L'Cducatlon des abeilles
Je n'étais Jamais plus content que lorsque, dans le jardin d'abeilles de Saint-Thomas ' , je passais un beau jour à lire les vers de Virgile sur l'industrie et la police de ces républiques laborieuses que faisait prospérer Tune des tantes de ma mère, et dont mieux que Virgile encore elle avait observé les travaux et les mœurs ; mieux que Virgile aussi elle m'en instruisait, en me faisant voir de mes yeux, dans les merveilles de leur instinct, des traits d'intelligence et de sagesse qui avaient échappé à ce divin poète, et dont j'étais ravi. Peut-être dans l'amour de ma tante pour ses abeilles y avait-il quelque illusion, et l'inlérét qu'elle prenait à leurs jeunes essaims ressemblait beaucoup à celui d'une mère pour ses enfants ; mais je dois dire aussi qu'elle semblait en être aimée autant qu'elle les aimait. Je croyais moimême les voir se plaire à voler autour d'elle, la connaître, l'entendre, obéir à sa voix : elles n'avaient point d'aiguillon pour leur bienfaisante maîtresse*; et lorsque, dans l'orage, elle les recueillait, les essuyait, les réchauffait de son haleine et dans ses mains, on eût dit qu'en se ranimant elles lui bourdonnaient doucement leur reconnaissance. Nul effroi dans la ruche quand leur amie la visitait , et si, en les voyant moins diligentes que de coutume, et malades ou languissantes, soit de fatigue ou de vieillesse, sa main, sur le sol de leur ruche, versait un peu de vin pour leur rendre la force et la santé, ce même doux mnrmure semblait lui rendre grâce. Elle avait entouré leur domaine d'arbres à fruits, et de ceux qui fleurissent dans la naissance du printemps ; elle y avait introduit et fait rouler sur un lit de cailloux un petit ruisseau d'eau limpide; et, sur les bords, le tbyiQt
1. Image gracieuse et Trate maigre la hardiesse de la m<Stapliora.