‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 192 sur 466 · Effrittr, User, épuiser. Terme d*agrlcaltixrt · texte numérisé non relu

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Pendant quarante ans il n*-a manqué aucune occasion de la recommander; chaque mauvaise année était même pour lui une sorte d'auxiliaire, dont il profitait avec soin, pour rappeler l'attention sur «sa plante chérie. Cest ainsi que le nom de ce végétal bienfaisant et le sien sont devenus presque inséparables <)ans la mémoire des amis des hommes ; le peuple même les avait unis \ et ce n*était pas toujours avec reconnaissffnoe.

A une certaine époque de la dévolution, l'on proposait de porter M. Parnaentier à quelque place municipale; un des votants s'y opposait avec fureur : « Il ne nous fera maingei* que des pommes de t^re, dis&it-il ; c'est lui qm les t inventées. »

GCTttRt

n. ^ AnMttr On mgri Mitai.

La société humaine demande qu'on aime la terre où Wrn habite ensemble; on la regarde comme une mère et une nourrice commune, on s'y attache, et cela unit. C'est ce que les Latins appellent caritas ,patriisoli, « l'amour de la patrie, » otils la regardent comme un lien entre les hommes.

Les hommes, en effet, se sentent liés par quelque chose de fort, lorsqu'ils songent que la même terre qui les a portés et nourris étant vivants, les recevra en son sein quand ils seront morts. « Votre demeure sera la mienne ; votre peuple sera le mien, disait Ruth à sa belle-mère Koémi; je mourrai dans la terre où vous serez enterrée, et j'y choisirai ma sépulture. »

Joseph mourant dit à ses frères : « Dieu vous visitera el vous établira dans la terre qu'il a promise à nos pères : emportez mes os avec vous. » Ce fut là sa dernière parole. Ce lui est une douceur, en mourant, d'espérer de suivre ses frères dans la terre que Dieu leur donne pour leur patrie, et ses os y reposeront plus tranquillement au milieu de ses concitoyens.

C'est un sentiment naturel à tous les peuples. Tliémîstocle*, Athénien, était banni de sa patrie comme traître; il en machirait^ la ruine avec le roi de Perse, à qui il s'était livré. £t, toutefois, en mourant, il oublia Magnésie % que le roi lui avait donnée,

1. Les pommes de terre ont été longtemps désignées par le peuple sons le nom de PormetUièrea,

3. Tkimistoele. Un des grands hommes d'Athènes, 588 k 470 «vant J.-<]. Le roi do Perse dont il s'agit s'appelait Artazercès. L'empire des Perses comprenait alors tonte TAsie Minenre et la haute Asie Jusqu'à rjndHS. (Sind.)

3. Machinait la ruine. Travaillait en secret k la raine de sa patrie.

4 Magnésie. Ville de r Asie Mineure dont le roi de Perse avait donné les revonnt k Thémlstode pour son entretlea.

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qiroiquMI y eût été si biai traité, et il ordcmiHi à ser amis de porter ses os dans TÂttique *, pour les y inhumer secrètement, à cause que la rigueur des décrets publics ne permettait pas qu*on le fît d'une autre sorte. Dans les approches de la mort où la raison revient et oh la vengeance cesse, Tamour de la patrie se réveille : il croit satisfaire à sa ))atrie; il croit être rappelé de son exil après sa mort, et, comme ils' parlaient alors, que la terre serait plus bénigne «et pks légère à ses os.

C'est pourquoi de bons citoyens s'affeotiottinent à leur terre natale. € J'étais devant le roi, ditNébémi»s\ et je lui présentais à boire, «t je paraissais languissant eti sa présence. » Et le roi me dit : « Pourquoi votre viFage •est-'il si triste, puisque je ne vous vois point malade ? » £t je dis au rbi : « Comment pourraisje n'avoir pas le visage triste, puisque la ville où mes pères sont ensevelis est déserte, et qu6 ses portes sont brûlées ? Si vous voulez me faire quelque grâce, renvoyez-moi en Judée, en la terre du sépulcre de mon père, et je la ^ rebâtirai.

Étant arrivé en Judée, il appelle ses concitoyens, que Tamour die leur commune patrie unissait ensemble. « Vous savez, dit-il, notre affliction. Jérusalem est déserte ; ses portes sont consumées par le feu; venez et unissons-nous pour la rebâtir. 9

Tant que les Juifs demeurèrent dans un pays étranger et si éloigné de leur patrie, ils ne cessèrent de pleurer et d'enfler, pour ainsi parler, de leurs larmes les fleuves de Babylone, en se souvenant de Sien. Ils ne pouvaient se résoudre à chanter leurs agréables cantiques, qui étaient les cantiques du Seigneur, dans une terre étrangère. Leurs instruments de musique, autrefois leur consolation et leur joie, demeuraient suspendus aux saules plantés sur la rive, et ils en avaient perdu l'usage. « 0 Jérusalem 1 disaient-iîs, si jamais je puis t'oublier, puissé-je m'oublier nM)i-inéme 1 » Ceux que \es vainqueurs avaient laissés dans leur terre natale s'estimaient heureux, et ils disaient au Seigneur, dans les psaumes qu'ils lui chantaient durant la captivité : a 11 est temps, ô Seigneur ! que vous ayez pitié de Sion ; vos serviteurs en aiment leB ruines mêmes et les pierres démolies, et leur

1. VAttique, Contrée de la Gr^ce dont Athènes était la capitale.

2. Comme ils parlaient alors. Ila^ les païens. Comme on parlait alors.

8. Nèbémiaê. Juif d'une illustre famille que le même roi de Perse Ârtaxercbs ftvait pris dans son palais et attaché & son serrlce. H obtint de ce prince la permission d'aller relever les murs de Jérusalem.

i. Je la reb&tirai. Le pronom est trop éloigné de son antécédent Ut ville pour l'y rapporter régulièrement.

168 REGUBIL DB MOROBAUX CHOISIS.

terre natale, toute désolée qu'elle est, a encore toute leur ten dresse et toute leur compassion. »

BOMUBT.

S5. — Le retour dans la patrie.

Je me rappelle que lorsque j*arriya1 en France sur un vaisseau qui venait des Indes, dès que les matelots eurent distingué la terre de la patrie, ils devinrent pour la plupart incapables d'aucune manœuvre. Les uns la regardaient sans pouvoir en détourner les yeux, d'autres mettaient leurs beaux habits, comme s'ils avaient été au moment de descendre; il y en avait qui parlaient tout seuls, et d'autres qui pleuraient. A mesure que nous approchions, le trouble de leurs tètes augmentait : comme ils en étaient absents depuis plusieurs années, ils ne pouvaient se lasser d'admirer la verdure des collines, le feuillage des arbres, et jusqu'aux rochers du rivage couverts d'algues* et de mousse, comoie si tous ces objets leur eussent été nouveaux. Les clochers des villages oii ils étaient nés, qu'ils reconnaissaient au loin dans les campagnes, et qu'ils nommaient les uns après les autres, les remplissaient d'allégresse. Mais quand le vaisseau entra dans le port, et qu'ils virent sur les quais, leurs amis, leurs pères, leurs mères, leurs enfants, qui leur tendaient les bras en pleurant, et qui les appelaient par leurs noms, il fut impossible d'en retenir un seul à bord. Tous sautèrent à terre, et il fallut suppléer, suivant l'usage de ce port, aux besoins du vaisseau par un autre équipage.

BSBKÀBDIH DB SAIHT-PiBBBK.

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