‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 110 sur 466 · De lÀOM. Nom d'une grande forêt en Normandie · texte numérisé non relu

De lÀOM. Nom d'une grande forêt en Normandie

pauvres gens eurent si grand' |)cine à vi^. Ce fut une terrible désolation dans le pays. Brisquet, qui allait Toujours à sa besogne, et qui ne craignait pas les loups, à cause de sa bonne hache, dit un matin à Brisquelte : « Femme, je vous prie de ne laisser courir ni Biscotin, ni Biscotine, tant qoe M. le grand louvetier' ne sera pas venu. Il y aurait du danger pour eux. Ils ont assez de quoi marcher enire la butte et Tétang, depuis que j'ai planté des piquets le long de Tétang pour les préserver d'accident. Je vous prie aussi, Brisquetle, de fie pas laisser sortir la Bichonne, qui ne demande qu'à trotter. » Brisquet disaiCtous les matins la même chose à Brisquelte. Un soir, il n'arriva pas à Tbeure ordinaire. Brisquette venait sur le pas de la porte, rentrait, ressortait, et disflit en se croisant les mains : a Mon Dieu, qu'il est attardé 1... *»

— Et puis elle sortait encore, en criant : « Eh 1 Brisquet! » — El la Bichonne lui sautait jusqu'aux épaules , comme pour lui dire : N'irai-je pas? — Paix*! lui dit Brisquette. — Écoute, Biscotine, va jusque devers la butte, pour voir si ton père ne revient pas. — Et toi, Biscotin, suis le chemin ai| long de l'étang en prenant bien garde s'il n'y a pas de piquets qui manquent, et crie fort: Brisquet! Brisquet!... — Paix là! Bichonne! » Les enfants allèrent, allèrent, et quand ils se furent rejoints à l'endroit où le sentier de l'étang vient couper celui de la butte : « Mordienne, dit Biscotin, je retrouverai notre pauvre père, ou les loups m'y mangeront. — Pardienne, dit Biscotine, ils m'y mangeront bien aussi. »

Pendant ce temps-là, Brisquet était revenu par le grand chemin de Puchay, en passant à la Groix-aux-Ânes, sur l'abbaye de Mortemer, parce qu'il avait une bottée de cotrets* à fournir chez Jean Paquier. < As-tu w nos enfants? lui dit Brisquette. — Nos enfants? dit Brisquet, nos enfants? Mon Dieu ! sont-ils sortis?

— Je les ai envoyés à ta rencontre, jusqu'à la butte et à l'étang', mais tu as pris par un autre chemin. » Brisquet ne posa pas sa bonne hache. Il se mit à courir du côté de la butte, c Si tu menais la Bichonne? » lui cria Brisquette. La Bichonne était déjà bien loin. Elle était si loin, que Brisquet la perdit bientôt de vue.

1. U grêuâ Ifmvelier. Offleier cluurgë de la destractton des loupe.

2. Paix 1 Pardienne, mordienne. Remarquez ces InteijecUone et rendez^ou compte de leur elgnlflcation. Lee deux dernières indiquent un sentiment de résolution subite, de volonté énergique.

8. Bottée de eotrets. Une charge remplissant la botte. Cotrets^ bois mena oo fendu.

4. La butte. Tertre ou élévation de terrain. Etang. Amas d*eau formé dans les terrains bas, soit naturellement, soit an moyen de chaussées pour retenir les eaux.

LivnR II. 94

Et il avait beau crier : « Biscolin, Biscolinol » On no lui répondait pas. Alors, il se prit à pleurer, parce qu*il s'imagina que ses cnrants étaient perdus. Après avoir couru longtemps, longtemps, il lui sembla reconnaître la voix de la Bichonne. Il marcha droit dans le fourré *, à lendroit où il l'avait entendue, et il y entra sa bonne hache levée. La Bichonne était arrivée là, au moment où Biscotin et Biscotine allaient être dévorés par un gros loup. Elle s'était jetée devant en aboyant, pour que ses abois avertissent Brisquet. Brisquet, d'uo coup de sa bonne hache, renversa le loup roide mort, mais il était trop tard pour la Bichonne : elle ne vivait déjà plus.

Brisquet, Biscolin et Biscotine rejoignirent Brisquetle. C'était une grande joie, et cependant tout le monde pleura ; il n'y avait pas un regard qui ne cherchât la Bichonne. -^

Brisquet enterra la Bichonne au fond de son petit courtiP, sous une grosse pierre^ sur laquelle le màttie d'école écrivit en latin :

Cest Ici qi[*est la Bichonne, Le pAQTre chien de Brisquet *.

CU. KODUUU

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