L'épreuve
J'étais à la campagne en pension chez un ministre appelé M. Lambercier; j'avais pour camarade un cousin plus riche que moi, et qu'on trailait en héritier \ tandis qu'élcMgné de mon père, je n'étais qu'un pauvre orphelin. Mon grandroou»iu Bernard était singulièrement poltron, surtout la nuit. Je me moquai tant de sa frdyeur, que M. Lambercier, ennuyé de mes vanteries, voulut mettre mon courage à l'épreuve, un soir d'automne qu'il faisait très-obscur, il me donna la clef du temple *, et me dit d'aller chercher dans la chaire la Bible qu'on y avait laissée. 11 ajouta, pour me piquer d'honneur, quelques mots qui me mirent dans l'impuissance de reculer.
Je partis sans lumière : si j'en avais eu, c'aurait peut-être été pis encore. Il fallait passer par le cimetière; je le traversai gaillardement '; car tant que je me sentais en plein air, je n'eus jamais de frayeurs nocturnes.
En ouvrant la porte, j'entendis à la voûte un certain retentissement que je crus ressembler à des voix, et qui commença d'ébranler ma fermeté romaine *. La porte ouverte, je voulus entrer; mais à peine eus-je fait quelques pas, que je m'arrêtai. En apercevant Tobscurité profonde qui régnait dans ce vaste lieu, je fus saisi d'une terreur qui me ût dresser les cheveux. Je rétro-