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Chaque jour il devait passer Tune des divisions de l'armée. L'opération devait donc durer plusieurs jours, surtout à cause du matériel qu'il fallait faire passer avec les divisions. On se mit à l'œuvre pendant que les troupes se succédaient. On fit d'abord voyager les vivres et les munitions. Pour cette partie du matériel, qu'on pouvait diviser, placer sur le dos des mulets, dans de petites caisses, la difficulté ne fut pas aussi grande que pour le reste. Elle ne consista que dans l'insuffisance des moyens de transport, car, malgré l'argent prodigué à pleines mains, on n'avait pas autant de mulets qu'il en aurait fallu pour l'énorme poids qu'on avait à transporter de l'autre côté du Saint-Bernard. Cependant les vivres et les munitions ayant passé à la suite des j
divisions de l'armée, et avec le secours des soldats , on s'occupa enfin de l'artillerie. Les affûts et les caissons avaient été démontés, comme nous l'avons dit, et placés sur des mulets. Restaient les pièces de canon elles-mêmes, dont on ne pouvait pas réduire le poids par la division du fardeau. Pour les pièces de douze surtout, et pour les obusiers, la difficulté fut plus grande qu'on ne l'avait d'abord imaginé. Les traîneaux à roulettes construits dans les arsenaux ne purent servir. On imagina un moyen qui fut essayé sur-le-champ, et qui réussit : ce fut de partager par le milieu des troncs de sapin, de les creuser, d'envelopper avec deux de ces demi-troncs une pièce d'artillerie et de la traîner ainsi enveloppée le long des ravins. Grâce à ces précautions, aucun choc ne pouvait l'endommager. Des mulets furent attelés à ce singulier fardeau, et servirent à élever quelques pièces jusqu'au sommet du col. Mais la descente était plus difficile : on ne pouvait l'opérer qu'à force de bras, et on courait des dangers infinis, parce qifil fallait retenir la pièce et l'empêcher, en la retenant, ^^ rouler dans les précipices. Malheureusement les mulets com-
mençaient à manquer; les muletiers surtout^ dont il fallait un grand nombre, étaient épuisés. On songea dôs lors à recourir à d'autres moyens. On offrit aux paysans des environs jusqu'à mi 4e francs par pièce de canon qu'ils consentiraient à traîner de Saint-Pier>*e ^ à Saint-Remy. Il fallait cent hommes pour en traîner une s^^ule, un jour pour la monter, un jour pour la descendre. Quelques centaines de paysans se présentèrent et transporièreol en effet quelques pièces de canon, conduits par les artilleurs qui les dirigeaient. Mais Tappât même du gain ne put pas les décider à renouveler cet effort, ils disparurent tous, et malgré les officiers envoyés à leur recherche et prodiguant l'argent pour les ramener, il fallut y renoncer et demander aux soldats des divisions de traîner euz-mêmes leur artillerie. On pouvait tout obtenir de ces soldats dévoués. Pour les encourager, on leur promit l'argent que les paysans épuisés ne voulaient plus gagner, mais ils le refusèrent, disant que c'était un devoir d'honneur pour une troupe de sauver ses canons, et ils se saisirent des pièces abandonnées. Des troupes de cent hommes, sorties successivement des rangs, les traînaient chacune à son tour. La musique jouait des airs animés dans les passages difliciles, et les encourageait à surmonter ces obstacles d'une nature si nouvelle. Arrivé au faîte des monts, on trouvait les rafraîchissements préparés par les religieux du Saint-Bernard; on prenait quelque repos pour recommencera la descente de plus grands et de plus périlleux efforts. On vit ainsi les divisions Cbambarlhac et Monnier traîner elles-mémeâ leur artillerie; et, l'heure avancée ne permettant pas de descendre dans la même journée, elles aimèrent mieux bivouaquer dans la neige que de se séparer de leurs canons. Heureusement, le ciel était serein, et on n'eut pas à braver, outre les difficultés des lieux, les rigueurs du temps.
m. BOMAPARTip AU BAINT-BBBNABD.
Bonaparte était encore à Martigny, ne voulant pas traverser le Saint-Bernard qu'il n'eût assisté de ses propres yeux à l'expédition des dernières parties du matériel. 11 se mit enfin en marche pour traverser le col le 20, avant le jour. L'aide de camp Duroc, et son secrétaire de Dourrienne l'accompagnaient. Les arts l'ont dépeint franchissant les neiges des Alpes* sur un cheval fou-