‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 134 sur 466 · La carpe et les carplllons · texte numérisé non relu

La carpe et les carplllons

« Prenez garde, mes fils, côtoyez * moins le bord,

Suivez le fond de la rirlère ;

Craignez la ligne meurtrière, Ou répervier* plus dangereux encor. »

C*est ainsi que parlait une carpe de Seine  de jeunes poissons qui Técou talent à peine. C'était au mois d'avril : les neiges, les glaçons, Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes ; Le fleuve enflé par eux s'élève à gros bouillons,

Et déborde dans les campagnes.

a Ah ! ah I criaient les carplllons,

Qu'en dis-tu, carpe radoteuse?

Crains-tu pour nous les hameçons ?

Nous voilà citoyens de la mer orageuse* Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel,

Les arbres sont cachés sous Fonde ;

Nous sommes les maîtres du monde :

C'est le déluge universel *. — Ne croyez pas cela, répond la vieille mère : Pour que l'eau se retire il ne faut qu'un instant. Ne vous éloignez point, et, de peur d'accident. Suivez, suivez toujours le fond de la rivière. — Bah! disent les poissons, tu répètes toujours

Même discours.

Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine* »

Parlant ainsi nos étourdis

Sortent tous du lit de la Seine,

1. En un seul moment. Expression peu Juste amenëe par le besoin de la rlme;lelinot fat corrigé par Texpérience non en un seul moment, mais en peu de temps.

2. Carpe, Poisson trës-cummun en France dans les étangs et certaines riyières. CarpiUotts. Petites carpes, diminutif de carpe.

3. Cûioyes. N*approcIiex pas si près du bord. Côtoyer : se tenir près de la cdte» du bord. ^

4. L'épervier. Sorte de filet que le pdcheor lance, et qui en descendant rapidement au fond de Teau saisit et emprisonne le polsscu qui se trouve k la portée.

5. Exagération peignant bien les illasions de ces Jeunes présomptueux qui n*^ content paa Texpérlence de leur mère, et se croient nairement les maîtres du monde.

Et s'en vont dans les eaux qui couvrent le pays, Qu'arriva-l*il? les eaux -se retirèrent, Et les carpillons demeurèrent; Bientôt ils furent pris Et frits.

Pourquoi quittaient-ils la rivière?

Pourquoi? Je le sais trop, hélas l C'est qu'on se croit toujours plus sage que sa mère;

C'est qu'on veut sortir de sa sphère ', C*est que... c'est que... * je ne finirais pas.

FLOBiior.

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