Nom du domaine du përe de Marmontel
• Bapprocher de ee passage oelai de M. de Lamartt&e dans le noieeaa ci'Sprttf page »2.
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la lavande, la marjolaine, le serpolet*, enfin les plantes dont la fleur avait le plus d'attraits pour elles, leur offraient les prémices' de la belle saison. Mais lorsque la montagne commençait à fleurir, et que ses aromates ' répandaient leurs parfums, nos abeilles, ne daignant plus s'amuser au butin * de leur petit verger, allaient chercher au loin de plus amples richesses, et en les voyant revenir chargées d'étamines de diverses couleurs, comme de pourpre, d'azur et d'or, ma tante me nommait les fleurs dont c'était la dépouille.
Ce qui se passait sous mes yeux, oe que ma tante me racon* tait, ce que je lisais dans Virgile, m'inspirait pour ce petit peuple nn intérêt si vif, que je m'oubliais avec lui, et ne m'en éloignais jamais sans un regret sensible. Depuis, et encore à présent, j'ai tant d'amour pour les abeilles, que sans douleur je ne puis pen-ser au cruel usage où l'on est, dans certains pays, de les faire mourir en recueillant leur miel ^, Ah ! quand la ruche en était pleine , chez nous c'était les soulager que d'en ôter le superflu ; mais nous leur en laissions abondamment pour se nourrir jusqu'à la floraison nouvelle, et l'on savait, sans en blesser aucune, enlever les rayons qui e^Lcédaient leur besoin.
Mâbmokth..
M. — HjmpÊihîtê entre rtiomme et les anlnaiu *.
Quand j'ai bien aimé et bien servi , selon mes forces, le bon Dieu et les hommes, je me sens une tendresse que je ne puis pas vaincre pour tout le reste de la création, surtout pour toutes ces créatures animées d'une autre espèce, qui vivent à cété de nous sur la terre, qui voient le même soleil, qui respirent le même air, qui boivent la même eau, qui sont formées de la même chair sous d'autres formes, et qui paraissent vraiment des membres moins parfaits, moins bien doués par notre père commun, mais
1. ToatM ces plantes, qui appartiennent à la famille des labiétB, se dlstixignent par rabondanoe de tour sue et la suavité pénétrante de leur odeur.
2. M Les premiers dons, les premiers signes. » Prémices^ même famille que premier, primauté, primitif, printemps (première saison), prince, principal, principe,
8. Le mot aromates est pris ici pour plantes odoriférantes; il signifie aussi les substances odoriférantes et même les odeurs.
4. Remarquer le verWB dériré butiner^ qui n'est plus guère employé qu% propos des abeilles.
6. L'usage barbare et préjudiciable d'étouffer les abeilles par la fumée, pour prendre leurs rayons, disparait de pins en plus.
6. Voir le morceau intitulé «< Les amis de l*homme dans la solitude », oh la même idée est développée. (!«' vol., p. 160.)
enfin des Oiembres de la grande famille du bon Dieu '. Je veux parler de ces animaux, de ces chiens si fidèles et si bons serviteurs, que pour des gages mille fois supérieurs ils ne quitteraient jamais le maître indigent à qui ils sont dévoués; de ces chèvres, de ces chevreaux, de ces brebis qui montent le soir! jusque sur la crête de ce rocher pour me voir revenir de plus loin à la hutte , qui m'appellent comme s'ils comprenaient que leurs bêlements hâteront mon retour vers eux, qui s'élancent pour me faire fête aussitôt que j'ai traversé les champs cultivés et que j'entre dans les bruyères incultes où je leur permets de paître et de bondir en liberté; de ces oiseaux qui m'ont vu, tout petits, sans plumes, respecter leurs nids et émietter mon pain pour les couveuses à portée du bec ^; de ces mouches à miel à qui je laisse leur nourriture, l'hiver, et dont je ne prends un peu le miel que pour les malades. Si vous voyiez, quand nous sommes seuls, comme nous nous parlons, et comme nous nous comprenons de la voix et du regard 1 Comme ces chèvres couchées à mes pieds plongent leurs regards profonds et pensifs dans les miens! Gomme ce chien est à la fois doux et sévère pour elles en les surveillant pendant mon absence, et en les jappant ^ sans leur faire de mal pour les empêcher de franchir le mur de l'enclos! Comme ces abeilles me caressent le visage et les mains de leurs pattes de velours sans jamais me piquer, quand je manie les essaims ou que je me couche le dimanche sur l'herbe de leur table , ainsi que nous voilà ! Comme ces lapins suivent le soir le chien qui les ramène à la hutte ! Comme ces lézards frétillent gentiment jusque sur mes bras et mon cou, et lèvent leurs petites têtes vers mes yeux pour regarder si je me fâche quand ils mangent mon pain ! Si vous entendiez nos conversations le soir dans la hutte, quand le chien^ les chevreaux et les brebis jouent amicalement entre eux et avec moi, comme pour nous désennuyer ensemble ! Si vous voyiez ces têtes confiantes appuyées à côté les unes des autres sur mes genoux, et ces yeux qui échangent tant de choses non dites, mais comprises, avec les miens ! Ah ! je vous réponds, Monsieur, que vous ne pourriez pas m'en vouloir d'aimer aussi
1. Ce passage rappelle la tendresse que saint François d'Assise manifestait pour les êtres animés et inanimés de la création, parce qu'ils étaient comme lui sortis des mains de Dieu. Il leur adressait la parole, les appelant ses frères et sas sœurs et leur prêtant la parole à leur tour.
2. Construction loncbe et yicieuse. Il faudrait « émietter mon pain h la portée du bec des coureuses. »
8. Japper ne s'emploie d'ordinaire que dans le sens Intransitif» et ne peut ayoir de complément direct.
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ces pauvres bétes. Bs^oe que Dieu ne permet pas que nous l'aimions, Monsieur? EslH^e qu'il y a plus loin de mes chèvres à moi que de moi au bon Dieu ?
Laiubtinx, 24. — La malflonneite.
Dès le premier moment, le séjour de la Maisonnette^ me plut. Placée à mi-côte, elle avait vue sur la petite ville de Meulan avec ses deux églises , l'une rendue au culte , l'autre un peu ruinée et changée en magasin ; à droite de la ville , les regards tombaient sur l'île Belle, toute en vertes prairies et entourée de grands peupliers; en face, sur le vieux pont de Meulan, et au delà du pont , sur la vaste et fertile vallée de la Seine. La maison , point trop petite , était modeste et modestement arrangée ; des deux côtés, en sortant de la salle à manger, de grands arbres et des massifs d'arbustes, sur les derrières et au-dessus de la maison , un jardin planté sans art, mais coupé par des allées montantes* le long du coteau et bordées de fleurs. Au haut du jardin , un petit pavillon, bon pour lire seul ou pour causer à deux. Au delà de l'enceinte, toujours en montant, des bois, des champs, d'autres maisons de campagne, d'autres jardins dispersés sur un terrain inégal '. J'étais là avec ma femme et mon fils qui venait d'avoir cinq ans. Mes amis venaient me voir. Il n'y avait, dans tout ce qui m'entourait, rien de beau ni de rare : c'était la nature avec ses plus simples ornements, et j'y menais la vie de famille avec ses plus paisibles douceurs. Mais rien ne me manquait, ni l'espace, ni la verdure, ni l'affection, ni la conversation , ni la liberté, ni le travail, ni même la nécessité du travail, aiguillon et frein dont la mollesse et la mobilité humaines ont si souvent besoin. J'étais heureux. Quand l'âme est sereine, le cœur plein et l'esprit actif, les situations les plus diverses ont toutes leur charme et admettent toutes le bonheur.
GnzoT.