Louis XIV
LIVRB m. 485
des vers ; MM. de Saint-Aîgnan et Dangeau * lui apprennent comment il faut s'y prendre. Il fit Tautre jour un petit madrigal • que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin , il dit au maréchal de Grammont * : <x M. le maréchal, lisez, je vous prie, ce petit. madrigal , et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent : parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons. » Le maréchal , après avoir lu , dit au roi : «Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le roi se mit à rire, et lui dit : « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat ? — Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. — Oh bien! dit le roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement * ; c'est moi qui l'ai fait. — Ah! sire, quelle trahison! que Votre Majesté me le rende; je l'ai lu brusquement. — Non, monsieur le maréchal; les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » Le roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan *. Pour moi , qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le roi en fît là-dessus, et qu'il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité •.
Mme DB SsviGNB.
4S. — L*avare magnlfiquei
HARPAGON, VALÈRE, xaitus JACQUES '.
HARPAGON. Valère, aide-moi à ceci. Or çà, maître Jacques, approchez-vous ; je vous ai gardé pour le dernier.
1. De Saiiit-Aignan, Dangeau, le maréchal de Grammont, seignears de la conr «e Louis XIV.
2. MadrigoL Petite pfèce de vers destinée k exprimer une pensée ingénieuse ou on sentiment intéressant*