LIVRE II
8S. — GOIlsécra^opl < de S^mnci à DIen par sf mçrfe.
Sur. la montagne d'Éphraïm ' et dans le bourg de Ranoatlm, Yivait un Israélite de la tribu d'Épbrsû'm; son nom^ était Ëlcana.
Sa pnemière femme, nommée Pbénenna, l'avait rendu père de plusieurs enfants; mais Anne, sa. seconde femme, était restée stérile, et il partageait le chagrin qu'elle en éprouvait, car il avait pour elle une grande tendressQ. C'étaient des gens, religieux et craignant Dieu : aux jours de fêtes prescrit, ils ne manquaient jamais de quitter leur demeure, pour monter à Silo *, offrir au Seigneur leurs adorations et leurs sacrifices. Cette circonstance réveillait le secret chagrin qu'Anne éprouvait de ga stérilité. En vain son mari tentait de la consoler par sa tendresse. Un jour elle vint répandre ses larmes et ses prières devant le Seigneur. Dans sa profonde affliction, e]le lui adressa ce vœu au milieu de ses pleurs et de ses sanglots : « Seigneur, Dieu des armées, si ta daignes abaisser les yeux sur ta servante, si, prenant en pitié ma douleur, tu m'accordes le fils que je te demande, je te le consacrerai pour toute la vie, et jamais le rasoir n'approchera de sa tête. B
Elle priait ainsi dans son cœur, mais aucun son ne s'échoppait de sa bouche. Le grand prêtre Héli, qui se trouvait assis h l'entrée du temple, ayant jeté les yeux sur elle et lui voyant remuer les lèvres sans qu'elle prononçât aucune parole, s'imagina qu'elle était ivre, et voulut l'éloigner de la maison du Seigneur.
Anne lui répondit tristement : a 0 mon seigneur , ne prenez Voint votre servante pour une des filles de Béllal * : je n'ai approché de mes lèvres ni le vin, ni aucune des liqueurs, qui enivrent; h suis une pauvre femme lîien malheureuse ; et, dans l'excès (îe îna tristesse , j'ai répandu mon âme devant le Seigneur. » Alors Héli lui dit : « Allez en paix, car le Dîou d'Israël vous accordera ce que vous venez de lui demander. »
Anne se retira intimement consolée. Le lendrmain , Elcana et ^^^) s'étant levés de grand matin, vinrent do nouveau prier
!• CoHiicratum. Action de dédier & Diea, de rouer 3t son service.
^- Montagne de la Terre sainte, située k l'ouest.
3. SUo. Ville de la tribu d'Éphratm. Elle fat la yille principale des Hébrei-.x jusqu'à ce que David fit de Jérusalem la capitale de son royaume. C'est h Si!o ^^'avaient été placés le Tabernacle et l'Arche d'Alliance; on y allait donc de toutes part» adorer Dieu comme on alla plus tard au temple construit par Salornou.
*• fié/w/. Tdole des Phéniciens. Les filles de Déliai sont donc les filles idolâlres, ««Ue» qui n'adorent pas le vrai Dieu.
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devant le Seigneur, et retournèrent à Ramatha. Quelque temps après, elle mit au monde un enfant, qu'elle nomma Samuel \ parce qu'elle l'avait obtenu du Seigneur. La naissance de cet enfant les combla de joie. Ëlcana monta à Silo avec toute sa maison, pour offrir à Dieu un sacrifice solennel en témoignage de sa reconnaissance ; Anne ne raccompagna point, pour ne pas se séparer de son enfant, qu'elle voulut allaiter elle-même.
Mais dès que l'enfant fut sevré, et qu'il fut devenu assez grand pour raccompagner, ils remontèrent tous à Silo , emportant avec eux trois veaux , trois mesures de froment et une amphore ^ de vin. Quand ils eurent offert leur sacrifice, Anne présenta son enfant à Héli et lui dit : « Mon seigneur, comme il est vrai que vous vivez, je suis cette femme que vous avez vue ici il y a quelques années , prosternée et priant le Seigneur. Je lui demandais cet enfant qu'il m'a accordé. C'est pourquoi je viens le lui consacrer aujourd'hui, pour accomplir le vœu que je lui ai fait alors.» En disant ces mots, ils se prosternèrent, et Anne adressa au Seigneur un cantique d'actions de grâces. Puis ils laissèrent leur fila à Héli et revinrent chez eux^
Traduit de la Bib!.«.
se. - Batb Cl Noéml.
Au temps où les Israélites étaient gouvernés par des juges *, il survint une famine dans le pays. Il y avait alors k Bethléem ^, dans la tribu de Juda, un homme appelé Élimélech. Pressé par la disette, il quitta la contrée avec Noémi son épouse et ses deux fils, et tous ensemble, ils gagnèrent la terre de Moab * où ils établirent leur demeure.
Élimélech y mourut. Noémî continua d'y demeurer avec ses enfants qui y épousèrent deux femmes moabites , dont l'une se nommait Orpha et l'autre Ruth. Au bout de dix ans tous deux
1. Samuel. Signifie qui est établi de Dieu. 8. Amphore. Vase contenant une mesure déterminée.
8. Cet enfant élevé par Héli lui succéda comme grand prôtre et comme Juge du peuple hébreu.
4. Les Juges étaient des hommes suscités par Dieu pour délivrer les Hébreux de la servitude étrangère. Us conduisaient les armées pendant la guerre et rerdaient la Justice pendant la paix. La période des Juges B*étend de 1580 k 1080 avant Jésus-Christ.
5. Bethléem. Ville que la naissance de notre Sauveur a rendue un lieu sacré pour tous les chrétiens.
6. Terre de Moab. Cest4trdire le pays des Uoabites, situé au sud-est de U Palestine.
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mounirent aussi, et Noémi restait à la fois veuve de ses Gis et de son mari.
Apprenant alors que Dieu avait eu pitié de son peuple et lui avait rendu l'abondance, il lui vint le désir de retourner dans sa patrie. Elle quitta donc la terre d'exil pour revenir en Juda. Ses deux belles-filles raccompagnaient. Quand elle fut arrivée aux limites du pays de Moab, elle s'arrêta et leur dit : « Retournez ciiacuno dans la maison de votre mère. Que Dieu vous traite avec autant de bonté que vous avez traité ceux qui ne sont plus, et que vous m'avez traitée moi-même. Qu'il vous fasse vivre heureuses et paisibles dans la maison du nouvel époux que vous retrouverez. » En disant ces paroles elle les embrassa. Toutes deux se prirent à pleurer et lui dirent : « Nous irons avec vous vers votre peuple ». Noémi répondit : « Mes filles, pourquoi voudriezvous m'accompagner ? déjà la vieillesse m'accable ; je n'ai plus de fils avons donner pour époux et qui vous protège. Je vous en prie, ne venez pas plus loin ; en vous voyant partager ma misère, elle me devient plus pénible, car la main de Dieu s'est appesantie sur moi. » Ces mots redoublant leur chagrin, elles se remirent à pleurer. Cependant Orpha embrassa sa belle-mère, et s'en retourna. Ruth persista à s'attacher à elle. Noémi lui disait : o Voilà (JUS votre sœur s'en retourne auprès de son peuple et des dieux de son pays, allez avec elle. — Je vous en conjure , répondait ftuth , ne me contraignez pas de vous quitter et de m'éloigner. Partout où vous irez, j'irai avec vous, et je m'arrêterai où vous vous arrêterez. Votre peuple sera mon peuple , votre Dieu sera mon Dieu. La terre où vous mourrez, je veux y mourir et y être ensevelie près de vous. Que Dieu me traite dans toute sa rigueur, si jamais rien me sépare de vous que la mort. »
Noémi se laissa toucher en voyant la résolution de Ruth , et <^^8sa de s'opposer à ses désirs.
Traduit de la Biblb.