LIVRE III
gueui; voici la Bîmple Yérité. Il gravit le Saint-Bernard, monté SOT un mulet , revêtu de cette enveloppe grise qu'il a toujours portée, conduit par un guide du pays, montrant dans les passages difficiles la distraction d'un esprit occupé ailleurs, entretenant les ofàciers répandus sur la rouie, et puis, par intervalles, interrogeant le conducteur qui raccompagnait, se faisait conter sa vie, ses plaisirs, ses peines, comme un voyageur oisif qui n'a pas mieux à faire. Le conducteur, qui était tout jeune, lui exposa naïvement les particularités de son obscure existence, et surtout le chagrin qu'il éprouvait de ne pouvoir, faute d'un peu d'aisance, épouser l'une des filles de cette vallée. Le premier consul, tantôt l'écoutant, tantôt questionnant les passants dont la montagne était remplie, parvint à Thospice où les t>ons religieux le reçurent aveo empressement. A peine descendu de sa monture, il écrivit un billet qu'il confia à son guide, en lui recommandant de le remettre exactement à l'administrateur de l'armée, resté de l'autre côté du Saint-Sernard. Le soir, le jeune homme, retourné à Saint-Pierre , apprit avec surprise quel puissant voyageur il avait conduit le matin, et sut que le général Bonaparte lui faisait donner un champ, une maison, les moyens de se marier enfin et de réaliser tous les rêves de sa modeste ambition.
Ce montagnard vient de mourir de nos jours, dans son pays, propriétaire du champ que le dominateur du monde lui avait donné. Cet acte singulier de bienfaisance, dans un moment de si grande préoccupation, est digne d'attention. Si ce n'est là qu'un pur caprice du conquérant, jetant au hasard le bien ou le mal , tour à tour renversant des empires ou édifiant une chaumière; de tels caprices sont bons à citer, ne serait-ce que pour tenter les maîtres de la terre; mais un pareil acte révèle autre chose. L'âme humaine, dans ces moments où elle éprouve de^ désirs ardeqls, est portée à la bonté, elle fait Le bien comme une manière de mériter celui qu'elle sollicite de la Providence.
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7B. - vrontere «iiitm^«ilon ^t* croix «e la Légion d'iio^nenr à raiinée aa camp de Boulosne *.
Napoléon voulut distribuer lui-même à l'armée les croix qui doraient être données en échangedes armes d'honneur ' supprimées,
1. L'ordre fat Institue sons le eonsalat, le 19 mai 1802 ; la distribution dont il •'agit Ici eut lieu le 16 août 1804, quelques mois après rétablissement de VEmpire.
S. Sous la République, les soldats qui 8*étaient distingués par une action d'éclat, noeraieat eomae récompense nue ërme d'homuurt une épée, on sabre , ete.
et célébrer cette cérémonie le jour anniversaire de sa naissance, au bord même de TOcéan, en présence des escadres anglaises.
11 fit choisir un emplacement situé à la droite de Boulogne, le long de la mer, non loin de la colonne qu'on a depuis érigée en ces lieux. Cet emplacement, ayant la forme d'un amphithéâtre demi-circulaire qu*on aurait construit à dessein au bord du rivage, lemblait avoir été préparé par la nature pour quelque grand spectacle national. L'espace fut calculé de manière à pouvoir y placer toute l'armée. Au centre de cet amphithéâtre fut élevé un trône pour l'Empereur, adossé â la mer, et faisant face à la terre. A droite et à gauche , des gradins avaient été construits pour recevoir les grands dignitaires, les ministres, les maréchaux. En prolongement sur les deux ailes devaient se déployer les détachements de la garde impériale. En face, sur le sol incliné de cet amphithéâtre naturel, devaient se ranger, comme autrefois le peuple romain dans ses vastes arènes, les divers corps de l'armée, formés en colonnes serrées, et disposés eu rayons qui aboutissaient au tréne de l'Empereur comme â un centre.
Le 46 août, lendemain de la Saint-Napoléon, les troupes se rendirent sur le lieu de la fête, â travers les flots d'une immense population accourue de toutes les provinces voisines pour assister à ce spectacle. Cent mille hommes, presque tous vétérans de la République^ les yeux fixés sur Napoléon, attendaient le prix de leurs exploits. Les soldats et officiers qui devaient recevoir des croix étaient sortis des rangs et s'étaient avancés jusqu'au pied du trône impérial. Napoléon, debout, leur lut la formule si belle du serment de la Légion d^bonneur, puis tous ensemble, au bruit des fanfares et de l'artillerie, répondirent : Nous le jurons! Ils vinrent ensuite, pendant plusieurs heures, recevoir les uns après les autres cette croix, qui allait remplacer la noblesse du sang. D'anciens gentilshommes montaient avec de simples paysans les maicbes de ce trône, également ravis d'obtenir les distinctions décernées à la bravoure, et tous se promettant de verser leur sang sur la côte d'Angleterre ' , pour assurer à leur patrie , et à l'homme qui la gouvernait, l'empire incontesté du monde.
Tbibu.
1. L*annëe française était alors réunie sur les cOtes de la Manche pour ane descente en Angleterre qne Napoléon méditait. Cette descente n*eat pas Uea par suite de la gnerre qoe rAntriche déclara k la France, en 1805.
PAK18. — mPAIHBBIB DE J. CLATB, RUB SAIRT-BBIIO IT , 7.
RECUEIL
DB
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