LIVRE III
avait montrée aux corps municipaux', et la protection éclairée qu'il accordait à l'industrie. Impopulaire chez tous, il se défiait de tous; il évitait les grandes villes et surtout Paris; ses courses devenaient moins fréquentes, et il restait presque toujours confiné dans son château de Plessis-lez-Tours. Ce sombre manoir, aux murailles hérissées de broches de fer, aux fossés semés de chausse - trapes >^ attristait de son ombre lugubre le jardin de la France^ le doux pays de Touraine. Les sentinelles avaient ordre de tirer sur quiconque approcherait du château pendant la nuit; on arrêtait tout alentour les passants et les voyageurs sur le moindre soupçon : Ton ne voyait autour du Plessis que gens pendus aux arbres, car Tristan l'Ermite, prévôt des maréchaux (le roi rappelait son compère ), faisait pendre, torturer et mourir les gens sans grands indices ni preuves; les prisons du château étaient pleines de prisonniers, et souvent, de jour et de nuit, on les entendait crier pour les tourments qu'on leur faisait endurer, sans compter ceux qui étaient secrètement jetés dans la rivière. Louis était au reste le premier et non pas le moins malheu-
: reux de ses captifs; car il n'osait guère mettre le pied hors de
I son triste Plessis. Il en interdisait presque absolument l'entrée aux princes et aux grands ; il logeait ses conseillers et ses ml-
\ nistres eux-mêmes à Tours, et ne les mandait au Pless s que par nécessité ; il avait relégué sa femme en Dauphiné ; il faisait élever
I son fils hors de sa vue, au château d'Amboise, et ne recevait que très-rarement au Plessis .sa fille Anne et son gendre, le sire de fieaujeu, qui lui avaient toujours été fidèles et affectionnés. Il ne s'entourait que d'astrologues, de médecins et de mauvaises gens de petite condition, qui lui devaient tout, et que sa mort devait replonger dans le néant. A peine encore se fiail-il à ceux-là , et il changeait continuellement ses valets de chambre de peur que ses ennemis ne les corrompissent. Il s'abandonnait à mille fantaisies pour secouer un moment l'ennui qui le rongeait : il faisait acheter des animaux rares dans mainte région lointaine; il mandait de toutes parts des joueurs d'insfruments doux et bas; il faisait venir des bergers qui jouaient devant lui les airs et dansaient les danses de leur pays. Niais rien ne réussissait à le distraire; l'objet de son caprice, à peine atteint, ne lui causait plus qu'impatience et dégoût.
Hbitki Martiv.