‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 111 sur 466 · Le cbleu eoviptfl»ie · texte numérisé non relu

Le cbleu eoviptfl»ie

« Mon frère, sais- tu la nouvelle?

Mouflar, le bon Mouflar, de nos chiens le modèle, Si redouté des loups, si soumis au berger,

Mouflar vient, dit-on, de manger Le petit agneau noir, puis la brebis sa mère; Et puis sur le berger s'est jeté furieux.

— Serait-il vrai? — Très-vrai, mon frère.

— A qui donc se fier? grands dieux I »

C'est ainsi que parlaient deux moutons dans la plaine;

Et la nouvelle était certaine.

Mouflar, sur le fait même pris,

N'attendait plus que le supplice, El le fermier voulait qu'une prompte justice

Effrayât les chiens du pays.

La procédure^ en un jour est finie.

1. Le fourré. Partie du boia oh les liants ot les épines sont irës-serrés. Omoui t ta clairière,

3. CourlU. Vieux mot qui désignait un petit jardin attenant )i la malaou et qui est encore usité dans plnsienr» proTiuces.

a. Bapprocber ee dérotteracnt de la Biclwmie de Tacte criminel auquel est entraîné Mouflar dans le morceau suivant.

i. Layrocidure. L'instruction du procès et le prononcé du jugement.

Mille témoins pour un déposent* l'attentat; Récolés, confrontés*, aucun d'eux ne varie; Mouflar est convaincu du triple assassinat : Mouflar recevra donc deux balles dans la tête

Sur le lieu même du délit.

A son supplice qui s'apprête

Toute la ferme se rendit.

Les agneaux de Mouflar demiandèrent la grâce; Elle fut refusée. On leur fit prendre place;

Les chiens se rangèrent près d'eux Tristes, humiliés, mornes, l'oreille basse ', Plaignant, sans l'excuser, leur frère malheureux. Tout le monde attendait dans un profond silence. Mouflar parait bientôt, conduit par deux pasteurs : Il arrive ; et, levant au ciel ses yeux en pleurs,

Il harangue ainsi l'assistance * :

« 0 vous, qu'en ce moment je n'ose et je ne puis Nommer, comme autrefois, mes frères, mes amis.

Témoins de mon heure dernière, Voyez où peut conduire un coupable désir ! De la vertu quinze ans j'ai suivi la carrière*,

Un faux pas m'en a fait sortir.

Apprenez mes forfaits : au lever de l'aurore, Seul auprès du grand bois, je gardais le troupeau;

Un loup vient, emporte un agneau,

Et tout en fuyant le dévore.

Je cours, j'atteins le loup, qui, laissant son festin,

Vient m'attaquer : je le terrasse

Et je l'étrangle sur la place.

C'était bien jusque-là ; mais, pressé par la faim De l'agneau dévoré je regarde le reste, J'hésite, je balance... A la fin, cependant,

1. Milte témoins pour un. Kon-senlement un, mais plosieun Mille mis pour nii irrand nombre, expression hyperbolique, c*e8t-à-dire exagérée, et antorisée par l'uaage. — Déposent l'attentat Expression incorrecte. On dit déposer â*ime chose et non déposer une chose, qui indique un autre sens. Déposent signifie ici attestent, affirment. Déposer signifie encore mettre à bas, destituer.

2. Racolés. Comparés dans leurs témoignages. Confrontés. Mis en présence les uns des autres.

8. L'oreille basse. GalUcisme. Portant ForeiUe, la tôte basse; comme on fait quand on est affligé, bnmlUé.

4. Uassistance. Ceux qui assistent k son exécution, qui y sont présenta.

6. Le carrière, La route, le ehemin dons lequel on marche. SuiTrolaciRièredo la rertu: pratiquer la Tertn.

LIVBB II. 9<)

j y porte une coupable dent :

Voilà de mes malheurs 1 origine funesto.

La brebis vient dans cet instant,

Elle jette des cris de mère...

La tète m*a tourné % j'ai craint que la brebis Ne m'accusât d'avoir assassiné son fils,

El, pour la forcer à se taire,

Je l'égorgé dans ma colère.

Le berger accourait armé de son bâton :

N'espérant plus aucun pardon, Je me jette sur lui : mais bientôt on m'enchatne,

Et me voici prêt à subir

De mes crimes la juste peine.

Apprenez tous du moins^ en me voyant mourir,

Que la plus légère injustice Aux forfaits > les plus grands peut conduire d'abord,

Et que dans le chemin du vice,

On est au fond du précipice

Dès qu'on met un pied sur le bord. »

Floeuv.

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