I, II, III ET IV
Dans le courant du mois d'août 1784 , la construction d^un bâtiment contigu au pavillon du Palais de justice , vis-à-vis le chevet de la Sainte - Chapelle , nécessita des fouilles assez profondes; on en retira une grande quantité de matériaux qui paroissoient avoir servi à des édifices
(1) Ànti* expl. T. Dl , p.rt. I , w. , 4<>. - Thetaur. BrawUb. ( B^er. )
( ia5 )
très-anciennement détruits; on y trouva aussi un cippe eu pierre revêtu de sculptures passablement conservées.
M. Pasumot , savant zélé , étoit présent à cés fouilles , et sauva de la destruction ce monument Curieux ; il le fit graver au trait d'une manière assez imparfaite , et annonça brièvement cette découverte dans le journal de Paris. Une mauvaise épreuve de cette gravure que nous trouvâmes dans les papiers de ce savant, nous détermina à faire desrecherches dans tous les dépôts publics de la capitale, dans l'espoir d'y découvrir le cippe quelle représentoit. Nous fumes assez heureux pour le retrouver dans Tune des sallesbasses de la Bibliothèque royale, où il étoit enseveli sous des monceaux de livres. M. Miojnet , premier employé du cabinet des médailles , eut la complaisance de le faire débarrasser de tout ce qui Tentouroit, afin que nous pussions l'examiner dans tous les sens et à loisir; nous en limes faire un dessin bien exact , qui est gravé sous les quatre premiers numéros de cette planche , et d après le* quel nous allons tacher d'en faire la description.
Ce cippe ou autel votif a cinq pieds dix pouces de haut; il est d'une pierre commune et analogue à celle des sculptures trouvées en 1711 , dans le chœur de la Métropole de Paris , et qui paroit être également sortie des carrières de Saint-Leu; à sa partie inférieure est une base d'environ dix pouces de haut , grossièrement dégrossie et équarrie , qui devoit être enfouie dans le sol sur lequel le monument étoit placé. Cet autel est carré , mais les proportions de chacune de ses faces ne sont pas égales entr elles. Celle de devant a vingt pouces de large, celle de derrière dix-neuf pouces , et chacune des faces latérales dix-huit pouces seulement. Une corniche saillante, d'environ deux pouces,
couronne chaque panneau taillé à angles droits ; ces pann neaux sont creusés , et portent chacwa une figure de trois; pieds et demi de haut i sculptée en grand relief.
La première fecè , qui paroit antérieure parce quelle est un peu plus large que les antres , et que la base en paroit un peu moins grossièrement travaillée , représente Mercure avec plusieurs de ses attributs. Hu a d'autre vêt** ment que la chlamyde; elle est sur le bras gauche qui supporte le caducée , surmonté d'un oiseau qui pajrottéU» un coq. Ce caducée présente une singularité que l'on retrouve souvent sur les monumens Gaulois ; le sculpteur ne voulant rien omettre, a fait reparoi Ire l'un des deux serpens de cette baguette divine , au devant du coq , devant lequel il semble se dresser, Le dieu tient de la main droite une bourse qui paroit pesante ; près de lui , du même ofité , est un animal couche qui ressemble à une chèvre plutôt qu'au bélier qui lui étoit consacré , et que l'on voit sou« vent dans ses images. Le Pétas e est surmonté par deux ailes éployées et séparées par un ornement qui ressemble a une fleur; les cheveux bouclés retombent symétriquement de chaque coté du cou ; enfin les ailes des talonnières paraissent sortir de la cheville du pied, et faire partie d'une chaussure épaisse au travers de laquelle on ne voyoit aucune trace des orteils.
La seconde face, qui se trouve à droite de la précédente, représente une femme vêtue à la Romaine ; sa tunique , dont les manches sont longues , est soutenue au-dessous de la gorge par une ceinture étroite. Un Pepius en forme de manteau est jeté sur l'épaule gauche, d'où, revenant sous le bras droit , il enveloppe toute la partie inférieure du corps. Un diadème orne la tète dont la chevelure est légèr
rement bouclée; enfin on aperçoit un voile attaché -au sommet de la téte, d'où il retombe en arrière. Ladbaussure est entièrement fermée comme un soulier ; cette figure est bien drapée et posée avec grâce ; le caducée quelle tient «<ms Jaisse douter si c'est Junon on Hygiée : nous hasaivderons à la suite de cette description -quelques conjectures à ce sujet.
La^ce du ÏII , à gauche du Mercure , représente
à trouver 5 la pose de oette -figure est noMe et gracieuse., fclle est jeune et impubère ; un manteau attaché sur l'épaule droite couvre le devant du corps jusqu'au pén&, tout le bras gauche , et retombe en arrière jusqu'à terre. Un carqnots pareft au-dessus deiepauie, un arc est rposé ie long «Au corps a droite ; le dieu tient un poisson qui ressemble à qn dauphin , et soutient de 4a main •gauche nn ganvernail.
La quatrième face opposée au Mercure est -occupée par une figure «l'un caractère particulier , et que nous croyons inconnu jusqu'à présent. Elle perte aux épaules deux grandes ailes déployées ; deux autres petites ailes prennent a*issaBceau sommet de la téte, dontla chevelure est épaisse *t retombe en boucles derrière le cou ; dans la main droite est «ne boule ou un disque ; le bras est piîé , et ie coude soutenu par la main gauche qui pose sur la ouïsse du même coté , et dont les doigts sont étendus et le pouce élevé ; ie pied gauche est posé sur un cippe ou petit autel d'une forme tres*«imple. Enfin un ample manteau, agraflfé sur r épaule droite, couvre tout le côté gauche du corps, et retombe sur les jarrets.
Nous venons de faire, aussi exactement qu'il nous a été
possible, la description des figures sculptées surlemonur ment que nous publions. Essayons actuellement de reconnoitreles divinités quelles représentent. On trouve dans cette sculpture un mélange de la mythologie Gauloise avec celle des Romains , mais avec un caractère plus déterminé que dans la plupart des monumens du même genre* Nous avons déjà dit que ces conquérans , en politiques adroits , s'empressèrent de faire adopter aux peuples qu'ils àvoient soumis , et principalement aux Gaulois , le culte de leurs divinités. Pour y réussir, ils cherchèrent à trouver des rapports d'attributions et de qualités entre leurs Diéux et «eux qui étoient adorés dans les Gaules avant leur arrivée; mais les habitans de ces contrées n'abandonnèrent > pas •totalement leurs premières idées religieuses, et donnèrent •au contraire aux divinités étrangères des symholes et des attributions particulières , et relatives au premier culte qu'ils rendoient à celles qu'ils croyoient chargées de l'administration, de l'univers.
On reconnoit sans difficulté dans la figure du N°i I le messager des Dieux; il est jeune, impubère et accompagné des symboles qui lui sont propres. Nous avons déjà fait remarquer plusieurs fois que le culte de Mercure avoit été le plus généralement répandu dans les Gaules, et qu'on y avoit recueilli, dans tous les temps, un grand nombre de •monumens qui le représentoient ou qui lui avoient été consacrés ; on y a trouvé des restes de ses temples , des statues et des figurines , des inscriptions avec son nom , et des pierres gravées sur lesquelles le burin avoit tracé son image. Enfin il est peu d'endroits de l'ancienne Gaule qui n'aient fourni des monumens plus ou moins important relatifs à ce Dieu,
Di
Les Gaulois reconnoissoient un Dieu tout-puissant et invisible , créateur et maître de l'univers; mais les mêmes idées, les mêmes passions les engagèrent, à l'imitation de tous les autres peuples, àadjonjîfre à ce maître du monde une foule de Divinités subalternes auxquelles ils supposoient qu'il en avoit confié l'administration. Après leur communication avec les Phéniciens , les Egyptiens , les Grecs et les Romains , ils adoptèrent successivement une partie de la mythologie de chacun de ces peuples , et donnèrent à leurs -Dieux des noms dérivés en partie de ceux des Divinités étrangères , et d'après l'analogie qu'ils trouvoient entre leurs attributions et leurs fonctions. Ainsi ils appelèrent Teutates le Dieu que les Egyptiens adoroicnt 6ous le nom de Theuth, les Phéniciens sous celui de Thauth ou Thot, et qui étoit Y/fermes des Grecs, le Mercurius des Latins {i), La multiplicité des fonctions de Teutates contribua surtout à répandre généralement son culte. Inventeur des arts , Dieu de l'éloquence, guide des voyageurs, protecteur des négociateurs et du commerce, messager des Dieux , conducteur des âmes aux Enfers, présidant aux jeux , aux exercices publics , et même aux larcins ; que de titres aux hommages et à l'adoration des hommes mus par tant de passions et d'intérêts ! On ne doit donc plus s'étonner du grand nombre des monumens consacrés , surtout dans les Gaules, à une divinité aussi universelle; plusieurs auteurs en ont rapporté de ce genre. L'un des plus curieux est le Mercure barbu découvert à Beauvais en 1G95 , dans
(1) Philo Bybl. — Plat. în Phileb, ~ Çiçerv * tfai. Deor. L. III. Lactant. L. III , c. 6.
Toar. n. 17
une vigne près de Tune des portes de la ville (i). Cette figure étôit sculptée sur un cippe de cinq à six pieds de hauteur sur environ trois pieds de largeur et vingt pouces d épaissenr ; la par* inférieure étoit détruite ; une inscription latine indiquoit que ce monument étoit un vœu offert à Mercure Auguste par C. HeaUssus. On a pensé que c étoit le prince régnant , et peut-être Pestume , qu'on avoit représenté dans cette sculpture sous les traits du messager des Dieux, en feconnoissance de quelque grand bienfait* Les auteurs qui ont rapporté ce cippe ont négligé de dire que , sur l'une de ses faces latérales , on voyoit en relief un anneau dont les extrémités prolongées se terminoient par une tête de chimère et une tète de serpent , et au-dessous un bouclier votif ayant dix pouces de diamètre.
Revenons au monument de Paris, et a la figure du N°. II qui, au premier aspect, paroit offrir limage de Junon ou dTHygiée. En l'examinant avec plus ^attention , nous serions portés à croire que c'est Maia , mère
de Mercure. Selon Macrobe, c étoit d'elle que le mois de
mai avok pris son nom , et qu'à cette époque ceux qui se livroient au commerce lui offiroient des sacrifices , ainsi qu'à son fils , afin de se les rendre favorables. On a comparé Maïa à Cybèle ; elle portoit , comme cette mère des Dieux , le nom de grande Déesse. On lui avoit dédié un temple sons le nom de la bonne Déesse , dans lequel on
(i) Religion des Gaulois. Tom.l, pag. 344- — Monifaucon a aussi rapporté ce monument , ainsi qu'an grand nombre d'autres recueUlis dans le» Gantes. (Tom. I, pari. U, pag. 3oi. ) On en trouve aussi plusieurs dans Yjkatia iUustrata de Schocfflin. (Tom. 1 , pag. 433 et suiv. )
prétendoit que les sei^ens pe ré^oîeat sans y £ai*e 4* mal à personne, «I sans paie eflrayé* de Vwrpcpe de* dévote qui vtaoient 4»M le *empler On a^jbuoit encore, à Maia la puissance de 4 urjon dqnt pu lui donnait le sçept^e; et Le diadème (i), Topti 99 *|ue dU J^orphe s applique, parfaitement a U figure de notre eippe^jl/est même trèsprobable que , dans les Qaujes , où ion, irpndoit en quelque sorte à Mercure un iourte Aft prédjlefjtipp, pp en ait fait partager les hpu&eprs à ça mère,, et qftqp ait réirai leurs images S-ur les mêmes mopumensv Qp trouve dansj Schoefflin un basireuefrdécoavept à Sulabach, sur lequel pa, voit deux figures que ce savant a prises pour Maïa et tye*n cure 5 lune et l'autre tiennent la bourse et le caducée (a), Une remarque qui ne doit pas échappa > cest ejue sur le cippe que nous décrivons , Mercure est la figure principale placée sar\a (ace antérieure \ sa mère est à.U droite, c'était la place d*hoppeur chez les anciens, On regardeit comme plus iavo»ables les auspices tirés de la main droite; .elle étpit ornée de «bagues et d'anneaux,, et oq général on en faisoit plus 4e ©as que de la gauche, en raison de son activité et de son utilité (3) .
Passons, k \à figure du IH placée à gauche de Merr cure.* Une Divinité qui était aussi ep. grand honneur daps les Gaules était Belenus qui fut dans JU suite confondu arec l'Apollon des Romains, JSelenwrv Qeurn vQcmt Inr digenœ , magndque corn religion* colunt interpreiantes
(■) Uacrob. Saturnal. L. JIT, e. la. Pag. 171 ,{édiL Zawk'n.) (a) Alsatia ilhutr. T. I, Toi. 4, pag. 437. (3) Kirchmann de Annulé. C. 4.
Apoïïmem (i). Les Gaulois regardoient Belenus comme le Dieu de la médecine, et alloient consulter ses oracles. On croit que les Druides se consacraient particulièrement à son culte (2) , et e'étoit en conséquerice de cette fonction qu'ils exerçoient eux-mêmes la médecine ; mais , comme cette science n'étoit pas très-àvaneée parmi eux , les recettes qu'ils employoient étoient peu multipliées, et toujours appuyées de quelques pratiques superstitieuses. 11> paroît que la plante àlaquelle ils attribuoient lès plus grandes propriétés, étoit la jusquiame qn'ils appeloient Belinuncia, du nom de Belenus , et ce qui-sans doute lui fit donner par tes Romains celui à Apollinaris. LéS Espagnols appellent encore aujourd'hui cette plante Veleno y et les Hongrois Belend (ty. 'Le culte de Belenus ' passa des Gaules dans l'Italie; les habitans d'Aquilée sétoient mis sous la protection spéciale de ce Dieu , sous le nom SApollo-Belenus.
Nous ne doutons pas que ce ne soit son image qui se trouve sur la troisième fàce du cippe de Paris. L'arc et le carquois sont les symboles ordinaires d'Apollon; le poisson et le gouvernail qui sont joints sur ce monument nous embarrassent , et doivent se rapporter à des attributions particulières que les Gaulois donnoient à leur Belenus. Peut-être le regardoient-ils comme le protecteur de la navigation en lui donnant l'empire des mers : on ne voit , en effet , parmi les Divinités dont parle César, et dont le culte était établi dans les Gaules avant l'arrivée de ce conquérant, aucun Dieu qui put avoir rapport au Neptune des Romains.
(1 ) Herodiàn. Zib. VITI, cap* 5. ' * W
(a) Auson.
(5) Relig. deiCauloU. Tom. I , p. 584.
L'Hercule Macusain , trouvé en 1 5 1 4 dans l'ile deWalkeren, et qui représentoit le Dieu des eaux, est évidemment un ouvrage postérieur à l'invasion des Romains dans les Gaules j ce qui est d'ailleurs prouvé par l'inscription latine qui accompagnoit ce monument
Les Gaulois personnifioient les lacs, les rivières et lés fleuves, et ils ont pu faire de Belenus le Dieu des mers et de la navigation ; ce qui vi endroit encore à 1 appui de cette conjecture , c'est que ces Peuples n ad or oient pas Belenus , ou Apollon , comme le père de la Lumière , et qu'ils rendoient au Soleil un culte particulier , comme nous aurous bientôt l'occasion de le faire remarquer. La figure de notre cippe présente donc aux sa vans un sujet neuf à traiter; nous désirons qu'ils adoptent nos idées à ce Sujet. Les bornes dans lesquelles nous voulons nous resserrer ne nous permettent pas de les développer plus longuement.
La dernière face de notre cippe présente encore un vaste champ aux conjectures et aux recherches ; nous ne nous flattons pas de l'expliquer de manière à ne rien laisser à désirer; nous ferons en sorte seulement d'approcher le plus possible de la vérité. .
Le culte de Mithras passa de la Perse dans tout l'Occident ; les Romains lui érigèrent des temples et des autels, et les Gaulois les imitèrent, ou peut-être même reçurent ce culte avant eux. Les Persans adoroient, sous le nom de Mithras, qui dans leur langue signifioit Seigneur , le Soleil et le Feu, dont ils ne faisoient qu'une même chose. Ils donnoient à ceux qu'ils initi oient aux mystères de ce Dieu, des noms de constellations et de planètes, afin de leur rappeler que le Soleil exerce son influence sur tous les corps qui lui sont soumis, et qu'ils dévoient de même
regarder cet astre comme leur dominateur suprême et leur régulateur (i).
Les (Gaulois , en adbptast cette partie de la religion de Z*oroastre , comme l'avoient fait les Grecs et les Romains , accompagnèrent les cérémonies de ce culte de pratiques bizarres et superstitieuses. Us prenoient alors différons déguiseuiens de femmes , de bètes et de monstres. Cette coutume , qui s'est conservée tnsqu'à nos jours , et que l on retrouve dans les folies joyeuses du Carnaval , fut, dès les premiers siècles de l'Eglise ,1e sujet des remontrances de ceux qui préchoient la foi de l'Evangile dans les Gaules. Les Pères des Conciles défendirent les déguisemens ; on trouve dans un ancien rituel d'Angers le passage suivant î Si quis in'kalendis Januarii in ceruulo et m vetuld vadei, tribus nnnis pœnitent quia hoc dœmonum est (a).
A Rome on célébroit la féte de Mithras ou de la nais* sanoe du Soleil, le jour du solstice d'hiver, marqué dans le • calendrier de César au vingt-cinq du mois de décembre. t>ans les Gaules , cette féte avoit lieu vers le premier janvier, et en cela les Gaulois survoient, avec plus de précision que les Romains , les calculs astronomiques anciens , selon lesquels chaque saison commeneoit le huitième jour après l'entrée du Soleil dans le signe zodiacal. Pendant cette
(i) On voit , au Musée royal de France, l'an des nionuraens mithriaqoci
le» plus curieux; c'est une sculpture qui représente le sacrifice mystérieux du taureau dans l'antre de Mithras , allégorie cosmdlogiqoe. Ce baa-relief , trouté a Borne eutre le Champ -de-Mars et le Forum, orooit la Villa Borghèse : il a été publié par plusieurs auteurs, entrautres par dom Marti». ( Explication de plusieurs monumens singuliers , page a3t ). Voye* le catalogue des antiques du Musée , N.« 5»).
(a) ftclig. des Gaulois, T. I, p. 467,
fête, on prenoit tontes sortes de déguisemens , principalement ceux de femmes, de bœufs et de veaux.
Lesmonumens Mithriaques ont fait connoitre la manière dont les aneiens représentoient Mithras ; c'étoit le plus ordinairement sous la figure d'un jeune homme vêtu dune tunique tombant jusqu'aux genoux , ayant sur les épaules un manteau rejeté en arrière , et sur la téte un bonnet Phry cien. Il tenoit un flambeau élevé ou abaissé pour marquer le lever et le coucher du Soleil. On le voit souvent dompter un taureau, et lui enfoncer un poignard dans la gorge. D'autres fois Mythras a une téte de lion sur un corps humain , entouré par les replis tortueux d'un serpent Toutes ces images ne sont que des allégories dans lesquelles on reconnoit les influences et le «ours du Soleil. Montfauoon en a publié , entr'autres , deux auxquelles nous , nous attachons plus particulièrement, parce qu'elles nous semblent avoir rapport à la figure N.° XV de notre cippe, que nous cherchons à expliquer (i). La première a une téte de lion , un corps humain , et sur les épaules quatre ailes, dont deux sont élevées et deux abaissées par allusion au lever et au coucher du Soleil. Elle est nue , et tient une clef de chaque main , pour marquer que la douce chaleur de cet astre pénètre partout. Eile pose les pieds sur un globe d'où s'élève un serpent qui , après avoir fait plusieurs replis autour do corps de cette figure , va plonger sa téte dans la gueule du lion. L'autre représentation offre également une figure d'homme avec une téte de lion ; elle est à demi vêtue , porte quatre ailes disposées comme dans la précédente , et tient de chaque main un flambeau allu-
<i) Aatiq. «tpl. Tora.IÏ , part II , pag. a67 , Pl. ai5, N.«>» i et a.
mé. Un serpent est enlacé dans les bras et entre les ailes , d'où il vient élancer sa tête au-dessus de celle du lion ; enfin une bandelette qui sort de la gueule de cette figure monstrueuse , va s'étendre en voltigeant sur un autel embrasé. Ces deux figures représentent certainement Mithras ou le Soleil , et nous portent à penser que cet astre est également le sujet de la sculpture N.° IV du cippe de Paris. Les quatre ailes indiquent la rapidité du Soleil et la force de sa chaleur; le globe représente plutôt le disque de la Lune que la Terre ; l'autel est le symbole du feu que Ton confondoit avec l'astre du jour dans le culte de Mithras ; et , si Ton vouloit pousser plus loin l'explication , on diroit que le pied gauche du Dieu posé sur un autel annonce les vœux que font les habitans de la terre pour le retour du Soleil, dont les feux chassent l'obscurité de la Nuit, indiquée par le disque de la Lune à laquelle le père du jour ne prête qu'une lumière pâle et vacillante.
Nous concluons de tout ce que nous venons de dire que notre monument est un des plus curieux peut-être qui aient été découverts dans les Gaules. On pourroit y trouver, sous les quatre figures qui en ornent les faces, une allégorie ingénieuse des quatre élémens. Mercure seroit l'emblème de i air qu'il traversoit avec rapidité pour remplir ses fonctions multipliées , Maïa celui de la Terre, comme nous l'avons fait remarquer par les rapports de cette déesse avec Cybèle.
On reconnoit aisément l'Eau dans la troisième figure , et le Feu dans la dernière. Si cette explication paroissoit trop hardie , on pourroit se borner à reconnoitre sur notre monument le Soleil et la Terre. Les anciens ont pris Mercure pour le Soleil j selon Macrobe , Apollon , Mercure et le
.Soleil netoient qu'un même Dieu (i). lies anciens confondoient souvent les planètes des deux premiers , et le même auteur en trouve le motif dans le rapprochement ingénieux qu'il fait entre Apollon et Mercure , aux attributions duquel il reconnoit un rapport direct avec les influences et le cours du Soleil. Les Gaulois avoient une prédilection marquée pour leur Teutates, ou leur Mercure ; ils durent saisir dans la mythologie Romaine toutes les occasions d'augmenter la puissance de ce Dieu. Spon rapporte une inscription dans laquelle on lit Mercurio Soli (a). Majs une figure de Mercure porté sur un taureau, qui fut trouvée près de MonUuçon , prouve positivement que les Gaulois ont réuni le culte de ce Dieu à celui de Mithras (3). Tout est donc encore , à ce qu'il nous semble , en rapport avec ce sentiment sur notre monument , qui étoit sans doute un vœu de quelque corporation Parisienne, quoiqn aucune inscription ne vienne appuyer cette conjecture. On se rappellera que l'ancienne Lutèce étoit, lorsque Jules César s'en empara environ cinquante-quatre ans avant Jésus-Christ, resserrée dans l'Isle comprise aujourd'hui entre le quai des Augustins et le quai Desaix au midi , le quai de l'Horloge et celui qui conduit au Petit-Pont de la Cité , au nord. On arrivoit dans cette ville ancienne par deux ponts de bois , construits à-peu-près où sont aujourd'hui ceux de l'Hôtel-Dieu et du Change. La pointe de l'isle sur laquelle se trouve le Pont-Neuf étoit séparée du reste de la Cité , à laquelle elle a depuis été réunie à-peu-
(i) Saturn. L. I, e. 19.
(a) MùceUan. antiq. P. 64.
(5) Relig. de* Gaul. Tom.I, p. 455.
Tom. II. 18
près à Tendroît où est à présent la place Dauphine (i). Llsle qui renfermoit l'ancienne Lutèce se terminoit donc, à l est , derrière l'église de Notre-Dame , et à l'ouest, à-peuprès à la rue de Harlay. Il est à remarquer que c'est sur ces deux points que Von a découvert les monumens antiques les plus remarquables , savoir : les pierres sculptées trouvées en 17 11 dans le chœur delà Cathédrale, et le cippe que nous venons de décrire. Les anciens auteurs nous apprennent qu'à l'époque où la Gaule Belgique se révolta contre les Romains, les Parisiens se montrèrent des plus empressés à secouer le joug. Leur capitale devint le rendez - vous des troupes qui , sous la conduite de Camulogène, dévoient s'opposer à la jonction de Labienus et de César; mais ils ne parent se soustraire à la puissance du génie qui protégeoit les armes de leur vainqueur , qui rentra triomphant dans Lutèce , après une bataille sanglante , dans laquelle Camulogène fut tué , et les Gaulois taillés en pièces. César ne trouva que des ruines fumantes dans cette ville que les habitans eux-mêmes avoient brûlée, avant d'en sortir, pour aller combattre. On croit qu'il la fit rebâtir , et qu'il fit construire un fort à l'extrémité de chacun des deux ponts qui y condùisoient. L'endroit où le cippe dont nous avons parlé à été découvert» n'est pas éloigné du Pontrau-Change ; et nous n'hésitons pas à le faire remonter au même temps que les pierres antiques trouvées à Notre-Dame, et dont l'inscription datoit du règne de Tibère.
Ouaxecueilli dans les Gaules plusieurs cippes quadran-
(1) Hîst. de la police, par Delamarre. — Hisi. èe Pari», par D. Felibiea. — Essais tiialoriqnes aur Paria. ( Saiat-Foîx. )
gulakes en pierre , avec des sculptures en relief, mais qui sont presque toutes d'un style grossier et presque barbare ; celui que Schœfflin a fait graver, est de tous ceux que nous connoissons le monument dont le style se rapproche davantage du nôtre ; il a été découvert à Sulzbach. On peut voir encore dans le même ouvrage , plusieurs autres mouumens Gaulois du même genre. ( Alsatia Ulust. T. I. )
Nous avons réuni dans la même planche où nous avons fait graver Y autel votif trouvé à Paris , cinq pierres gravées > un anneau en bronze , un dé à jouer en argent et une tessère de plomb , qui ont été recueillis également au bord de la Seine , dans les fouilles qui furent faites il y a quelques années pour les fondations du quai Desaix , entre le Pontr-Saint-Michel et celui de l'Hôtel-Dieu. Nous allons décrire brièvement chacun de ces objets , d'autant plus curieux, que Ton trouve bien 'rarement des monumens antiques à Paris , où Fexhaussement du sol est devenu partout considérable, et ou nous voyons chaque jour s opérer encore des changemens qui nous étonnent et déroutent presque tous les souvenirs.
Sardoine nébuleuse dont la partie inférieure a été altérée par le feu : cet accident a fourni au graveur le moyen de rendre son sujet plus intéressant; il s'en est servi pour envelopper d'un nuage léger semblable à la poussière , les deux combattans qu'il a représentés. L'un est un cavalier qui frappe de son javelot un ennemi vaincu et renversé -f ce dernier qui est à pied a jeté son épée et saisi son bouclier de la main droite, tandis que de la gauche il s'efforce de détourner le fer qui va lui percer le cœur. Le
même sujet se trouve sur les médailles de Constance Chlore, du grand Constantin , de ses fils, de Magnence et de Décence ; on y lit pour légendes : Debellatori Gentium barbar; viriusAugg. et gloria Romanorunu Ces médailles furent frappées en mémoire des triomphes de ces Princes , sur des nations barbares, caractérisées dans leurs types, comme sur notre pierre , par le bouclier hexagone qui étoit particulier aux Daces , aux Germains et aux Gaulois»
vi. ;
Pâte antique, sur laquelle on voit une barque à la voile , et montée par des génies, dont l'un aide un de ses compagnons à sortir de Tonde dans laquelle il vient de s'exercer à la nage ou de se baigner.
Mercure assis, tenant la bourse et le caducée ; devant lui sont deux étoiles, et derrière le croissant de la Lune. Ce petit sujet mérite de l'intérêt; il offre le messager des Dieux assis sur un rocher qui indique un promontoire; les anciens l'adoroient sous le nom d'ETrarnoc , qui se tient au bord de la mer. Les deux étoiles sont le symbole des Dioscures qui présidoient . à la navigation et aux jeux du cirque , attributions également données à Mercure.
Les pierres gravées en creux servoient de cachets; chacun avoit le sien sur lequel t\ faisoit mettre un sujet selon son caprice , ou d'après ses idées religieuses et même superstitieuses. Quelquefois ce sujet étoit accompagné du nom du propriétaire, souvent aussi le nom y étoit seul. Notre cornaline gravée étoit peut-être le cachet d'un naviga-
teur qui s'étoit mis sous la protection -de Mercure; Lalutië et les deux astres pourroient indiquer qu'il étoif né dans le commencement du mois de1 Juin , soUs t'influence du signe des Gémeaux.. 1
Prime d'émeraude, portant en creux la figure de cette déesse aveugle dont les hommes implorent si vivement les faveurs. On lit autour nANTACTHIA de n**«?ou n*rrt qui vent dire, partout, de toutes parts. iWwi^ signifie qui sert, qui secourt tout le monde, et «vrtàpn* qui est lé maître de tous ; ces épithètes conviennent toutes parfaitement à la Fortune : si la légende Pantasieiv de notre pierre n'exprime pas littéralement les mêmes sens, c'est que c'étoit peut-être un nom propre dont le rapprochement avec ceux de la Fortune avoit engagé à graver à côté la figure de cette déesse.
Pâte antique sur laquelle on voit un ennemi vaincu1 implorer la clémence de son vainqueur. On trouve ce même sujet sur les médailles de plusieurs empereurs , principalement sur celles d'Hadrien , d'Antonin et de Marc Aurèlef Cette figure agenouillée représente ordinairement une jird-' vince conquise. On voit aussi le même sujet sur les médailles de Gallien et de Posthume , avec la légende : Restitutor Galliarum.
Anneau de bronze dans le chaton duquel est enchâssée une cornaline gravée en creux. On y toit un génie tenant
sur le bras droit un! rameau d'olivier , et de la gauche une fleur dont l'espèce ne peut être déterminée ; sa tunique courte. sembJe indiquer un génie militaire , et la peau d'éléphant qui couvre sa tète celui de. j'Afrique. Tous les monumens gravés dans cette planche , depuis le numéro Y jusques et compris cet anneau N.° X , nous paroissent appartenir aux règnes de Dioclétien et de ses successeurs; }ls se rattachent à la découverte de médailles du même temps, qui a été faite à la Villette près Paris, et dont nous donnerons les détails. On trouve sur les monnoyes de ces règnes , un génie militaire dehout devant un autel, etla figure de l'Afrique ayant la téte couverte d'une peau d'éléphant y avec k légende, conservatùr Africœ suœ\ (i>
■ ;: xi. :
Les anciens s'occupoient à des petits jeux dont les plus ordinaires étoient , les osselets et les dés que Ton a appelés tali> et qui sont très anciens. Ils av oient aussi des espèces d'échecs dont les pièces se nommoient latrunculi ou latrones \ celui qui gagooit la partie se nommoit Empereur. Ce fut en jouant à ce jeu dans la ville de Lyon que Prc— cul us, ayant été dix fois Empereur, un des spectateurs s'avisa de le saluer Auguste et de le couvrir d'un manteau de pourpre. Cette plaisanterie devint sérieuse , et l'armée confirma ce titre à ce tyran bas , cruel et inepte , qui céda bientôt à la valeur et aux droits légitimes de Probus un rang qu'il n'auroit pu occuper dignement
On connoit assez ces petits cubes à six faces , marquées chacune depuis le nombre un jusqu'à six , et qui ont
(i) Numitmat. impp. Baudurii. T. II, p. i5i.
causé la ruine de tant de familles ; les anciens en avoient de différentes matières; on en connoit surtout en ivoire , en agathe et en succin. On les nommoit tali et tesserœ lusoriœ; post convivium hisumest tesseris usquead lucem (i). On croit que Ton s'en servoit aussi pour faire tirer au sort loi coupables qui dévoient payer de leur vie les crimes de la multitude . Statueront ità majores nostri ut si à multis esset Jîagitium rei militaris admission , sortitione in quosdam ammadverteretur ut metus videlicet ad otrrnes y poena ad paucos perveniret (a). On voit dans les cabinets des des antiques, en cubes hexagones de différentes matières; mais celui que nous publions dans sa grandeurnaturelle et qui est d argent est d'une forme qui ne toit pas encore connue. On en trouva ensemble six pareils dont trois de garçons et troîs de filles; le nôtre est un de ces derniers ; nous les avons ru s tous , mais le possesseur ne voulut nous en céder qu'un seul. Le numéro un est sur la téte , le deux à la partie opposée, trois sur le côté d'une cuisse , quatre snr l'autre cuisse, cinq sur la poitrine, et six sur le dos. L attitude de cette petite figure la rend susceptible d'offrir dans sa chute toutes les chances des autres dés : elle devoit servir dans un jeu particulier qu'il est facile de soupçonner très récréatif , d après les différentes positions dans lesquelles retomboient cette espèce de dé. Le coup de partie étoit à ce jeu , celui que l'on nommoit, coup de Vénus; pour le faire, il falloit que les trois dés dont on se servoit le plus ordinairement , marquassent tous le nombre six qui étoit le plus élevé, et qui se trouve sur le dos de notre petite figure.
(i) Jul. Capitolin. in Ad. Vero.
(a) Cicero , orat. pro CîueitUo.
( tW.)
, '\>Qw7j6ft servpjt\chez,Je$ Grecs e% , surtout chez les Ro- HiaufS., d*e jetons . marques , conjUîemar<Jiies ou bulletins quet jèop appeloit Tesserœ; ces/Iessères servoient de billets d'entrée dans les spectacles , dans les jeux , et dans tous les endroits publics où il j avoit de grandes assemblées. On en jetoit au peuple sur lesquelles on avoit inscrit les dons qu'il devoit recevoir de la munificence du Prince , dans certaines circonstances ; nous parlerons , dans la suite de cet ouvrage avec quelque détail, de toutes les espèces de Tessères , qui étoient en bois , en ivoire ou en plomb. Ficoroni a publié un recueil considérable de ces dernières , mais sans les expliquer, et sans en déterminer l'usage (1). (Jaylus en a fait graver aussi un assez grand nombre en plomb et en ivoire (a).
La Tessère que nous publions sous ce numéro , dans sa grandeur naturelle, est de. plomb et inédite; sur l'une de ses faces on voit la fortune -avec ses attributs ordinaires , et on y lit CKANÏLS; sur l'autre est une palme avec le mot BALNEO. Si nous osions hasarder l'explication de ces types et de leurs légendes, no iw dirions que Craneum signifiait, lieu d'exercice public , acadéniie , et Balneum , bain, cette Tes&ère>servoit, peut-être de marque pour entrer dans une école de, natation , ou de récompense aux jeunes gens qui excelloient dans cet exercice. On pourront encore chercher l'interprétation du mot crânes dans le ;grec. fycù-c* veut dire, fontaine , source j notre Tessère
(1) De' PlUmbei 's anTtq.TTumism. {cdil.Zatin Romae , 1750.)
(2) Recueil d aniiq. Tom III ei IV.
auroît donc pu également servir de marque d'entrée dan» un bain particulier d eau de source ou d'eau thermale : on sait que ces bains étoient nombreux et tnesrrenOutnws^ns les Gaules, ejt «pie les Romains qui les fréquentoient h*i?itnellement , y ; ont laissé, des traces ^e leur séjour , soit pa* des édifices plus ou moins considérables, soit par les voyes publiques qu'ils ont eu soin de construire, pour Jf arriver. -n j ► ■ >' - ,? '■. .f ,
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