LIVRE III
sortirent quatre ou cinq moutons; ils bêlaient, ils bondissaient, et léchaient les mains d'Azamet qui les leur tendait en souriant; en même temps quelques pigeons vinrent se poser sur sa tète et ses épaules. 11 entrait dans un petit verger qui environnait sa cabane, lorsqu'un coq Taperçut, et fit un cri de joie ; tandis que le coq en chantant et plusieurs poules en caquetant augmentaient son cortège, un âne, qui paissait dans le verger, se mit à braire.
Mais les démonstrations de joie et d*amour dans tous ces animaux n'égalaient pas celles de deux jeunes chiens blancs qui attendaient Azamet à sa porte ; ils ne venaient pas au-devant de lui, et semblaient vouloir lui montrer qu'ils gardaient fidèlement la demeure qui leur avait été confiée; mais au moment qu'il entrait, ils l'accablèrent des caresses les plus vives ; ils rampaient autour de lui, ils se jetaient à ses pieds, ils les léchaient; leurs regards étaient passionnés, le langage de leur passion était un murmure doux et tendre ; à la moindre caresse que leur rendait leur maître, ils s'élançaient, ils faisaient de longs circuits autour de la cabane, en courant et en aboyant de toute leur force; l'excès du plaisir leur donnait de la folie; ils revenaient bien vite en haletant s'étendre encore aux pieds d'Azamet. Usbeck souriait à ce spectacle : « Eh bien 1 dit le vizir, tu me vois tel que j'ai été dès mon enfance : l'ami des êtres sensibles. J'ai voulu faire le bonheur des hommes, ils se sont opposés à mes desseins; je rends ces animaux heureux, et je jouis de leur reconnaissance; tu vois qu'enfermé dans les rochers du Khorassan, j'ai des compagnons, et que ma solitude n'est pas un tombeau ; je vis encore, 6 mon cher Usbeck I je vis encore, j'aime et je suis aimél »
Saimt-Laxbkbt.