‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 240 sur 466 · IL N^EST JAMAIS PERMIS DE PRENDRE LES ARMES COKTRE SA PATRIE · texte numérisé non relu

IL N^EST JAMAIS PERMIS DE PRENDRE LES ARMES COKTRE SA PATRIE

Bourbon. — N'est-ce point le pauvre Bayard que je vois, au pied de cet arbre, étendu sur l*herbe, et percé d'un grand coup? Oui, c'est lui-même. Hélas! je le plains. En voilà deux qui périssent aujourd'hui par nos armes, Vandenesse* et lui. Ces deux Français étaient deux ornements de leur nation par leur courage. Je sens que mon cœur est encore touché pour sa patrie. Mais avançons pour lui parler. Ah I mon pauvre Bayard, c'est avec douleur que je te vois en cet état.

Bâtard. — C'est avec douleur que je vous vois aussi.

Bourbon. — Je comprends bien que tu es fâché de te voir dans mes mains par le sort de la guerre. Mais je ne veux point te traite/ en prisonnier; je te veux garder comme un bon ami, et prendre soin de ta guérison comme si tu étais mon propre frère : ainsi tu ne dois pas être fâché de me voir.

Bâtard. — Hé I croyez-vous que je ne sois pas fâché d'avoir obligation au plus grand ennemi de la France? Ce n'est point de ma captivité, ni de ma blessure, que je suis en peine. Je meurs : dans un moment la mort va me délivrer de vos mains.

Bourbon. — Non, mon cher Bayard, j'espère que nos soins réussiront pour te guérir.

Bâtard. — Ce n'est point là ce que je cherche, et je suis content de mourir.

Bourbon. — Qu'as-tu donc? Est-ce que tu ne saurais te consoler d'avoir été vaincu et fait prisonnier .dans la retraite de Bonnivet> ? Ce n'est pas ta faute, c'est la sienne : les armes sont journalières. Ta gloire est assez bien établie par tant de belles actions. Les Impériaux ^ ne pourront jamais oublier cette vigoureuse défense de Mézières * contre eux.

1. Connétable, grand chef mUitaire qui commandait les armées da roi de France. .— Le Connétable de Bourbon s'était mis au service de l'emperear Charles-Quint, pour se venger d*une injustice que lui avait faite François 1er. — Bayard, par son courage et ses vertus, mérita le beau nom de chevalier sans peur et sans reproche,

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