(5)Lib.I.
(4) Lib. IT. cap. T.
( 5) Préparai, evang. Bcrose , prétr£- de Bêla» a écrit orte histoire dw Ch*\déens sout Ptolemée Philadelpbe , oA fin retroute dw f Eiuèbe et S. Clément d'Alexandrie.
génération qui peuploit ce pays , et que lfl petit sombré *pi réussit à se soustraire à ce désastre, guidé p^r Jïoe, 4it saturé en se refînant aar le sommet des montagnes les .njus. élevées. La tradjtioa semhje placer ce lieu de salut dans la chaîne appelée Arafat, qu'il faut chercher dans ies manches du Taurus répandues dans l'Arménie et dans le Curdistan. C'est là que Moyse indique le second berceau du genre humain* et il rapporte a ; trois familles toutes les nations connues de lui dans l'Asie occidentale ; Celle de Sem 9 fils ainé de-Noé, étoit composée de peuples pasteurs ; celle de Cham, se livroità l'industrie et au commerce ; et celle de Japhet , guidée par un esprit belliqueux, se dirigeoit vers le Nord , dans le dessein d*f faire des conquêtes et de s y établir. Le point de départ où , selon le législateur hébreux , commença la dispersion des peuples , est en eilet le centre des contrées qu'on suppose avoir été le plus anciennement habitées. Les Indiens, à l'Est; les Goths,.au Nord; et les Ethiopiens au Couchant , se trouvoient à une distance à-peu-près égale de l'Arménie et de la Mésopotamie (s).
Après le déluge , les habitans échappés au désastre de lenr pays , eurent sans doute pendant très-long -temps , ainsi que leurs enfans , l'esprit frappé de crainte , au sou*venir des dangers qu'ils avaient courus. Ce fut ce qui les retint , pendant près d'un siècle , sur les montagnes de l'Arménie , et , lorsqu'après ce temps , ils se décidèrent à en descendre pour chercher de nouvelles habitations dans les plaines , leur premier soin dut être de se garantir des
( i ) Précis de la Géographie Universelle , tom. I. pag. i5.
inondations. O l'origine des constructions navales et de la navigation. Arrivés dans la plaine de Sennaar, les hommes toujours frappés du souvenir du déluge , imaginèrent , pour se mettre à l'abri d'un semblable événement, dTélever la tour de Babel, Tan du monde 1770 (i). Pendant qu'ils se livroiehtà cet immense travail , arriva la confusion des langues , qui fut suivie de la dispersion des habitans de la terre à la naissance de Phaleg, dont le nom signifie partage.
On a prétendu que les langues se trouvèrent d'abord divisées en soixante-douze , dont sept seulement étoient mères ou radicales , et dont* la première de toutes étoit l'hébraïque. 11 s'ensuivroit que chacune de ces langues dut former une colonie composée d'environ soixante mille hommes ; car on évaluoit déjà la population de ce temps là à plus de quatre millions d'âmes. Ces colonies se répandirent de tons côtés , en conservant néanmoins leurs souches communes ; ainsi les enfans de Sem eurent les côtes de l'Asie , depuis le Tanaïs jusqu'au Nil ; ceux de Japhet occupèrent celles de l'Europe, depuis le Tanaïs jusqu'au détroit de Gàdes ; les enfans de Cham furent réduits à vivre dans les déserts et sous le ciel brûlant de l'Afrique.
Alors prirent naissance différentes monarchies plus ou
(i)Nou» prenons cette date daus la table chronologique qui précède la. dissertation de Dom Cafanet sur la Bible , tom. I , Paris 1770.
Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de cet eVtacment , car dans les tables chronologiques imprimées à Paris en 1708, U construction de la tour de Babel est fixée a l'an du monde 1809 et dans d'antre» ouvrage* h Tan
moins étendues ; les plus anciens empires connus, d'après '
la géographie hébraïque et tous les auteurs profanes ,
étoient, dans l'Asie: Occidentale , celui des Assyriens , dont
M. Rollin fait remonter la fondation par Assur, fils de
Sem, à Fan du monde 1771, et celui des Chaldéens.
Babel bu Babylone étoit la capitale du premier de ces
empires , et Ninus ou Ninive celle du second. Au midi
étoient les Edbmites ou Iduméens des Grecs; les Madi*.
nites qui se livroient au commerce , mais dont le nom
disparoît promptcment ; et les Nabaioths ou Nabathéens
des; Grecs et des Romains , principale tribu des Arabes
qui se donnoient pour père Isroaël ; au midi et au centre ,
se trouvoioàt plusieurs autres tribus Arabes , et enfin les
Hébreux 'qui se disoient parens de tous ces peuples et
comme eux fils de Sem par Arphacsad, ce qui paroît une
vérité historique.
Moyse et les autres écrivains hébreux parlent d'une seconde race d'hommes , qu'ils nomment postérité de Cham ou Ham, nom qui indique la couleur foncée de ces peuples et la chaleur du climat qu'ils habitoient. Ce même nom de Cham ou Chamia, a été donné à l'Egypte par les indigènes qui l'ont habité dans tous les temps, et celui de Mezraùn que lui donnent encore les Arabes et les Turcs; appartient aussi à l'un des fils de Cham.
La tradition de Moyse est d'accord avec celles des
nations les plus éclairées sur un point important pour nos
recherches ; c'est que les bords de la Méditerranée , dont
ils appeloient les contrées Isles des Gentils, ont été
peuplés par les descendans de Japhet. Les Grecs et les
Romains ont conservé ce nom au père du genre humain.
Horace appelle les hommes audax Japeti Genus. Ce
sera donc à cette troisième branche des anciennes migrations des peuples que nous nous attacherons, parce qu'elle a un rapport plus direct avec le sujet qui nous occupe.
Nous avons déjà dit que. le souvenir des désastres occasionnés par le déluge , dut imprimer pendant très-longtemps dan» l'esprit des hommes, une crainte qui leur fut salutaire ; elle influa non seulement sur leur religion , en leur inspirant plus de respect pour la Divinité, mais elle fit encore naître Vidée et le goût de la navigation » on dut à ce nouveau moyen de se transporter au loin , la découverte, le défrichement et la population des terres les plus éloignées de la partie du globe anciennement habitée.
Lorsque les navigateurs qui se hasardèrent èes premiers à parcourir les mers eurent abordé sur quelque côte nouvelle et inconnue , ils la suivirent pour l'examiner et la reconnoitre ; ils ne tardèrent pas à rencontrer l'embouchure de quelque rivière navigable qu'ils remontèrent, et pénétrèrent ainsi dans l'intérieur des terres. Le sol étant inculte et eu grande parti© couvert de bruyères et de forêts , ijs n'osèrent pas d'abord s'éloigner beaucoup du cours des rivières qui les, aidaient à se reconnoitre et à regagner Sûrement le* cotes maritimes sur lesquelles ib étoient d'abord descendu* C'est «n effet au bord de la mer qu'ont été construites les premières habitations ; on en a trouvé récemment de nouvelles preuves , lors delà découverte de l'Amérique % et c'est en, général une vérité tellement reconnue , que- nous ne- pensons pas avoir besoin d'entrer daps d'autres détails à ce sujet.
La navigation et le désir de faire de nouvelles déeou» vertes avant conduit des hommes hardis et courageux audelà des mers et des montagnes , ils remarquèrent avec
attention, la route" qu'ils «voient tenu* 3 mais en revenant au point de leur départ et dan» leurs antiennes contrées, soit par amour propre , SOU par intérêt, ils étirent grand soin d'exagérer les obstacles qu'ils avoient été obligés de surmonter; ils donnèrent même le pfas souvent à leurs récits , cette teinte poétique et mystérieuse qui devoit résulter de 1 imagination vitre et exaltée des nations priini* tives; c'est ainsi quela vérité se trouva enveloppéé de fables et de nuages qui Font rendue si difficile à pénétrer (1 ).
Si les enfans de Noé ont dû fournir les premières colonies qui s'étendirent autour du second berceaudu genre humain , celles d'un âge moins ancien sortirent de la postérité de Jacob et dTKsaû. En confrontant les noms des descendans de ces deux patriarches que Moyse nous à transmis avec ceux des colonies passées soceÀsivement d'Orient en Occident, on y reconnoitra certainement des traces de ces anciennes transmigrations.
On ne trouve point dans la Vulgate ni dans les Septante les notions primitives des peuples , telles qu elles sont dans le texte hénreu; les auteurs de ces traduction* étoient Grecs ou Latins, et ils ont puisé dans leurs langues, les noms dont ils se sont servis. Ainsi ils ont nommé le4 fondateur de l'Egypte , Mçyptus, tandis que selon Mîoyse ^
est Mezraïm , fils de Cham , dont cette contrée porta même le nom, puisqu'on l'appeloit Ckamia, terré d& Cham y le jupiïer Hammon n'étoit lui-même que ce fils1 de Noé, dont le nom se prenonçoft Ham, avec lH aspiré des Hébréux. Les traducteurs ont encore employé tes4
« ■ ii ■ * ■ é ■ ■ , 1 1 >
( 1 ) Vréci» de la Géograph. Unir» , t. L
mots Persii au lien de Phut , Lydii, pour Lud, etc. La Vulgate parlant de la prédiction de Balaam au quatrième livre des nombres dans laquelle il annonce que les Hébreux seront vaincus et emmenés en captivité par les Romains , employé le mot Italia au lieu de Kettim qui se trouve dans l'original. Ce dernier nom ne sembleroit-il pas indiquer que dès le temps de Moyse , les enfans de Cettim et de Gomer s'étoient déjà répandus dans cette partie de l'Europe qui fut depuis l'Italie; les Hébreux la désignaient , ainsi que toutes les régions Occidentales alors habitées, par le mot générique de Kettim. Ezéchiel qui vivoit environ 600 ans avant l'ère chrétienne , dit que de son temps l'Orient fournissoit les métaux, les pierres précieuses , les vétemens et tout ce qui étoit nécessaire à la vie jfctandis que l'on ne droit de l'Occident , qu'il désigne par insula Kettim, île des Gentils , que des bois de charpente et de menuiserie; il est assez vraisemblable que le continent européen n'étoit, par rapport aux peuples de l'Asie , qu'une ile , puisqu'ils ne pouvoient y arriver que par mer et que les connoissances géographiques étoient encore très-bornées à cette époque. Moyse et ses successeurs ne nous ont transmis que les nouons en ce genre des Hébreux , des Phéniciens , des Arabes et des. autres peuples «Ie l'Asie Occidentale ; mais ils les ont détaillées avec précision et avec clarté , ainsi que la position de cette partie du Globe; c'est ce qui a formé le premier système géographique ; le second a été fourni par Homère qui a mêlé avec la vérité , les traditions et les fables répandues de son temps dans la Grèce et dans l'Asie mineure.
Chaque peuple se crut d'abord placé au centre du monde habité, le mot midhiama employé par les Indous et celui
midgard dont se servoient les Scandinaves rapprochés du pôle , pour désigner les contrées qu'ils habitaient , signifioient l'un et l'autre, demeure du milieu. L'Olympe des Grecs et le Mont-Mérou des Indous passoient, chez ces peuples, pour le centre de la terre. Ils se la représentaient comme un disque plat, borné dans toutes sa circonférence par un Océan inaccessible. Aux extrémités de la terre , on plaçoit des pays et des êtres imaginaires , des isles fortunées ou enchantées , des géans ou des pygmécs. On supposoit la voûte du firmament supportée par d'énormes montagnes ou par des colonnes mystérieuses ( I ).
Quoique les Grecs du temps d'Homère fussent encore très-peu versés dans l'art de la navigation , cependant les Taphiens et les Cretois étendoient déjà leurs pirateries et leur commerce dans l'Egypte , et même du coté de l'Italie, lies Phéniciens avoient depuis long-temps fondé Carthage, U tique , Gades et plusieurs autres colonies. Ils naviguoient en haute mer, avoient parcouru toutes les côtes de 1a Méditerranée et même, pénétré dans l'Océan. L'opinion commune fait remonter les premiers grands voyages de ces hardis navigateurs à l'époque ou Josuah envahit le Canaan , vers l'an du monde a554* Mais ces spéculateurs aussi adroits qu'intéressés , déroboient avec le plus grand soin aux autres peuples , leurs entreprises et leurs découvertes ; ils les empéchoient même ou par ruse ou par force, de suivre leurs traces. Strabon (a) dit que les Carthaginois faisoient jeter à la mer tous les étrangers qui
( i ) Précis de U Géograph. Uni?. , 1. 1. , page 14. (a) Lib.XVlI.
s'approchoient des cotes sur lesquelles ils exercoient leur domination.
En résumant ce que nous venons de dire pour l'appliquer à nos recherches , nous trouverons qu'il est de toute probabilité que l'Asie Occidentale a été la partie du globe la plus anciennement habitée ; qu'un déluge dépeupla prèsqu'entièrement cette contrée j que lorsqu'à la suite dès tems , le petit nombre d'hommes échappés à ce désastre > eut multiplié au point de ne plus trouver des moyens suffi* sans d'existence dans une étendue de pays trop peu considérable , ils se partagèrent en différentes colonies qui se détachèrent de la grande famille , et allèrent au loin chercher d'autres climats et de nouvelles contrées pour s'y établir. La navigation dont les progrès furent toujours croissans , vint favoriser l'ambition des hommes les plus entreprenans auxquels la vie pastorale et les occupations tranquilles de l'agriculture ne présentoient pas assez de mouvement et d'activité: mais dans leurs courses loin* taines, ces aventuriers durent naturellement chercher à se diriger, vers les climats dont la température pouvoit leur offrir un séjour plus agréable et des établisseinens plus faciles , en s'éloiguant également et des pays brùlans et de ceux où le froid se fait trop vivement sentir ; nous n'adopterons donc pas le sentiment de M. Pluche , qui fait venir les premières colonies du Nord dans le Midi : nous penserons , au contraire , qu'elles sortirent des premières monarchies qui forent celles des Assyriens, desChaldéens , des Egyptiens et des Grecs , et qu'elles se répandirent des deux côtés de la Méditerranée ; ces nouveaux habitans pénétrèrent dans les contrées qui depuis furent l'Italie , la France et l'Espagne. A ces premières colonies ,
s'en Joignirent successivement d'antres , et la population augmentant progressivement, les hommes furent obligés de s'étendre dans l'intérieur des terres ; ils les défrichèrent et les mirent en culture ; de cette manière , les pays que l'aridité du sol, les forêts épaisses ou la rigueur du climat avoient d'abord fait éviter ou négliger, se couvrirent , à la suite des temps , de nombreux habitans qui se portèrent même dans les régions glacées du pôle.
Nous n'irons point fouiller dans l'obscurité des siècles , nous Centrerons point non plus dans le labyrinthe des étymologies pour savoir si les Gaulois sont descendus de Gouier ou de Javan, fils de Japhet, ou- s'ils doivent leur origine à Cetûm on à Aseenax, fils de Gomer ; les traditions qui sont parvenues jusqu'à nous sont trop diffuses et trop insuffisantes pour établir aucune certitude à cet égard. Ce qui paroît le plus vraisemblable , c'est que l'Italie, les Gaules et l'Espagne furent tres-ancienneinent habitées , mais par des hommes qui demeurèrent longtemps dans un état de barbarie, étrangers aux sciences et aux arts , et livrés aux seules occupations qu'exige oient les premiers besoins de la vie. Ce ne fut qu'après que les Phéniciens et les Grecs eurent pénétré dans ces contrées , que les mœurs de leurs premiers habitans commencèrent à s'adoucir. Les Phéniciens ou les Chanànéens, car on peut presque les regarder comme un même peuple, Chassés de leur pays par les Israélites, se répandirent, vers le temps de Cadmus et de Danaus, sur les bords de la Méditerranée et dans les îles qui y sont éparses, et s'y établirent j les Grecs et les Troyens y abordèrent également , et y apportèrent , avec leur langue , les arts et les 1 Sciences qui florissoient depuis long-temps chea eux
Troyes fut détruite l'an du monde 287 1 , environ 55o ans avant la fondation de Rome, 3oo après Moyse, et environ 1 200 avant Jésus-Christ On a prétendu que cette guerre fameuse , qui dura plus de dix ans , n'étoit qu'une fable , parce que le poète célèbre qui Ta chantée , a mêlé dans son ouvrage la fable à la vérité; mais le rapt d'Hélène n'est pas. le seul exemple d'un grand embrasement occasionné par une femme ,
Et fuit ante Helenam mulier teterrima beîli causa (a).
Cet événement mémorable fut détaillé par Dktis de Crète et Dores de Phrygie, dans deux ouvrages qui nous ont été conservés , et que des gens qui veulent douter de tout ont regardé comme supposés. La marche rapide que nous avons adoptée , ne nous permet pas de nous étendre à ce sujet; nous nous bornerons à dire qu'il n'est guères possible de révoquer en doute la guerre de Troyes , à la suite de laquelle les restes malheureux des Troyens, ainsi que les Grecs éloignés de leur patrie par les tempêtes ou par d'autres motifs , formèrent des colonies dans divers pays. Justin leur attribue la fondation de plusieurs villes de l'Italie ; Virgile a illustré cette origine qu'il donne aux habitans du Latiuin, par un poème assez connu ; Lucain fait passer des colonies troyennes jusque dans les Gaules; ce qui est certain , c'est que la langue et les divinités des Grecs y étoient en usage lorsque César en fit la conquête; les Dieux de l'Egypte y étoient égalemeut adorés , et on a retrouvé , dans différons temps et en plusieurs endroits de la Gaule , des traces incontestable de ces deux cultes.
(i)Horat. *>
Notre opinion sur l'origine des Gaulois se réduit donc à penser que , dès les plus anciens temps , ces peuples se composèrent d'un mélange successif de$ peuples de l'Orient, de la Grèce et de l'Italie 5 que la population de ces contrées s'étant accrue considérablement à la suite des siècles , elle rejeta de tous côtés , et jusque dans l'Asie f ses essaims belliqueux , comme les barbares du Nord, par la même raison , envahirent les Gaules et une grande partie de l'Italie à l'époque de la décadence de l'Empire.
Le nom de Celtes fut d'abord commun à tous les peuples qui s'étendirent depuis la Sicile jusqu'au-delà des Alpes et des Pyrénées, ainsi qu'aux Germains et aux Bretons insulaires. Les Espagnols y ajoutèrent le nom du fleuve près duquel ils s'établirent , et prirent celui de Cehiberi. Profugi qui a gente vetustâ Gallorum Celtœ miscentes nomen Ibe'ri{i ),
On s'est long-temps occupé de rechercher l'origine et l'étymologie de ce nom de Celtes qui , selon le plus grand nombre des auteurs , fut le premier que portèrent les peuples occidentaux.
On trouve dans la Genèse le mot Kettim pour désigner les contrées occidentales de l'Eurof) e', et la Vulgate a rendu ce mot par celui d'italia , et de insulis Italiœ. Tous les interprètes ont toujours expliqué le mot Kettim ou Cettim de récriture par l'Italie dont les habitans ont été appelés indifféremment Cittii et Italici; est etiùm in ipso Latio urbs Cetia. Eusèbe dit : Ktrwt a Aat/iw xcu Vofuut, Citii unde Latini et Romani.
( i ) Lucan ; — Iu'dor, lib. LX%cx,
M. Pasumot (i) a pensé que le nom de Celtes venoit du Phénicien ou du Chaldéen , et qu'il avok été donné à nos^aa«ètres à cause de leur valeur. Selon nous, ce savant démontre très-Lien commentée nom fut changé en celui de Galates , et enfin en celui de Gaulois; nous renvoyons nos lecteurs k son ouvrage, sans nous étendre davantage sur ce sujet
Les Italiens elles Siciliens furent les premiers qui abandonnèrent le nom de Celtes , et bientôt de proche en proche, les habitas s des diverses contrées des Gaules suivirent le même exemple \ chacun d'eux en prit un analogue à rétablissement qu'il forma ; les Aquitains , les belges , les Armoricains r se détachèrent en quelque sorte de la nation Celtique , qui se trouva resserrée entre la Garonne , la Seine et l'Océan. César la désigne ainsi (a): Tertiam Galli partent incolunt qui ipsorum Lingud Celte, nastrd ' Galii appellantur. *
Cependant , cette distinction des Celtes avec les autres peuples de l'occident et du nord de l'Europe, semble remonter assez haut; car Hérodote, le plus ancien des historiens Grecs qui nous soient connus, dit (3) que les Celtes sont de tons les peuples de l'Europe , les plus reculés à l'Occident , excepté les Cyuètes qui sans doute étoient les Ibères ou Espagnols. Platon (4) parle des Celtes, des Un/aces, des Scythes et des Espagnols , et son disciple
(i) Mémoires Géographique» (Parti 1-65).
(a) Comment de BeU. QaU. lié. /.
(3) Lib. IV.
(4 ) Legum, y lib. J.
Àristote pousse encore plus loin cette distinction ( t ) en citant avec les Celtes beaucoup d'autres pèoples , tels que les IHyriens, les Epirotes, les Blutons, les Italiens, les liguriens , etc. Apulée (a) dit que les îles d'Albion et d'Jerea sont situées sur les frontières des Celtes-
Les Germains paroissent avoir été confondus plus long» temps que les autres peuples avec les Gaulois , sous la même dénomination de Celtes. Polybequi écrivoit environ i5a ans avant Jésus-Christ, est le premier (3) qui semble avoir voulu les distinguer , quoique ce ne soit pas encore d'une manière bien positive, et comme Ta fait ensuite Jules César. Diodore de Sicile ( 4 ) , en disant que César avoït soumis tous les peuples de la Celtique , a tacitement séparé des Celtes , les Germains que ce conquérant ne put jamais dompter. Strabon , Denys cTHalicarnasse , Plu-* tarque , Ptolémée et plusieurs autres historiens n'ont donné le nom de Celtes qu'aux seuls Gaulois; d'où Ton peut conclure, que si les Grecs ont appelé dans les temps an«* ciens tous les peuples qui habitoient à l'occident et au nord de l'Europe, Celtes, cette dénomination fui ensuite res-> treinte aux Germains et aux Gaulois , puis uniquement à ces derniers. Les auteurs latins firent plus encore , en ne conservant ce nom générique qu'à la portion des peuples qui habitoient au centre de la Gaule; ils durent peut être
aussi cette distinction à leur éloignement a* es étrangers,
(i ) Ilistor. Animab , lib. VIII, c. iS, etc. ( i) De rnundo, » •
(5) Lib. Il et II T.' ' ' 1 ;' "
(4 ) Lib. IV. ' >
qui empêcha ou retarda leur mélange avec eux , comme il eut lieu dans toutes les contrées voisines des frontières.
On a fait remonter à la plus haute antiquité les irruptions des Gaulois, non-seulement dans les pays voisins de leur patrie , mais jusqu au fond de 1 Orient j des traditions certaines , et grand nombre de monumens en attestent en effet la réalité; mais la difficulté est de fixer les époques précises auxquelles elles ont eu lieu. Essayons de rechercher comment et en quel temps la civilisation s'introduisit dans les Gaules ; quels étoient les différens peuples qui l^iabitoient, et peut-être parviendrons-nous à eonnoître les temps où cette nation , devenue trop considérable pour son territoire , et entraînée par son humeur belliqueuse , déborda de toutes parts comme un torrent, et se rendit redoutable non-seulement à ses voisins, mais à des peuples très-éloignés.
On ne sauroit nier que les premières colonies qui , comme nous l'avons dit plus haut, pénétrèrent dans les Gaules et commencèrent à les peupler, eurent de grands obstacles à vaincre pour s'y établir. Les habitations lurent d'abord placées sur le$ côtes maritimes , sur les bords des rivières navigables , et il fallut des siècles pour -que les défrichemens et la culture pussent opérer la réunion des habitans dispersés dans une étendue de pays aussi considérable. Les Egyptiens dansles tcmpslesplus anciens, et ensuite les Phéniciens , les Carthaginois et les Grecs qui s'adonnèrent à la navigation et au commerce , en parcourant les bords de la Méditerranée. , s'approchèrent des habitations des peuples encore sauvages qui s'y trouvoient. Us tirèrent d'eux du bétail , des cuirs , des bois de construction et peut-être des métaux, en échange desquels
ils leur laissèrent des outils , des instnimens aratoires , des grains, des vêtemens et d'autres objets qui commencèrent à apporter parmi ces peuples les premières commodités de la vie ; leurs besoins se multiplièrent avec les occasions de, les satisfaire ;ce désir augmenta leur industrie afin d'avoir, un pins grand nombre d'objets d'échange à présenter aux, étrangers. Quelques-uns de ces derniers , par des motifs d'intérêt , ou par toute autre cause , s'établirent parmi ces peuplades , qu'une vie plus douce rendit bientôt plus nombreuses ; enfin des communications continuelles avec des nations chez lesquelles les- arts et les sciences avoient fait depuis long-temps de g>^pds . progrès * ' apportèrent la eiritisation et l'industrie chejs les Gaulois.; . mais ilsr conservèrent toujours de leur premier état, , un esprit d'indépendance et une sorte de rudesse que le temps? ne put jamais détruire entièrement. Leur religion étoit celle de tous les peuples sauvages; tout ce qui frappoife leurs sensétoh l'objet de leur culte, et ils crovoient se rendre favorables leurs divinités grossières, en versant ei* lenr honneur le sang humain. Leur commerce avec les. étrangers apporta quelques chaAgemens à cette; religion; cependant, en adoptant d'autres dieux , les Gaulois conservèrent toujours dans leur mythologie et dans leurs cérémonies religieuses , une teinte et un mélange bien caractérisés de leurs premiers usages.
On regarde en général comme la grande époque de la civilisation des Gaules , la fondation de Marseille par les; Phocéens, sous le .règne de Tawmin l'ancien, 600 ans avant Jésus-Christ. Justin (1) dit que les Gaulois durent
( 1 ) Zûà. 2CHII, c. 4 ; W.Xn, c. i3.
à ces nouveaux habiUns , des habitudes plus douces et une vie innoins sauvage; ils apprirent deux à cultiver les champs, à bâtir des villes et à les ceindre de murs, à changer le droit des armes , le seul qu'ils connoissoient , contre IVswipiré de lois sages et réglées ; enfin les Phc~ céens leur apportèrent la culture de la vigne et de l'olivier. ■ »
La Gaule , proprement dite; étoit anciennement cette vaste contrée située «titre le Rhin.,' les deux Mers, les Alpes et les Pyrénées; un grand nombre de rivières Tarrosoient et la traversoient en différens sens; les principales étaient- le Rhône, Wfclanus ; la Saône, Arar$ le Rhwi , RhenuS; la Moselle, Mathona; la Seine y Sequcv* na ; là Loire , Liger ; oti la Garonne , Garumntu. < Outre les Alpes et les Pyrénées qui la bornoirent au couchant, plusieurs autres montagnes s'éle voient dans son intérieur, telles que les Vosges, les Céveime$ et fie Jura.
Les Gaulois avoienv déjà rendu jkur nom fiwneux , avant que leur pays fàt- bien connu ; on a attribué «ne origine gauloise à phisieurs peuples très-anciens de tfltalie , tels que les Ombriens, ies Vénètes établis vers Fiextuémité septentrionale1 "de la hier Adriatique , leâ-Carniens voisins -de ces dernier^ tnais cette opinion a trouvé peu de partisans. Les' irruptions anciennes des ^Gaulois dans l'Ibérie ont paru plus vraisemblables , et on a pensé assea généralement yVjue leurs colonies avoientsdonné naissance à plusieurs peuples1 de l'ouest du noixi de l'Espagne; Lés CeUikero^, 4esGaflë^ues ,' les Can labres*, avoiezvtles mœurs toùfes celtiques ;; Silhi* Itolicus (t) ei Tite-Li ve (a)
ni i »' . .
(i)Zi7.///, p. 34o. . .
(*) Lib. XXII, c. ai.
font mention des Celtibéres , et il paroîtque ces établisse tnens des Gaulois en Espagne existaient dans le temps de la seconde guerre punique, qui commença en Tan 2t8 avant Jésus-Christ;
Il est encore très-probable que les habitai» de la Gaule peuplèrent toute la partie méridionale de l'Angleterre , comme le disent Tacite (i) et Jules^César fa). Ces deux Historiens ajoutent qu'ils portèrent aussi leurs armes dans lés pays -silnés au-delà du Rhjn et dans la Germa niet César attribue ces irruptions à la .population! trop nombreuse et à la pauvreté de la Gaule, qui la fbrçoient de rejeter souvent de son sein des colonies qui allaient s'établir dans les contrées voisines (3)>: suivant Tacite (4), les Helvétiens s'étoient fixés entre le Rhin eit le Mein c les Boiens dans la Bohême ; les Gothins et les Estyensr habitans de la Prusse actuelle , auroient eu, suivant le même auteur, une origine également gauloise. Enfin, Uhistoire prouve que les colonies de cette nation valeureuse s'éten» dirent dans la Pannonie, l'Illyrie, laThrace et jusque dans l'Asie.
L'Epoque où les expéditions des Gaulois son» connues avec certitude , remonte à celle de la fondation de Mar. seille par les Phocéens , l'an 600 avant Jésus-Christ Arabigat régnoit alors sur la contrée centrale de la Gaule, dont les habit ans avoient plus particulièrement conservé le nom de Celtes , et qui en for moi t à-peu-près la troisième
(1) TnMj*ric9la, e l.
<») De BSUo GaUic, lib. V, c. aa.
(3) Ibid.Ub. VI c.*4.
(4) Qtrmauiâ , c. 28, {5, 45.
partie. Après un règne long et glorieux, il voyoit, dans un âge avancé , son nom et sa puissance respectés par ses voisins ; mais des discordes intestines menaçoient la tranquillité intérieure de ses états ; lès partis en étoient déjà venus aux mains plusieurs fois , et tout annoncent un orage qui menaçoit d'éclater de la manière la plus funeste. La cause principale de tous ces mouvemens étoit l'augmentation prodigieuse de la population qui se trouvoit hors de proportion avec le pays resserré qui la contenoit. Ambigat jeta les yeux sur ses deux neveux, Sigovése et -Bellovése,. dont la jeunesse et le courage sembloient garantir le succès de ses vues; il fit annoncer qu'ils alloicnt se na pitre à la téte d'une expédition lointaine, et permit à ceux qui voudroient en faire partie de s'enrôler sous leurs bannières pour aller conquérir d'autres terres et de nouveaux établissemens. Trois cent mille hommes se présen. tèrent en très-peu de temps et se partagèrent en deux armées, dont chacune eut pour chef l'un des neveux du îroi.
Après avoir consulté les augures , Sigovése se dirigea du côté du Rhin avec sa troupe, composée des habilans des provinces les plus méridionales de la Gaule. 11 traversé l'Allemagne , et massacrant sur sa route tout ce qui tenta de lui opposer de la résistance , il pénétra dans la forêt Hercynie ; de là il passa dans la Pannonie , aujourd'hui la , Hongrie , où il fonda une puissance qui dans la suite se rendit aussi célèbre que redoutable. Nous reviendrons plus loin sur les suites de cette expédition, et nous commencerons par suivre la seconde armée des* Celtes t commandée par Bellovése.
On y remarquoit des Berruyens, des Àrverniens, des
Séoonois , des Eduens , des Aulerciens et des C amure s , tous peuples puissans du nord delà Celtique. Cette armée s'avança du côté des Alpes; mais ces monts escarpés étoient encore impraticables , et Sigovèse tenta vainement de s'y frayer un passage. Après avoir séjourné quelque temps chez les Tricasûniens peuples du nord de la Provence et du midi du Dauphiné , il se dirigea du côté de Marseille qui venoit d être fondée par les Phocéens ; il aida ces derniers à triompher de leurs voisins qui ne cessoient de les inquiéter, et réussit enfin à trouver uu chemin au travers des Alpes. Les Gaulois arrivés chez les Taurinicns , aux environs de Turin, eurent à soutenir, à mesure qu'ils cherchèrent à pénétrer plus avant dans l'Italie, plusieurs guerres sanglantes ; ils finirent cependant par détruire ou mettre en fuite la population de toute la partie du nord , dont ils s'emparèrent et s'y établirent Le bruit de leurs succès y attira bientôt de nouvelles colonies qui se joignirent aux premières , et fondèrent un grand nombre de villes, comme Milan, Côme, Véronne, Brescia, Bergame, Trente et Vicence.
Telles furent les premières migrations remarquables et bien connues des habitans de la Gaule : on s'accprde assez généralement à en fixer l'époque un peu après Tan 600 avant Jésus-Christ. Leur exemple fut suivi par ceux de ces peuples dont la population de venoit trop nombreuse, et, dans la suite, par ceux que lapreté des climats qu'ils habitoient portoit vers ceux où la température étoit plus douce , la fertilité plus grande et la culture plus avancée j ainsi le Word, après plusieurs siècles écoulés, repoussa vers le Midi les innombrables essaims de barbares , dont Jes premiers ancêtres étoient autrefois sortis de ces
mêmes pays qu'ils alloient, à leur tour, occuper et envahir.
Les Romains donnèrent aux contrées ou les Gaulois s'étoient établis sous la conduite de Sigovése, ainsi qu'à celles dont ils s'emparèrent dans la suite , le nom de Gaule Cisalpine. Depuis cette première irruption, jusque vers Tan 388 avant Jésus-Christ ,. les Gaulois furent trop occupés par les guerres que leur suscitèrent leurs voisins, et la nécessité d'affermir leur conquête , pour songer à en faire de nouvelles. Mais plus tranquilles à cette époque, leur ambition s'éveilla bientôt, et les Sénonois conduits par Brennus leur chef, vinrent mettre le siège devant Clusium , ville d'EJtrurie , et distante de Rome de trois journées seulement Les assiégés appelèrent les Romains à leur secours ; ceux-ci voulurent tenter d'abord la voye des négotiaùons qui fut sans succès. Alors ceux de Clusium ayant fait une sortie dans laquelle les envoyés Romains, violant le droit des gens qu'ils croyoient ignoré de leurs ennemis , prirent part au combat , les Gaulois indignés de cet outrage , marchèrent aussi-tôt vers Rome pour en demander raison j n'ayant point obtenu la satisfaction qu'ils attendoient , et l'armée Romaine , au contraire , s'étant avancée pour s'opposer à leur marche , ils la défirent au confluent du Tibre et de l'Allia > et arrivèrent bientôt aux; portes de Rome > en épargnant cependant les villes qui se trouvoient sur leur passage. Tout ce qui étoit en état do porter les armes s'étoit retiré dans le Capitole avec les richesses publiques et particulières ; les vieillards seuls restèrent dans la ville , préférant la mort à la honte d'abandonner leurs pénates. Rome touchoit à sa perte; elle eût peut-être à cette époque disparu pour toujours ,
ai le silence effrayant qui y régnoit n'eût fait craindre aux Gaulois quelques embûches ; ils n'osèrent d'abord y entrer, mais peu de jours après ils se bazardèrent à y pénétrer en prenant des précautions pour éviter toute surprise. Us furent frappés d'étonnement en voyant assis sur leurs chaises curules, ces Patriciens vénérables, dont l'immobilité et la résignation leur paroissoit surnaturelle ; ils les eussent peut-être respectés, si le sénateur Papirius n'eût pas frappé de sa - baguette d'ivoire, un Gaidois qui avoit osé porter la main sur sa longue barbe. La mort de ce vieillard fut le signal du massacre : Rome fut pillée et réduite en cendres; il ne resta que le Capitole dont les Gaulois formèrent le siège qui dura sept mois ; et il seroit tombé en leur pouvoir si Manlius, averti par les oies sacrées que les ennemis étoient sur le point d'y pénétrer, n'eût sauvé ce dernier asile de la grandeur Romaine.
Le récit de cet événement mémorable se trouve dans tous les auteurs , principalement dans Tite Live ( i ) , Juvénal (a), Denys d'Halicarnasse (3) et Virgile (4); les historiens ne sont pas d'accord sur les suites qu'il eut pour les Gaulois; les uns ont dit qu'ils furent dépouillés de rénorme rançon en or qu'ils avoient exigée des Romains, d'autres ont prétendu qu'ils se retirèrent sans être inquiétés , et rapportèrent dans leur pays les richesses que leur avoit valu cette expédition, et qui augmenta pendant longtemps leur puissance en «leur inspirant une nouvelle
(i) Lib. r. c. 3a.
(a) Satrr. II., v, 5.
(3) Lib. I.
C4) JEneid. lib. FIJI, p. 65a.
confiance dans leur courage. Nous adopterons ce dernier sentiment comme .celui de l'auteur lè plus ancien, lé plus exact^ et le plus impartial ( i ).
Les Gaulois continuèrent pendant les années suivantes, et jusquei vers Tan 349 avan* Jésus-rChrist, de menacer Home de temps à autre, tantôt seuls , tantôt avec dès renforts qui passoient les Alpes pour se joindre à- eux, quelquefois même avec les Samnites et les Toscans. Maison peut croire que leurs succès furent balancés i et même effacés par de grandes défaites , quoiqu'on ne puisse pas toujours compter sur la véracité des historiens Romains qui ont rendu compte de ces guerres. On peut soupçonner avec quelque fondement que ces écrivains ont exagéré les avantages de leurs compatriotes , en diminuant ou passant sous silence les succès de leurs ennemis. Les points de comparaison nous manquent , puisque les Gaulois n'avoient de leur côté aucuns panégyristes qui pussent transmettre le récit de leurs eiploits à la postérité.
Les guerres longues et sanglantes que les Romains eurent à soutenir contre des ennemis aussi redoutables, les avoient aguerris. Florus dit ( a ) que les Gaulois étoient nés pour la ruine des villes et pour la destruction des hommes. Le génie tutélaire qui veilloit sur les destinées de Rome , empêcha ces peuples remuans et ambitieux d'embrasser le parti des Carthaginois pendant la première guerre punique , cè qui aurpit peut-être empêché les Romains de triompher de leurs rivaux.
(i) Potyb.,lib. letU.
(a) Lib. I. , cap. i3.
- Cet1 assoupissement de l'humeur guerrière des Gantois Gsàlpi ris 'se 'prolongea jusqucs en l'an 23^ avant Jésus* Christ ; mais à cette époque , l'arrivée d'une armée qui avoît passé les Alpes les ayant rendus plus entreprenons et plus' hardis,' ils vinrent pilier le territoire de Rome, et mirent le siège devant Rimini. La division qui s'introduisit alors parmi eux arrêta leurs succès, et- ils se retirèrent. €. Flariiiniùs fit rendre en Tan ^32 line loi pour partager aux soldats les terres du Picentin ënlevéed au* Séaonois, ce cjùi' excita l'indignation de tous les autres Gaulois Cisalpins. Ils attirèrent ; par 1 appas du gafr* , un grand nombre des peuplés appelé* Gesates , qui habitoient vers les bords du Rhône et qui accoururent sous la conduite de deux de leurs rois , Aneroeste et Gongolitanus (t). On vit bientôt une' armée formidable s'avancer de nouveau vers Rome , menaçant, ainsi qu'un torrent grossi tout-à-coup , de tout entraîner sur son passage.
Les Romains épouvantés se rappelèrent l'expédition de Brennus et toutes les victoires des Gaulois j ils firent des préparatifs formidables pour leur résister. Ils levèrent une armée de trois cent mille combattons (a) , attirèrent dans leur parti plusieurs peuples de l'Italie , parmi lesquels se trouvèrent même des Gaulois, et s'avancèrent au devant de leurs ennemis. Les années se trouvèrent en présence à quelque distance de Fésule , ville d'Ëtrurie ; les Gaulois laissèrent avancer l'armée Romaine jusqu'auprès de cette ville, et la défirent; on ne sait quelles auraient
(i ) Potyb. lib II. — TH. Liv. Epitom. , Ub. XX. (a) TiULi».BPitotn.,lib.XX. : ..
été les suites de cette action y si, Le consul jEaulfus , chargé de défendre les côtes de l'Adriatique et instruit de l'irruption des Gaulois, n'eût cherché à lçs joindre en accourant au secours de l'armée vaincue. Mais ceux-ci satisfaits çle leur butin» levèrent leur camp' d'après L'avis d'Anéroes}e \9 et cherchèrent à regagner leur patrie,, en se retirant le long des bords de la mer de Toscane. j£milius n'osa les attaquer de fron; , et s'en tint ^ les harceler sur leurs deiy ritoes * il avait néanmoins perdu toute espérance de les arrêter » lorsque le: hasard le plus imprévu vint encore soutenir la splendeur du nom et des armes de Rome.
Le consul Attilius revenant de la Sardaigne à la téte de son armée, avoit abordé sur les côtes de Toscane , 1 et marchait y sans le savoir, au devant des Gaulois gui coftuV nuoient leur retraite devant son collègue u£muiu&., Il fut instruit de leur position près du promontoire appelé félamon , où il forma le projet de les surprendre et de les combattre; les Gaulois se trouvèrent donc entre deux aimées, et 'firent téte des deux côtés; il y eut une action générale , dans laquelle on fit de part et d'autre des prodiges de valeur, et dont l'avantage demeura aux Romains. Quarante mille Gaulois restèrent sur le champ de bataille , et dix mille furent faits prisonniers avec leur roi, Congolitanus. Anéroeste, désespéré de sa défaite, se donna luimême la mort. Mais cette victoire coûta cher aux Romains, puisqu'un grand nombre de leurs soldats y perdit la vie, et que le consul Attilius lui-même fut frappé mortellement au milieu de la mêlée. *
Jusque là , les Gaulois avoient presque toujours été les agresseurs dans leurs guerres avec les Romains ; ceux-ci prirent à leur tour. l'offensive , et conservèrent leurs avan-
tages sur ces peuples qui les avoient fait trembler autrefois au sein même de leur capitale; enfin l'an aaa ayant Jésus-Christ, les Gaulois essuyèrent une déroute corn* piètre près de Clasûdium, qui termina ce que Ion peut véritablement appeler une guerre de cent soixant&x ans , puisque -, pendant cet espace de temps , les Gaulois ne posèrent presque point les armes. Dans cette dernière affaire > Marcellus, qui- commandoit farinée romaine, tua de sa main leur roi Viridomar , et / par cette action courageuse qui décida la victoire, il délivra Rome de ses ennemis les plus acharnés et les plus redoutables (i).
Cependant , les Gaulois étaient comprimés plutôt que soumis y ils nourissoient un fond de haine implacable contre leurs vainqueurs , et n'attendoient qu'une occasion favorable pour la laisser éclater. Les Boïens levèrent les premiers l'étendart de la révolte , et remportèrent plusieurs avantages sur les Romains ; mais ces ennemis n'étoient pas alors ceux qui leur donnoient de l'inquiétude 5 Rome voyoit se former contr'elle un orage plus éloigné, il gros* sissoit chaque jour , et déjà elle redoutoit son approche. Annibal faisoit en Espagne des préparatifs redoutables pour aller porter la guerre en Italie. En Fan ai8 avant Jésus-Christ, il passa les Pyrénées et traversa la Gaule avec une puissante armée ; cependant frappé de la grande renommée de l'ennemi qu'il allait combattre au milieu de ses foyers , et arrêté par les obstacles que lai présentoient les sommets escarpés des Alpes , il flot toit encore incertain sur le parti qu'il devoit prendre. Des envoyés 4e la Gaule Cisalpine le déterminèrent à vaincre toutes les difficultés
(i) Pot». , /**. n.
pour pénétrer en Italie. On croît généralement qu'il traversa le Rhône :près de Roqueinaure , à deux lieues audessus d'Avignon ; mais lès historiens ne sont pas d'accord snr l'endroit où il rénssit à se frayer un passage au travers des Alf$es. A son arrivée , les Gaulois lui tinrent parole en se joignant à lui. Les détails de cette expédition connue sous le nom de seconde guerre punique, appartiennent à la grande histoire xLe Rouie et de .Çartliage -, nous nous bornerons à faire remarquer que les Gaulois contribuèrent puissamment aux succès que les Carthaginois obtinrent sur les Romains (i). Ces deux ennemis, acharnés à la ruine l'un; de l'autre, se disputèrent long-temps la victoire ; elle se décida enfin pour les Romains ; la bataille de Zauia remportée en l'an 203 avant Jésus-Christ sur Anuibal par Scipion fut décisive , et Carthage céda au génie qui tenoit les grandes destinées de Rome. Les Gaulois furent enveloppés dans la ruine de leurs alliés ; ils essayèrent cependant encore dans les années suivantes de briser leurs chaînes : ce ne fut qu'en l'an 191 que le consul P. Cornélius Scipion abattit la dernière téte de cette hydre toujours renaissante. Deux années après , affbiblis par de longs revers , et toujours indignés du joug sous lequel ils plioient, les Boïens qui avoient été les plus acharnés et les plus disposés à se révolter contre les Romains, abandonnèrent l'Italie. Retires dans FUlyrie > chez les Taurisques , ils se mêlèrent h tjcès peuples et se confondirent ensuite tellement avec eux; que leur nom même disparut entièrement (a). ; . ' ... , !
< 1 ) Tit, Up., lib, XXIX à XXXIX.
(a) Strab. , lib. V. .
Ainsi l'Italie se trouva délivrée des plus dangereux de tous ces hôtes ambitieux et redoutables qui pendant plus de quatre siècles s'y étoient maintenus par la force de leurs arraesT et qui avoient plusieurs fois menacé d'anéantir la puissance même des Romains. Quelques années après , des Colonies de Gaulois transalpins , forcés par la trop grande population de leur pays d'aller chercher une antre patrie , pénétrèrent de nouveau en Italie , dans le dessein de s'y établir ; mais ils s'y présentèrent presqu'en aupplians, et non pas en conquérans comme leurs anciens compatriotes ; ils demandèrent au Sénat quelques contrées dans lesquelles ils pussent habiter. Cette demande leur ayant été refusée , ils retournèrent paisiblement dans leur premier pays.
Nous avons suivi l'expédition de Bellovèse et nous avons passé en revue les principaux événemensqui en "furent la suite; revenons à celle de Sigovèse que nous avons laîbsé dans la Pannonie et sur les bords du Danube., ,
Les .Gaulois qui s'étoient portés dans les contrées du Nord sous la conduite de ce chef, ne s'y étoient établis tfu'après avoir surmonté beaucoup d'obstacles , et furent pendant longtemps inquiétés parleurs voisins; cependant ils avoient réussi à se maintenir dans leurs conquêtes , «t de longues guerres, (ointes à lapretédu climat , avoient Tait prendre à leur courage une teinte de barbarie et de ierocité» L'histoire qui se tait sur leurs annales pendant plusieurs siècles,, fait mention d'une députation qu'ils envoyèrent à Alexandre-le-Grand, l'an 3*4 avant Jésus- Christ; mais ce ne fut qae vers l'an 279 que la soif des -conquêtes se fit sentir de nouveau chez ces peuples. Ils s'avancèrent du^ïôté des pays situés au midi du Danube
et menacèrent la Macédoine et la Grèce. Les historiens s'accordent assez généralement à dire que leur armée se partagea en deux corps , dont l'un fut commandé par Belgius et l'autre par Brennus , nom déjà illustré un siècle auparavant par la prise de Rome. Le premier se dirigea vers la Macédoine, et 1 autre prit le chemin de la Grèce. L'héritage du grand Alexandre avoit été partagé entre de nombreux compétiteurs , qui s'étoient encore affoiblîs j»ar les rixes sanglantes qui s'étoient élevées entreux. À l'époque de l'invasion des Gaulois, le trône de Macédoine étoit occupé par Ptolemée Ceraunus, tyran cruel autant que dépravé. Comptant trop sur la réputation de bravoure de ses soldats , il méprisa le petit nombre de ses ennemis, marcha contr'eux et leur livra le combat sans réflexion et sans précaution. Son armée fut taillée en pièces, tout fut tué ou pris j lui-même renversé de son éléphant fut massacré sans pitié et sa téte portée en triomphe suivant la coutume barbare des Gaulois. Ce fatal événement répandit la consternation dans la Macédoine , que Belgius continuait de parcourir et de ravager. Il kit enfin arrêté par Sosthène , qui le repoussa et délivra ensuite sa patrie de ce terrible ennemi, en rejetant les Gaulois au-delà de ses frontières ; ces succès ne furent pas de longue durée, car Brennus qui s'étoit avancé du côté de la Grèce, à la téte du second corps de ces barbares", informé du sort de Belgius, et saehant que toutes les richesses de l'Orient étoientaccumulées dan* ce royaume, voulut y pénétrer à son tour. Son armée étoit composée de plus de cent cinquante mille' hommes d infanterie , et de quinze à vingt mille cavaliers (i); il profita dfe l'aflbi-
bussemem des Macédoniens, et les défît dans un combat ou le brave Sosthëne , digne d'un meilleur sortit dune plus longue carrière ,. perdit la vie j il étendit ensuite ses ravages dans toute la Macédoine. L'avidité du butin citoissoit parmi les Gaulois avec leur succès, et Brennus médita d'aller piller le temple de Delnhesj là renommée vantoit les immenses richesses rassemblées dans ce temple , situé dans la Phocide sur le sommet escarpé du Mont- Parnasse. Le chef Gaulois dirigea donc son armée . de ce côté ; mais arrivé dans le pays des Dardaniens: (i) , la division éclata parmi ses soldats , et vingt mille le quittèrent pour aller seuls tenter d'autres exploits. : f
Brennus s'étarit avancé jusqu'à Heraclée, après avoir passé le Sperchius et en commettant toutes sortes de dégâts sur son passage , fut arrêté devant cette ville par le courage des Etoliens qui la défendoient. Pendant long-temps les Theroiopyles furent pour lui un obstacle insurmontable , qui lui barroit le chemin de la Grèce ; mais à la fin les peuplés de Tbessalie que son voisinage inquiétoit, et qui vouloient à tout prix se débarrasser des Gaulois , leur indiquèrent un sentier praticable dans le mont OEta. Brennus le traversa à la tôte de quarante mille hommes seulement, laissant le reste de ses troupes pou» garder le camp devant Héraclée. 11 repoussa le peu de troupes qui voulurent s'opposer à sa marche et entra dans la Phocide. 11 marcha ensuite droit à Delphes , dont la conquête lui échappa pour avoir passé deux jours dans les réjouissances et le repos. Les poètes *t les autres*
(i) xsu z.v, ub. xxxvm, c. i&
auteurs grecs ont embelli des fictions de la mythologie , la défaite des Gaulois qui furent obligés de lever le siège et de prendre la fuite. Le plus grand nombre périt dans la Phocide ; le reste harcelé par les Athéniens et par les Boéotiens , fut réduit à un très-petit nombre qui réussit à regagner le camp devant Heraclée. Brennus avoit reçu une blessure légère ; mais ne pouvant se consoler de ses revers , il se perça de son épée , laissant à peine dix mille hommes de cette grande armée qui l'avoit suivi. Ces malheureux débris se donnèrent un autre chef, sous la conduite duquel ils cherchèrent à retourner dans leur pairie ; mais les Thessaliens et les Maliens qui les attendoient an passage du Sperchius , les attaquèrent et les détruisirent' jusqu'au dernier.
On ne peut d'après ce récit, qui est conforme aux meilleures traditions , adopter l'opinion des auteurs qui ont écrit que les Gaulois s'emparèrent du temple de Delphes, qu'ils le pillèrent, et, chargés de ses riches dépouilles, rapportèrent une prodigieuse quantité d'or dans leur patrie. U faut aussi remarquer que les Gaulois qui reparoissent dans l'histoire et que l'on retrouve , après cette époque, dans la Thrace et dans l'Asie, ne peuvent être que ceux qui se séparèrent de Brennus à son arrivée chez les Dardaniens , et non pas , comme quelques auteurs l'ont avancé, les restes des Gaulois échappés de Delphes. Nous parlerons plus loin de ce qui arriva dans l'Asie , et nous continuerons , en ce moment , à passer en revue les autres bornes qui sortoient fréquemment de U Pannonie.
Après la mort de Sosthène , et après un long interrègne, Antigone Gonathas avoit succédé à Ptolemée sur
le trône de Macédoine ; les Gaulois Pannoniens , peu sensibles aux revers de leurs compatriotes , reprirent les armes Tan 277 ayant Jésus— Christ. Après quelques légers combats contre les Gètes et les Triballiens, dans lesquels ils eurent l'avantage , ils s'avancèrent au nombre de dixhuit mille hommes d'élite jusqu'aux frontières de la Macédoine. Antigone les laissa s'engager dans le pays , fondit sur eux, les défit complètement et força leur nation à lui, demander la paix. Quelques années après, ils contribuèrent, comme alliés, à la conquête du même royaume par Pyrrhus. Partout où le bruit des armes se faisait entendre, on étoit sûr de trouver des Gaulois; ils servoient même quelquefois dans deux armées opposées l'une à l'autre j mais , les armes à la main , ils ne connoissoient plus ni parens ni amis. Les revers que ces peuples avoient essuyés dans la Phocide et dans la Macédoine, ne les découragèrent point ; nous allons voir, au contraire , que leur population toujours croissante ne tarda pas à jeter encore de nombreux essaims qui se répandirent dans toute FAsie.
Lan 2-7-7 avant Jésus-Christ, le trône de Bythinîe étant
devenu vacant , Nicomède et son frère Zibétès se disputèrent la couronne de leur père. Le premier demanda du secours aux Gaulois qui, connoissant les avantages qu'ils pouvoient trouver en Asie, s'empressèrent défaire alliance avec lui. Ayant traversé la mer , ils se joignirent à ce prince, et l'aidèrent à triompher de son frère et à monter seul sur le trône. Mais Nicomède fut obligé de payer de la moitié de ses états l'appui de ces auxiliaires dangereux.
Les Gaulois s'étoient d'abord établis dans le voisinage
de la mer; mai», cherchant toujours à s'étendre , ïls s'avan~ Cèrent dans l'intérieur des terres et obtinrent la partie septentrionale de la Phrygie , à laquelle ils donnèrent le nom de Galatie : ce pays prit aussi celui de Gallo-Grèce* du mélange des nouveaux babilans avec les Grecs de cette contrée. Tite-Live(i) dit que leur nombre n'étoitque de vingt mille , dont la moitié seulement étoit armée , et que, cependant, ils poussèrent leur conquête jusqu'au mont Taurus.
Trois peuples principaux paroissent avoir habité la Galatie , qui se trou voit située entre la By thinic , la Phrygie, laCappadoce et la Paphlagonie ; les Téctosages , sortis des peuples du même nom dans la contrée méridionale de la Gaule qui depuis a fait partie du Languedoc; les Tolistoboiens, qui avoient peut-être fait partie des Boiens de la Gaule , et les Trocmes , dont l'origine n'est pas connue. Les Galates se rendirent bientôt redoutables à leurs voisins; ils obtinrent même des tributs des rois de Syrie , les plus puissans souverains de toute l'Asie. Attale , roi de Pergame, leur ayant refusé en l'an 241 avant Jésus-Christ cette soumission honteuse, ils lui firent la guerre et furent battus et repoussés au-delà de la mer. Cet* échec ne fut que momentané, car ils soutinrent encore, avec avantage, pendant plus de cinquante ans, de longues guerres contre plusieurs autres rois de l'Asie (2).
L'an 189 , Antiochus-le-Grand ayant été défait , les Romains commandés par Maniius, qui avoit succédé à
ii)Lib. XXXVIII, e. 16.
(a) Justin., lib. XXVI XXVII et XXVIU.— Pansa», in Jttic.
Scipion , attaquèrent les Tolistoboiens et les défirent; ils soumirent ensuite les Téctosagçs et les Trocmes auxquelles ils accordèrent la paix, sans autre condition que de vivre en paix avec leurs voisins , principalement rayée £nméne allié de Rome (i). Cette victoire valut à AfcuUus des félicitations et des couronnes de la part des villes grecques et des peuples voisins , des Galatep, qui avoieqt subi pendant quatre-vingtrhuit ans le joug de ces guerriers farouches et qui paroissoient invincibles. Ils n'en saisirent pas moins, après cette époque, toutes les occasions qui se présentèrent d'inquiéter leurs voisins. L'an 88 avant Jésus-Christ, ils secondèrent Mithridate dans la lutte qu'il eut à soutenir contre. les Romains; mais ce prince ayant soupçonné leur fidélité , voulut se venger sur eux de sa défaite en leur imposant ses lois ; il leur envoya pour les commander un gouverneur qu'ils chassèrent, et ils ser couèrent ensuite, sans beaucoup de peine;, le joug sons lequel Mithridate s'était flatté de les faire plier.
Pompée usa de ménageinens étovecs les GalatfiS y ile** la politique de conserver le nom de Xétraques aux quatre chefs qu'il commit pour les gouverner, l'an 65 avant Jésus- Cbrist Cet état ne fut point changé pendant quarante ans, après lesquels Auguste réduisit la Galatie en province romaine. •; ; . ,\ 'i- >a
Revenons aux Gaulois qui se séparèrent de Brennus dans le pays dos Dardaniens, et avant son expédition contre Delphes. Quoiqu'en petit nombre , ils avoient, sous la conduite d'un chef nommé Comontorius , assiégé , pris
{i)Tu.Lit>.,ub.jcxxrin*c.ii-&. . ,
et pillé la ville de Bysance dans ïa Thrace; ils avoient ensuite fondé dans le voisinage le Royaume de Tyle , fan 278 avant Jésus-Christ Leurs voisins , et principalement les Bysantins, achetèrent la paix au moyen d'un tribut annuel qui fut porté successivement jusqu'à quatre-vingts tâlens (1). Environ soixante ans après la fondation de Tyle , l'insolence et la cruauté de Cavare , roi des.Gaulois,# souleva contre lui tous les peuples de la Thrace , qui se réunirent pour le combattre ; il s'avança , de son côté , pour leur tenir téte , mais il ne put résister au nombre et périt lui-même avec la plus grande partie des siens ; le reste fut pris ou mis en fuite , et le Royaume qu'ils avoiént fondé , et qu'ils ne surent pas conserver, fut détruit après soixante ans seulement d'existence (2).
Il nous reste pour compléter cette histoire abrégée des colonies sorties de la Gaule , à parler des Scordisques, qui s etoient établis au confluent du Danube et de la Save, à-peu-près ou se trouve aujourd'hui la ville de Belgrade. On nef sait pas au juste l'époque où commença cet établissement. Onpeutconjecturerseulementqueles Scordisques étoient des Gaulois sortis de la Pannonie, en même rteinps on peu après le départ de Belgius et de Brennus pour la? Macédoine (3); car on ne peut s'arrêter au sentiment des auteurs qui ont prétendu que cette colonie ainsi que celle de Tyle, s'étpient composées des débris de l'armée de Brennus après sa défaite à Delphes.
( 1 ) Le Talent Auique e»t éraloë • enTÏron a7oo frtnci. ( Voy. Eùentchmid de Ponderibiu).
(a) Tit. Liv., lié. XXXVttl, c. 16.
( 5 ) Justin. ; — Strai, — P autan. ; — Tit, Lût. , etc.
Les Scordisques plus nombreux et plus puissans que les Gaulois de Tyle , s'étoient surtout rendus redoutables par leur férocité. Ils oftroient à leurs Dieux des victimes humaines , et faisoient périr dans les tortures les ennemis qui tomboient entre leurs mains. Ils s'étoient familiarisés avec tous les excès de la cruauté , au point de les exercer sans remords, et de ne les considérer que comme des pratiques nécessaires à leur sûreté. Cependant leur courage égaloit leur barbarie , et il ne tardèrent point à s'étendre dans Flllyrie et dans la Thrace ; ils s'emparèrent aussi de presque toutes les îles du Danube, et se rendirent si redoutables à leurs voisins, que leurs frontières se trouvoient séparées des pays habités par plusieurs journées de marche dans un désert inculte et entièrement abandonné. Tour-à-tour ennemis et alliés des peuples de Flllyrie et de la Macédoine , ils ne vivoient que de la guerre et du pillage. Quelques auteurs ont pensé que Persée, roi de Macédoine, auroit pu résister encore longtemps aux Romains., si son avarice ne l'eût pas porté à refuser l'appui d'un corps nombreux d'auxiliaires Gaulois qui se présenta pour le servir, et qui eût peut-être décidé à son avantage la guerre qui causa sa ruine l'an 168 avant Jésus-Christ (i). ,
Lorsque la Macédoine et l'Illyrie eurent subi le joug des rVomains , les armes de ces conquérans ambiueux ne tardèrent pas à se tourner contre les belliqueux Scordisques ; en Tan i35, le Préteur Cosconius obtint sur eux quelques avantages qui neurent que des résultats peu
( i ) TiU Lw. , tib. XLir, c a6.
importai». En Tan n4,le Consul Çaton s'étant imprudemment engagé dans leur pays , y périt avec son armée , dont les Gaulois poursuivirent les débris jusque sur les bords de la mer Adriatique. Profitant de ces succès , ils ravagèrent l'Istrie et la Dalmatie ; mais le Propréteur Didius les battit et les rejeta dans la Thraee. Depuis cette époque , les Romains les tinrent presque continuellement en échec ; le courage de ces barbares , lutta vainement contre les armes victorieuses et la discipline de leurs vainqueurs, jusques à Pan 85 avant Jésus-Christ, qu'ils furent entièrement soumis par Sylla. Nous dirons , poux n'y plus revenir, que dans la suite ils essayèrent encore plusieurs fois de secouer le joug , et qu'ils ravagèrent même la Macédoine sous le règne d'Auguste (i).
On a regardé comme - des descendans des Gaulois Scordisques , les Taurisques qui habitoient l'IHyrie et qui reçurent chea eux les Boïens, lorsque les Romains les eurent forcés d'abandonner l'Italie. Ces deux peuples réunis , furent vaincus dans la suite par les Daces, qui firent de leur pays un désert, après eu avoir anéanti la population (a).
Les Japides paroissent avoir eu la même origine que les Taurisques 5 ils habitoient l'extrémité orientale des Alpes , et s'étendotent d'un côté vers la Pànnonie et le Danube , de Fautre vers la partie des côtes de la mer Adriatique , qui depuis a formé la Croatie.
Les anciens géographes ont cru retrouver la trace de
( 1 ) Flor. , lib. IV, — Dio. Cau. , lib. LIV.
(a) Strab., lib. V* VU. — Pli»., lib.JU,ci>i*
rétablissement des Gaulois , jusque dans la Seythie (i) ; plusieurs auteurs disent positivement qu'ils pénétrèrent èn effet lans ces contrées éloignées (2),
Les Boïéns qui s'étoient arrêtes dans la Bohême et qui s'y étaient établis , s'y maintiurent jusqu'au règne d'Auguste. Mais à cette époque, ils furent attaqués et vaincus par les M arcomans , peuples de la Germanie , qui les forcèrent d'abandonner leur pays. Ils traversèrent le Danube et vinrent chercher un asile dans la Vindélicie , à laquelle ils donnèrent, selon l'opinion la plus commune, le nom de Êoïaria , et qui depuis est devenue la Bavière. Il est vraisemblable que les descendans de ces peuple* firent dans la suite partie de cette puissante confédération des nations du Nord, qui lors de la décadence de FEmpire Romain , se liguèrent pour entrer dans la Gaule et réussirent à s'en emparer.
La dernière colonie Gauloise dont nous parlerons , est celle qui passa dans la Germanie du temps d'Auguste 5 et s'empara des champs Décumates , que les MarcomanS avoient abandonnés pour s'établir dans la Bohême à la place des Boïens. Cette colonie ne subsista guéres que jusque vers le troisième siècle de l'Eglise, que les Allemands la détruisirent et firent disparoitre son nom de la liste des peuples.
Nous ayons voulu terminer entièrement la revue rapide que nous nous proposions de faire des nombreuses colonies que les Gaulois envoyèrent de tous cdtés depuis les temps anciens , et nous nous sommes attachés aux éve-
< 1 ) Ptolem. , Ub. UI. — Strab , Ub. XII. — -Pli». , Ub. Vï, c. i3. ( a ) TH. Liv. , Ub. XXXVIII, c. i6.
nemens les plus importans de ceux qui suivirert ces migrations fréquentes. Nous avons vu ces peuples porter la terreur de leur nom et la force de leurs armes dans les contrées les plus éloignées , y disputer le terrain aux anciens habitans, et les obliger de les laisser vivre au milieu d'eux oit de leur abandonner leur propre pays. Si leur discipline , leur prudence et leur modération dans les succès eussent égalé leur courage, ils seroient devenus les maîtres du monde ; mais leur insatiable avidité , leur ambition , et souvent leur férocité, les rendirent odieux aux peuples chez lesquels ils cherchèrent à s'établir; ils furent tour-à-tour les ennemis, les auxiliaires ou les alliés de toutes les nations qui eurent des guerres à soutenir autour d'eux ; souvent même , comme nous l'avons déjà fait remarquer, ils se trouvèrent à la solde de deux nations ennemies et se battirent les uns contre les autres.
Nous serons obligés de rétrograder un peu pour revenir à la Gaule Transalpine, dont les innombrables essaûns, répandus de tous côtés , nous ont occupés jusqu'à ce moment. Les* Romains dont la puissance et la gloire avoient été plusieurs fois sur le point d'être ruinées par les Gaulois Cisalpins , s'étoient aguerris par les luttes continuelles qu'ils avoient eu à soutenir. Après avoir soumis toute l'Italie et la Sicile , ils avoient établi leur domination dans la Macédoine , dans la Grèce et dans l'Egypte ; l'Asie et l'Afrique avoient reçu leurs lois, èt ils avoient enfin conquis l'Espagne. Leurs légions victorieuses cernoient la Gaule , et sembloient s'être ménagé cette conquête comme, la plus difficile, et comme celle qui devoit couronner leurs exploits de la manière la plus éclatante. Dès l'an 166 avant Jésus-Christ, les Romains avoient
voulu disputer aux peuples des Alpes l'exploitation de quelques mines d'or situées dans leurs montagnes; cette tentative , ainsi que plusieurs autres qu'ils firent dans des temps postérieurs, furent sans succès, et ils ne purent s'emparer de cetté Branche de commerce.
Les habitans de Marseille, depuis la fondation de cette ville, ayoient soutenu des guerres presque continuelles contre leurs voisins , principalement contre les Liguriens et les Saliens ; i]s- les avoient presque toujours repousses sans autre appui que leur propre force; mais Tan i55 avant Jésus-Christ, leurs ennemis s'étant réunis en plus grand nombre pour renouveller leurs attaques , ils ïnenacèrent surtout Nice et Antibes , villes du territoire des Marseillois. Ceux-ci se décidèrent à demander du secours aux Romains , qui leur envoyèrent d'abord trois Commissaires chargés de pacifier les deux partis. Les Oxybiens qui faisoient partie des Saliens ayant insulté ces envoyés , le Consul Q. Opimius marcha au secours des Marseillois à la téte de son armée, et battit leurs ennemis. Il désarma les Oxybiens, et partagea la plus grande partie de leurs terres entre les habitans de Marseille. Il retourna ensuite en Italie , sans s'occuper de se maintenir dans la Gaule.
Environ trente ans après, les mêmes divisions se renouvellèrent , et les Marseillois eurent encore recours à leurs puissans alliés, qui leur promirent de prompts secours; mais , devenu plus ambitieux, et se proposant depuis longtemps de pénétrer dans la Gaule, le Sénat y envoya le Consul Fulvius avec uue armée qui repoussa les Saliens. Cet avantage , quoique peu considérable , valut cependant au Consul les honneurs du triomphe , parce qu'à Rome cette victoire fut regardée comme le présage de succès
pks importaus, et peut-être même de la conquête entière de ces contrées populeuses qui sembloient manquer k la puissance des Romains.
L'année suivante -, i»4 avant Jésus-Christ , le Consul C. Sextius Calvinfusayant défait corn piètre ment lesSaliens , distribua aux Marseillois tout le pays qu'il leur avoit enlevé , ne se réserrant que le terrain sur lequel il avoit combattu et remporté la victoire. Pendant l'hiver, il y lit bâtir une ville qui prit de lui et de la source d'eau thermale qui s'y trouvoit le nom ^CAquœ Sextiœ , c'est AixeU Provence. Ce fut la première possession des Romains dans la Gaule; elle devint le point d'appui et le centre duquel ils partirent pour s'étendre ensuite dan» les pays environnais, y former des établisse mens et s'y maintenir.
A Sextius succéda dans la même année Domitius , qui viat prendre le commandement de l'armée ; les Ëdnens peuples puissans et nombreux , dont la ville principale était Bibraete (Autan) étoient en guerre à cette époque avec les Atlobroges qui habitaient entre les Alpes , le Rhône et l'Isère et avec les Arvemiens , ( habitans de l'Au-î vergue). Les Romains s allièrent avec les Eduens , et firent cause commune avec eux contre leurs ennemis ; se mêler des querelles survenues entre les principaux peuples de la Gaule leur paroissoit le moyen le plus sûr d'y pénétrer , subordonnant leur condnite- aux occasions et âUx événemens. Domkius marcha donc contre les -Allobroges et les Arverniens y et les rencontra dans le voisinage de Vindaïium , près du confluent du Rhône et de la Sorgue; l'action fut vive et la résistance opiniâtre des deux cotés; mais les éléphans ayant porté la terreur dans les rangs des
Gauwis , ils d&idèréitf la victoire en fevetir des Romains} qui firent un grand carnage de lewrs enntemis et emmenèrent (rois mille prisonniers (i).
Deux ans après , les Arverotens tentèrent le sort des armes contre leurs vainqueurs, sous la conduite dé Bitui^ tus leur Roi. Ce prince , fier de compter sous ses ordres près, de deux cent mille combattais , se crut assuré du succès , et négligeant toutes précautions , courut inconsi* dérément au-devant de sa perte. U rencontra l'armée Romaine , commandée par le Consul Q. Fabius Maximus, prés de la jonction du Rhône et de liséré , et lui livra le combat j mais il fut défait entièrement, et les historiens disent qu'il perdit dans cette action plus de la moitié de son armée (a}. Douait» us j jaloux de la gloire de son col* lègue , profita de la paix qu'il avait accordée après le combat de l'Isère, aux Arverniens, aux AUohroges et aux Ruténieus, pour attirer Bituitus dans son camp- Ce prince s'y rendit sans défiance j Domitius violant les lois de l'honneur et de l'hospitalité , le fit arrêter et conduire à I\ome comme prisonnier. On a reproché à Fabius d'avoir souffert qu'un Roi détenu par une trahison et contre la foi des traités , relevât par sa présence la pompe de. son triomphe. Le Sénat crut dans la suite faire oublier l'approbation qu'il avoit donnée à une action indigne du peuple Romain, en faisant élever avec som le fils de Bituitus, auquel il rendit les Etats de son père.
Après la victoire de Fabius , tout le pays qu'il avoit con* quis , devint une province Romaine. Le Consul Manlius y
(i) Strab. , lib. IV.
( a ) Appian. — Epitom. Tit. Lie. — Strab.
fonda , Tan 1 18 avant Jésus-Christ , la ville de Narbonne qui en devint la Capitale , et lui donna le nom de Gaule Narbonnoise. Elle renfermoit une partie du Languedoc , la Provence , la Savoye et le Danphiné. Douse ans plus tard , le territoire de Toulouse , ville du pays des Tectosages , fut réuni à cette province ( i ) par le Consul
Q. Cepio , qui en fit la conquête et y recueillit un immense butin.
Pour suivre régulièrement la marche d^s événemens, nous devons parler de l'invasion dans les Gaules des Cimbres et des Teutons , qui précéda et amena ensuite la prise de Toulouse. Les innombrables phalanges de ces barbares sortis du nord de l'Europe , s'étoient d'abord avancées vers la Bohème ', et avaient été repoussés par les Boïens: après avoir traversé lè Danube , ils s'étoient jetés chez les Scordisques et les Taurisques} mais ne trouvant pas le pays a leur gré, ils avoient rétrogradé et l'an n3 avant Jésus-Christ étoient entrés dans la Noricie (la Haute- Autriche et la Bavière). Ce fut là qu'ils se mesurèrent pour la première fois avec les Romains, commandés par le Consul Papirius Carbo * qui les surprit et les attaqua , sans cependant les vaincre. Ces barbares , profitant de cet avantage , s'avancèrent vers les pays occupés par les Romains. Quelques peuples de l'Helvétie se joignirent aux Cimbres , et tous fondirent sur la Gaule Narbonnoise ainsi que sur les contrées voisines. Les Arverniens et plusieurs autres peuples ressentirent les effets de leur fureur et de leur cruauté , les Belges seuls parvinrent à leur résister (a).
( i ) Strab. , lib. IV. — Justin. , M. XXXII, c. 3. <>) Cœsar A Bell. GaUic., ty, IV, c 77.
Ils continuèrent pendant onze années de ravager toute la Gaule, dont quelques contrées n'évitèrent une ruine totale, qu'en fournissant à ces barbares des soldats qui se joignirent à eux pour faire la guerre dans leur propre pays. De ce nombre furent les habitans de Toulouse ; ce fut pour venger cette foiblesse honteuse , quoique commandée parles événemens, que le Consul Cepjo s'empara de leur ville et la pilla, Tan 10G avant Jésus-Christ. Le Sénat lu1 adjoignit l'année suivante le Consul Cn. Mallius , homme nul et sans considération. La mésintelligence s étant mise entre ces deux chefs, ils firent, par orgueil, la faute impardonnable de refuser les propositions de paix qui leur furent faites par les Cimbres ; une grande bataille fut livrée près du Rhône , dans laquelle on prétend que quatrevingt mille soldats Romains et quarante mille de leurs esclaves furent taillés en pièces. Cette défaite anéantit les deux armées des consuls : les vainqueurs s'emparèrent de leurs camps, mais pour remplir le vœu qu'ils avoient fait avant le combat, ils jetèrent dans le Rhône tout leur, butin , même les effets les plus précieux j ils y noyèrent les chevadx et massacrèrent le peu de prisonniers que l'acharnement du combat leur avoit permis de faire. Cet événement laissa toute la Gaule exposée à la fureur de ces barbares qui ne connoissoient ni frein , ni loix. Après avoir porté le fer et le feu dans tout le pays qui se trouvoit entre le Rhône et les Pyrénées , ils pénétrèrent en Espagne, mais ils en furent presqu'aussi-tôt repoussés.
Le Sénat de Rome voyqit ainsi s'échapper de ses mains, une conquête si long-temps méditée, déjà très-avancée, et qui lui avoit coûté de grands sacrifices ; il étoit contraint de renoncer peut-être pour toujours à s'emparer
des contrées occidentales de la Gaule, qui avoient jusqu'alors résisté à ses légions victorieuses. Le Consul Marius ne tarda pas à relever ses espérances , en prenant le commandement de l'armée Romaine j il commença par faire renaître le courage abattu du soldat , en lui promettant une victoire assurée , et en le conduisant sans retard au-devant de l'ennemi ; ayant rencontré près de la ville d'Àix , dans la Narbonnoise, les Ambrons et les Teutons , il les défit , et prit Teutobochus leur Roi. C'étôit un guerrier redoutable par sa taille gigantesque et par sa force extraordinaire; il orna dans la suite le triomphe de Marius. Cette bataille qui fut livrée l'an ioa avant Jésus-Christ , anéantit les deux nations qui la perdirent. L'année suivante le même Consul remporta près de Verceil , un autre avantage décisif sur les Cimbres , et mit un terme aux ravages de ces barbares , dont l'Empire et la Gaule furent enfin purgées (i).
Ônze années de guerres désastreuses avoient lassé et afloibli les Gaulois ; les Romains en avoient aussi beaucoup souffert , ils étoient d'ailleurs occupés dans l'Espagne dans l'Asie, et des troubles avoient même éclaté} dans l'Italie ; cette position critique les força d'ajourner de nouveau renvahissement des contrées de la Gaule qui n'avoient point encore été soumises à leur domination. Il y eut donc peu de mouvemens et d'événemens remarquables dans cette province pendant les quarante années qui suivirent la guerre des Cimbres. Les Saltens et quelques autres peuples tentèrent cependant de secouer le joug; mais
(O Fbr., m. III, c.3.
ils ne firent que l'appesantir , et s'y plièrent enfin entière» ment. Les Allobroges après avoir résisté pendant deux années à plusieurs généraux Romains chargés de les combattre , furent également soumis par Cn. Ponunus , Tan 6x avant Jésus-Christ (i).
Nous voici arrivés à cette grande expédition qui, après dix ans de nouvelles guerres , rendit César maître de toute la Gaule. Ce conquérant fameux en a lui-même tracé le récit ; nous y puiserons l'exposé rapide que nous allons en faire ; nous entrerons ensuite dans quelques détails sur la division géographique de la. Gaule , qui n'a été bien connue qu'à cette époque.
L'an 76 avant Jésus-Christ, Pompée avoit eu le gouvernement de cette province , et l'avoit conservé pendant quelque temps} il avoit combattu et chassé des Pyrénées □ne multitude de pillards , qu'il força de se réunir dans une ville, qui prit de ce rassemblement le nom de Cwvenm, Il soumit aussi plusieurs peuples de la Narbonnoise qui setoient révoltés.
Vers l'an 6t , Jules César, qui convoitait déjà la souveraine puissance et qui redoutait le crédit de Pompée » pensa qu'une conquête aussi «éclatante que celle de Ift Gaule , devait lui frayer le chemin du trône qu'il voulot* relever dans Home. Dans le même temps , Orgétotix» chef Hervé tien , ambitieux et entreprenant, avoit aussi formé le projet d'envahir cette province et de s'y faire couronner j mais il avoit fait un secret de son plan de domination à ceux de ses concitoyens auxquels il avoit persuadé d'en*
( 1 ) Salua, in BeUo Catitin. — Flor. , lib. IF, ci. — BpiUm. TU. ,
tib. an.
treprendre cette expédition ; elle fut ajournée à trois ans, temps que Ton jugea nécessaire pour s'y préparer et en assurer le succès. Dans cet intervalle , Orgétorix se rendit auprès de plusieurs « chefs Gaulois avec lesquels il fit alliance, et qui lui promirent de le seconder pour, lui faire obtenir la souveraineté. Les Helvétiens ayant été informés de ses projets, et jaloux de conserver leur indépendance, l'arrêtèrent à son retour et l'auroient condamné au dernier supplice , s'il n'eût été enlevé par dix mille de ses parenset de ses amis. Chacun alors courut aux armes, mais sa condamnation n'auroit été que différée , si sa mort qui paroît avoir été volontaire , n'eût arrêté les deux partis déjà prêts à en venir aux mains.
Cependant César poursuivant ses projets, avoit obtenu, Tan 5g , pour cinq années seulement , le commandement de la Gaule ; il ne perdit pas un moment pour s'y rendre et se mettre à la tête de l'armée. De leur côté , les Helvétiens toujours décidés à exécuter le projet conçu par Orgétorix , se réunirent l'an 58 au nombre d'environ trois cent mille , dont le tiers étoit armé et bien disposé a combattre. Ils détruisirent leurs habitations afin de se priver de tous moyens de retour» dans leur patrie , et ne conservèrent que ce qui leur étoit strictement nécessaire pour gagner les contrées qu'ils se disposoient à envahir. Us s'avancèrent ensuite vers la Gaule Narbonnoise , et tournèrent leurs premiers eflorts contre les Allobroges (1). César, instruit de leur marche, ayoit fait diligence pour les devancer à Genève. U commença par faire couper
< 1 ) Ccuar de BcU. Gail. , Ub. /.
le pont da Rhône, et construisit ensuite une muraille de seize pieds de haut sur une étendue de près de huit mille toises, et défendue par un fossé; les Helvétiens, arrêtés par ce retranchement, cherchèrent, en le côtoyant au norâ> une issue qu'ils trouvèrent enfin au travers du Jura.
Cette armée redoutable passa dans le- pays des Séquaniens et pénétra jusqu'à celui des Eduens. César n'avoit pas négligé de faire éclairer leur marche, et il arriva à grandes journées pour leur barrer le chemin. Il les joignit au passage de la Saône avant que les trois quarts de leur troupe eussent traversé cette rivière , fondit sur eux et les tailla en pièces ; il força tous ceux qui lui échappèrent à fuir et à se cacher dans les forêts ; et poursuivant ceux qui étoient au-delà de la Saône, il les joignit peu de temps après et leur livra la bataille la plus sanglante. Le carnage fut terrible des deux côtés,, mais la victoire demeura aux Romains ; environ cent vingt mille Helvétiens qui avoient échappés à ces deux combats furent obligés de rentrer dans leur patrie, et se trouvèrent trop heureux;4e pouvoir se construire de nouvelles habitations à la place de celles qu'ils avoient détruites. Ces premiers succès devinrent le présage de tous ceux que César devoû obtenir dans la suite : ils avoient rendu son nom redoutable, et la renom: mée qui le précédoit, diminuoitle nombre de ses ennemis et augmentait celui des peuples qui recherchoient son alliance. La désunion et la jalousie qui régnoient alors parmi les Gaulois , dont chaque pays avoit ses chefs et son administration particulière , servirent les intérêts de César ; il sut en profiter en politique habile , protégeant les uns , faisant la loi aux autres , et les forçant tous à solliciter son amitié ou à recourir à sa médiation. C'est ainsi
qu'il renouvela l'ancienne alliance des Romains avec les Eduens ; il embrassa leur parti contre les Séquaniens elles Arverniens qui prétendoient leur enlever la prééminence dans l'administration générale de là Gaule. Les Séquaniens avoient appelés les Germains à leur secours ; ces peuples , dont la* cruauté égaloit le courage , répandoient la terreur sur leur passage ; ils avoient depuis long-temps laissé percé leur projet de s'établir dans la Gaule , en s'emparant de plusieurs contrées dans le voisinage du Rhin , et dans le pays des Séquanièns leurs alliés. César , sur la demande des Eduens, fit inviter Arioviste, leur chef, à se retirer ; il ne tint aucun compte de cette demande , se confiant dans son titre d'allié des Romains. César ne fut point arrêté par cette considération, et se disposa sans délai à faire avancer son armée contre les Germains. Ses soldats laissèrent d'abord entrevoir quelque crainte en allant combattre cette nation redoutable, mais animés par les exhortations et surtout par l'exemple de leur chef, ils attaquèrent Arioviste , qui fut battu et contraint de repasser le Rhin avec up petit nombre des siens. Quelques historiens disent «que quatre-vingt mille Germains perdirent la vie dans cette bataille , à la suite de laquelle l'armée Romaine prit ses quartiers d'hiver dans le pays des Séquaniens (i). ;
L'an Sn avant Jésus-Christ , César voulut porter ses armes dans la Belgique , contrée de la Gaule , difficile à soumettre. Les Belges , qui setoient aguerris parleurs
( 0 Ottar de B,tl. Gatl, lib. I, c. *><-Bpilom. XX. Lm, Ub. CIT.- Flor.,lib.in,c. 10. -
guerres avec les Germains, avoient conservé des inoenrs sauvages ; peu accoutumés aux aisances de la vie et an luxe qui s'étoient introduits dans Le reste de la Gaule , lorsqu'ils étoient poursuivis par des ennemis trop nombreux » ils se retiroient avec leurs familles et ce qu'ils ayoient de meilleur dans des retraites inaccessibles qu'ils s'étoient ménagées au milieu de leurs épaisses forêts. Menacés pàY les légions Romaines, ils se rassemblèrent en grand nombre et commencèrent des incursions sur les terres des Gaulois, alliés des Romains. César ne leur donna pas le temps d*y faire beaucoup de progrès ; après avoir traversé l'Aisne , il les surprit au moment où ils se disposoient à attaquer le camp de Q. Titurios, sbn lieutenant, les battit complètement et en fit un grand carnage. Cette exemple enraya les autres peuples voisins de l'Océan ; les Suesso-r mens, les Bellovaques, les Yéromanduens , les Atrébates et les Ambianiens se rendirent sans combattre ; les Nerviens , voisins de Cambrai , comptant sur la sûreté de leurs retraites dans les forêts, ou ils avaient enfoui leurs richesses et conduit leurs familles, tombèrent i ttuaproviste sur le camp de César au nombre de soixante mille ; ils battirent sa cavalerie et enveloppèrent une de ses légions. L'armée Romaine auroit été détruite , si César ne se fut jeté danfe la mêlée presque seul d'abord , et ensuite soutenu par la dixième légion, la phis intrépide de toutes , les Nerviens qui se, croyaient déjà surs de la victoire , plièrent de tous cotés; ils furent taillés en pièces et détruits en grande partie-
Crassus , lieutenant de César» avoit soumis dans le même temps les peuples des côtes occidentales de la Gaule , parmi lesquels étoient les Vénètes, les UneUiens ,
les Osismiens et les Curiosolites. L'anné suivante , 56 avant Jésus-Christ, les Vénètes s'étant révoltés , César les battit dans un combat naval et les soumit de nouveau. Les armes des Romains étoient victorieuses dans toutes les contrées de la Gaule; ils sembloit que les peuples que César avoit eu à combattre n étoient plus les mêmes que ces anciens Gaulois dont le . courage et la gloire ayoient rempli le monde du bruit de leurs exploits , et qui alloient euxmêmes porter Ift guerre chez les nations les plus éloignées. Non-seulement ceux du temps de César ne savoient presque plus résister ; mais ils étoient réduits à implorer la protection et le secours de leurs vainqueurs , contre les mêmes Germains et les autres nations barbares qu'ils avoient autrefois fait trembler par leur renommé'e'et par leur valeur j ce fut César qui repoussa du nord de la Gaule les Usi frètes et les Teuchtéres , peuples de la Germanie , qtiïl; poursuivit au-delà du. Rhin et rejeta jusque chea les Si cambres (i). ••■ j.. ■
Lan 55 ce conquérant croyant poùvoir enfin compter sur Tentière soumission des Gaulois, passa dans l'île de Bretagne ; il la quitta Tannée suivante pour aller selon sa coutume passer l'hiver en Italie. Il revint au printemps dans cette île , ne laissant dans la Gaule qu'un petit nombre i de troupes que la disette le- fo/Çca même de disperser. Lies Belges; crurent le moment favorable pour se révolter; les Eburons, peuples des environs de Liège ^furent les premiers en armes ^ et> conduits par Ambiorix, ils détruisirent jusqu'au dernier homme, d'un
"♦ * » «v i , fi ' .
corps de troupes considérable commandé par deux lieutenans de César, Cotta et Titurius. Les Nerviens se joignirent aux Eburons", et attaquèrent au nombre de soixante mille, une légion dont Q. Cicero é toit le chef; elle auroit sans doute éprouvé le même sort que les troupes de Titurius et de Cotta, si César ne fût venu à marches forcées et à la tête d'un corps de sept mille hommes pour la secourir. Les Gaulois méprisèrent le petit nombre de leurs ennemis, qu'ils ne croyoi#nt pas suffisant pour leur enlever la victoire ; César eut recours à la ruse , il feignit de fuir afin de s'établir et de se fortifier dans une position avantageuse : les Gaulois donnèrent dans le piège et l'y suivirent; mais lorsqu'ils croyoient tomber sur des troupes découragées et à demi-vaincues , les légions sortirent de leur camp en bon ordre , les défirent et les mirent en fuite.
Cependant cette affaire inspira plus de défiance à César sur la soumission des peuples de la Gaule ; il se tint sur ses gardes , et n'oublia aucune précaution pour prévenir ou arrêter de semblables révoltes. L'événement justifia sa prudence , cardes troubles se manifestèrent en plusieurs endroits, entr autres chez les Sénonois et les Tréviriens. César fut encore obligé de passer le Rhin une seconde fois en Tan 5a, pour punir les Germains du secours qu'ils avoient accordé aux Gaulois révoltés contre lui; il revint ensuite dans la Gaule dont, cette fois le repos lui parois- Soit assuré. ■
Mais ce calme n'étoit qu'apparent ; ces peuples qui avoient perdu leur ancienne énergie , faisaient quelquefois un retour sur les siècles passés , et regrettoient leur ^première gloire et leur antique liberté .Ces idées ayant
pris plus de consistance , et s'étant propagées dHme contrée à une autre , les Gaulois voulurent cette fois tenter un grand et dernier effort pour recouvrer leur indépendance. La révolte fut concertée cbea les Belges, auxquels se joignirent ensuite toutes les autres nations de la Gaule , elles Romains furent menacés de la guerre la plus terrible qulls eussent encore eu à soutenir dans cette province. Tout sembla d'abord favoriser cette entreprise ;les rigueurs de Tbiver teno^nt les garnisons Romaines enfermées: celle d'Orléans fut massacrée; les Gaulois s'emparèrent ensuite de plusieurs places fortes et des positions lés plus avantageuses. Les Carautes et les Arverniens qui avoient la prépondérance dans cette confédération , choisirent pour chef Vercingentorix , recommandable par son rang et par sa bravoure. Il s'empara de Gergovia, ville de l'Auvergne t située sur une montagne escarpée et presqu'isolée (i). Il divisa ses troupes en corps nombreux qu'il détacha de tous côtés, afin de soulever le reste de la Gaule.: Ges détachemens pénétrèrent jusque dans la Narbonnotse el y menacèrent les Romains et tout ce qui tenoit encore» pour eux; le nombre des confédérés devint enfin si considérable , que l'Italie paroissoit à la veille d'une irruption semblable à celles qui y avoient anciennement porté le ravage et la terreur.
César informé de ce qui ce passoit, avoit rassemblé à la hâte ses légions , et avec cette rapidité qui déconcertoit tous les plans de ses ennemis , il arriva dans la Narbonnoise
(i) M. Pasnmot dan» «es Mémoires géographiques ( Paria 1765), a triabien déterminé l'ancien emplacement de celte ville.
tfoii il repoussa Lucterius qui y avoit pénétré; après ce premier succès il attaqua les Arverniens , s'empara de Genabum (Orléans) et de plusieurs autres villes. Poursuivant sans relâche ses avantages , il battit partout ou mit en fuite les Gaulois, et assiégea Bourges qu'il prit d'assaut. Ce vainqueur aussi heureux que brave , n'était plus accoutumé à trouver dans ces peuples qu'il croyoit avoir entièrement soumis , la résistance et 1 énergie qu'ils montrèrent dans cette guerre et dont on ne les croyoit plus capables. Ils se battoient avec autant d'intrépidité que d'acharnement, et lorsqu'ils ne pouvoient éviter la mauvaise fortune, ils détruisoient leurs habitations et leurs villes, alin d'arracher aux Romains le fruit de leurs succès.
La victoire parut cependant s'éloigner un moment dé César, dont la fortune vint échouer devaut Gergovia; il assiégcoit cette ville avec toute l'habileté dont il étoit capable , mais sa position inexpugnable rendit tous ses efforts inutiles. Les assiégés profitaient de toutes les occasions favorables pour faire des sorties et harceler les assiégeais, qu'ils repoussèrent enfin avec une perte immense. I^s Eduens, les plus anciens et les plus fidèles alliés des Romains avoieut eux-mêmes pris part à la révolte générale ; ils s'étaient emparés de Nevers qui servoit de dépôt à l'armée Romaine ^ et avoient pillé ou détruit tout ce qui pouvoit lui être de quelqu'utilité. Cette armée fut obligée de se retirer j elle traversa le pays des Lingons et gagua celui des Séquaniens. César , qui avoit demandé des secours , ne s'attacha pour le moment qu'à s'opposer aux progrès des Gaulois. Les renforts qu'il attendoit étant arrivés, etLabienus, l'un de ses lieutenans, s'étant joint à lui, il ne craignit plus de reprendre l'oirensive contre
Vercîngentorix qui l'avoit suivi jusque chea les Séqulniens. César, après un combat sanglant, et dans lequel la victoire fut long-temps disputée , força les Gaulois de se retirer à leur tour, et avec une perte considérable. Vercîngentorix s'enferma avec le reste de son armée, qui s'élevoit encore à- cent soixante-dix mille hommes dans la ville iïAlesia. Elle étoit, selon Diodore de Sicile (i), la métropole de la Gaule Celtique ; on en faisoit remonter l'origine jusqu'à Hercule , qu'on lui donnoit pour fondateur ; elle étoit presqu'aussi forte que Gergovia et située c(e même sur une montagne élevée.
Cependant César n'hésita pas à mettre le siège devant cette Ville ; trois cent mille Gaulois accoururent pour la délivrer , usais» ils trouvèrent le camp Romain défendu par une double muraille qui les empêcha d'approcher et de se joindre aux assiégés. César les battit, et bloqua étroitement Ale&ia, que les horreurs de la famine forcèrent de se rendre. Après cette capitulation , Vercîngentorix au» roit pu fuir et susciter encore aux Romains de longues inquiétudes, il préféra de recourir à la générosité du vainqueur. Comptant sur ses anciennes liaisons d'amitié avec César , il se rendit seul dans son camp , et se fit conduire devant lui ; là , déposant ses armes à ses pieds et baissant son front humilié , il implora sa clémence et son pardon ; César fut inexorable , et après lui avoir durement reproché sa révolte , il le fit charger
(i) Lib.IV. C'est aujourd'hui Alisc-Sainte-Reine dans le dépanement de la Côle-d'Or. Ou y a recueilli en différens temps, et notamment il j * quelque» années, des médailles romaines en or , et beaucoup d'autres monu-
de chaînés ; six ans plus tard , il le fit périr après l'avoir traîné ignominieusement à la suite de son char de triomphe. On ne peut se refuser à croire que César sacrifia Vercingentorixpour venger son orgueil blessé, plutôt Çue pour satisfaire sa justice. Ce chef courageux avoit un moment flétri lés lauriers du conquérant des Gaules par une défaite, et l'avoit presque forcé de fuir devant lui; c'en étoit assez pour que César ne voulût jamais lui pardonner; mais il laissa trop apercevoir, dans cette circonstance, le coté foible qui dépare assez souvent l'âme des grands hommes ; il auroit sans doute fait plus pour sa gloire en usant d'une généreuse clémence envers un ennemi vaincu et désarmé , qui venoit lui-même se remettre èn sa puissance. Au surplus , ce trait n'est pas le seul que Ton. puisse lui reprocher. 11 se laissa trop souvent emporter par la violence de son caractère , sacrifiant sans srupule les in* téréts et les droits les plus sacrés à son ambition et à sa politique.
Ces événemens eurent lieu l'an 52 avant Jésus-Christ. Après avoir passé l'hiver qui suivit à Bibracte , César acheva de soumettre les Gaules, dont la conquête fut cette fois irrévocablement assurée, après environ dix années de guerre. Cependant il crut devoir prendre de nouvelles précautions pour y maintenir la tranquillité , avant d'aller commencer en Italie , contre Pompée, la guerre civile qui devoit lui frayer la route de la souveraine puissance. Il n'augmenta point les impôts , donna des titres honorifiques aux villes , fit des présens aux principaux chefs et employa tons les moyens pour gagner la confiance et l'amitié des Gaulois. 11 laissa néanmoins quatre légions chez les Belges et quatre autres chez les Eduens , persuadé qu'en s'assu-
rant de la soumission de ces deux peuples, aussi puissaris par leur courage que par leur influence et leur crédit, il n'auroit rien à redouter du reste de la Gaule. Ayant ainsi pourvu fr tout avec- autant de prudence que de politique, il crut pouvoir retourner en Italie , chargé des riches dé* pouilles des nations qu'il avoit vaincues. L'or qu'il avoit amassé devoit devenir pour lui le moyen le plus puissant d'asservir Rome et d'être le maître du m»*nde. Les Gaulois, dont il avoit dompté le courage, n'oublièrent pas la douceur quHl avoit employée envers eux; ils lui prouvèrent leur reconn ois sauce en le soutenant contre Pompée, et redevenus sous ses ordres des guerriers redoutables et presqu'invinciblcs , il« contribuèrent puissamment à ses auocèe^
Nous n'entrerons pas ici dans les détails de cette guerre que César porta dans le sein de sa patrie ; ils appartiennent à l'Histoire Romaine , quoique la Gaule entière, excepté Marseille , y ait pris part en embrassant le paru' de son vainqueur contre Pompée , et en lui fournissant de puissans secours. Nous allons, avant de parler des changemens qui arrivèrent dans les Gaules sous les Empereurs , faire un court exposé de l'étendue , de la division géographique et de la population de ces contrées, à l'époque où César en fit la conquête.
Nous avons dit qu'on appeloit anciennement Gaule, tout le pays situé entre le Rhin , l'Océan , lés Pyrénées, la Méditerranée et les Alpes. Les Romains , après l'invasion de Bellovèse et l'établissement des Gaulois dans le nord de l'Italie , donnèrent au pays dont ils s etoient emparés le nom de Gaule Cisalpine. Il prit dans la suite celui de Gaule à Toge , Gallia Togata , lorsqu'après la guerre
sociale , ses habitans eurent été déclarés citoyens Romains, et eurent obtenus le droit de porter la toge qui étoit le vêtement des Romains de condition libre. Nous ne nous occuperons ici que de la Gaule, proprement dite , appelée, Transalpine, parce que par sa position, relativement à. l'Italie , elle se trouvoit au-delà des Alpes.
Les premières migrations des Gaulois en Germanie et en Italie avoient fait connoitre les noms.de plusieurs nations de la Gaule ; l'expédition d'Annibal en avoit indiqué, quelques autres , mais elles ne furent entièrement connues qu'après l'invasion des Romain,» et la conquête de Jules César. Nous avons vu comment ces conquérons, déjà maîtres de toute l'Italie, de l'Asie, de l'Afrique et d'une partie de l'Europe, furent appelés dans les Gaules par les Marseillois ; comment ils défirent les Saliens et fondèrent la ville d'Aix. Nous avons parlé de leur alliance avec les Ediu?ns qu'ils aidèrent à triompher des Allobroges et des Arverniens, et de la fondation deNarbonne qui devint la capitale des premières possessions des Romains dans les Gaules.
La réunion de ces possessions forma une province qui fut appelée G allia Braccata des braccœ ou hauts-dechausses très-larges dont les habitans faisoient usage. Elle prit dans la suite le nom de Ganle Narbonnoise , Narbonensis Provmcia.... Braccata anteà dicta (i). Cette province comprenoit les pays qui depuis ont été le Languedoc, la Provence , le Dauphiué et la Savoye. Elle étoit alors habitée entre le Rhône , l'Isère et les Alpes , principale-
(i) PUn., Jib. III, c. i. — Mela, lib, II, c. 5.
ment par les Salit-, les Albiœci, les C a» are s , les VocoTitu eX les Allobroges. De l'autre côté,£ntre le Rhône et les Pyrénées, étoient les /fc/pu, les Volcœ Arecomici , une partie des Ruteni, les Volcœ Tectosages , les Sardones et les Consoranni , qui firent dans la suite partie des Corwenœ.
César a divisé le surplus de la Gaule en trois parties principales , les Aquitains , les Celtes et les Belges. On appeloit ces trois parties réunies Gallia comata , Gaule chevelue, parce que les peuples qui l'habitoicnt laissoient croître leur chevelure cUms toute sa longueur. Les Aquitains occupoient le pays situé entre les Pyrénées , la Garonne et la province Narbonnoisé. Les Celles qui occupoient une étendue de pays plus considérable que chacun des deux autres , avoient pour limites , la Narbonnoisé , l'Aquitaine, l'Océan, la Seine, la Marne elle Rhin. Enfin les Belges occupoient tout le reste de la Gaule au n/>rd. César dit que ces trois nations difieroient entr'elles par le langage, les lois et les usages : Hi omîtes linguâ ,institutis , legibus inter se dijferunt (i). Les Belges tenoient de la rudesse des Germains , dont ils étoient voisins et dont ils se croyoient sortis (a). Les Aquitains, selon Strabon, avoient beaucoup de rapport avec les lbériens ou Espagnols dont Hs n'éloient séparés que par les Pyrénées (3). Les Celtes seuls avoient conservé par leur position au centre de la Gaule , le caractère et les usages de leurs ancêtres. Aussi César leur donne-t-il plus particulièrement le nom de
()) Comment. I.
( % ) Cas or. , comment. Il,
(3) Lib. IV, p. 189.
Tacit., de Germ., sert. 37,
Gaulois ; eorum una pars, quant GaUos obtinerç diçtum «t(i).
L'an 27 avant l'ère chrétienae , Auguste tint à Narbonne les Etats de la .Gaule , et en fit faire le dénombrement selon Vusage de Rome ; il. reconnut que les divisions qui y existaient, n'étoient proportionnées ni à son étendue ni à sa population \ en conséquence , il ajouta une partie <le la Celtique à l'Aquitaine, qui s'étendit alors jusqu'à la Loire. Strabon dit (a) que quatorze peuples furent détachés de la Celtique pour opérer cè changement j mais on n'en connoit avec certitude que treize , savoir : les Pictones, Santones, Bituriges, Cubi-Fivisci, Lemovices , Petrocorii, JVitiobriges, Cadurci, Arverni , FeUaui , Gabali et la partie des RuUni qui n'était pas comprise dans la Narbonnoise. La Celtique perdit encore par cet arrangement les Seyuani elles Hebetii, qui furent réunis à la Belgique.
Des quatre provinces de la. Gaule: dont nous venons de parler, la Narbonnoise, l'Aquitaniquc , la Celtique et la Belgique cette dernière éprouva seule sous Auguste ou peu de temps après lui , les premiers relrancbéuiens qui furent laits. On en composa deux nouvelles provinces qui prirent le nom de Germanique première où;supérie(uitel, et Germanique , seconde , ou inférieure, parce quf elles étoient habitées en grande partie par des peuples germains. , ...
. Avant de parler des divisions qui eurent lieu sous les autres Empereurs, nous allons, établir celles des six provinces qui existaient sous le règne d'Auguste ou peu de
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( 1 ) Comment. I.
(a) IÀb. XV, p. 189.
temps après; nous passerons ensuite en revue les peuples qui les habitoient , et les villes principales dont les noms sont parvenus jusqu'à nous.
La Narbonnoise ou Province Romaine, dont Narbonne était la capitale, eontenoit quatorze peuples principaux, dont plusieurs étaient subdivisés, et elle étoit aussi partagée en deux parties , Tune à droite et l'autre à gauche du Rhône. Dans la première habitoient :
i.° Les Anatilii que l'on a confondus avec les Avatici , mais que M. Banville croit avoir été un peuple distinct , placé près de l'embouchure du Rhône ; a.° les Soldes ou la puissance s'étendoit depuis le Rhonè jusqu'aux Alpes , et qui attirèrent les premiers les armes Romaines dans la Gaule. Plusieurs auteurs ont mis au nombre des Satyes , les MassiUensts , les Ojtitii, les Eeçiates , les Reii, et même la portion des Ligurii, placée à l'occident du Varj 3.» les Cavares on Cavari, dont «ta croit que les Memini et les Vulgd faisoient parue ; 4-p les Tricastini; 5.« les VocontU; 6.* les Tticorii, que M. Dan ville croit avoir habité sur le Drap, dans la partie méridionale de l'ancien diocèse de Grenoble j- 7*. les CVsturiges , qui voulurent s'opposer au passage des Alpes par César j 8.° les Centrones y qu'il cite aussi parmi les peuples qui tentèrent de l'arrêter; 9.* les Veragri , avec lesquels on a souvent confondu les Seduni qui habitoient le Haut-Y a lai s ; 10.* les Sega la uni ^ et itS les Allobroges.
Ces derniers étaient un des peuples les plus considérables de la Gaule; Tite*Iive, en parlant de la marche d'Annibal (i), dit des Allobroges : Jam indè nulld GalLicd
(1) Lib. XXI, «ct.5i.
gente opibus aut famâ inferior* Ils occupoient toute là partie septentrionale du Dauphiné, depuis le Rhône audessus de Lyon jusqu'aux limites des Vocontii et des Segalauni, et> tonte la portion de la Savoye qui tient au Rhône jusque* et compris Genève*
Les principales villes de cette partie de la Narbonnoisè étaient dans l'ordre oh nous venons de nommer les peuples auxquels elles appartenoient : ■ '*
i.» Maritima, Mai ligues; 2.0 Massilià, Marseille; A relate, Arles; T*lo~Martius , Toulon; Forum Jutë, Fréjus ; Antipolis, Antibes ; Nicœa, Nice ; Tùrasco , Tarascon ; Aquœ Sextùn, Aix ; Dinia , Digne; 3.» Avenio* Avignon ; Arausio , Orange; Cabellio, Cavaillon; Car*pentoracte , Carpentra»t Apt* Julia , Apt ; 4-" Auçusta Tricastinorum , Saint- Paul - Trois - Châteaux 5 NoviomuçiUy Nyons; S.0 Vasio , Vaison, ville presque détruite ç Lucus Augusti, le Luc ; Dca Vocontiorum , Die •; 6.° Vapincum , Gap ; 7.0 Ebûrodunum , Embrun ; 8;* Forum Claudiï, Moustiers en Tarentaise; Axima, Aimé} village voisin de Moustiers; 9.» Octodurum, Martigfty; io.# Valentia Valence ; 1 1 .• Vienna , Vienne ; Cul*rô> nommé ensuite Gratianopolis , Grenoble; et Gênera •> Genève. • ■■
Dans l'autre partie de la Narbonnoisè, à gatiéhe du Rhône , se trouvoient les Volcœ Tectosages , dont les Totosates au nord-ouest et les Bebrycet faisoieut la plus grande partie ; les Volcœ Arecomici , et les Helvii.
Les deux peuples qui ont porté le nom de Volcœ, occupoient tout le pays situé entre le Rhône et la Garonne ; on les distinguoit par les épithètes de Tectosages et $ Arecomici. Parmi les nations de la Gaule qui portèrent
leurs armes au dehors? et formèrent des colonies dans des contrées lointaines , les Tectosages tiennent le premier rang. Selon César, ils s'établirent aux environs de la forêt Hercynie, et s'y maintinrent long - temps. D'autres pénétrèrent dans l'IUyrie , et se fixèrent dans la Pannonie ; ils furent les fondateurs des établissemens Gaulois dans la partie de la Phrygie, qui prit -le -nom' de Galatie; et plus de six cents ans après leur entrée dans pe pays , on trouvoit encore ches ces peuples le même fond de langage que dans la Gauje (i). . Les principales villes des Volcœ Tectosages étoient IS arbo , Narbonnej Careasso , Carcassonne j Veneris Fanum , Port-Vendres ; Cauçoliberum , Collîoure; IlliberU , ville détruite dont la position n'est pas bien connue-} liuscino y voisine de la ville actuelle de Perpignan et dont il ne reste que quelques ruines j Beterra, Beaiers; Agaiha , Agde ; et Tolosa, Toulouse.
Les Arecomici étoient voisins du Rhône, et s'étendoient le long de la mer, dans ce qu'on a depuis appelé le Bas-Languedoc. Leur capitale étoit Nemausus , Nismes: ils avoient aussi Luteva, Lodève, et Forum DomitU, Frontignan*
Les Helvu occupoient le Vivarez; il étoient séparés des Arverni par le mont Cebenna (a). Leur capitale étoit Alba Helvhruni , aujourd'hui Viviers.
L'Aquitaine qui contenoit dix huit peuples principaux, étoit également divisée en deux parties , l'une comprenoit
(i) Notice de k Gaule, pag. 718.
( a ) Cas<fr. , pomment. VU. ■
tout le pays situé au midi de la Garonne, l'autre tous les peuples placés entre la Garonne et la Loire. . . . ,
Eause , et ensuite Auscb et Bordeaux , furent les çap^tales de la première division; elle étoit habitéec : i.° par les Tarbelli que César nomme les premiers des peuples de l'Aquitaine; ils s'étendoient le lông du golfe Aquitanique jusqu'aux Pyrénées ; a.° par les Convenue, ainsi nommés du verbe coiwenire , pareeque Pompée rassembla sous ce nom en corps de nationj» à son retour de la guerre d'Espagne contre Sertorius , une troupe de gens sans aveu et de différentes nations qui vivoient de rapine et; de pillage; 3.° les Ausci ou Auscii, qui selon Mêla, étoiçnt les plus considérables des peuples de l'aquitaine ;4-° les Elusates qui tenoient aussi un rang distingué dans .c/Hte partie de la Gaule; 5.° les Lactorates dont les anciens Géographes n'ont fait aucune mention, mais qui sont connus par plusieurs inscriptions du temps des Antonins > par l'Itinéraire et par la table Théodosienne ; 6.° les Vasates que M. Danville pense avoir été le même peuple que les Vocates de César, et les Basabocatesde PUne(i); 7.0 les Bituriges Vwisci dont César n'a point parlé , mais qui sont cités par Strabon , Pline , Ptolémée et Ausone.
Les villes principales de cette partie de l'Aquitaine étoient: x.° Aquœ Tarbellœ ,Dax; Tarba, Tarbes ; Aquœ Onesiœy Bagnères; a.° Lugdunum Convenarum ^ Saint- Bertrand ; 3.° Augusta Ausciorum , Auscb , ou Climberrwn ; 4>° Elusa , ville détruite ; 5.° Lactoratum , Lectoure;6.° Cossiu , Bazas; Burdigala, Bordeaux, et JSoviomagus ville détruite.
( i ) Notice de la Gaule , page 6:8.
L L'autre partiede l'Aquitaine avoit Bourges pour capitale ; Auguste retrancha dans la suite toute cette contrée de la Ceitiqné. Otot y trouvoit entr'autres peuples ; i* les Sontones ; 2.0 les Pictonès ou Pictavi, souvent cités par César; 3.° les Lemovtces où Litnuici qui fournirent dix mille hommes à l'armée Gauloise confédérée , pour secourir Alise assiégée par César ; 4-* ^es Petrocoriï; 6.* les Nitiobriges ou Antobroges\ 6.° Les Cudurci qui becupoient le Quercy enW» le Rouergue et TAgénois ;
lés Rixterii dont le territoire a été remplacé par les Aocèses de Rodes et de Vabre; 8.« les Gabali nommés GaW^parStrabon, qui du temps de César dépendoient des \ Aiverni, et qui oc'copoient le pays qui a composé le Gévfcudan et le Vélay ; 9 * lo« JÊr^mi, l'tm des plus puissans peuples de la Gaule, dont la division avec les 'Mdidy attira les armes romaines dans ce pays. Lorsque César vint prendre le gouvernement de la Gaule , elle étoit partagée 'en deux partis, dont l'un tenoit pour les Aïdui, et l'autre pour les Atverni. La majeure partie dit territoire de ces derniers a été représentée par les diocèses de Clermont et de Saint-Flourj ils se prétendoient issus des Troyens ainsi que les Romains. Lucain a parlé de cette origine dans les vers qui suivent :
Aivernique ansi Latio se
Enfin le dixième et dernier peuple de la seconde partie de l'Aquitaine étoit les Bituriges Cubi, qui dans les plus anciens temps dominoient dans la Gaule , et donnoient des Rois à la Celtique. Tite-Live faisoit remonter leur
puissance , jusqu'à l'époque ou le premier des Tarqitins régnoit à Rome (x).
Les villes les plus considérables de la seconde Aquitaine étoient: i.° Portus Santonum que M. Banville incline à placer à l'embouchure de la Seudre , et qui pourroit être Brouage ; Mediolanum , Xaintes ; a.0 Limonum ou Picta* vium , Poitiers; Argantomagus , Argenton ; 3.° Augwto* ritum Lemovicum , Limoges; Rotiastum, depuis Engun luma, Angouléme ; 4.* Vestma y Périgoeux ; Aginnum; Agen; 6.* Divona, Cahors ; Uxellodunwn , le Puech dlssoudun; Albiga , Àlby ; 7.0 <Se£e<fonwm , Rhodea J 8,» Anderidum , Javols ; 9/» Augiutonemeturn , Clermont , Gengovùt ville détruite, fameuse par sa résistance au vainqueur des G*ul*s quLfixt otl^é/Ten lever te «ég© 5 elle étoit située sur le plateau d'une montagne escarpée dans le voisinage de Clermont; 10.* Avaricum, Bourges.
L'Aquitaine telle qu'elle existait du temps de César , composa ce qui fut ensuite appelé Novempopulania* Noverapopulane , ou province composée de neuf peuples; savoir; les Vasates; les Meduli dont le territoire a formé le Medoc; les Boii, nation célèbre , et qui joua un grand rôle dans la première irruption des Gaulais en Italie ; les Ausci\ les Bigerrones nommés par César dans le troisième livre de ses commentaires 5 les Convenez; les Consoranni; les Tarbelli et les Lactorates. '
La Celtique qui prit sous Auguste le nom de Lyonnoise , parce que ce Prince lui donna Lyon pour capitale, renfermoit vingt cinq peuplés; Elle étoit située entre la - • * '
Loire , la Seine et l'Océan ; TArmorique qui à été remplacée par la Bretagne et par une grande partie de la Normandie en dépendoit. \. . t ■ , •
Les peuples qui habitaient cette province , étoient : i.° Les Namnétes, dont le territoire étoit borné d'un côté par le cours de la Loire , de l'autre par le pays des Pictones et l'Océan ; .a:* les Veneà , dont César vante l'haT bileté dans la marine ; 3.° les Çuriosolites qui oecu posent le pays situé entre Làmballe et Dinan; 4-° les Osismii, dont on «'a pu fixer avec exactitude l'étendue du territoire , les évéchés de Kimper ët de Léon en faisaient partie ; S.» les Redones placés dans lés diocèses de Reines, de Dol et de Saint-^dalo ; 6.» les Abrincatui que l'on a pensé èt«* Ips Ambibàni à* C«W; 7.o Us rm-Ns».*']* Unelli que M. Dam ville .confond a«ec les précédens ; cer pendant PtoUmée nomme les F eneli , et Pline les UncUi: ces noms nous paroissent avoir appartenu à deux peuples voisins l'un de l'autre , mais bien distincts>; 9.° les Bajoc&sses que Pline a nommés Bodiocasses , et qu'il a placé avec raison entré les Viducasses qui occupoient la partie orientale du diocèse de Bayeux, et les Unelli qui habitoiont le 'Cotantin ; ïo/» les Lejcovii ou Lexobii, à l'em^ bouchure de la Seine ; 1 1.» les Andes ou Andectwi y .dont le pays se lerminoit à la» petite rivière de La ton , L»adio qui tombe dans la Loire au-dessus, de Saint- Florent; 12.0 les Jktrones ou Turoni, situés en grande partie au midi 4e> la-Lqire ; ;i3.^ les Cârautes, dont César parle longuement, et t qui; levèrent Jes premiers l'étendard de la révolte dans les Gaules , lors de l'expédition de ce conqué-
rant contre Gergovia et Alise j i4-° les Aulerci Eburovices'y i5.° les Aulerci Cenomani ; i6.p les Aulerci Diablintes.
On voit que trois peuples différons ont porté dans la même contrée le prénom $ Aulerci (i) ; Pline ne parle v gué* des deux premiers , Aulerci qui cognominantur Eburovices , et qui Cenomam (a). Ces derniers occupoient une partie du diocèse du Mans , et les Eburovices celui d'Evreux du côté des Carnutes. Ptolémée a seul donné aux Diablintes qu'il nomme Diaulitœ , le prénom d' Aulerci; ils habitaient une partie du Maine qui , dans le moyen âge , avoit le nom de Condita Diablintica.
Continuons la liste des peuples qui composoient la Gaule Lyonnoise; après les Aulerci viennent : 17.0 les Parisii, qui confinoient les Senones (3) , avec lesquels ils étoient unis avant l'arrivée de César dans les Gaules; 28." les Meldij iQ." les Senones , auxquels on a attribué plus particulièrement la prise de Rome du temps de Tarquin premier , ils jouissaient d'une grande considération dans les Gaules du temps de César ; est civitas in primis firma , et magnœ apud Gallos auctoritatis : leur territoire s'étendoit jusqu'à la Belgique; ao.° les Tricasses dont Pline et Ptolémée ont fait mention; mais César et Strabon n'en ayant point parlé , on peut présumer qu'ils firent d'abord partie des Senones ; ai." les Mandubii qui dépendoient des SEdui> et étoient limitrophes des Lingones : la ville d'AHse leur appartenoit; aa.° les Vadicasses, que ]VI. Danville place dans le Valois entre Meaux et Soissous ; a3.° les
( 1 ) Il y «voit en cor* le* Aulerci Brannovicts , cités *e septième
lrrre de* Commentaire* , et que l'on, croît avoir occupé le Briennoia , pre* de la Loire, dans le diocèse de Maçon. (Notice des Gaules, pag. 139.)
'(») Lib IV, c. 18.
(3) Cœtar, Comment. VI et VII.
sEdui, les plus célèbres d'entre les Celles , tant par leur puissance et leurs richesses, que par le rang qu'ils occupèrent : leur territoire a composé les diocèses cFAutun , de Nevers, de Mâcon et de Châlon; ils a voient dans leur dépendance (inter Clientes) les Segusiani, lès lnsubres , les Ambarri, les Aulerci Brannovices , les Mandubii, et ils incorporèrent à leur cité les Boii après la défaite des Belvetii par César; 24.° les Boii, nation renommée parmi celles qûi sortirent de la Gaule à la suite de Bellovèse; et a5.° enfin les Segusiani , extrà provinciam , Trans Rhodanum Primi, selon César dans son premier com- 111 an taire. Ce peuple qui étoit à cette époque dans la dépendance des Mdui, est cependant qualifié de Làberi par Pline , ce qui prouve qu'il avoit dans la suite recouvré son indépendance.
Les villes principales de la Lyonnoise étoient dans l'ordre 011 nous venons de nommer les peuples qui habitaient cette province: i* Condwicnum , ensmte Namnetes , Nantes ; a.» Dariorigum, ensuite Veneti, Vannes ; 3." Urbs Curiosolitum, peut-être Courseult, ville détruite dans le voisinage de Quimper (1) ; 4-* Brwates Portus ou Gesobri pate , que Ton croit généralement être Brest ; 5.° Aletum, Saint -Malo; Condate , ensuite Redones , Rennes: le nom de Condate signifioit lieu placé dans l'angle formé par le confluent de deux rivières ; il a été donné à plusieurs endroits tels que Montreau , Condé , Cône, etc.; 6.° Ingena, Avranches ; 7.» Cosedia, que
( 1 ) Aaliqait. expliq. , «pl., t. II. — Mémoires de l'Acad. des Inscript. > lom. I.
Von a pensé *trè Coutançes ; S.* Atauno, les Mouûers d'Alonne près de Baroeville ; 9.» Bajacçe , Bayeux ; xo°. LejcQvium> Lisiëux; n.° Julio-Magus ou gavum, Angers; rta° Cœjarodwium , Tours j *3.« AutFi^ cum, Chartres; Genabum^ ensuite Aureliani, Orléans» i4»° Mediolanum Aulerç'orwn , Evreux ; Uurocasses , Dreux ; 1 5.° Vindunum , Le Mans : i6°* CivUckS Diablintum* Nogent-le-Rotroli ; Lutetia, Paris ; Melodurium , Melon , et Metiosedum > Corbeil ; 18.0 Jatinum , Meauxj 19.» Agetuticum ou Agedincum , Seps ; 30.° Augustobona ou Augustomana , Troyea; ai.° A les w y ville dé-» truite ; Divùmum , Dijon ; aa.° Novfodunwn ou Nevimum , Ne vers ; a3.° Bibracte ou Augustodunwn >AuUio; C<?6#? lonum, Chalon-sur-Saône , et Matiscoy Mâcon jces deux dernières villes ne sont désignées par César que sojua le nom de Castrum; a4*° Gergoria, Moulins ; cette ville étoit différente de celle du même nom, située che* les Arvemi, et qui fut assiégée par César; et a5.° JLug&tnum, Lyon; Rodumna, Rouanne , et Forum Segmiaoor rum , Feurs.
Les limites de la Gaule -Belgique et des deux Germaniques, sont les plus difficiles à fixer, les auteurs anciens ayant beaucoup varié à ce sujet; nous nous attacherons à l'opinion la plus générale , en comprenant les Treveri dans la Belgique , quoique d'après leur position , ils dussent faire plus naturellement partie des Germaniques : nous placerons , d'après le même système , dans ces dernières provinces , tous les peuples d'origine Gewnanique 14m hahitoient une partie de la Gaule jusqu'à l'Escaut
Trêves passoit pour la capitale de la Belgique, dans laquelle on trouvoit d'abord les Helyetiiy subdivisés en
quatre peuples ; omnis civitas Helvetia in Quatuor pagos dfrisa est (i). Les Urbigeni, les Tigurini, les Tugeni et les Ambrones. Leurs villes principales étoient Auenticunt, Avenches; Tigurum, Zurich; Tugium , Zug , et Salodunon , Soleure.
Après ces peuples venoient: i.»les Rauraci^ a.» les Sequani, nation puissante, et qui s'étendoit des bords de la Saône et du Rhône jusqu'au Rhin; 3.» les Ungones qui se distinguèrent par leur inclination pour les Romains \ 4>° les Leuci\ 5.* les MediomatHci y dont le canton principal étoit voisin de la Moselle ; 6.° les Treveri qui 00 cupoient un vaste pays entre la Meuse et le Rhin , et se vantoient d'être sortis des Germains; 7.0 les Ntrvii dans le diocèse de Tournai ; 8.° les Morini qui habitoient le long de la mer, et dont le territoire comprenoit les diocèses de Boulogne, de Saint - Orner et dTpre; g.° les A (rebutes , qui occupaient une partie de l'Artois; io.°les 'Ambiant, nation distinguée parmi celles de la Belgique;
les Beliovaci, dans le diocèce de Beauvais; ia". les SilvanecteSy que Pline a nommés Ulbanectes : on croit qu'ils étoient placés dans les environs de Sentis , couverts d'épaisses forêts , qui sembleroient avoir rapport au nom de ce peuple; ia.° les Veromandui , nation puissante placée près deNoyon et de Saint-Quentin ; 14.» les Rémi, limitrophes de la Celtique : ils rendirent de grands services à César dans la conquête de la Gaule , aussi furent-ils placés immédiatement après les sEdui, qui depuis long-temps occupoient le premier rang; i5.° les Suessiones, voisina
(0 Cœtar Comment. J.
( »oi )
et alliés des Remi, et gouvernés par les mêmes lois : leur territoire étoit vaste et fertile, douze villes en dépendoient , et ils pouvoient mettre sur pied cinquante mille hommes; i6.° les Caleti ou Caletes occupoient un coté de l'embouchure de la Seine , comme les JLexovii occupoient l'autre ; leur territoire a depuis formé le pays de Caux. Le dernier peuple de la Belgique'étoit : 17.0 les Vehocasses , qui occupoient les deux Vexins , et ce qui a été appelé dans les environs de Rouen , Pagus RotomagcnsiSj César les appelle Velocasses et Pline Vellocasses*
Les principales villes de la Belgique étoient : \? Augusta Rauracorum , qui devint une colonie Romaine , fondée comme celle de Lyon par Munaûus Plancus ; elle fut détruite par les Allemans dans le quatrième siècle : 1 endroit où elle a existé à conservé le nom d'Augst ; a.° Vesontio , Besançon ; 3.° A ndomatunum , Langres ; 4-* Tullwn , Touls; Nasium, Naix en Barrois; 5.4Z)»'0durum , Metz ; Virodunum , Verdun , et Dccem-Pagi , Dieuze-sur- Seine; 6.° Augusta Treverorum, Trêves qui devint la métropole de la première Belgique , et fut le séjour de plusieurs Empereurs : AToviomagus , Numagen; Confluentes , Coblentz , et Antumnacum , Andernach; 7.0 Camaracum , Gambray ; Bagacum , Bavay , que M. Danville croit devoir désigner pour la capitale de Nervii, et Pons Scaldis , Escaut-Pont entre Valenciennes et Condé; 8.° Portus Jcciusy que les uns ont pris pour Boulogne, les autres pour Witsand; Gesoriacum , Boulogne sur mer; Taruenna , Terrien ne , ville ruinée ; 9.0 Nemetacum , Arras; io.° Samarobriva , ensuite Ambiant, Amiens où César tint les Etats de la Gaule; iï.° Bratuspantium , ville ruinée dont on a retrouvé des restes dans la paroisse de
I zca )
Vandeuil, à un quart de lieue de Breteuil; Cœsatomagu* ) Be an la ; ia.° Augùstomagus , Seul» ; i3.° Augusta Veromanduorum, SannvQuentin; Duronum , la Capelle; Ferbinum, Vervins yèt Noviomagbs , Noyon; i4«g Durooortorum , Reini6 ; Bibrax , Bièvre entre Pbnt-Avere et Laon , et Catalaunurn, Châlons*sur~Marne~, 1 5.9 Augusta Suessonum , Soissons ; 16/ Julio bona , LiUebone ; 17.° Rotomagus, Rouen. »
Il nous reste à parler des deux Germaniques. Mayence étoit la capitale de la première ou supérieure , quicoinA prenoit les Triboci, les Nemetes et les Vangiones\ on y remarquoit les villes suivantes : Brocomagus , Brunit bu Bruinât; Argentoratum, Strasbourg; Rufiana ,Rufach* dans la Haute-Alsace ; Noviùmagus, ensuite Nemetes 9 Spire; Tabernœ, Rhcin-Zabern; Vicus Julius, Germers- Heim à rembouchure de la Queich dans le Rhin; Alta Ripa, Altrip; Borbetomagus, Worms; Bonconica, Oppenheim; Mogontiacum , Mayence , et Bingivm , Bingen.
Enfin Cologne étoit la capitale de la Germanique seconde ou inférieure , qui renfermoit huit peuples principaux : i.° les Ubii qui prirent le nom à' Agrippinenses , lorsque la colonie d'Agrippine eut été fondée chez eux . sous le règne de Claude : ils s'étemloient le long du Rhin, depuis les 1 Vevcri j us qu'aux Mènapii; a.tt les GugcrTii qui , ainsi que les Ubii étoient Germains, furent transplantés comme eux en-deçà du Rhin par Agrippa ou par Tibère: ils s'étendoient aussi le long du fleuve entre les Ubii et les Batavi; les terres qu'ils occupoient avoient fait partie de celles des JMenapù; 3.° les Eburones qui furent remplacés par les Tungri , lorsque César eut détruit les premiers , pour venger le sang d'une Jégion Romaine
Cio3)
qu'ils avoient fait périr. Le nom de Tungri pareil s'être étendu à un vaste pays qui oomprenoit d'autre? petits peuples, tels que les Condrusi, les Cœresi, les Pemani* les Segni et les Sunici. Les limites de ces peuples ne. sont pas exactement connues; on sait seulement qu'ils s'étëan doient jusqu'au territoire des Remi et occupoient les diocèses de Tongres , de Liège , de Namur et de Malines \ 4*° les Menapii, contigus ani Morini , et dont les Gugemit reste des Sicambres , occupèrent une partie des terres ; ils furent de pins en plus resserrés dans un petit canton des environs de Bruges , et furent enfin détruits par les Normands , vers l'an 800; 5.° les Aduatici, originaires des Cimhres et des Teutons; 6.° les Toxxxndti, qùiparoissent avoir été subdivisés en plusieurs cantons : ils 3 etoient emparés d'une partie du territoire des Métiapîi, et oecupoient les environs de Maéstricht; 7 Mes Batavi > sortis de la nation Germanique des Cattes; ils s'étaient étabK6 dans un pays inhabité à Textrémtté de la Gaule > et 4aaa une ile renfermée entre les bras du Rhin et l'Océan ; 8r* les Caninefates ou Cannanesates ; on croit qu'ils ont habité la partie inférieure; et înaritimô île Hic dont les Batavi occupoient le reste: 00 ne cunnoxt point de villes qui leur ait appartenu. On trouvoit dans le .reste de la seconde Germanique; i.° Bonn® vBonn; M. Banville (1) incline à penser que cette ville plutôt que celle de Cologne, a été construite dans la position de l'Ara UbiorwnAonX a parlé Tacite. Tolbiacum? Zulpich, sur la route de Trêves à Cologne. La victoire remportée par Clovis et
(1 ) Notice de la Gaule , page 84.
à k suite de laquelle il embrassa la religion chrétienne , a rendu cet endroit célèbre ; Novesium , Nuys ou Neuss ; Marcodurumry Duren , et Juliacum , Juliers ; a.0 Asciburgium , aujourd'hui le village d'As bu rg : Tacite dit qu'un détachement de troupes Romaines y étoit éubli pour garder la frontière du Rhin; il rapporte aussi l'origine fabuleuse qu'on attribuoit à ce lieu , en lui donnant Ulysse pour fondateur ; Fêtera, Xanten ; Mediolanum que Cluvier pense être Moy-Lant : M. Dan ville, sans rejeter tout à fait cette opinion, fixerait plus volontiers la position dè cette ville à Int-Sand entre Oueldre et Vanlo ; et Cohma Trajana , Koln ou Eelh, a environ un mille de Clèves; 3.' Aduatica^ ville détruite , que M. Danville pense avoir existé à Falais sur. la Méhaigne, et Fons Tungrorwn , Spâ ; 4«° Oaslcllum Menapiorwn , Kessel sur la gauche de la Meuse ; 5.° Perviacum , ou plutôt Pemiciàcum , Prenson ou Brenchon près de la Méhaigne, et Gemiruacum , Gemblou ; 6.° Toxandria Lochs? Tessenderloo , bourg de la- Campine au nord du Brabant; 7.0 > JYoviomagus in Batavis, INhnegen , Nimèguej Bata* podurum , Wick-te-Durstède ; Trajectum , Utrecht ; et Lugdunum Batavorum , Leyden.
■• - On voit par le tableau géographique de la Gaulé que pous venons de tracer, qu'elle étoit occupée pat quatrevingt-neuf peuples principaux, que l'on pourroit, aisément subdiviser encore en un nombre pareil, La plupart des villes considérables qui y existaient du temps d'Auguste , ét qui ont échappé aux ravages des siècles, ont conservé leur rang et leur importance \ il est à propos de faire observer, qu'outre leur nom spécial, les villes prenoient souvent celui des peuples dont elles étoient les capitales \
(io5)
ainsi Andomadunum , Langres, s'appeloit aussi Civitas Lingonwn ; Divodurum , Meta , Civitas Mediomatricorum , etc.
La Gaule étoit donc divisée comme nous venons de Tétablir en quatre provinces, sous le règne d'Auguste ou peu de temps après lui ; on n'est pas d'accord sur l'époque où de nouveaux changemens y furent faits et le nombre des provinces augmenté; Saumaise et Adrien de Valois la fixent au règne de Constantin ; mais tout porte à croire que ces changemens s'opérèrent successivement, il est d'ailleurs reconnu que sous Constantin et ses successeurs, la Gaule étoit divisée en dix-sept Provinces , dont voici le détail :
Les Alpes Maritimes ; les Alpes Pennines ou Graïennes; la Viennoise ; les deux Narbonnoises ; la Noveuipopulane; les deux Aquitaines; la Grande Séquanoise; les deux Germaniques , les deux Belgiques et les quatre Lyonnoises.
Les capitales de ces Provinces étoient dans l'ordre qui précède :
i.« Civitas Ebrodunensïum ou Ebrodunum, Embrun; 2.* Civitas Centronum, Moustiers en Tarentaise ; 3.» Vienna , Vienne ; 4.« Civitas Narbonensium , Narbo Martius y Nai bonne; 5.° Civitas Aquensium , Aquœ Sentiœ , Aix en Provence; G.° Civitas Ausciorum, Ausch; 7.0 Civitas Biturigum Cuborum , Bourges ; 8.° Burdigala , Bordeaux ; 9.» Fesontio ou Civitas Crispolinorum, Besançon ; io.° Civitas Moguntiacensium , May en ce ; 1 1.° Colonia Agrippina , Cologne ; 1 2.° Civitas Trevirorum , Trêves; i3.° Civitas Remorum, Reims ; Lugdunum,
Lyon; i5.» Rotomagus , Rouen; \fo Cwitas Turonum , Tours, et 17.° Caviar Senouum> Sens.
Nous nous bornerons à cette nomenclature des pays et des peuples de la Gaule , sans entrer dans les détails qui concernent chacun d'eux 5 lorsque nous ferons la description des monumens antiques qui composent notre recueil , nous aurons l'occasion de parler des contrées et des villes ou ces restes des siècles passés ont été découverts : voyons actuellement ce mie devinrent les Gaules , et quelle fut la situation des peuples qui tes nabitoient depuis la conquête de Jules César jusqu'à la décadence de l'Empire Romain.
L'an 5o avant Jésus-Christ, César se mit en guerre ouverte contre Pompée , et reçut des secours de toute la Gaule qui embrassa son parti , excepté la ville de Marseille; elle avoit été la première qui eût fait alliance avec les Romains ; elle leur avoit facilité l'entrée des pays dont ils projetaient la conquête : elle ferma ses portes à César, et se mit en devoir de lui opposer une forte résistance. Ce conquérant ayant inutilement employé les voies de la persuasion et de la douceur, se décida à attaquer cette ville par terre et par mer ; après plusieurs défaites et un siège mémorable , les Marseillois , obligés de céder à la fortune du vainqueur des Gaules, capitulèrent et perdirent avec l'indépendance dont ils avoient joui sans interruption depuis leur alliance avec les Romains, leurs Vaisseaux , leurs armes et leurs richesses (1).
( i ) Cœ,ar de Bell. Gall. , lib. /., cap. 54 et «5 . — Spitom. TU. Lit. A>. Or. — Lucan. Phartal., U III.
Ce fut à -peu -près à celle époque, et vers Tan 43 avant Jésus-Christ, que Lyon fut fondé par Munatius Plancus ; il commença de peupler cette ville en y plaçant les habitans de Vienne , que les Allobroges avaient chassés de la leur, et qui erroient sans habitations sur les bords du Rhône. Lyon s'accrut rapidement j et étoit déjà sous Auguste Tune des principales cités de la Gaule.
Après la mort de César, les Gaulois suivirent d'abord le parti d'Antoine, et ensuite celui d'Octave, dont le règne leur fut d'autant plus favorable qu'il vint plusieurs fois chez eux , et les assimila en tout aux Romains. Ils eurent alors les mêmes usages, les mêmes lois et les mêmes Dieux ; des monumens et des édifices somptueux s'élevèrent dans leurs villes, le goût des arts et la culture des sciences e( des lettres s'établirent dans les Gaules et y firent bientôt les plus grands progrès, les Gaulois témoignèrent leur reconnoissance à Auguste , en lui élevant des temples et des autels ; le plus célèbre de ces monumens étoit celui que soixante nations firent construire à Lyon au confluent du Rhône et de la Saône , et qui fut dédié à Rome et à Auguste (i). Drusus et Agrippa qui gouvernoieut cette province sous ce prince , l'embellirent d'édifices et de monumens , et y fondèrent des élablissemens utiles \ Agrippa y fit construire quatre grandes routes ,
(i) M. Anand , directeur du Conservatoire des ArU , a Lyon , a retrouvé l'emplacement de Fautel d'Ajusté , et se propose de publier incessamment le fruit de ses recherches à ce sujet : ce sera une nouvelle obligation que les Lyonnois auront à ce savant, aussi modeste qu'instruit, qui a déjà contribué puissamment à l'illustration de leur patrie, en conservant et plaçant convenablement
dont Lyon étoit le centre 4 et qui traversoient toute la Gaule. Il y augmenta aussi le nombre des colonies: on lui attribue la fondation de celle de Cologne, 3a ans avant Jésus-Christ, et on croit qu'il y établit les Ubiens, peuple Germain que les Suèves avoient attaqué et cbassé de ' son territoire.
Drusus , de son côté , après avoir plusieurs fois vaincu les Cattes et d'autres peuples , voulut opposer une barrière à leurs incursions; il fit bâtir plusieurs villes sur les bords du Rhin et de la Moselle ; entrautres Mayence, Bingen, Maastricht, Coblentz, Andernach , Neuss, Bonn, Utrecht et Leyden. Il convoqua aussi à Lyon une assemblée générale de toutes les nations de la Gaule.
Auguste triompha l'an 8 avant Jésus-Christ des Sicambrcs et de quelques autres peules de la Germanie : ces barbares étoient presque toujours armés, et ne laissoient échapper aucune occasion de combattre ; ils étoient quelquefois vainqueurs, et le plus souvent vaincus; Auguste se croyoit enfin prêt à les soumettre entièrement , lorsque la défaite de Varrus, dans la Germanie , et la perte des trois légions qu'il commandoit (i) enleva à ce prince toute espérance de vaincre ces hordes aguerries: il se contenta de les comprimer, et n'y réussit encore qu'en employant contre elles des forces imposantes.
L'an ai de 1ère chrétienne, Tibère, successeur d'Auguste , ayant toléré l'usure et les exactions toujours croissantes des gouverneurs et des percepteurs d'impôts,
(i) Dio. Cass., lib. Ln.
excita dans les Gaules une révolte sérieuse ; elle éclata principalement chez les Tréviriens et chez les Eduens; Florns étoit le chef des premiers et Sacrovir celui des seconds , mais l'un1 et l'autre furent défaits et se donnèrent volontairement la mort pour éviter la honte du châtiment et du dernier supplice (i).
Caligula se rendit encore plus odieux que Tibère par ses vexations et ses cruautés; on connoit. sa ridicule expédition dans les Gaules, en Tan 49 de Jésus-Christ, dans laquelle il annonça qu'il alloit combattre les Germains et les Bretons insulaires ; tous ses préparatifs aboutirent à la construction d'une tour au bord de la mer, près de Boulogne : il fit ensuite ramasser des coquillages par ses soldats , comme des dépouilles enlevées à l'Océan ; mais en se retirant, il sut s'en procurer de plus réelles et de plus riches , en proscrivant les plus opulens des Gaulois pour s'emparer de leur fortune (a).
Claude étoit né à Lyon et voulut favoriser sa patrie ; il fit admettre dans le Sénat les habitans de la Gaule chevelue, honneur dont jouissoient déjà ceux de.laNarbonnoise et de la Cisalpine. On conserve .à Lyon deux tables antiques de bronze , sur lesquelles est gravé, le discours que ce Prince prononça dans le Sénat , pour vaincre la résistance qu'on avoit opposée à sa demande ; Tacite le rapporte aussi en entier (3). Les Eduens , comme les plus anciens alliés des Romains , qui leur donnoient le nom de
( i ) TaciU Annal. , lib. III , c. 4©.
(a) Sueton. in Calig.—Dio. Cas,,, lib. ZJJT, .
(5) Annal., lib. II.
frères furent admis les premiers amt gfandés dignités do Fempire; tous les au très peuples Gaulois obtinrent ensuite W même faveur, et sous Yespasien ils joutssoient des mémés privilèges que les citoyens de Rome. Agrippioe, feuauie de Claude, établit en Tan 5o une colonie de vétérans à Cologne où elle étoit née, et qui avoit été, selon l'opinion kl plus commune , fondée par son ayeul Agrippa (i).
On croit que ce fut sous le règne de Claude que 1» GauleNarbdnnoise fnt ornée d'édifices considérables , dont Narbonne, Nïsmes, Béxiers, Agde et d'autres villes , ont conservé des restes qui en attestent la magnificence autant que la solidité.
Néron voulu* laisser dans les Gaules un grand souvenir de son règne (*). 11 avoit projeté de réunir les deux mers par un canal tiré de la Saône à la Moselle , mais ce projet ne fut point exécuté. Il donna une somme considérable pour aider à rebâtir la ville de Lyon, qui avoit été brûlée dans une seule nuit, l'an 64 de Jésus-Christ (3). L'événement le plus remarquable dans les Gaules pendant Le règne de cet empereur, fut la révolte de Vindex , Propreteurde ces provinces. Né dans FAquitaine d'une famille patricienne , il unissoit à sa haute naissance toutes les qualités nécessaires au succès des plus grandes entreprises ; elles étoient encore relevées par un extérieur imposant et par une force de corps extraordinaire. Les vexations multipliées qu'éprouvoient les Gaulois, les impôts énormes
( i) Annal. , Ub. XII, c. a7. (a) iBid., lib.XIII.c. 53.
(3) Ibid., Ub. XVI, c. i3 — Sente, Ub. XIV, epitt. 91.
qu'on exîgeok d'eux , et plas encore les cruautés du tyran farouche qui tenoit les rênes de l'Empire , excitèrent la noble indignation de Vindex. Il fomenta parmi ses compatriotes une révolte qu'il n'eut pas de peine à faire éclater» H engagea dans son parti Galba , gouverneur de la Tarragonoise en Espagne, et bientôt il se trouva à la tète de plus de cent mille nommes , avec lesquels il parcourut toute la Gaule afin de la faire soulever. Néron mit sa téte à prix; ce qui n'empêcha point ce chef entreprenant de gagner Virginins , lieutenant de l'Empereur , qui assiégoit Besançon* Mais les armées en étant venues aux mains contre l'intention de leurs chefs , les Gaulois furent défaits et perdirent vingt mille des leurs. Le désespoir de Vindex , qui croyoit le succès de son entreprise assuré , le porta à se donner la mort l'an 68 de Jésus-Christ.
Galba étant parvenu à l'empire , récompensa les Gaulois qui avoient suivi le parti de Vindex , et fit au contraire éprouver son ressentiment à ceux qui lui avoient résisté, entr'autres aux Lingons et aux Tréviriens (i).
Lorsqu'Othon et Vitellius aspirèrent à l'Empire , les Gaules devinrent encore le théâtre des guerres civiles. L'an 6g , sous le règne de Vespasien , Civilis , l'un des chefs des Bataves, voulut suivre l'exemple de Vindex, et leva contre les Romains 1 étendait de la rébellion ; il chercha à s'appuyer du secours des Gaulois les plus voisins des Bataves, et fut soutenu par les Druides qui avoient encore conservé de l'influence, malgré les efforts des Romains pour les détruire. Les sollicitations de Civilis
<i) Tacit.Hùt.,lib.I.
ne pouvoient manquer d'être accueillies par des peuples toujours disposés à prendre les armes et à secouer le joug. Un conseil des principaux chefs; à la tète desquels étoient Classions et Julius TuLor du pays des Tréviriens, et Julius Sabinus de celui des Lingons, fut tenu à Cologne. Vocula qui commandoit l'armée Romaine sur le Rhin, ayant voulu s'opposer à la défection de ses légions, que les Gaulois avoient entraînées dans leur parti , fut arrête et mis à mort. La ville de Cologne , les Suniciens, les Tongres, les Bethasiens et les Nerviens se joignirent à Civilis , qui remporta d'abord plusieurs avantages.
Les Séquaniens restés fidèles aux Romains , battirent Sabinus qui avoit pris le titre d'Empereur ; alors les Gaulois résolurent de rentrer dans l'obéissance. Les Tréviriens , les Lingons et les Balaves , continuèrent seuls à résister; mais bientôt les deux premiers peuples se soumirent, et les Bataves qui persistèrent les derniers dans leur révolte, furent enfin défaits et leur pays livré aux vainqueurs qui le ravagèrent (i).
L'histoire a conservé les détails de l'aventure extraordinaire de Sabinus, chef des Lingons, qui fut nourri pendant plus de neuf années , dans une caverne souterraine par sa femme Eponine j elle devint deux fois mère pendant cet espace de temps : sa constance, son adresse et son courage pour sauver la vie de son époux et obtenir son pardon, l'ont. placée parmi les héroïnes les plus célèbres de l'antiquité. L'inflexibilité de Vespasien, qui condamna ces deux époux si intéressans et si malheureux au dernier
(i) Tacit. Hitt.,lib. y.
supplice en Pan 79 , « terni l'éclat et la gloire^ de l'un des plus beaux règnes de leurre Romain. ,. | . ,;
Les Gaulois ressentirent comme, tous Jes, autres, peuples soumis ; aux Romains , les douceurs du règne d© Titup , qui répandit ses bienfaits dans toutes, les parties de l'Empire,, Mais le calme disparut avec cet excellent Prince , l'an 93 de Jésus-rChrist, et le farouche Donatien fit bientôt gémir Jes Gaulois sous sa tyrannie j i\ les obligea d'arracher Içurp vignes qu'ils culti voient avec tant de plaisipettantde soins, et leur fit éprouver aussi les effets de ses persécutions contre les Chrétiens. : t
Hadrien parcourut toutes les provinces de , l'Empire, et vint, dans les, Gaules en l'an 121. ,AntpnÀu Je Pfcgu: naquit à Nismes; il é toit de la famille Aurélia qu| .ét^ît originaire de la même ville, qu'elle avoit quittée pour aller s'établir à Laviniunv , ' • . i> > • • ■*
Septirue Sévère fut attiré dans lçs Gaules , par ,ses querelles avec Albin , qui rut défait aux portes d£ Jitfom Les cruautés de Çaracalla interrompirent l'état ^e(jcalme dont ces provinces avoient joui pendant près d'un siècle. Les Gaulois avoient alors entièrement adopté les mœurs et les usages des Romains, et supportaient sans peine leiir domination ; mais, depuis ce Prince qui fut tué eu ai 7 par ordre de Macrin, Préfet du Prctoir*, la, puisT sance de Rome s'af foiblit toujours davantage ; les peuples barbares qui habitoient au-delà du Rhin , commencèrent à se montrer et à faire des irruptions dans Jes Gaules.
Alexandre Sévère vint dans qe? contrées;, il fut Juc par ses soldats-, en l'an a35 , dans, son, çamp pjçpf de IVlayence. Aurélien qui fut depuis lîmpcreur , mais qui sous,le,règne de Gordien n'étpjt que Trjbuii de la; .sixième légion
Roumaine dans les Gaules , défit les Francs près de Mayence en l'an 24 1 , et c'est la première fois qtie l'histoire fait mention de ces peuples ; Gallien fit la guerre dans les ôâulés sous le règne de Valérieu, et y étoit encore en l'an 360, lorsqu'il fut appelé à FEmpire.
Déjà depuis long-temps on pouvoit prévoir la chute de cette puissance colossale , dont les bases cômmençoient à s?ébranler; les princes qui portoient le sceptre de César > «FAugu'ste' et de* Trajan , ne se faisoient plus remarquer que par une extrême foiblesse , ou par des vices honteux ; les Romains et tous les peuples de fltalie avoient perdu dans la mollesse, compagne du luxe et de lopulènce, lé caractère noble et courageux de leurs ancêtres. Les armées Romaines étoient devenues un mélange incohérent de difTérens peuples mercénaires et peu fidèles; ces étrangers étoient toujours prêts à embrasser, dans les luttes continuelles qui s'éïevoient entre ceux qui se disputent'l'Empire , le paru de celui qui mettoii le plu* haut prix à leurs services. A mesure que ce colosse, qui avoit sérré dans ses bras le inonde presqu'entier , perdoit de sa force et de sa puissance , les nations barbares du nord se disposoient à profiter de sa foiblesse. Repoussées de leur climat par son âpreté , et attirées par les richesses et la fertilité des Gaules et de - l'Italie , elles se mettoient en marche pour venir fondre sur ces belles contrées. Les Goths , les Suèves, les Vandales, les Alains , les Francs et beaucoup d'autres peuples, s'avariçoient pour ruiner FEmpire Romain et se partager ! ses dépouilles. Gomme la Gaule est le pàys qui nous occupe plus particulièrement , nous nous attacherons seulement à ce qui la concerne , en parcourant la triste histoire des excès et des ravages dont
elle fut principalement le théâtre dans, les irruptions des hordes du nord. ,
En l'an 260, Postnme , Gaulois d'origine et t<funç naissance obscure , mais doué de aualités,féminentes et des plus grands Jalens, usurpa la, pcjurpre9 après avoir mis à mort le jeuue Valérien, fils de Gallien, dont U «toit le gouverneur. II se maintint pepdant près, de sepj ans dans son usurpation, et fut assassiné par ses troupes, auxquelles il avoit refusé le pillage de .Maycnce^Çe. fjtyt à cette époque qu'un corps de Françs réussit à pénétrer dans les Gaules , et les traversa en ravageant les, pays-qui se trouvèrent sur son passage} franchissant ensuite les Pyrénées, ces barbares passèrent en Espagne .et pijilèrenjt Tarragone; là, ils s'emjbarquèrerit .et;:aboj)çdprent en Afrique, où leur témérité fut ;sans doute puuip, par les habitans des contrées dans lesquelles ils s'étoienj iiwpru» Gemment avancés, et en trop pétit nombre pour s'y inainteilir. ; * .'■;....*«.
D'autres usurpateurs succédèrent à Postume , et n'eurent qu'un règne éphémère , entrautres V ictorin , qui fut trahi par «a propre femme , après un règne de trois ans ; son fils parut à peine avec la pourpre, que ses soldats, lui otèrent la vie. M anus, qui ne régna que trois jours, e.t Tetricus qui, après un règne de cinq années se rendit à Aurélien, près de Châlon-sur-Marne , en l'an 273. Les Gaules furent alors réunies de nouveau à l'empire dont elles étoient restées démembrées pendant treize années.. Quelques auteurs rapportent à Van 269 la révolte des paysans Gaulois, connus sous le nom de Bagaudes ; ils proclamèrent Augustes, deux de leurs chefs, >Elianus ou Laeliauus et Amandus , s'emparèrent d'Aulun après
un siège de sept mois , et ravagèrent plusieurs provinces des Gaules. D'autres écrivains disent que cette révolte éclata en a85 ,'la première année du règne de Dioclétien , auquel ils attribuent la soumission de ces rebelles; en tin on a fait honneur de cette soumission à Maximien - Hercule*; ce ^ui est certain , e'est qu'après seize ans de guerres dans lësqu elles ils tinrent téte à plusieurs armées Romaines, les Bagaudes furent entièrement défaits et soumis eh Tan 286, sous le règne de Diôclétieh, qui venoit d'associer Maxtmien à l'Émpire (1).
En l'an -277 , Promis s'occupa sérieusement de repousser les barbares qui menaçoient la Gaule (2). Le succès passa toutes Ses espérances ; il en tailla en pièces Quatre cënt mille , et repoussa le reste au-delà de l'Elbe et du Necler. Il dispersa ensuite dans les Gaules et dans les autres provinces Romaines, les prisonniers qu'il a^oit faits ^ en leur donnant des terres à cultiver. Get usage adopté parles Romains, présentoit le double avantage de diminuer le nombre de leurs ennemis., et de plier ces peuples étrangers à leurs usages et à leurs lois ; mais on ne peut se dissimuler que ce mélange dans les provinces et dans les armées , contribua beaucoup 4 accélérer la décadence de l'Empire. Quelques corps des. prisonniers faits par Probus sur les Francs , furent envoyés sur les bords du Pont-Euxin pour s'y établir. Au Heu de plier sous le joug, ils s'emparèrent de plusieurs vaisseaux sur lesquels ils s'embarquèrent; ils abordèrent sur les côtes
( 1 ) Eutrop. Breviar. Ht si. Roman. , p. 44o. (a) ropûc.inProb.
de la Grèce, et sur celles de l'Asie et de l'Afrique. Ils descendirent dans les pays voisins de la mer, et s y livrèrent à toutes sortes d'excès ; ils répandoient la terreur dans tous les endroits où ils arrivoient; en Sicile , ils s'emparèrent de Syracuse qu'ils pillèrent: traversant «ensuite le détroit de Gibraltar, et côtoyant l'Espagne et la Gaule, ils passèrent la Manche et arrivèrent enfin à l'embouchure du Rhin. Ces aventuriers audacieux se retrouvèrent ainsi dans leur pays natal, après l'expédition la plus extraordinaire et la plus étonnante dont l'histoire ait fait mention.
Probus rendit aux Gaulois la cul tare de la vigne , dont ils avoient été privés sous Domitien. En l'an a8p, Proculus, Franc d'origine, usurpa la pourpre Impériale à Lyon , ou il fut salué Auguste. Mais sans talens et abruti par la débauche, cet usurpateur n'étoit pas fait pour occuper le rang suprême ; il fut vaincu par Probus , et prit la fuite : trahi par ses compatriotes , il fut bientôt arrêté et mis à mort Bonosins, Breton d'origine, autre usurpateur qui s'étoit allié à Proculus, ne fut pas plus heureux; défait près de Cologne , il fut arrêté et pendu par ses propres soldats.
Depuis cette époque jusqu'au règne de Constantin, les Gaules continuèrent d'être le théâtre des guerres suscitées par les barbares , qui renouvell oient sans cesse leurs tentatives pour s'y établir. Les Francs étoient les plus acharnés ; on vit cependant en 288 des députés de cette nation, ayant à leur tète un de ses rois, venir demander la paix à Maximien - Hercule qui commandait dans les Gaules; trois ans après il leur permit de s'établir à la place des Nerviens et des Tréviriens, qui avoient aban-
donné une parue de leurs terres. Mais ces peuple» ambitieux ne se contentèrent pas de ces concessions ; ils s'emparèrent de la Batavie et de quelques autres provinces. Constance Chlore marcha contr'eux, en tua ou prit un grand nomlre et mit le reste en fuite. Ce Prince profita des douceurs de la paix qu'il avoit procurée à la Gaule , pour y réparer les désastres de la guerre. 11 fit rebâtir Autun, et rétablit ses écoles déjà célèbres dans les temps anciens ; il diminua aussi les impdts de celte ville, qui lui députa à Trêves l'orateur Buméne pour le remercier dé tant de bienfaits.
Deux usurpateurs s'élevèrent pendant ces derniers Tegnes, Ca^rausius <pû se fit «couronner en Tan 287, et passa en Angleterre où il se maintint pendant sept années, il périt en 294 de la main d'Allectus, son lieutenant, qui lui succéda dans la même ile ; il y régna jusqu'en 297 , qu'il fut défait par Asclepiodore, général Romain , et tué dans le combat; sa mort fit rentrer sous la domination Romaine, l'Angleterre qui en avoit été séparée pendant dix ans.
Constantin-le-Grand fit un long séjour dans les Gaules , ou il fit la guerre aux Allemands et aux Francs qu'il repoussa de ces provinces ; il repassa les Alpes pour combattre le tyran Maxence, qu'il défit près de Rome. Ses fils y obtinrent aussi plusieurs avantages contre les barbares. Julien, surnommé l'Apostat , fut envoyé dans les Gaules en qualité de Proconsul, en l'an 356, pour s'opposer aux ravages des Allemands. Valentinien I." , et Gratien son fils y vinrent également.
Nous ne suivrons pas les détails de l'histoire jusqu'à rentière décadence de l'Empire ; nous nous bornerons à ce qui a rapport aux changemens arrivés dans la Gaule
par suite de l'invasion des peuples du nord qui s'y établirent.
Long-temps ayant le règne du grand Constantin ,-Jes Gaulois entièrement soumis à la domination Romaine, n'avoient plus de caractère distinctif qui pût les faire considérer encore comme une grande nation. Ils demeurèrent presque passifs pendant la longue lutte qui s'engagea entre les barbares et les Romains , et leur pays devint ainsi que les autres provinces de l'Empire , la proie des essaims innombrables qui , pendant deux siècles et demi , arrachèrent des lambeaux de cet Empire naguères si redoutable , qu'ils finirent par se partager entièrement.
L'an 4 06, les Vandales et les Goths sortis de la Scandinavie, les Suèves , peuples du nord de la Germanie , et les Alains venus de la Scythie, inondèrent à la fois les Gaules et l'Espagne ; mais les Francs qui depuis plus de cent soixante ans convoitoient les mêmes pays qu'ils regardoient même déjà comme leur propriété , s'opposèrent aux Vandales et en tuèrent un grand nombre; le reste auroit également péri , si les Alains ne fussent venus les secourir. Les Vandales et les -Suèves qui avoient pénétré dans l'Espagne, ne purent y vivre en paix, et s'entredétruisirent peu de temps après qu'ils s'y furent établis.
En 407 , les barbares qui étoient entrés dans la première Germanique , étoient passés dans, la Belgique , dans l'Aquitaine , et s étoient ensuite répandus dans le reste des Gaules; la famine vint mettre le comble aux fléaux qui accompagnoient leur marche , marquée par le> massacre, le pillage et la destruction. Ce fut au milieu de tant de désastres , que le tyran Constantin se fit proclamer Empereur dans la Bretagne et fut reconnu de presque toute la
Gaule ; les Bretons > les Armoricains et d'autres peuples profitèrent de cette occasion pour chasser les Romains, et Essayer de recouvrer leur ancienne indépendance.
En 409 , Rome qui depuis près de huit siècles qu'elle avoit été prise par les Gaulois , avoit constamment dicté des lois sans jamais en recevoir , tomba au pouvoir d Alaric, Roi des Goths, mais une mort prématurée vint lui enlever cette conquête; elle demeura à son parent Ataulphe, qui se conduisit en vainqueur généreux , préférant l'alliance d'Honorius à la gloire d'abattre les derniers restes de la grandeur Romaine; il abandonna l'Italie pour venir fonder, avec une partie de ses sujets, un nouveau Royaume dans le midi de la Gaule (r). Toulouse en devint la capitale, Narbonne et Bordeaux en marquèrent les limites. On a attribué la conduite désintéressée d'Ataulphe envers les Romains , à la passion que lui avoit inspiré Placidie , sœur d'Honorius , qui étoit tombée au pouvoir des Goths pendant le siège de Rome. U épousa cette Princesse à Narbonne , et cette cérémonie fut faite avec un luxe peu convenable à l'état déployable où se trouvoit alors la Gaule.
Ataulphe contribua à rétablir dans ce pays la puissance d'Honorius, et à le venger du tyran Constantin , qui fut défait, pris et mis à mort avec son fils Julien , avant d'arriver à Rome, où ils étoient envoyés comme captifs. Maxime , Jovin et les autres usurpateurs qui succédèrent à Constantin , n'eurent qu'une i puissance éphpmère , et toutes les -provinces qui n'étaient pas sous le jpug des
(1) Orose.,1. VII, c. 45
(Ht)
barbares obéirent à Honorius. Mais les Romains , fiers de voir leur autorité rétablie dans les Gaules, oublièrent qu'ils en étoient redevables à Ataulphe; ils fireut la guerre aux Goths, les chassèrent et les poursuivirent jusque dans l'Espagne. Ataulphe fut assassiné à Barcelone en 4i5. Sigeric, son successeur, ne régna que peu de jours, et subit le même sort; Wallia le remplaça et fut plus heureux , mais ses exploits sortent du cercle <pie nous nous sommes tracés.
L'an 418, Honorius rendit un édit par lequel les Etats des sept provinces du midi de la Gaule qui avoient le moins souffert, dévoient se réunir tous les ans à Arles pour discuter les intérêts de leur pays et adresser au Gouvernement les représentations qu'ils jugeroient nécessaires. Ces assemblées qui avoient lieu du i.5 août au i5 septembre étoient composées des magistrats et des principaux propriétaires de chaque province, et présidées par le Préfet du prétoire; cette mesure» aussi utile que sage, reçut à peine son exécution, et fut anéantie par les troubles de l'Empire : si elle eût été prise avant qu'il fût aussi voisin de sa ruine , elle auroit peut^tre pu le soutenir , et fournir aux Gaulois les moyens de résister long -temps encore au torrent dévastateur qui vint inonder leur pays et leur apporter tous les maux à-la-fois.
Le règne de Pharamond, qu'un grand nombre d'historiens ont regardé comme le fondateur de la Monarchie Française , commença dans cette même année ^iS.
Nous terminerons ici ce que nous avions à dire sur l'histoire générale de la Gaule, dont l'histoire particulière finit beaucoup plutôt, et dès l'an 269 de Jésus-Christ. Depuis cette époque , les Gaulois ne jouèrent plus de rôle.
important; accoutumés au joug des Romains , et en quelque sorte identifiés avec eux, ils ne» prirent que peu de part aux guerres sanglantes dont leur pays fut le théâtre jusqu'à l'entière décadence de l'Empire ; ils auroient peutêtre retardé cette catastrophe , si Rome eût fait plus de cas de ces peuples qui se distinguèrent dans ses armées 9 lui fournirent un grand nombre cV bons généraux ét plusieurs Empereurs , et qui forent enfin -dans plusieurs occasions son plus solide appui. Si de temps * autre les Gaulois se réveillèrent de leur léthargie pour secouer le joug, ces éians Vers !a liberté furent toujours de courte duré© 5 ils ne firent au reste que changer de maîtres , car à mesure que l'Empire s'aftoiblissoii, et que les «haines qui retetooient tant de peuples sous sa dominafton se rclaoholent, d'autres maUres féroces et plus despotiques s'avançoient dn nord pour envahir l'Occident. Les Go&s, les Akins, les Bourguignons, les Huns sortis des déserts de k Tartane , se joignirent aux Suives , aux Vandales et aux Francs pour ravager la Gaule et s'y établit En 536 , elle passa toute entière sous la domination 4e ces derniers par un accord entre leurs chefs et Vitigés;qwatre ans après, Justinien confirma Ce traité, et depuis cette époque, le, nom de la Gaule et des Gaulois fut effacé de l'histoire. Ce pays se peupla de nations étrangères, dont le mélange s'opéra successivement avec les anciens habitans, qui, selon quelques historiens, étoient encore au nombre de huit ou neuf millions lorsqu'ils passèrent sous la domination des Francs ; ce fut de ce mélange que sortit un peuple qui prit le nom de Français. Cependant les Gaulois conservèrent sur les étrangers l'avantage de la civnV sation et des lumières ; ils n'adoptèrent presqu aucun de
leurs usages ni aucune de leurs lois , tandis que les Franc9, en se pliant peu-àrpeu aux moeurs des Gaulois , perdirent enfin la barbarie., la rudesse et l'ignorance «pilla a voient apportées de la Germanie.
Il nous reste, pour compléter cette revue historique, à parler sommairement dui sol de là Gaule, de ses produc*tîons , des mœurs et des usages de ses habitans.*
La Gaule , quoique située dans une zdne tempérée, ne présentait pas daus les; temps les plus reculés, les avantages d'an climat doux et agréable, et d'un air pur et salabre; de vastes forets et de nombreux étangs couvroient une grande partie de sa surface et y entretenoient un froid long et rigoureux. Pendant l'hiver, la neige y étoit abondante et les fleuves les plus rapides y geloient; les vèhts violens de loues* et cm nord y soufttoient avec tant de force, qu'ils soulevoient quelquefois des blocs de pierre, artimon* celoient les sables , détruisoient les habitations et emévôiént les hommes et les animaux. ' ! <
La garde des troupeaux , la chasse et la pèche, fùrént pendant long-temps les seules - occupations des habitans de la Gaule, qui vfcvoient, en général, dispersés, ou qui étoient reunis en petit nombre. La culture des^ terres y fat tardive, la conhoisSance- ef la pratique' des arts utiles lentes1, ainsi que les progrès des sciences ét de la civilisation. •• ■ . • -"•
Les premières communications des Gaulois1 avec les nations étrangères, eureiiHîeu par lé moyen des navigateurs que lé « hasfard o« des spéculations mercantiles attirèrent chez eux. Ce lut , comme nous l'avons dit , l'établissement des Phocéens à Marseille qui commença la civilisation de la Gaule ; la conquête des Romains
l'acheva. Les Gaulois , à cette époque , voyagèrent hors de leur pays et y reçurent les Grecs et les Romains, qui non seulement le parcoururent, mais s'y établirent dans plu» sieurs endroits; ils y apportèrent avec le goût des arts et des lettres, les besoins du luxe et l'habitude de toutes les commodités de la vie. Cependant, malgré ce mélange , les Gaulois conservèrent toujours une grande partie des mœurs et des usages de leurs ancêtres; on en retrouve même encore la trace après que leur nom fut effacé de la liste des nations, à la suite des irruptions qui livrèrent la Gaule presqu'entière aux barbares qui s y établirent.
Vers le commencement de l'ère chrétienne , un grand nombre d'écrivains, entr'autres César , Strabon , Diodore de Sicile et. Tite Live , s'occupèrent de faire concentre , par leurs ouvrages , la Gaule et ses habitans. Polybe en avoit déjà parlé avant cette époque, en racontant la prise de Home par les Gaulois.
Lorsque la culture des terres fut avancée dans ces contrées , le climat y devint plus doux , et la pureté de l'air, en donnant aux peuples qui les habitoient une beauté mâle et une santé vigoureuse , influa aussi sur leur caractère, qui devint moins âpre et moins sauvage. On y conserva des forêts majestueuses , dans lesquelles s'élevoiçnt ^ au milieu de beaucoup d'autres espèces d'arbres , des chênes; qui furent pendant long- temps l'objet du culte de* Gaulois (i).
Parmi lçs animaux sauvages qui peuploient les bois et les campagnes, ou remarquoit surtout l'Ure, le Bison et le
(i) Pbn,, Ut. XII et XVI.
Sanglier ou Porc (i). I/Ure Urus , étoit un taureau sauvage plus grand et plus fort que le taureau ordinaire ; le même animal existe encore sous le nom d'Aurochs dans les montagnes de la Prusse et de la Lithuanie; TCJre étoit très-léger à la course j il ne s apprivoisoit jamais , et attaquoit les hommes ainsi que les animaux. Le Bison étoit une variété de l'Ure , une espèce de bœuf sauvage , portant sur le dos une excroissance charnue qui pesoit jusqu'à quarante et cinquante livres. Cet animal ne s'accoutumoit point au joug. Les sangliers ou plutôt les porcs se trouvoient en grand nombre dans la Gaule , et faisoient la richesse de ses habitans , qui en élevoient des troupeaux dans les campagnes ; mais ces animaux conservoient toujours une férocité qui les rendoit redoutables : on voit souvent le porc , sus gallicum, sur les plus anciennes monnoies Gauloises.
César a parlé d'un bœuf qui ressembloit beaucoup au cerf et qui n'avoit qu'une Corne àu milieu du front , ce qui sans doute est une erreur. 11 fait aussi mention des Alcées, qui ressembloieot beaucoup aux chèvres , quoique leur taille fut plus élevée j ils a voient des cornes tronquées, et leurs jambes étoient sans articulations mobiles, ce qui les obligeoit de dormir , et de se reposer debout appuyés contre un arbre ; on remarquoit les endroits qu'ils fréquentoîent habituellement, et on se i oit, sans les abattre, les arbres qui leur servoient de soutiens ; leur chute entrainoit celle des Alcées , qui , ne pouvant se relever , devenoient la proie des chasseurs. Selon Pausanias, les
( i ) C<**ar. de Bell. Gallic. , lib. VI, c. ^—Strab. , Ub. IV.
C Ia6 )
Alcées de la Gaule tenpient du cerf et du chameau. On croit que ces récits contradictoires et sans doute erronés 3 n'ont eu pour objet que l'animal connu de nos jours sous ie nom d'Elan.
La Gaule étant arrosée par un grand nombre de ruisse.u* et de rivière. , devoit porter L» son sol les genne. d'une grande fécondité ; la culture les développa , et bientôt les pâturages qui devinrent excellera , servirent a y entretenir de nombreux troupeaux. La terre y produisit toutes sortes de grains ; les Phocéens y apportèrent l'art de tailler la vigne et de cultiver l'olivier et le citronnier. Les Romains et les Grecs y perfectionnèrent l'agriculture, surtout dans les cantons où ils s'établirent. Les plaines étoient plus généralement cultivées que les montagnes ou le sol est souvent ingrat et aride, et quelques parties de terrain voisines des côtes restèrent toujours incultes. Les provinces méridionales produisoient abondamment de l'huile et du vin; on recueilloit par compensation dans celles du nord du froment , du millet et d'autres grains.
Il y avoit dans les Gaules des salines et des eaux ther* maies très-estimées. On exploitait chez les Tarbelliens et les Tectosages des mines d'or qui dévoient être très-riches , si l'on rapporte à leur produit, l'immense quantité d'or que le Consul Cépion trouva dans la v«Ue de Toulouse , lorsqu'il s'en empara -, on a évalué ces trésors à plus de quarante millions de notre monnoie. Il est prouvé que la métallurgie étoit connue et pratiquée dans la Gaule dans les temps les plus anciens et avec la plus grande perfection. 11 y avoit aussi des mines d'or dans les Alpes , des mines d'argent chez les Gabaliens et les Ruténicns , et d'excellent fer dans le pays des Pétrocoriens et des Ber-
myens - Cubiens. L'exploitation de ces mines parut asser avantageuse aux Romains pour les leur faire préférer aux mines de l'Italie (i). Il est vraisemblable que les filons les plus riches ont été épuisés dans ces anciennes exploitations , et que dans des temps plus modernes , la difficulté dfs travaux , et la cherté de la main-d'œuvre qui n'étoit plus en rapport avec les produits, ont fait abandonner ces mines.
Examinons l'état des habitans de la Gaule avant que leur mélange avec d'autres nations eût altéré leur caractère primitif, car la perte de leur indépendance apporta de grands changemens dans leurs qualités , dans leurs mœurs et dans leurs usages.
Les Gaulois étoient généralement d'une haute stature $ tons les historiens s'accordent à cet égard. Des tombeaux qui ont incontestablement renfermé les restes d'hommes de cette nation , ont prouvé mie leur taille moyenne étoit entre six et sept pieds. Les femmes avoient comme les hommes, et sans doute parles mêmes causes, une taille trèsélevée. César a attribué cette qualité des deux sexes dans la Gaule, à la sobriété , à l'exercice continuel, à la modération dans toutes les jouissances , et à l'entière liberté des monvemens du corps que les habillemens ne génoient en aucune manière (3). Les boissons* fermentées, dont les Gaulois faisoient un usage presque général, pouvoient contribuer aussi au développement de leur corps. D'ailleurs , ils ne «onnoissoient point encore tous les poisons lents que nous a envoyé le nouveau monde, qui
flattent le
CO Strab., lib. IV et T.
( a ) De Bell. QaUic. , lib. I , c. \ et 6, c. %u
palais et minent les sources de la vie ; ils ne se Hvroient pas non plus aux excès sans nombre qui ontpar la suite des temps amené et consommé la dégénéralion de l'espèce humaine.
La force des Gaulois «toit proportionnée à leur taille ; elle étoit une suite naturelle de leur éducation et des occupations pénibles auxquelles ils se livroient habituellement. Les femmes , si Ton en croit Ammien-Marcellin et quelques autres écrivains, ne le cédoient point, aux hommes pour la force et pour le courage. Les anciens auteurs s'accordent à dire aussi que les habitans de la Gaule avoient beaucoup d'embonpoint, ce qui pouvoit venir du long re^ pos qu'ils aimoient à prendre à la suite de leurs exercices. Leurs alimens , la bière surtout et le laitage pouvoient encore y contribuer. Cependant un ventre trop proéminent étojt une espèce de honte surtout pour les jeunes gens, et on imposoit une amende fixée par une loi , à ceux qui ne pouvoient renfermer leur ventre dans une ceinture déposée chez les magistrats. Nous parlerons de cette espèce de ceinture dans nos descriptions de monumens.
La blancheur de la peau distinguoit les Gaulois des autres nations, et on a prétendu qu'elle leur avoit fait donner le nom de Galettes , de r«X*, lait. La température du climat qu'ils habitoient et les vétemens dont ils se couvraient , entr'autres la cuculle , espèce de manteau avec un capuchon , dévoient entretenir cette blancheur qui leur étoit naturelle. Malgré cette habitude d'être bien vêtus , Tite-Live nous apprend cependant qu'au moment de combattre ,- les Gaulois étoient dans l'usage de se dépouiller de leur vétemens jusqu'à la ceinture (i). Ils
( i ) Lib. , XXXVIII t c. 1 7 et ai .
avoient r'ën général, lés yeux bleuis et vifs , et setudioient & donner aleur regard une dure!té;fardnohe et nienacante, afin du paroitre pins redoutables? tëi leurs ennemis (i<). Leur ehevélutre > etoifcï blonde ;ou> rousse;^*}. Cette: dernière couleur* loin de leur pafcroitre désagréable^} leur >plaboix mm point qu'ils lui.ckwmoieut jpaa-cTar4 une teinte pius foncée ç ils ne coupoient ai né taillaient Iqurs Jcneybux-natarellement longs etlépais^ibjsaÉtàshoient ,aU contraire f à en; augmenter le désorclre^ otlà fos 1W parafcrd plus ;<faéi pus (3> Hi }es rele^oientiàiinleito«tyetie^rrëjét4»^«ûr le sommet et en. arrière daim tèteU Qmtrouve dans Mont* Janconjiné fi^npe d^iH]cnwë< <£i» donne ùneiidtéé» assei précise det nette disposition dâlaabeveiuàèjks Gaulois' Us se coupoient rarement la barbe , et , ^lorsque ce$a arnhroit , ils donserv^ieétj des i moustaches longues1^ et génan tes , qu'ils consi déroi est comme Un drnéineirt Leur; Toit étoit rude; et forte y ih>slep sërvoiëb* > surtout dans les combats comme xi^un moyen de terreur^ les cris et les hurleanens qu'ils ^voient coutume ide; pousser en marchant à i'enntentu * ont quelquefois suffi < pour le faire fuir «le vaut
eilK(5>) , ' • : : • : M-:: • , ■ ■ =-'î ■ -■
•Le: portrait que nous venons de îtracér, présente plutôt
>!. l'esprit l'image de la laideur que celui de la beauté ?
< O I*fia* .Si**,, W, r. ~ 4mm. H+rcelf, ,J Hh. XV* é. i*. . \
(a) J&uarfâ ottjs (fPirgtf. MneyL , /f2. VHf, fS&tôv) H 1n4* àwe»
f.tivo ComitmUur rertice Galli. (Claudian. in Rufin., lib* II, p. no.) r
(3) Rhodanique cornes ifOonsq juvtntiu. (SiL Italie. Punie., Ub. XV. *'6rf.-) : >'' "'>•' [ - •> ■ •- ^ ';P » 1 ■• 1 : •• '
(4) Aatiq. expltq., lom. V, pag. 86. " ' "'" iSy^biod! Sidahv tib\ r.'—JNt. Liv.r-Pbfytoi >ll!' "> :] :
les Gaulois semBloient en effet s attacher à altérer les dons qu'ils tenoient de la. nature , et les moyens qu'ils euiployoient pour se défigurer ,«étoient encore soutenus et<augmentés par la bularrerie des ornemens dont ils faisoient usage. Cependant; leurs qualités extérieures étoient si remarquables , que: les auteurs anciens s'aecordent à faire l'éloge de leurs personnes; leurs femmes surtout passoient pour les plu» telles parmi celles des nations barbares* Les monumens (Sauloisqué le tefaipé a épargnés» viennent à l'appui dei cette tradition. Ces peojJès ^bùservèrent sans altération le caractère de physionomie et les traits disiinctifs qui leur étoient propres y aussi longtemps qvLïU: rie, sè mêlèrent point »iaux nations* étrangères qui eommoxûquèrent avec euxj.l i .!.:*•■ .
Malgré la force' de corps' et la santé vigoureuse dont jouissaient les Gaulois, ils a voient cependant un penchant prtsqu insurmontable à la paresse ; Ils àihmoient surtout 4 te livrer longuement au sommeil: leur embonpoint pou*» Toit contribuer à cette disposition et f entretenir, ainsi qué le prompt abattement ou les jetoient la grande chaleur eé la fatigue. Us entreprenoient tout avec ardeur , et se rebutoient au moindre obstacle ; leur premier choc dans les çombats étoit presqnlrrésistible , mais l'ennemi qui savoii le soutenir , et qui parvenoit à les fatiguer , étoit sûr de les vaincre. L'oisiveté, compagne des vices, portoit les Gaulois à la débauche et à l'ivrognerie ; ils aimoient avec passion le vin et toutes les liqueurs énivrantès : avant que la culture de la vigne eût été introduite chez eux , ils sacriûoient ce qu'ils avoient de plus précieux pour se procurer du vin.
Ces peuples furent plongés long-temps dans une igné-
rance profonde, dont ils se faisoient même un mérite; la chasse , la pèche , mais surtout la guerre étoient leurs occupations favorites , et n'étoient interrompues que par une honteuse oisiveté ; leurs femmes seules étoient chargées des soins domestiques : elles cultivoient la terre , et leurs enfans gardoientles troupeaux. Mais lorsque la connoissance des sciences et des arts leur eut été apportée, ils s'y livrèrent avec ardeur , et leurs progrès furent prompts et soutenus; ils avoient cependant dès les temps de leur ignorance et de leur oisiveté , des espèces de poètes appelés Bardes, qui célébroient dans leurs chants les exploits des héros.
Les Druides étoient chargés de tout ce qui avoit rapport à la Religion, mais ils étendoient leur autorité et leur influence sur toutes les affaires publiques et particulières. Us avoient grand soin d'entretenir l'ignorance du peuple , à laquelle ils dévoient la considération dont ils jouissoïent; ils empéchoient surtout qull y eût rien d'écrit sur la religion , les lois et l'histoire des Gaulois. Us profitoient habilement de leur penchant à la superstition , pour les séduire et les enchaîner ; les augures , les prédictions de l'avenir et tout ce que la fourberie peut employer dlllusions et de prestiges , étoient mis en usage par ces hommes adroits , qui en retiroient toujours de riches offrandes.
On a reproché aux Gaulois une inconstance et une légèreté dont l'expérience ne les corrigeoit pas plus que de leur orgueil , de leur jactance et <le leur avide curiosité. Fanfarons avant le combat, cruels et féroces dans la victoire , ils tomboient dans le découragement et le désespoir, dans les revers et dans l'adversité. Ils s abandonnaient sans frein à l'emportement de leurs passions, à l'avarice et
à la colère ; ils se souilloîent en répandant le sang humain .sur Jes autels de jeurs Dieux, et, ne se bornant pas à arracher la vielleurs victimes Âls les tortureient d'nne Wnièg^ atroce* js% croyoient se, rendre agréables à la .divinité , en prolongeant le supplice de ces malheureux. •
Cette esquisse est peu ilatçuse sans doute ; mais elle «nTre-des traits communs à tousjes peuples non civilisés: pn les , trouve encore de nos jours çhez les sauyages du flouveau monde , etf même dans quelles parties de l'an^ cien continent , ou ,les progrés des lumières et de la civilisation sont restés en arrière de ceux faits par tous les autres peuples. Examinons si les qualités et les vertus ^s.Qaulois ont pu pon pas effacer entièrement, mais du moins, adoucir beaucoup la peinture affligeante que nous venons de tracer de leurs défauts et de leurs vices.
Les Gaulois étoient naturellement sobres et vi voient avec frugalité, lorsqu'ils n 'étoient pas entraînés par l'occasion ou, par quelque circonstance particulière à se livrer à la débauche ; en général ils aimoient la propreté. L'hospitalité étoit chez eux un devoir qu'ils remplîssoient avec autant d'empressement que de noblesse et de générosité. Cette vertu étoit une suite de leur bonté et de leur penchant à ^compâtir au malheur d'autrui ; ils étoient désintéressés , .généreux , fidèles à leurs engagemens , équitables, dans leurs actions et dans leurs jugemens. J\s ignoroient l'art de la âaterie ; aucune considération ne pou voit les obliger à trahir la, vérité : enfin leurs manières étoient simples et franches ainsi que leur conversation.
Les Gaulois avoient une adresse particulière et un grand talent pour l'imitation * aussi leurs progrès furent ils
(vi33)
rapides dans les sciences et dans les ai-ts lorsqu'ils commencèrent à s y appliquer. La ruse n'étoit pas dans leur caractère , cependant on les a vus remployer quelquefois très-habilement et avec succès ; mais le courage étoit leur qualité la plus remarquable,1 ils la possédoient au plus haut degré etla portoient souvent jusqu'à la témérité. Sa source principale étoit dans leur mépris pour la mort 4 et dans leur amour pour la patrie et pour la liberté. Les femmes elles-mêmes ne le cédoient pas aux hommes pour le courage ; elles lessuivoient dans les combats , les encou* rageoient par leur présence et par leurs discours : elles arrétoient les fuyards , pansoient les blessés et rendoient les derniers devoirs aux morts; souvent aussi, elles prenoient part aux combats, et si la victoire échappoit à leur parti , elles se donn oient elles-mêmes la mort , ou la cherchoient en se précipitant au devant du fer de l'ennemi.
Les enfans étoient accoutumés dès leur bas âge aux exercices militairés et au métier des armes ; lorsqu'ils étoient en état de les porter, ils étoient admis au rang des guerriers et marchoient sur les traces de leurs pères.
Les vieillards ne se croyoient pas dispensés de combattre tant qu'ils en avoient la force , et souvent ils y suppléoient par le courage , tant ils redoutoient d'être abandonnés comme des êtres inutiles ; car les Gaulois avoient adopté ce principe affreux, trop commun chez les peuples barbares et sauvages. Us pensoient aussi que la première loi étoit celle du plus fort; selon eux ce droit étoit. le plus ancien et le plus sacré de tous , le premier don fait aux hommes par la divinité (1).
(O Pàdarch. in vild CamiU
La guerre étoit la première passion des Gaulois; ils ne laissoient échapper aucune occasion de la satisfaire, soit en combattant des étrangers , soit en cherchant querelle à leurs compatriotes ; ils avoient l'esclavage en horreur , et lorsqu'ils essuyotent quelque revers , ils achevoient les blessés qui ne pou voient les suivre et qui recevoient la mort comme une faveur. Ces peuples ne s'abandonnoient pas facilement à une douleur immodérée , et supportoient l'affliction avec une fermeté véritablement stoïque. Lors* qu'ils avoient fait un vœu, rien ne pouvoit les empêcher de l'accomplir, et la religion du serment étoit inviolable pour eux.
Tels que nous Tenons de les dépeindre, les Gaulois furent les adversaires et les rivaux les plus redoutables des Romains; ils conservèrent toujours contre ces con-r quérans le germe d'une haine implacable qui ne s'éteignit jamais entièrement : les conspirations et les révoltes fréquentes qui eurent lieu dans les Gaules, après la conquête de César , étoient les suites de ce sentiment qui se réveilloit dans toutes les occasions où il pouvoit éclater* Aussi la terreur et l'effroi que la première invasion des Gaulois avoit inspiré aux Romains , se perpétuèrent d'âge en âge , et laissèrent dans leur souvenir des traces ineffa— cable?.. Lorsqu'il s'agissait à Rome de faire la guerre à ces peuples , on ne croyoit jamais avoir pris assez de précautions. Les Grecs admirèrent comme les Romains le courage des Gaulois , dont ils ressentirent eux-mêmes les effets ; les Rois et les Généraux avoient une grande confiance dans leur valeur , et cherchoient à les avoir comme auxiliaires dans leurs armées.
Voyons quelle étoit leur vie privée , et jetons un coup-
<Tœil sur leurs mœurs et sur leurs usages civils et religieux.
Il est difficile de fixer l'époque précise où les premières villes furent construites dans les Gaules. On peut supposer que Fart de se procurer des demeures commodes , et de les défendre par une enceinte de murailles > y fut apporté par les Grecs et par les Romains. Avant ce tems , les maisons étoient de bois , de chaume et de roseaux liés grossièrement avec l'argile; leur forme étoit ronde , avec un toit arrondi ou conique; elles n'avoient qu'une seule ouverture qui servoit d'entrée.
Les forêts de la Gaule abondoient en gibier de toute espèce , et les rivières nourrissoient des poissons variés et exoellens. Les terres produisoient toutes sortes de grains; les fruits et toutes les plantes y croissoient facilement avec ou- sans culture. Les Gaulois pouvoient donc se procurer à peu de frais une nourriture saine , abondante et variée» Ils faisoient une grande consommation du porc frais ou salé; le laitage était un de leurs alimens les plus ordinaires) et ils faisoient aussi un grand usage du miel. Avant qulls récoltassent du vin , leurs boissons se composoient de l'eau dans laquelle on avoit lavé les rayons de miel , d'un mélange de miel et de froment , et d'une espèce de bière faite avec l'orge. La farine des Gaules étoit renommée par sa blancheur; on la pétrissoit avec une espèce de levain tiré de l'orge qui servoit à la boisson.
La vigne ne fut cultivée dans les Gaules que sons les Empereurs romains ; avant ce temps , les gens riches pouvoient seuls se procurer, à grands frais, des vins qu'ils faisoient venir de Marseille et de l'Italie. Lorsque cette culture fut devenue générale, les Gaulois s'adonnèrent
à l'ivrognerie avec une passion que rien ne poûvoit
modérer.
Us mangeoientassis à terre ou sur des' sièges peu élevés et placés devant des tables très-basses ; leurs ustensiles étoient de terre, de cuivre ef. d'argent;< ils' ayoient qussi des corbeilles de bois et «1 osier. Leurs vasës a. boire étoient des cornes d'animaux ; ils emplayoient c quelquefois à cet usage les crânes dès ennemis qu'ils a voient vaincus. Les viandes servies dans leurs repas étaient déchirées et dépecées avec les doigts, ou coupées avec une espèce de couteau renfermé dans un étui qui pendoit à leur ceinture^ Ils se réunissoient souvent dans des festins , à la suite desquels les têtes étant échauilëe*, lés convives se disputoient et finissoient quelquefois par ensanglanter la scène de leurs réjouissances. Après ces grands repas , ils luttaient et se battaient aussi par ainusemenJ-, mais pres^ que toujours la dispute devenoit sérieuse et se terminoit même par la mort de l'un des adversaires.
Les Gaulois dormoient sur la terre et sur le gason ; c'étoit une sorte de luxe de s'étendre sur de la paille ou sur des peaux de bétes féroces : ces trophées de leur adresse et de leur courage leur servirent d'abord de vêtemens comme à tous les peuples primitifs; maisi dans la suite ils firent usage d'étoffes qu'ils se procurèrent d#u)s les premiers temps hors de leur pays, et qu'Us apprirent bientôt à fabriquer eux-mêmes. Le principal vêtement des, Gaulois étoit une espèce de manteau court avec ou sans manches , agrafé sur l'épaule ou croisé aO-devant, du corps et retenu par une ceinture; on le nommoit Sagum. X\ étoit d'upe étoffe épaisse pour l'hiver, et légère pour Tété • On l'ornoit. quelquefois de bandes de pourpre > U* neblps
et les gens riches le portoient de différentes couleurs , et le rehaussement avec l'or. Par-dessous le Sagum on mettoit une tunique courte avec des manches ; les habitans de la Gaule Narbonnoise se servoient de pantalons larges ou brayes qui descendoient jusqu'à la cheville. Les Gaulois marchoient le plus souvent pieds nus , ou portoient des souliers de bois et de liège ; les hommes et les femmes se couvroient la tête d'une espèce de bonnet. L'habillement des femmes ne différoit de celui des hommes que par sa longueur ; leur tunique descendoit jusqu'aux pieds ; elles portoient quelquefois un tablier (i).
Les Gaulois malgré les moyens qu'ils employoientpour se rendre laids, avoient un grand soin de leur parure, et ils aimoient à se charger d'ornemens et de bijoux ordinairement d'or; ils portoient des colliers, des bracelets et des anneaux de ce métal. On a découvert dans la Bretagne , dans la Normandie , et dans beaucoup d'autres endroits de la France , des bijoux de ce genre d'une grande valeur par leur poids et par la pureté du métal.
Avant que les Gaules fussent civilisées , les femmes y étoient assujéties aux travaux les plus rudes ; elles s'en occupoientsans relâche, tandis que les hommes se livroient à l'oisiveté ou aux exercices de la chasse et de la pèche ; les mêmes usages se sont conservés dans l'intérieur de la Corse,, et ce n'est pas le seul rapprochement que fournissent encore de nos jours , les mfeurs et les usages de cette île avec ceux des anciens Gaulois.
Les enfans étoient élevés durement et habitués de
( i ) A»t»q. expUq. , «ppL, tom. met IV.
bonne heure au* intempéries des saisons : ils étoient légèrement vêtus ; on les accoutumoit à tous les exercices du corps , à la nage , à l'équitation , à la lutte , et surtout au maniement des armes. La culture de leur esprit étoit presque nulle ; mais on s'attachoit k leur inspirer un respect sans bornes pour leurs parens : ils les servoient à table, et ne paroîssoîent avec eux en public que lorsqu'ils étoient en état de porter les armes et reçus au rang des guerriers 5 alors l'autorité paternelle qui s'étendoit avant ce temps au droit de vie et de mort, cessoit entière* ment, et la jeunesse se trouvoit dans l'indépendance la plus absolue.
On laissoit aux jeunes filles nubiles la liberté de choisir leur époux ; le père réunissoit dans un repas tous les prétendans> et celui auquel sa fille oftroit une coupe remplie d'eau, obtenoit sa main; le jeune couple buvoit dans le même vase) et c'étoit la seule cérémonie nécessaire pour sanctionner leur union.
Les femmes étoient bonnes nourrices ettrès-fiscondés* ce qui, joint à l'espèce de houle qui étoil attachée au célibat, rendoit la population très-nombreuse , et souvent trop considérable pour le pays { ce qui produisit les émigrations fréquentes des Gaulois et le grand nombre de leurs colonies.
Lorsqu'un père de famille venoit à mourir, s'il étoit noble ou élevé en dignité , ses" funérailles se faisoient avec magnificence ; mais avant de porter son corps sur le bûcher, ses parons sWembloient pour examiner les causes de sa mort ; si sa veuve étoit soupçonnée et qu'on parvînt à la convaincre d'y avoir contribué, ou la Faisoît périr par le feu , après lui avoir fait supporter les tortures
les plus cruelles. On brûloit avec les morts d'un rang distingué, tout ce qui leur avoit été cher, même les ani- ' maux domestiques dont ils avoient pris soin. César dit que peu de temps avant son arrivée dans les Gaules , on brûloit avec les défunts , leurs osclaves et même leurs «liens. Leurs amis jetoient sur leur bûcher des lettres à leur adresse , comme s'ils avoient dû les recevoir et' les lire dans un monde nouveau.
On sait que plusieurs peuples sauvages ont conservé la coutume de brûler -avec les morts , leurs esclaves et même leurs veuves ; quant à celle de jeter des lettres sur le bûcher, elle existe encore au Bengale. Les femmes qui dans l'intérieur de la Corse suivent le cortège funèbre des défunts , chantent d'un ton lugubre , en se frappant et en donnant toutes les marques dune profonde douleur , nne longue prose dans laquelle elles reprochent au mort d'avoir sitôt quitté la vie ; elles lui disent qu'elles ont écrit une lettre quelles le chargent de remettre à leurs amis et à leurs pare n s qui l'ont précédé dans l'autre monde.
Les Gaulois aimoient la chasse avec passion ; cet exercice leur plaisoit surtout lorsqu'ils poursui voient des animaux féroces , et que les fatigues et les dangers de cet amusement leur présentoient l'image de la guerre. Ils dressoient des chiens à la chasse des bétes fauves et à celle du Sanglier; cm accoutumoit les jeunes gens, afin de les aguerrir , à celle de l'Urus dont la force égaloit la férocité , et qui altaquoit, sans être provoqué, les hommes et les animaux. Le plus souvent on usoit de ruse pour le prendre, en creusant des fosses recouvertes de broussailles et
de terre dans lesquelles il tomboit et étoit - facilement mis à mort Les chasseurs conservoient les cornes des Ures qu'ils avoient tués comme des trophées de leur courage et de leur adresse. Us se servoient à la chasse , de l'arc et de flèches trempées dans le suc vénéneux d'une plante appelée Lineum. On avoit soin , dès que l'animal étoit abattu , d enlever la partie des chairs atteinte par la flèche , avant que le venin se fût répandu dans le reste du corps.
La pêche fut sans doute comme la chasse , un des délassemens et nne des occupations des Gaulois. Ces exercices, agréables et utiles , leur procuraient une nourriture saine et abondante , en même temps qu'ils contribuoient à leur force et à leur santé.
L'état de guerre presque continuel dans lequel vivoient ces peuples, en avoit fait pour eux une habitude et un méùer. Outre l'arc et les flèches, ils avoient ordinairement une épée et un bouclier. Souvent aussi ils se servoient d'une longue lance et d'une fronde; ils portoient encore suspendue à leur côté une masse de fer grosse et courte , ou une hache faite d'un silex fiché et attaché à un manche de corne de cerf.
L'histoire ne dit pas que les Gaulois fissent usage contre leurs ennemis de leurs flèches empoisonnées, comme s'en seryentencore aujourd'hui les sauvages de l'Amérique;, les Francs au contraire , employoient cette arme terrible à la guerre , et s'en servirent >usque dans les cinquième ou sixième siècles. Les Gaulois avoient plusieurs sortes de flèches, ou traits; César a parlé de ceux appelés Mataris et Gœsum. Ce dernier donna le nom de Gérâtes.
aux peuples des bords du Rhône , qui se servoient principalement de> cette espèce de traits.
• Duo quiique alpina eorustant ,
Gœsa manu , scutis prolecti corpora longis (i).
L'épée qui étoit en temps ordinaire suspendue au côté droit , étoit de cuivre allié et mal trempé. Elle étoit longue, émoussée par la pointe , et ne frappoit que de taille ; elle se courboit ou se rompoit facilement, laissant les'guerriers livrés sans défense à leurs ennemis , à moins qu'ils n'eussent le temps de la redresser avec le pied, ce qu'ils faisoient avec autant de promptitude que d'adresse.
Le bouclier étoit long, plat et étroit, ce qui le rendoit plus embarrassant qu'utile, anssi le jetoie*t-ilS souvent pour se précipiter sur leurs adversaires et se battre corps à corps avec eux.
On a remarqué avec étonnement , qu'après des siècles pendant lesquels les Gaulois firent continuellement la guerre à diiïérens peuples, surtout aux Romains, ils ne profitèrent point de l'expérience qu'ils a voient du Acquérir pour perfectionner leurs moyens de défense, soit dans leurs armes , soit dans leur tactique militairé. On ne peut pas attribuer cette singularité uniquement à la force de l'habitude ; elle devoit avoir des motifs plus relevés , et qui font Téloge de ces peuples, tels que le respect pour les usages qu'ils tenoient de leurs ancêtres, une grande con^ fiance dans leur courage , et une sorte de point d'honneur qui leur faisoient dédaigner les moyens d'obtenir une
(i) rirgiL, lib. vin, y.66i
victoire trop facile. C'était sans doute d'après le même principe qu'ils se découvroieot jusqu'à la ceinture au commencement du combat; car cette coutume qui ne leur donnoit que l'avantagé d'avoir plus de souplesse* et de liberté dans leurs mouvemens , les exposoit aux coups de leurs ennemis , dont ils ayoient alors bien plus 4* peine à se garantir.
La -cavalerie gauloise étoit beaucoup trop nombreuse , et quoiqu'elle fut renommée , elle devoit nuire souvent au, succès de l'action* Les Gaulais combattoient sur un front double le second soutenait le premier et arrêtait les fuyards.; quelquefois il» se saryeient de ebars attelés de deux chevaux, et conduits, par Un aurige ; mais les guerriers ^n,desçe»)do*eût dès qu il» a voient lancé leurs traits popr se feattre avec leur épee : ces chars liés ensemble servoient quelquefois de retranchement et de rempart (i).
César appelle SoUurii et Athénée SUoduri, des espèces tfécuyers que les nobles choisissoieut pare» les hommes libres , et qui les suivaient à la guerre ; ils portoient leur bouclier, cojsduisoient leur char, les retiroientde lanaé» lée et les soignoient lorsqu'ils étoient blessés. Pausanias parlant des Gaulois qui habitoient le nord de la Macé-r doine, dit que chaque cavalier étoit suivi de deux esclaves montés aussi sur des chevaux, dont l'un prenoit sa place pour combattre lorsqu'il étoit blessé , et l'autre se char-r gcoit de le soigner et de panser ses blessures.
Les armes sont pour tous les peuples sauvages et guexv riers la chose la plus importante et la plus précieuse ; aussi
(i) Cœiar. de Bell. GaU. , lib. I.
te» Gaulois ne quittolent41s les leurs que pendant leur sommeil , et en avôit soin de les placer près d'eux après leur mort. Les Corses ont conservé ce même usage , et leur fasîl ne les quitte pas, même dans les fêtes. Leurs armes sont leur première richesse) et ils sacrifient tout pour se les procurer. Les Gaulois prenoient des leurs un soin parti* eu lier > et les ornoient de différentes manières. Leurs casques , leurs boucliers: et leurs épées étoient garnis de corail; ils mettaient aussi sur leurs casques et sur leurs bouchers , des figures d'animaux en bronse qui ajoutoient à leur solidité.
Autant ces peuples montroient ue courage pour supporter une défaite , et d'empressement pour se soustraire à l'esclavage auquel ils préféraient même la mort, autant ils étoient cruels et barbares dans la victoire. Ils coupoient ordinairement la téte des ennemis qu'ils avoient tués , les suspendoient an cou de leurs chevaux ou les portoient eu triomphe au bout de leurs lances. Ils les rittachoient ensuite avec pompe à la porté de leurs maisons , ou eHes figuroient Su milieu des dépouilles d'animaux féroces Qu'ils avoient détruits à la chasse. Lorsque les ennemis qui avoient succombé étoient d*un rang distingué, ils embau-4' moient leur téte et ïà conservoient aVec soin dans un coffre, pour la montrer à leurs hôtes comme Un trophée de leur valeur; ils attachaient une telle importance à la possession de ces dépouilles , qù'ils ne les auroient abandonnées à aucun prix , ni k qui que ce fut , pas mémo aux parens de ces victimes de la guerre. Les Gaulois avoient aussi l'affreuse coutume de conserver les crânes de leurs ennemis vaincus , pour en faire des vases à boire , dont ils se servoient dans leurs repas. Cet usage est un de ceux
qui a existé non-seulement chez beaucoup de nations barbares de l'ancien monde , mais qui subsiste encore aujourd'hui chez plusieurs peuples sauvages de l'Amérique.
Cette conformité de mœurs et de coutumes extraordinaires , et depuis les époques les plus reculées ,. entre des nations placées à de si: grandes distances les unes des autres > et qui semblent n*aVpir jamais eu de ComiQu^çaùon eulrejles, ri'ioajo^Ueroitrellepas une source Commune, une même origine pour tous lés peuples répandus sur la surface du globe ? Cette question demanderont sans doute un long examen , qui peut-être n'en amènerait pas la solution ; d'ailleurs , cette discussion s'éloigneroit de notre plan et sortiro.it des limites que nous npus sommes tracées. Nous nous en tenons à faire remarquer les rapprochement et les rapports extraordinaires que l'histoire présente entre les hommes de tous les temps et de tous les pays.
Les auteurs ne nous ont pas transmis beaucoup de détails, sur la manière dont les Gaulois se gouvernaient., JU paroit que chaque canton ayoit ses lois et ses usages particuliers; quelques peuples étaient soumis à des Rois , le plus grand nombre vivoit en républiques aristocratiques, dont chacune étoit administrée par un chef élu chaque année à la pluralité des suffrages , et toujours choisi dans la classe la plus distinguée. Ce( magistrat se nommoit Vergphret chez les Eduens ; son autorité étoit sans bornes, et s etendoit au droit de vie et de mort; mais elle finissoit avec ses fonctions , pendant la, durée desquelles il ne pouvoit dépasser les limites du pays qui lui étoit soumis. Les Druides concouroient à l'élection de ce chef, et tant qu'il vivoit, aucun de ses parens ne pouvoit obtenir la même dignité.
Chaque peuple étoit divisé en un grand nombre .de partis et de factions , dont chacune avoit un chef; il jouis** soit d'une grande considération , et ses décisions étoient sans appel. Il protégoit en toute occasion les hommes de son parti, et les défendoit surtout contre la puissance et l'oppresion des riches et des. grands. Sous ce rapport, cette institution pouvoit présenter quelques avantages , mais elle avoit aussi de grands inconvéniens.
Toutes les nations de la Gaule se réimissoient dans les occasions où il s'agissoit de discuter les affaires d'une importance générale. C'étoit dans ces grandes assemblées , ou chaque peuple envoyoit des députés, que les plus puissans cherchoient à exercer la primatie , et à faire plier les autre» sous leur, influence. Les Eduens, les Arverniens ,les Rémiens , les Séquaniens et les Berruyens, sont les peuples qui , avant la conquête des Gaules par les Romains , s'attribuèrent le plus souvent cette espèce de domination. Quelquefois deux nations également puissantes se disputoientla prépondérance ; les plus foibles embrassoient le parti de l'une ou de l'autre, et se dévouoient sans réserve à la défense de la cause qu'elles avoient préférée. Outre les assemblées générales , il y en avoit aussi de particulières; toutes se tenoient en plein air, et on s'y rendoit tout armé. Les assemblées particulières étoient indiquées par le son de la trompette; tous les citoyens en faisoient partie , depuis les jeunes gens en état de porteries armes jusqu'aux hommes les plus âgés , et tous avoient le droit de suffrage. On y nommoit les magistrats , on y discutait tout ce qui intéressoit le pays , et il étoit défendu de s'occuper ailleurs que dans ces assemblées des affaires de l'état.
La coutume barbare d'immoler le dernier homme qui arrivoit dans les réunions publiques , et qui existait chéx les Gaulois dans les temps anciens , fut sans doute abolie, dès que la civilisation se fut introduite parmi eux. Des espèces d'huissiers étoient chargés de maintenir l'ordre dans les assemblées , et lorsque celui qui le troubloit continuoit sans avoir égard à leurs averusseineas réitères , ils lui coupoient son manteau de manière qu'il, ne pouvoxt plus se servir de ce qui restoit.
Selon César (i), les nobles ou chevaliers yetlesDrindes, étoient chez les Gaulois, les deux seules classes qui jouissoient de la considération et des honneurs^ Le peuple opprimé parles hommes puissans ,et écrasé par le si tu pots, vendoit souvent sa liberté aux nobles qui le réduisaient au plus dur' esclavage. Les Druides s'occupaient de tout ce qui avoit rapport à la religion; ils instrtnsoienft la jeunesse , et jugeoient presque tous les différons publics et particuliers. Ils infligeaient des peines ou accordbient des récompenses, mais la punition la plus grave etoit l'interdiction des sacrifiées à ceux qui refusaient de reconnokre leur autorité ; cette interdiction était un anathéme déshonnorant qui privoit ceux sur lequel il étoit lancé de tous leurs droits de citoyens et de toute considération. Les Druides avoient un chef auquel ikaeoordoiettt nn pouvoir sans, bornes. Ils se rêunissoient chaque année à la même époque, sur les- frontières des Carnutes dans le pays Chartrain , qui étoit à-peu-près le centre de la Gaule , et y tenoient une espèce de tribunal , qui jugoit en dernier ressort toutes les affaires qui y étoient portées. Nous
( i ) Dt BclL Oaltic. , lib. n, c. i3.
entrerons dans quelques autres détails sur les Druides , en parlant de la religion des Gaulois.
L'autre classe que César nomme les chevaliers , suivoit la carrière militaire , et s'exercoit continuellement au maniement des armes et à l'équitatidn , parce qu'elle faisoit toujours partie de la cavalerie. La puissance des nobles étoit proportionnée an nombre de cliens <lont ils pouvoient s'entourer. Ces cliens étoient de la classe du peuple; ils se dévouoieiit sans réserve au service de leurs patrons, ne les quittaient jamais, et partageoient leurs plaisirs et leurs dangers. Ils mangeoient à leur table, participaient à leur richesses et à tous les avantagés que leur assuroit leur opulence. On en voyoit souvent se donner la mort , pour ne pas survivre à leur maître. César appelle ces cliens Solàurii , et Athénée leur donne le nom de Parasites»
lies femmes des Gaulois participoient au gouvernement et à l'administration des affaires publiques. Selon Plutarque, elles durent cette considération à l'adresse avec laquelle elles surent appaiser une guerre intestine qui menaçeil de porter ses ravages parmi ces peuples, avant le temps cte leurs premières migrations. On les consultoit sur la paix et sur la guerre ; souvent même elles étoient chargées1 cTappaiser les différens qui s elevôient entre deux peuplés voisins. On en a vu se jeter dans la mêlée au moment d'une bataille , encourager les combattans et léur donner l'exemple de l'intrépidité, ou les empêcher de fuir et d'abandonner le champ de bataille à leurs ennemis.
La législation des Gaulois est très-peu connue; elle devoit être simple et se rapporter aux mœurs sauvages de ces peuplos. Leur loi la plus remarquable, étoit celle
qui donnoit aox pères le droit de vie et de mort sur leurs enfans ; elle prouve la haute idée qu'ils avoient de la puissance paternelle , et de l'importance qu'ils attachoient à entretenir la piété filiale. On croit qu'ils ne punissoient le meurtre que par l'exil , tandis que la peine capitale étoit le châtiment du vol et du brigandage. L'inflUscrétion et la curiosité leur paroissoient les défauts les plus nuisibles à la sûreté de l'état , aussi prenoient - ils beaucoup de précautions pour s'en garantir ; il étoît surtout défendu de s'entretenir des affaires publiques hors du conseil et des assemblées de la nation $ celui qui apprenoit quelque chose qui pouvoit intéresser l'état, devoit .aussitôt en faire sa déclaration aux magistrats, qui en faisoient l'usage qu'ils jugeoient convenable , mais il étoit tenu d'en faire un secret rigoureux à tout autre. Cette précaution étoit d'autant plus nécessaire, que les Gaulois, comme nous l'avons dit, avoient un grand penchant à la curiosité x qui marche raremeut avec la discrétion.
Tous, les peuples ont senti le besoin de reconnoitre une puissance supérieure à laquelle l'homme devoit son existence , et qu'ils ont regardée comme l'auteur de toutes les merveilles et de tous les phénomènes de l'univers. L'ignorance et la superstition se sont mêlées à cette grande idée et ont enfante diflerens cultes et différentes religions. Nous ne parlerons ici que de celle des Gaulois, sur laquelle un grand nombre d'auteurs ont écrit avec plus ou moins de vraisemblance et de clarté (i).
( i ) Oa trouve les noms du plus grand nombre de ces auteurs et les titres de leurs ouvrages, dans la Bibliothèque liistoriquc de la France, par le père Lclong , édit. de 1768, tome I. On peut consulter aussi les tomes a*» «=« *4 , des Mémoire* de l'Académie des inscriptions et belles lettres.
11 est probable que les Gaulois n'eurent dans les temps les plus anciens que cette idée, vague de la Divinité, commune à tous les peuples ingnorans et sauvages , qui adoptaient pour les objets de leur culte , ce qui frappoit plus fortement leurs sens, ce qui ex ci toit leur joie, ou enfin ce qui leur inspiroit la terreur et la crainte. D est donc difficile d'adopter le sentiment de ceux qui ont prétendu que les Gaulois, avant leur communication avec d'autres peuples, adoroient un seul Dieu comme maître de l'Univers, et qu'ils lui rendoient un culte aussi pur que simple. Il est plus naturel de penser que dans ces temps reculés, leurs Dieux ne furent autres que les bois, les lacs, les fontaines, les rochers et tous les objets inanimés dans lesquels ils croyoient que résidoit la Divinité ; car ce culte se perpétua et demeura toujours en grande vénération parmi eux, même après qu'ils eurent adopté l'antropomorphisme des autres peuples.
Les Phéniciens et les Egyptiens avoient introduit dans la Grèce le culte de leurs Divinités ; il est probable que les Gaulois adoptèrent aussi eelles des peuples avec lesquels ils communiquèrent ; mais ils leur donnèrent néanmoins des formes , des attributs et des fonctions conformes à leurs mœurs et à leurs usages; aussi distingue-t-on toujours par un caractère particulier tous les monumens de, la mythologie Gauloise. On ne connoit la religion de nos ancêtres que depuis la conquête de César; les rapporte qu'il trouva entre les Divinités qu'ils adoroient et celles des Romains, prouvent que les Gaulois avoient avant ce temps reçu la plus grande partie de ces Dieux des nations étrangères , mais principalement des Grecs, avec lesquels ils eurent dce relations plusieurs siècles avant l'arrivée
de ce conquérant, auquel on doit cependant les notions les plus anciennes et les plus certaines sur ce sujet.
César parle de six Divinités principales adorées par les Gaulois, Teutatès ou Mercure , Bêlerais ou Apollon, Hesus ou Mars, Tarants ou Jupiter, Belisana ou Minerve , et Dis ou Pluton. On a contesté l'identité que les Romains avoient cru reconnaître entre leurs Dieux et ceux des Gaulois , et qui n'étoit fondée que sur des rapports d'attributs et de fonctions; le polythéisme prit sa source dans la multiplicité des Desoins des hommes; ils partagèrent l'administration de l'Univers entre plusieurs Divinités, dont chacune avoit sa puissance et ses fonctions distinctes. Il n'est donc pas étonnant que les Romains aient trouvé établi dans les Gaules un culte qui pou voit avoir la même origine que le leur, mais qui étoit approprié par des différences sensibles, au caractère, aux mœurs et aux usages des Gaulois.
On croit assez généralement que le Teutaths qui tenoit le premier rang parmi les Divinités gauloises, étoit le même que le Taautes Phénicien, le Teutat Carthaginois, le Thauth ou Thot égyptien et le Theut ou Tuiscon des Germains. Il est donc assez vraisemblable que les Gaulois avoient reçu ce Dieu des Phéniciens et le transmirent âux peuples de la Germanie ; on le regardoit comme l'inventeur des arts , le protecteur des voyageurs et des commercans ; on lui rendoit dans les Gaules un culte général avant et après l'invasion des Romains, ce qui est prouvé par les monumens sans nombre qui ont été dans tous les temps découverts dans toutes les parties dé ces anciennes contrées. Zenodorc, statuaire célèbre du temps de Néron , mit dix ans à faire , pour les Arvcrniens, une
( iBi )
statue de Teutates , qui coùtoit quarante millions de sesterces , environ quatre millions de notre monnoie (i).
Belenus étoit chez les Gaulois le Dieu de la Médecine , od Ta comparé à l'Apollon des Romains.
Esus ou Hesus, autre Dieu des Gaulois, a été comparé par les uns à Jupiter, par d'autres à Mars; oû a dit aussi que ces peuples donnoient ce nom à l'Etre - Suprême , parce que selon Aristote (2), Zak, qui signifioit Dieu* est évidemment le même qvCEsut , malgré la transposition d'une lettre. Les Grecs appeloient aussi le destin Aj&u 11 nous paroît plus vraisemblable que les Gaulois donnoient le nom à'Esus au Dieu qui cbez eux présidoit aux combats, et qu'ils nommoient aussi Camidus. Avant une bataille, ils lui voooientle butin qu'ils dévoient faire, ce qui étoit religieusement exécuté , et après la victoire, ils lui immoloient les animaux dont ils s etoient emparés ; ils regardoient le sanglier comme une victime qui lui étoit agréable.
Tarants aussi appelé Taramis, avoit comme le Jupiter des Romains , l'empire du Ciel, et étoit le maître do tonnerre ; son nom venoit sans doute de Taran , qui dans le pays de Galles et dans la Bretagne signifie tonner.
BeUsana étoit la déesse des arts et de tout ce qui y a rapport. On l'a comparée à la Minerve des Grecs et à l'Isis des Egyptiens. Les Gaulois auraient pu recevoir des Mai» seiHois le culte de Minerve , qui étoit la protectrice de leur Vule , et pour laquelle ils a voient une grande vénération ;
( I ) Pin. , Ub. XXXIV, o. 7.
(2)De Mun*U.,Ub. I ,c. 7.
on sait aussi qu'Isis a été adorée dans les Gaules , mais peut-être cette déesse y étoit-elle plutôt considérée comme la Cybele ou la Vénus des Romains que comme Minerve.
Dis ou Dit étoit, selon César , le Dieu de la terre, de ia nuit ou des enfers , dont les Gaulois se croyoient descendus. Aussi comptoient-ils , ainsi que les Germains ,1e temps par nuit et non par jour ; et c'étoit dans l'obscurité qu'ils célébroicnt leurs cérémonies religieuses. Cet usage étoit le même chez les Celtibères; on a conservé long-temps dans la Gaule l'usage de compter le temps par nuit : on en trouve des exemples dans la loi salique et dans les actes du temps de Charlemagne et de Louis -le -Débonnaire. C'étoit sans doute par suite du même principe que les Gaulois comptoient les mois , les années et les siècles , à commencer du sixième jour de la lune, parce que sans être dans toute sa force , elle éclairoit déjà suffisamment pour qu'ils pussent célébrer pendant la nuit les cérémonies qui marquoient chacune de ces époques (i).
Il est vraisemblable que le Dis des Gaulois étoit pour eux le Dieu de la terre , comme leur Tarants étoit celui du Ciel (2) ; car Dis ou Ditis , en langue celtique , signifie terre; il n'avoit d'autre rapport avec le Pluton des Romains auquel on l'a comparé , que d'être en même temps le Dieu de la nuit, car la mythologie des Gaulois n'admettoit pas les enfers , et les dogmes de leur religion n'enseignoient pas qu'il y eût un lieu d'expiations et de tourmens dans les abymes de la terre (3).
( 1 ) Plin. , lib. XVI, c. 44.
(a) Mémoires de lA'cad. des inscript. , t. XXIV, p. 3$5. (5 ) Latour d'Aurergae ; origines Gaul. , c 5.
Outre les six Divinités dont César a parlé , les Gaulois adoraient encore un Hercule qu'ils appeloient Osmion^ et qui présidoit à 1 éloquence ; il étoit couvert de la peau de lion, arme d'une massue , d'un carquois' et d'un arc. Lucien l'a dépeint comme un vieillard décrépit , chauve et ridé , qui traînoit à sa suite avec une foible chaîne attachée à sa langue un peuple nombreux se laissant conduire sans aucune résistance ; c étoit une allégorie ingénieuse du pouvoir de l'éloquence : les Gaulois attribuoient à Hercule la fondation de la ville d'Alise, où il s'étoit marié et établi; ils croyoient tenir de ses enfans le nom qu'ils portaient, et conservoient même des monumens de ce voyage d'Hercule dans les Gaules (i).
On a remarqué avec étonnement que ces peuples ne rendoient de culte à aucune des Divinités, qui chez les Grecs et les Romains présidoient à l'amour. JEroset Vénus leur étoient inconnus; cette particularité est d'autant plus remarquable , qu'il est peu de peuples qui n'aient personi fié et divinisé cette passion. Quelques auteurs ont prétendu que les Gaulois avoient adoré, dès les temps les plus anciens, une Vierge qui devoit enfanter un Sauveur. Cette Vierge n'étoit autre que TCsis des Egyptiens, tenant son fils Horus sur ses genoux ; des statues de cette déesse découvertes dans les Gaules ont été dans les temps modernes placées dans des chapelles et adorées comme des images de la Vierge. Il y en avoit entr'autres une qui demeura long-temps dans l'église de l'abbaye Saint-Germain , et qui fut abattue par ordre d'un pieux abbé , in-
( i ) Amm. Marcell. , M. XV, c. 9.
digné du culte que les chrétiens continuoient de rendre à cette idole.
Les Gaulois s'étoient non-seulement créés comme leg autres peuples des Divinités principales, auxquelles ils accordoient l'administration de l'Univers; ils en a voient aussi de topiques ou de locales , dont le culte étoit limité À un pays, à un canton ou même à une ville. Les nombreuses inscriptions découvertes clans les Gaule» ont fait connoitre le nom de plusieurs de ces Divinités du second ordre. On les a appelées Du Municipes , Du Locales , Dà Topici. La découverte qui fit le plus de bruit et qui a longtemps exercé l'érudition des antiquaires sur la théogonie des Gaulois, fut celle des pierres sculptées trouvées à Notre-Dame en 17.1-1 , et dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. On. y voyoit, eomme sur beaucoup d'autres înonumens , un mélange de la mythologie Romaine avee celle des Gaulois. On a trouvé aussi dans le Languedoc et la Gascogne de nombreuses inscriptions qui font mention f£Abellio , Sir 3 sEreda / Heliougmouni , noms sous lesquels plusieurs antiquaires ont pensé que les Gaulois avoient adoré le soleil , et de Teotani que Von a comparé a Anubis (1). Nehalermia étoit adorée par les Toxandriens, peuples de la Belgique , comme déesse de la navigation , du commerce et des marchés. Plusieurs villes onttiré leurs noms des Diviuilés locales qu'on y adoroit. Waraur doit le sien à Namus , Lutèce à Leucothoè , Rouen à Jtal, Niâmes à JVemausus ; et Aventia , Bihracte, Ardoinne étoient
( 1 ) Monumen* religieux des Volcc^Tectosage* , par M. Du Megc , P.r« 1 8i4 , chap. 5.
aussi des villes déifiées. Nous n'entrerons pas ici dans le détail de la longue nomenclature de toutes les Divinités Gauloises que les inscriptions ont fait connoître ; on peut consulter à ce sujet les auteurs qui en ont parlé, principalement Mon tfaucon, Dom Martin, Gruter et beaucoup d'autres (i).
Les montagnes, les bois, les lacs, les fontaines, les rochers , les vents même étoient le* objets d'un culte particulier chez les Gaulois, et ces superstitions étoient tellement enracinées quelles ont été les plus difficiles à détruire , et que jusques à des temps presque modernes , les pères de l'Eglise ont toujours lancé quelques anathèmes dans les actes des Conciles, contre le culte rendu à des objets inanimés.
Lorsque les Romains eurent soumis les Gaules, ils introduisirent dans ces contrées le culte de toutes leurs Divinités; Us y répandirent aussi un grand nombre de njonumens relatifs à leur religion et à leurs Dieux : on nen connoit aucun qui appartienne proprement aux Gaulois avant ce temps , au moins est-il impossible de s'assurer positivement de l'époque où les monumens grossiers qu'on leur attribue exclusivement ont été exécutés.
On a reconnu que dans les plus anciens temps , les temples et les autels des Gaulois étoient de simples niasses de pierres brutes élevées ou entassées sans art: trois ou quatre pierres posées verticalement sur lesquelles
(i) L'ottvrage précité île M. Du Mege. — Mémoires de l'Académie celtique; — Histoire de* Gaaleia, par M. Picot, t« III. — Keysleri antiquti. select. — Plt'n. , lib. x VI, c. 44. — Luceui. Pharsal. , lib. III, etc., etc.
on en plaçoit une autre formoient les autels qui serroienl aux sacrifices. Ils étoient assez élevés et assez espacés pour que vingt personnes au moins pussent se tenir debout sous ces pierres ; on a remarqué dans plusieurs de ces monumens qui subsistent encore , entr'autres dans celui de la garenne de Trie , département de l'Oise , que la pierre qui formoit le fond étoit percée d'un trou. On appelle ces autels Dolmen, qui signifie table de pierre. Parmi les nombreux restes des monumens primitifs de nos ancêtres, que le temps a épargnés dans l'ancienne Gaule, le plus remarquable de tous est le fameux Peulvan , ou amas immense de piliers de pierre , voisin du bourg de Carnae , à trois lieues d'Auray , dans le département du Morbihan. Plusieurs savans ont voulu remonter à son origine et en rechercher les motifs et le but. Nous renvoyons à leurs ouvrages sur un sujet qu'il nous paroit bien difficile pour ne pas dire impossible de déterminer (i). Outre les pierres de Carnae , il existe encore dans difTérens endroits de la France des restes de monumens druidiques; la Grotte des Fées, a deux lieues de Tours , commune de Metray ; la Pierre- Pesé, à Timalonges, dans les deux Sèvres; le Dolmen de Moulins, département de l'Indre, et celui de Saint- Plantaire , appelé Pierre -à - la- Marthe ; la Pierre- Couverte de Touarcé , les Dolmen de la Cai Itère , de la Bajolière et des Petites-Cigognes, dans le département de Maine et Loire ; la Pierre-Cesée , près du copfluent du Loir et de la Sarthe; la Pierre- Couverte, entre Baogé et
(i) Reeueil d'Antiq. , par la Sauvagère. — Monument celtiques, parM.de Cambry , Pari» i8o5. — Recueil d'Antiq., par Caylu*. — Lalour d'Aurergne , U général Pommcreuil , l'amiral Theveuard , M. de Penhouet, out auui parlé-
Pouligné ; lés trois Pierres levées pires de Saumur ; la fameuse Pierre levée d'Andillé , près de Poitiers, qui est un Dolmen porté sur dix piliers , et> qui embrasse an espace de cinquante pieds de circonférence ; et beaucoup d'autres monumens du même genre, qu'il seroit trop long d'indiquer ici ; ils sont très-communs dans les départemens de la Vienne , de Maine et Loire et de la Vendéef et il est peu de département de la France où l'on ne trouve encore quelques-uns de ces muets témoins de la religion de nos ancêtres. Feu M. de Cambry a réuni dans son ouvrage sur les Pierres de Carnac, tout ce qui peut présenter de l'intérêt , relativement aux monumens celtiques ; il a expliqué ce qu'on entendoit par Menhir, Peulvan, Dolmen, Tombel, et au milieu des écarts où son zèle ardent pour l'illustration de sa patrie Ta entraîné, on doit rendre justice à sa profonde instruction, et considérer son ouvrage comme celui dans lequel on peut trouver les meilleures recherches sur les monumens druidiques.
On ne peut révoquer en doute le barbare usage des sacrifices humains chez les Gaulois , qui est attesté par un grand nombre d'auteurs (i). Ils immoloient cependant sur leurs autels des animaux, mais Fhornme étant Fétre le plus parfait de la nature , ces barbares imaginoient qu'aucune autre victime ne devoit être plus agréable à la divinité. i :-i
Touiates, homsnsqne /cri* altaribus Hesus, Mt Tarants Scythicae non mitior ara Diance
( i ) Cmsar <U Bell. Gall., lib. VL—Plin. , lib. XXX, c, i.—Diod. Sic. , kb. V. - Pompon. Mel.,lib. IU.—Strab , lib. IV, etc. (a) Lucan. rhars., lib. I,
Ifacrovorent aasai; que la vie d'mi homme ne pouvoit être rachetée que par cqlle d'un anU-fc «©mule ^c'éteitice. qoL les partait r dans uo danger pressant* dans de fortes maladies, ou lorsqu'ils alloient à la guerres *4 à immoler.,] eu, à faire le vœu d'immoler à leurs Dieux des victimes humaines; cctojt surtout à Teutates,^ Hesus et à Tarama, comme Ta observé Lucaimdàns les vers què nous venons d>e citer,, que ces affteux sacrifices étaient, offerts. Ils en faisaient de particuliers et de publics ; les voleurs e* les brigands étaient choisis de préférence , ensuite1 les capbis, et à défaut des uns et dès autres, les victimes éioient désignées sans doute par les Druides , qui éioient chargés de ces cruelles exécutions > qui se faisaient de différentes rnamèces. Quelquefois on ifrappoh la victime avec l'épeév et alors les devins ne ma nq noient pas de tirer des présages de sa manière de tomber, de Ja déchirure et des (palpitations de ses membres , et enfin de l'effusion de son sang. D'autrefois on lk perçoit de flèches > on là crucifioit ;-on en— fermoit un grand nombre de ces hommes condamnés kpérir , dans une figure colossale de paille ou d'osier et on y mettoit le feu. IL est juste cependant «s'observer , que? quelquefois les victimes se dévouoient volontairement ou pour sauver la vie de quelqu'un qui leur était cher, ou pou* le salut de la patrie. Cette exaltation étoit déterminée par le même motif qui portait les Gaulois à affronter tons les dangers de la guerre et des combats , c'est-à-dire la persuasion où ils étoient qu'ils ne quittaient la vie que pour aller en commencer une autre plus heureuse.
Au surplus , les Gaulois , en pratiquant ces horribles sacrifices r ont partagé cette coutume barbare avec presque toutes les nations connues. Les Hébreux, les Phéniciens,
les Grecs et les Romains eux-mêmes, répandirent la sang humain sur les autels de leurs Dieux. Les Phéniciens immoloient non-seutemeot des étrangers v mais ceux qui leur étoien* les plus chers > et jusqu'à leur propres en fans. Lès Hébreux pensoiènt de même , et Jephté sacrifia sa fille unique pour s'acquitter du Vœu qu'il avoit fait pour le salut de sa nation. On Toit par les fores saints > que le même usage existait dans -là fSyrSe, le témoignage des vo^a^eurfi atteste que plusieurs peuples 'sauvageè de l'ancién et du nouveau, monde , ont les mêmes principes , et pratiquent .edcorelxes sacrifices barbares* JLe* Gaulois n'ont donc pas encouru exclusivement îles reprochés qu'on leur a fait SUr lleffusion du sang humain dans leurs céré>raonies religieuses.; cette pratique qu'on a reconnu avoir existé chiez presque toutes les nations connues , prouve que l'homme a eu ^rnnitiy dment le» mêmes idées et les mêmes pcnchans ; 1 espèce humaine est sujète à tant de fuiblesse, elle s'abandonne si faèilement aui écarts de Son imaginai ùon , d'ailleurs le mal a presque toujours plus d'attrait pour elle que ce qui est louable; si la civilisation et la religion n'étaient pas venues mettre un frein à ces penchans vicieux, les mêmes usages existeraient peut-être encore; nous avons Vu à une épqqna désastreuse f qu'une longue chaîne d'événeuiens 'extraordinaires a déjà rejetée bien loin de nous , qu'au centre de la France, dans sa capitale même » l'hcmime livré sans frein u son exaltation ne connoissort plus de borrt esC * Nous savons qu'il s'est passé dans cette ville , citée comme le modèle du monde civilisé, des scènes de cruautés , dont les annales des hordes les plus sauvages n'offrent peut-être aucun exemple.
On a prétendu que les Gaulois , avant leur soumission
aux Romains , n'avoient point de temples!, et ne représentoiènt leurs Dieux ni par des statues' \, ni par aucun objet sensible. On a fondé cette opinion sur un passage de Tacite quiidit que les! Germains lavoiènt "une trop grande idée* de la Divinité pour la profaner par des imagés et la renfermer dans des temples ; on en a conclu que les Gaulois dévoient avoir les mêmes opinions. Il est très-probable que dansles plus anciens temps , ces peuple s «t'a voient en effet ni temples ni statues; mais. dès que la communication se fut étabbe entr eux,; et des nations chez lesquelles la civilisation et les arts, étaient avancés , ils durent adopter l'usage de construire; des; temples , -comme tous les autres édifices qui formèrent leurs cités; ils reçurent vraisemblablement des Marseillois1 lîexemple de toutes ces constructions. Diodore de Sicile , Tîte-Live et d autres auteurs dignes de foi ont parlé des temples qui existaient dans les Gaules avant la conquête des Romains. Straboa fait mention d'un temple bâti à l'embouchure de la Loire , et qui étoit déjà ancien de son temps ; il parle aussi de celui qui existoit à Toulouse , et dans lequel les habilans de cette ville avoient déposé leurs trésors , lorsque le Consul Ccpion s'en empara. Tite-Live a parlé d'un temple dans lequel les Boiens apportèrent la téte du Consul Posthumius; Ausone parle de celui de Bélénus, desservi de père en fils par les Druides. Grégoire de Tours a décrit le fameux temple de Vasso , qui existoit en Auvergne du temps de Vélcrien et de Gai lien. Mars et Mercure en avoient un près de Trêves ; on en connoit encore plusieurs autres , dont les auteurs ont fait mention.
(i) Tacit. in Germait.
On croit que les Ganlois donnoient de préférence la forme octogone à leurs édifices de tous genres. Le Phare de Boulogne , la Tour-M agne , la Colonne de Cussy et beaucoup d'autres monumens , quoique postérieurs à l'invasion des Romains , semblent indiquer que le nombre huit étoit mystique et consacré dans la mythologie de ces peuples.
On ne peut conclure de ce qu'a écrit Tacite , qui vivoit à la fin du premier siècle de l'église , que de son temps les Germains n'a voient ni temples ni statues , que les Gaulois fussent aussi dans le même cas. On sait que la civilisation de ces derniers précéda beaucoup celle des peuples de la Germanie (i). D'ailleurs, les traditions des auteurs sont positives à ce sujet; César nomme les Divinités adorées parles Gaulois (a); Maxime de Tyr (3) et Lucain parlent aussi des simulacres des Dieux Gaulois grossièrement taillés dans des troncs d'arbres (4)«
Nous ne pouvons donc révoquer en doute qu'avant et depuis la conquête des Romains , les Gaulois avoient élevé des temples, des autels et des statues aux Dieux qu'ils adoraient; voyons quelle espèce de culte il rendoient à chacune de ces divinités, et quels étoiént les ministres chargés des cérémonies et de tout ce qui a voit rapport à ce culte.
On à divisé les prêtres Gaulois en. plusieurs ordres, les Semnothées , les Saronides , les Bardes , les Eubages ou devins et les Druides; nous nous rangerons au sentiment de César qui n'admet que les derniers ; c'étoit en
( i ) Tarit, in Germ. ...
(a) DeBelio GalUc, Ri. VI, ç. 17.
(5) Orat. 58. .
effet la première classe de prêtres Gaulois : les Bardes et les Eubages leur étoient inférieurs et ne j'ouoient qu'un rôle très-secondaire. Onna mis à contribution presque toutes les langues pour trouver Vétymologie du nom des Druides -f celle qui paroît la plus naturelle, est celle que fournit la langue Celtique dans laquelle dent signifie chêne » puisque cet arbre étoit particulièrement consacré chea les Gaulois, et que les Druides alloient avec pompe y cueillir le gui auquel ils attribuoient tant de propriétés et de vertus* On pourrait encore tirer ce nom de derouyd qui dans la même langue veut dire interprète de Dieu (1). Nous ne nous arrêterons pas à rechercher l'origine de cette institution qui remonte à la plus haute antiquité , et qui prit naissance dans la Gaule , quoique quelques auteurs aient avancé contre toute vraisemblance > «me cet ordre avoit été institué dans l'ile de Bretagne et dans la Germanie.
Les Druides jouissoient parmi les Gaulois d'une grande considération , et exerçoient toute l'infraen ce que l'instruction , le savoir et l'adresse peuvent donner sur la superstition et l'ignorance. Ils étoient exempts de toutes les charges publiques, et avoient la meilleure part dans toutes les affaires de l'Etat. Ils avoient soin pour entretenir le respect et la soumission du Vulgaire, de s'envelopper, dans toute leur conduite , d'u» mystère et d'âne obscurité qui ajoutaient à l'idée que 4e peuple avoit de leur supériorité. Les Druides étoient chargés d'offrir les saorifiees r
de ao&eiter les faveurs <W Dieux. les oonsultoit sur la
(1 ) Mémoire* de l'Acad. de» inscript, , t. XIX et XXIV. — Latour d'Aur. r Origin. Gaul. , c. 5. — Frick. Comment, de Dnrid. — De Chioiac, dt«oour* aur la nature et le* dogme* de la relig. gaul. — Pelloutie* , kist. de* C»l<es , etc.
paix et sur la guerre , et leur ascettlant étoit tel qu'ils suspendaient FaBimesilédes deux partis au moment d'une bataille , en savancaut au milieu des combnttan*
Le plus fameux collègues Druides était , du tatous «e César, dans h* Bretagne. Les Gaulois regardoient comme une faveur de faire admettre leurs enfans parmi les élèves de ces prêtres, et les nobles même se faisoient un honneur d'y entrer. Les études duroieat vingt années , qui étoierit employées à des épreuve» pénibles, et à apprendre par cceur la doctrine druidique , dont il étoit sévèrement deffendu de rien tracer par écrit. Tous les élèves n étoient pas admis parmi les prêtres $ ils étoient souvent rebuté* par la longueur des études et la rigueur des examens qu'ils dévoient subir, ou ils étoient re jetés parce qu'ils n'avoient pas toutes les qualités qu'on exigeoit dans les néonhites. Les Druides menoientune vie austère et quelquefois contemplative , dans ce dernier état, ils soreti^ roieirt dans des lieux déserts et sauvages , et s'isoloient entièrement de la société.
On ne connoit le costume des Druides que par les monumens. Ils y étoient représentés dune taille plus qubu»maine, la tête couverte , nue ou couronnée de chêne, le front ridé , l'air sévère et mélancohque , la barbe langue et divisée en deux parties-, ils étoient vêtus de longues rebes blanches ou chamarrées d'or et de différentes couleurs, On trouve un portrait de ces anciens prêtres Gaulois dans un auteur Allemand , qui la tracé d'après un bas-relief qui existoit de son temps dans le vestibule d'une église d'Allemagne (i). Dom Martin a rapporté , ainsi que Mont-
( i) Belig. de* Gat*>U, tom. I, p*g. au.
faucon , un bas-relief curieux trouvé à Autun, et qui représentoit deux Druides ; deux autres figures de ces prêtres étoient gravées sur un enduit qui couvrait les murs d'un souterrain découvert dans le quatorzième siècle, sur le Mont-Brigitte qui domine la partie orientale de la ville de Besançon. L'un de ces Druides étoit vétu d'une tunique qui retomboit jusqu'au mollet, et dont l'extrémité étoit ornée d'une frange; par-dessus, il portoit la cuculle, dont le capuchon lui couvroit la téte : il étendoit une main en signe de commandement; il étoit chaussé d'une espèce de bottines. L'autre figure étoit vêtue de même et paroissoit plus jeune ; l'un de ses pieds étoit nu et l'autre couvert d'une chaussure avec des courroies en fprme de cothurne ; elle tenoit une main sur sa poitrine , et fermant l'autre en élevant les yeux au ciel, elle semble- il hésiter d'exécuter l'ordre qui lui étoit donné d'accomplir sans doute quelque pratique superstitieuse à laquelle trois petites fosses creusées dans la terre a y oient peut - être rapport (i).
La doctrine et la philosophie des Druides sont peu connues , parce qu'ils en faisoient , comme nous l'avoni dit , un mystère sans reserve a ceux qui n étoient pas reçus dans leur ordre. Leur morale paroit avoir été basée sur trois articles principaux; honorer les Dieux, éviter de faire le mal, acquérir une grande force de corps et d'âme ^ ils croyoient à l'immatérialité et à l'immortalité de l ame. Selon César, les Druides enseignoient que l'âme ne périt point, mais qu'elle passe d'un corps à un autre; le motif
(f ) Annuités SéquanoUe». Bcaumenil, Manusc.
de ce dogme étoit d'exciter le courage des Gaulois, en leur ôtant la crainte de la mort; c'étoit sans doute ce qui les rendoit intrépides dans les combats , parce qu'ils faisoient peu de cas d'une vie qu'ils ne pouvoient perdre que momentanément Les Druides s'occupoient aussi de la morale , de l'astronomie et des sciences naturelles. Leurs entretiens et leurs leçons avoient souvent pour objet, les astres, leurs mouvemens, la grandeur du ciel et de la terré, la nature des choses et la puissance des Dieux immortels ; il est cependant vraisemblable que les Gaulois ne croyoient point absolument à la transmigration des âmes, mais qu'ils avoient l'idée d'un séjour particulier destiné aux âmes de ceux qui quittoient la vie ; cela paroît prouvé par l'usage qu'ils avoient de brûler ou d'enterrer avec les défunts les choses dont ils se servoient le plus habituellement. Ils jetoient sur les bûchers des lettres qu'ils supposoient devoir parvenir à leur adresse dans un autre monde. Ils faisoient des prêts à leurs amis , sous la condition de les rembourser lorsqu'ils se retrouveraient après leur mort ; enfin des parens et des amis des défunts se jetoient volontairement dans les flammes qui consumaient leurs corps , afin de continuer de vivre avec eux.
Les Grecs étoient persuadés que les Dieux gouvern oient l'univers , et que rien n'échappoit à leur surveillance ; ils croyoient que toutes les actions des hommes étoient jugées pour être récompensées ou punies avec la plus grande équité. Il ne paroit pas que les Gaulois eussent des idées aussi perfectionnées sur la nature et sur la puissance de leurs Dieux ; ils ne croyoient point à leur intervention dans d'autres occasions que la guerre et les combats ; aussi pensoient - ils faire une chose agréable à ces Divinités
en répandant le sang humain en leur honneur ; ils leur donnoient toutes les passions et tous les défauts qu'ils a voient eux-mêmes , et ils les' faisoient sauvages , cruels et médians comme les nommés qui les avoient créés.
Les Druides s'occupbient beaucoup de la divination , mais sans règle ni méthode; quelquefois ils consultoient , comme les Grecs et les Romains , les entrailles dés victimes qu'ils avoient immolées , pour eu tirer des présages et des augures. On ne sait pas s'il y avoit parmi eux une classe particulière chargée spécialement des sacrifices et de ce qui avoit rapport à ka divination.
Parmi les cérémonies superstitieuses du culte druidique, celle de la recherche du gui étoit la plus renommée et la plus religieusement observée ; le chêne étoit sacré pour les Gaulois (i). Les feuilles de cet arbre étoient employées dans toutes leurs cérémonies religieuses y le gui qu'on y trouve assez rarement, étoit surtout l'objet de leurs vœux ; on le cherchoit avec le plus grand soin , et lorsqu'on l'a voit découvert, on alloit le cueillir en grande pompe ; mais toujours le sixième jour de la lune, parce qu'à cette période de sa croissance, on lui attrihuoit une plus grande influence. On préparoit sous le chêne qui portoit le gui, de» sacrifices et des festins. Un Druide , vêtu d'une robe blanche, montoit sur l'arbre et lecoupoit avec une serpe d'or, il étoit reçu avec respect dans un drap blanc : on hnmoloit ensuite deux taureaux blancs amenés pour ce sacrifice , et on distribuoit ce gui aux assis Uns , qui croyoient posséder un préservatif contre tous les poisons , et un remède puissant contre la stérilité.
(i)P!m., lib. XVI, c. 4f
Les Druides recueilloient encore deux autres plantes, la Selage qui ressemblent à la Sabine , et la Samole qui croit dans les endroits marécageux; ils attribuoient à ces herbes de grandes propiétés, et les donnoient comme des spécifiques universels. On cueilloit la Selage sans employer d'instrument tranchant, en passant la main droite du côté gauche par-desous le vêtement où l'on cachoit aussitôt la plante , comme si elle entêté le fruit d'un larcin. Pour remplir ce ministère sacré , il falloit être vêtu de blanc , avoir les pieds nus et bien lavés ; et pour conserver à la samole ses propriétés , il falloit la cueillir à jeûn , sans la regarder , et de la main gauche. On lemployoit surtout contre les maladies des bœufs et des porcs. La verveine ètoit aussi une herbe dont les Gaulois faisoient grand cas. Selon Pline, ils croyoient que les œufs de serpens , ramassés avec de certaines pratiques supertitieuses., étaient un talisman sur pour gagner des procès (1).
Non-seulement les femmes Gauloises jouoient un rôle dans l'administration et dans le gouvernement ; elles participaient aussi aux cérémonies religieuses: il y en avoit qui exerçaient les fonctions de Druides, et qui se soumettaient à tout ce que preacrivoient les statuts de cet ordre; elles se méloient surtout de prédire l'avenir. On prétend qu'une de ces sybilles annonça à l'Empereur Alexandre-Sévère la trahison de ses soldats , qui lui coûta la vie. Les auteurs citent plusieurs autres prédictions faites par les femmes Druides à divers Empereurs; mais on sait que bien sauvent ces sortes d'oracles n'ont été rendus qu'après les événemens.
( i y Pli». , Ub. XXIX , c, 3. — AnUq. expliq. , tom. U , part. a.
Claude premier abolit Tordre et la religion des Druides , qu'Auguste et Tibère avoient déjà attaqués. Cependant, ces prêtres existèrent encore long-temps dans le secret ; ils exerçoient leur culte dans des souterrains : ce ne fut qu'au commencement du cinquième siècle que les sacrifices humains furent entièrement abolis, et on a trouvé des traces du culte druidique jusque^ vers la fin du septième. Divers Conciles tenus dans les sixième et septième siècles, s'élevèrent contre ces superstitions, et Charlemagne les proscrivit de nouveau dans ses capitulaires (i). Enfin plusieurs pratiques qui ont pris leur source dans la Religion des Gaulois , subsistent encore de nos jours.
Un grand nombre de savaus se sont occupés de recherches sur la langue Celtique (a) , et quelques-uns ont avancé quelle étoit la plus ancienne et la première qu'eussent parlé les habitans du Globe (3). La grammaire de cette langue est simple et très-monosyllabique ; elle offre aussi une nombreuse synonimie; on y trouve des mots hébreux , syriaques et phéniciens', comme on remarque des mots celtiques dans toutes les langues anciennes; cette observation ne conduit, selon nous, qu'à une conséquence très-importante pour l'histoire. C'est que tous les hommes , comme nous lavons déjà dit plusieurs fois , ont une seule et même origine. C'est une vérité facile
(i) Çapit. Car. Magn., lib. I, tit. 64, et lib. VII, tit. a36.
(a) Mémoire* de l'Acad. de* inacript. , tom. XV et XVII. — Lsioar d'Aarergne , Origine* Ganl. — Ballet , Mémoire* sur la langue Celtique. — Mémoires de l'Académie Celtique.
(3) Observation* fondament. sur les langue* (Lebrigant) w-4.0, Paris, 1787 1 « •.te
( *fy )
a sentir; ksâr on ne pourroit sans cela expliquer pomment des peuples , placés sur le globe à des distances immenses, et privés de communications*' et' <ée < relations ' entr eux l auroient ■ pu employer les > mémles* mots pour désigner les mêmes choses f dn attachant le même sens à1 des sons auxquels l'habitude de; les: appliquer aux marnes objets donna par la suite la forme dune langue , qui fut la langue primitive i douti toutes les^crtresi «ont dérivées. La ressemblance qui/ se i trouve ! entre le JCeltiqoe »< l'Hébreu , le Syriaque, le Ofaaldëtti;^Arabe, le Persan, le Grec, le Lat*o, k Sanscrit, le Chinois, et même le Caraïbe et le Taitieo,' vient à l'appui de ce sentiment. On ne peut donc adopter celui dessavans , entraînés peut-être par le désir d'augmenter l'illustration dé leur patrie , qui ont pensé que le Celtique avoit été le langage des premiers ' habi tans de la terre, et s'étoit conservé pur au travers des vicissitudes des siècles ; mais on peut avec vraisemblance le considérer comme nu dialecte de là langue primitive , contemporain des autres langues anciennes, dérivées comme lui de la même source , et dont l'antiquité doit remonter au temps de la dispersion des premiers peuples de la terre. La langue Celtique paraît [s'être conservée , sans beaucoup d'altération, dans le pays de Galles et dans l'Armorique , où les Bretons insulaires vinrent s'établir dans le cin-> quième siècle; on en retrouve aussi des traces dans la Biscaye; Il est probable que les Bretons conservèrent plus long-temps la première langue des Gaulois que les autres peuples , parce que leur mélange avec les nations étrangères fut plus lent, et par conséquent l'altération de leur langage plus tardive et moins, facile. Les colonies qui se répandirent de la Gaule dans l'Europe et dans l'Asie,