‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 205 sur 466 · La hacbe · texte numérisé non relu

La hacbe

Je trouvais très-difficile d'observer Tordre, en ce qui regardait la place que devait occuper chaque chose, chaque papier. Je n'avais pas été habitué de bonne heure à la méthode, et, comme j'avais une excellente mémoire, je sentais peu l'inconvénient du défaut d'ordre. Cet article me coûtait donc une attention si pénible, et j'avais tant de dépit à me surprendre si souvent en faute, d'avoir des rechutes si fréquentes, et de faire si peu de progrès, que je me décidai presque à y renoncer et à prendre mon parti sur ce défaut. Je ressemblais à l'homme qui était venu acheter une hache chez un marchand, mon voisin, et qui voulait que toute la surface du fer fût aussi brillante que le tranchant. Le marchand consentit à donner le poli au fer de la hache, à condition que l'acheteur tournerait la roue de la meule. Celui-d donc se mit à tourner, tandis que le marchand appuyait fortement le fer sur la pierre. Notre homme, qui trouvait la besogne fatigante, quittait la roue de temps en temps pour aller voir où en était l'opération ; et, à la 6n , il voulut reprendre sa hache telle qu'elle était. « Ehl non, dit le marchand, tournez, tournez toujours; la hache deviendra brillante dans un instant; elle ne Test encore que par places. — N'importe , répond l'acheteur. Je crois que fe l'aime mieux tachetée. » Ce cas a été, je pense, celui de bien des gens qui , ayant trouvé trop de difficulté à prendre certaines bonnes habitudes, ou à en quitter de mauvaises, ont renoncé à leurs efforts et fini par dire que la hache vaut mieux tachetée,

Frankus.

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