‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 266 sur 466 · L'Hymne da iotr on la prière imlTcrsellc · texte numérisé non relu

L'Hymne da iotr on la prière imlTcrsellc

Le roi brillant du jour, se couchant dans sa gloire,

Descend avec lenteur de son char de victoire.

Le nuage éclatant qui le cache à nos yeux

Conserve en sillons d'or sa trace dans les cieux,

Et d'un reflet de pourpre inonde l'étendue.

Comme une lampe d'or dans l'azur suspendue,

La lune se balance aux bords de l'horizon ;

Ses rayons affaiblis dorment sur le gazon.

Et le voile des nuits sur les monts se déplie.

C'est l'heure où la nature, un moment recueillie,

Entre la nuit qui tombe et le jour qui s'enfuit

S'élève au créateur du jour et de la nuit,

Et semble offrir à Dieu, dans un brillant langage,

De la création le magni6que hommage.

Voilà le sacrifice immense, universel I

L'univers est le temple, et la terre est l'autel ;

Les cieux en sont le dôme, et ces astres sans nombre,

Ces feux demi-voilés, pâle ornement de l'ombre,

Dans la voûte d'azur avec ordre semés,

Sont les sacrés flambeaux pour ce temple allumés;

Et ces nuages purs qu'un jour mourant colore,

Et qu'un souffle léger du couchant à l'aurore,

Dans les plaines de l'air repliant mollement,

Roule en flocons de pourpre aux bords du firmament,

Sont les flots de l'encens qui monte et s'évapore

Jusqu'au trône du Dieu que la nature adore *.

Mais ce temple est sans voix. Où sont les saints concerts?

D'où s'élèvera l'hymne au roi de l'univers?

Tout se tait : mon cœur seul parle dans ce silence;

1. Tableau d'nne grandenr, d'one richease et d*nne harmonie qui égalent ce 4Q*on a écrit de plot parfait dans aneane langue.

La voix de l'univers, c'est mon intelligence ^; Sur les rayons du soir, sur les ailes du vent, Elle s'élève à Dieu comme un parfum vivant, Et, donnant un langage à toute créature, Prête, pour l'adorer, mon âme à la nature. Seul, invoquant ici son regard paternel. Je remplis le désert du nom de rÉternel , Et celui qui, du sein de sa gloire infmie, Des sphères qu'il ordonne * écoute l'harmonie. Écoute aussi la voix de mon humble raison ', Qui contemple sa gloire et murmure son nom.

liAHÂBTnrB.

8. — HarmoBle des nonvemenu «t ûeê krnlu ût» v«0«Cftax ■glKs par le veot.

Qui pourrait décrire les mouvements que l'air communique aux végétaux? Combien de fois, loin des villes, dans le fond d'un vallon solitaire couronné d'une forêt, assis sur le bord d'une prairie agitée des vents, je me suis plu à voir les mélilots* dorés, les trèfles empourprés, et les vertes graminées former des ondulations semblables à des flots, et présenter à mes yeux une mer agitée de fleurs et de verdure ! Cependant les vents balançaient sur ma tète les cimes majestueuses des arbres. Chacun a son mouvement. Le chêne au tronc roide ne courbe que ses branches, l'élastique sapin balance sa haute pyramide, le peuplier robuste agite son feuillage mobile, et le bouleau laisse flotter le sien dans les airs comme une longue chevelure. Quelquefois un vieux chêne élève au milieu de la forêt ses longs bras dépouillés de feuilles et immobiles; comme un vieillard, il ne prend plus de part aux agitations qui l'environnent : il a vécu dans un autre siècle. Cependant ces grands corps insensibles font entendre des bruits profonds et mélancoliques ^. Ce ne sont point des accents dis-

1. Belle pensée, admirablement renclue et ëloqaemment amenée par oette transition : mais ce temple est sans voix^ où sont les saints concerts?

2. Expression détournée de sou acception ordinaire. Elle signifie ici : « mettre, tenir en ordre, maintenir en ordre. »

3. Humble raison. Remarquer quelle force cette épitbëte reçoit ici de ce qui prébbde. Le poëte nons montre d'abord la raison de l'homme unique interprète, | auprès de Dieu, de l'univers muet, et pouvant seule s'élever Jusqu'à lui et le contempler dans sa gloire Infinie. Mais devant la gloire du Créateur, cette reine de la création comprend sa faiblesse et s'humilie.

4. MélUots. Fleurs des champs dont l'odeur miellée attire les abeilles de fort loin. ft. L'anteor axpliqi» plna loin par les mots de tristeêse ifMne de dtmçew le teoi

de mélancolique.

UVEB I. iî

tincts : ce sont des murmures confus. Il n'y a point de voix dominantes : ce sont des sons monotones, parmi lesquels se (ont entendre des bruits sourds et profonds, qui nous jettent dans une tristesse pleine de douceur. Ainsi les murmures d'une (oiéi accompagnent les accents mélodieux du rossignol. C'est un fond de concert qui fait ressortir les chants éclatants des oiseaux, comme la douce verdure est un fond de couleurs sur lequel se détache l'éclat des fleurs et des fruits.

Ce bruissement des prairies, ces gazouillements ^ des hm^ ont des charmes que je préfère aux plus brillants accords ; mon Ame s'y abandonne, elle se berce avec les feuillages ondoyants des arbres, elle s'élève avec leur cime vers les deux, elle se transporte dans les temps qui les ont vus naître et dans ceux qui les verront mourir : ils étendent dans Tinfini mon existence dr* consente et fugitive. Majestueuses forêts, paisibles solitudes, qui plus d'une fois avez calmé mes passions, puissent les cris de la guerre ne troubler Jamais vos résonnantes clairières 1 N'accompagnez de vos religieux ^ murmures que les chants des oiseaux» ou les doux entretiens des amis qui veulent se reposer sous vos ombrages.

BSBNABDIN Dl SAIKT-FISBSS.

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