PLANCHE XXXVI
' '■ " 1,11, III ET IV
Ov a recueilli, à différentes époques , dans les Gaules et dans les pays du nord on les Romains ont séjourné,
de petites tablettes d'une stéaute opaque , de' couleur verdâtre , sur les tranches desquelles sont des inscriptions gravées en creux et à .rebours j toutes font mention de médicameus propres à guérir les maladies des yeux et de la peau; le plus1 sbiivent On y trouve le nom dupharmacopble ijul distribuait les remèdes, ou du médecin qui les avoit Composés. Comme ces tablettes ont été découvertes en assez grand nombre dans les Gaules, et dans les pays septentrionaux où les Romains ont fait la guerre , et qu'elles sont très-rares en Itâliè, on en a conclu que les maladies des yeux et les fluxions attaquoient plus fréquemment les soldats dans lès pays froids, à la suite des fatigues , des bivouacs et des marches forcées , tfuë dans1 les pays chauds.1 • :'- ' ' 'h ' ,,(;M!l' .
La découverte la plus curieuse en ce genre fut faite en 1807, à Nais en Bairois , département dé la' Meuse. Des chevaux, en labourant la terre, enfoncèrent la voûte don souterrain dans lequel on ne trouva rien autre que trfeiwdes tablettes dont nous parlons , placées les unes sur liés autres* Lë Rédacteur du journal de la Meuse en fit mention dans ses feuilles des 4 février, Ï3 mars et S mai i8o8i ïl donna aussi\ dans celles1 des 5 et 1 8 juin Suivant, l'explication de quelques-unes des inscriptions gravées sur ces tablettes. On en. fit à l'Académie Celtique un rapport inséré dans lé Tome IV de ses Mémoires. Nous avons fait graver ici trois de ces monumens qui portent neuf inscriptions. Nous les tenons de M. le Baron Marchant , de Meta Jet M. Tochon d'Annecy les a citées dans la dissertation qu'il a publiée en octobre 1816, sur les cachets des médecins oculistes; son travail rempli d'érudition et de bonnes recherches test complet sur cette matière , et nous, renvoyons nos lecteurs
pour connoître le nom des auteurs qui ont traité le même sujet. Cependant , ce que nous avons à y ajouter sera peutêtre un supplément utile qui , réuni aux recherches de ceux qui nous ont précédés , épuisera ce qu'on auroit pu désirer encore sur les inscriptions pharmaceutiques ou oculaires qui ont été découvertes jusqu'à ce jour. » . .
La première de nos tablettes porte les quatre inscriptions suivantes en deux lignes chacune, comme on les, voit sur la planche.
Juni Tauri Theodolium Ad Omnem Lippitudinem.
Junii Tauri Auihemerum Ad Epiphoram Et Omnem Lippitudinem*
Junii Tauri Penicillem Ad Omnem Lippitudinem*
Jiutii Tauri Diasmyrnes Post Jnpetum Lippitudinit»
Lippitudo signifie proprement la chassie qui coule des yeux'; 'mais les anciens employoient ce mot génériqnement pour désigner l'ophthalmie et les autres maladies inflammatoires des yeux. Epiphora signifie fluxion, inflammation des paupières accompagnée de larmoyemeut: On ne connpissoit pas encore\ur les* cachets des oculistes le mot Iheodotium que l'on pOurroit expliquer par ©eoJV/oç , remède divin , ou eéo^onor qui étoit une préparation de sulfate de fer natif; le Theoàotium devoit être un collyre détersif propre à détacher des cils la chassie qui les fatiguoit; Auihemerum pour Anlhemerum se trouve ici aussi pour la première Ibis. Oh verra dans la tablette inédite N.» IV, que TV y remplace dans le même mot l'N comme danà la nôtre, UAnthemerum composé d'Aléa» fleurir , et Wràfoç, doux, étoit un baume de fleurs ( de camomille) qui calmoït l'inflammation des yeux. Pèniciilem' est ici pour Penicillum , plumasseau; on s'en sert encore au-> jourd'hui pour déterger l'humeur visqueuse qui s'attache Tom.ii. 36
aux cils. Diasmymes se trouve dans plusieurs inscription* du genre des nôtres ; ce mot composé de Dia, avec, et &njrrnes pour Smjrrnumy qui vient de 2fyufn*, Myrrhe, indique ici un 'collyre fait avec la myrrhe que l'on env* ployoit après l'éruption soudaine de l'humeur inflammatoire , post inpetum pour impetum Lippitudinii. On verra que les fautes d'orthographe sont très- fréquentes dans ces sortes d'inscriptions.
On lit les trois suivantes sur notre seconde tablette :
Ç. Juni Tavri Stactwn Ad Scabritiem Et Clart ( Claritatem ). L. Cl. Majimi Diapnoricum Ad Cah'girtgm. X. Cl, Martini Evades ud A$pritudint$»
Scahrities signifie la gale ou croûte qui se forme sur une playe, et non pas une ophthalmie sèche , comme 11 expliqué Caylus. Claritas , éclaircissement de la vue ; CaJigo , son obscurcissement; Pline a donné ce nom à une vue trouble et nébuleuse. Aspritudo âpreté , rudesse. Siactum vient de 2t*xt<* 3 qui tombe goutte à goutte y c'étoit donc un baume distillé. Dioscorides ( Lib. I. , Cap. 73 ) parle d'une préparation faite avec la myrrhe , et à laquelle il donne le nom de Stoxto*. Plaute a employé ce mot pour désigner un baume exquis. Tu mihi Stacta,* tu Cinamomum ; tuy Rosa. On lit sur une des tablettes publiées par Caylus, Quinctiliani Stactum Ad Claritatem (1). Notre inscription fait donc mention d'un cosmétique propre à détacher la croûte sèche de l'humeur chassieuse des yeux , et à éclaircir la vue à la suite de l'inflammation. Diapsoriçum nous embarrasse , car •\tqa signifie gale ; les anciens appeloient Psorophtaimia une ophthalmie galeuse ; cependant on lit sur une petite tablette trouvée à Nismes , et que
(1) Recueil <T&nlM]. T. I , peg. aa5 et t«W.
M. Tochon qui nous l'a cédée a publiée , pag. 67 de sa dissertation, le mot Psoricum; ce seroit donc le nom générique d'une composition ou d'un onguent, q&'Actuarius a plusieurs fois cité et appelé Psoricum Aridum, etc. D'autres auteurs en ont également fait mention j le Diapsoricum étoit sans doute un collyre dans lequel on a voit étendu YUnguentum Psoricum , ét qui servoit à éclaircir k vue nébuleuse. EWV signifie qui répand une bonne odeur. Le remède mentionné dans notre inscription , sous le nom àEvodes , étoit un baume odoriférant et dessicatif propre à aplatir les boutons et les aspérités de la peau. 11 est indiqué de même sur une tablette trouvée à Lyon , publiée par plusieurs auteurs, et citée par M. Tochon, pag. 65 , N.° XIV de sa dissertation ; on le trouve encore pag. 66, N.« XV du même ouvrage.
Notre seconde tablette porte les noms de Q. Junius Taurus et de L. Claudius Martinus; c'est une particularité d'autant plus remarquable que sur environ trente monumens du même genre qui ont été publiés , il ne s'en trouve qne deux exemples , l'un sur notre tablette , l'autre snr celle qui a été découverte à Bavay , et dont M. Tochon a parlé, page 19.
Mettoit-on dans les pharmacies sur les vases qui contenoient les médicamens , non-seulement le nom du phar-» macopole qui les débitoit , mais encore celui du médecin qui en avoit composé d'une efficacité reconnue? Dans cette supposition , Martinus , dont notre tablette fait mention , auroit été un oculiste renommé , auteur des baumes et des collyres que le pharmacien Taurus débitoit à Nasium. Peut -être aussi ce Martinus nétoit-il que le successeur de Taurus.» dans la boutique duquel il avoit trouvé des
tablettes déjà gravées , et qu'il avoit continué d'employer. On sait qu'il y en avoit de toutes taillées et prêtes à recevoir des inscriptions; on efiàçoit même souvent les anciennes pour en graver de nouvelles; ces préparations et ces changemens ont été reconnus sur les monumens de ce genre qui nous sont parvènus , et dont la substance étoit d'autant plus convenable à cet emploi , que la stéatite est tendre et ne s'exfolie point. Cependant, .ce qui nous confirmeroit dans notre premier sentiment , que les noms de» médecins se trouvent comme ceux des pharmaciens sur les tablettes sigillaires dont il s'agit , c'est que sur celle de Bavay on lit :