‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 155 sur 466 · I LIVRE II · texte numérisé non relu

I LIVRE II

— Loin de moi une telle injustice, dit Joseph. Celui-là seul qui a volé la coupe sera mon esclave. Pour vous, retournez librement vers votre père. »

A ces mots, Juda s'approcba de Joseph et lui dit avec fermeté : f Monseigneur, car vous êtes le premier après Pharaon », permettez à votre serviteur de vous répondre, et ne vous irritez pas de la liberté de ses paroles.

« C*est d'après les questions adressées par vous à vos serviteurs,

que vous avez appris que nous avions encore dans notre pays

notre vlexxx père et un jeune frère qui lui est né lorsqu'il était

déjà fort avancé en âge. Cet enfant , le seul qui lui reste de sa

I seconde femme, car le premier qu'elle lui avait donné aussi est

I mort maintenant; cet enfant est Tunique consolation du vieil-

I lard. Âussi^ quand vous nous avez engagés à l'amener auprès de

vous, nous vous avons déclaré que notre père ne consentirait pas

à cette séparation qui serait pour lui mortelle, tant serait grande

I sa douleur. Vous avez insisté, et nous nous sommes soumis à vos

ordres. Instruit par nous de ce qui s'était passé, notre père ne

s'est déterminé à éloigner de lui cet enfant, que parce que la

fa m nous pressait, et que nous lui avons promis de le ramener

sain et sauf. « Javais deux enfants de Rachel ', nous a-t-il dit ; le

premier s'est éloigné de moi et il n'a plus reparu, et vous m'avez

annoncé qu'une bête féroce l'avait dévoré. Si vous m'emmenez

encore celui-ci, et qu'il éprouve le sort de son frère, vous serez

cause que le chagrin me conduira au tombeau. »

« Voilà ce que nous a dit notre père. Si donc je me présente devant lui sans cet enfant à la vie duquel la sienne est attachée, et qu'il ne l'aperçoive pas à mes côtés, il expirera de douleur, et BOUS serons coupables de sa mort. Pour moi qui- me suis rendu auprès de lui garant de son retour, qui lui ai fait le serment de le ramener, en me soumettant à sa malédiction si je ne tenais pas ma promesse, je reste votre esclave ici. Acce[)tez-moi à la place de cet enfant, et laissez-le retourner avec ses frères vers celui q^i l'attend chaque jour. Sans lui je ne puis retourner vers mon père; je ne veux pas être témoin de la douleur dont il se trouvera accablé. »

*^i de prétexte ponr ramener les enfknts de Jacoh auprès de Joseph, qui votilait ^ ^ire reconnaii^e d'eux. Jada, qui Ignorait comment cette coupe s'était trouTéc dans le sac de son fr^re, attribuait ce malheur k la punition qu'ils avaient ra^* f'tée anciennement par leur conduite envers Joseph.

^. Le roi d'Égypto.

2< haehel, La deuxième femme de Jacob.

Joseph ne pouvait plus contiBDir son émotion, malgré la foule qui l'entourait \ Il dOQua ordre de faire retirer tous les assistants, et, demeuré seul avec ses frères, il laissa éclater ses cris et ses sanglotSp qui furent entendus des Égyptiens et de toute la cour de Pharaon.

« C'est moi qui suis Joseph, s'écria-t-il en pleurant, mon père vit donc encore I » Ses frères ne pouvaient lui répondre, tant ils étaient frappés de crainte et d'étonnpment.

« VenQZ donc auprès de moi, » djo.uta,-t-il avec tendresse, et quand i^ l'entourèrent : « Oiû, je siiis Joseph, votre fière, celui que vous avez vendu pour qu'on Tenimenâl en Egypte. Soyez sans inquiétude et ne vous apgez plus, de ce qui est arrivé, puisque c'est pour votre salut qi^ pieq n^'q envoyé avant vous en Egypte.

a Depuis deux ans la famine désole Tunivers; il s*en écoulera encore cinq pendant lesquels on nç pourra ni laboureir, ni moissonner. C'est Dieu qui m'a envoyé devant vou^ pour vous préserver de la famine; ce u'est point par votre volonté, mais par la sienne que je me trouve ici. C'est lui, qui m'a rendu comme le p^re de Pharaon, le maître de son palais, et le chef de toute TÈgypte. Hâtez-vous donc de retourner î^uprès do mon père et dites-lui : Voici les paroles de votre Qls Joseph.

« Dieu nVa rendu le maître d.e l'Egypte; venez auprès de moi. Vous habiterez la vallée de Gessen^ j^ vt/us établirai près de moi avec vos enfants, les enfants de vos enfants, avec vos brebis, vos troupeaux et tout ce que vous possédez, et je vous préserverai de la famine pendant les cinq ans qu'elle durera encore. » Il ajouta : a Vos yeux et ceux de mon frère Benjamin se sont attachés sur mon visage, vos oreilles ont entendu ma voix. Ilàtez-vous donc d'annoncer à mon père que vous m'avez vu dans toute ma gloire. Racontez-lui tout ce dont vous avez été témoins en Egypte, et amenez-le promptement auprès de moi. »

, En achevant ces mots, il pencha sa tète sur celle de Benjamin; le tena^nt étroitement embrassé, il pleura. Benjamin, qui lui rendait ses caresses, mêlait sçs larmes aux siennes.

Joseph embrassa ensuite ses autres frères, non sans verser encore des larmes; ce ne fut qu'alors qu'ils osèrent lui parler, et qu'ils s'entretinrent avec lui.

Traduit de la Bibi.b.

1. Ne pouvait contenir son imolion. En lisant le dimours de Jnda, on a rn en effet quMl rappelait & Joseph les circonstances les plus propres à rëmonTOir et les •onvenirs qni devaient lui être le plus chers.

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