L'Impertinent
J'entends Théodecte de l'antichambre; il grossit sa voix à mesure qu'il s'approche. Le voilà entré : il rit, il crie, il éclate; on bouche ses oreilles : c'est un tonnerre. Il n'est pas moins redoutable par les choses qu'il dit que par le ton dont il parle ; il ne s'apaise^ il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanités et des sottises. Il a si peu d'égard au temps , aux personnes, aux bienséances, que chacun a son fait* sans qu'il ait eu intention de le lui donner; il n'est pas encore assis, qu'il a, à son insu , désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi , il se met le premier à table, et dans la première place; les femmes sont à sa droite et à sa gauche : il mange, il boit, il conte, il plaisante, il interrompt tout à la fois, il n'a nul discernement des personnes, ni du maître, ni des conviés; il abuse de la folle déférence qu'on a pour lui. Est-ce lui, est-ce Euthydème qui donne le repas : il rappelle^ à lui toute l'autorité de la table; et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu'à la lui disputer. Si l'on joue , il ga!;ne au jeu ; il veut railler celui qui perd , et il l'offense. Les rieurs sont pour lui : il n'y a sorte de fatuités qu'on ne lui passe. Je cède en6n et je disparais, incapable de souffrir plus longtemps Théodecte et ceux qui le souffrent.
Vk BituTisB.
1. // ne 9e plaint. On dirait n^oard'hnl : m U ne se refuse rien.» L'expression de La Bmy^re est pins énergique, mais elle passe d*nsage. S. 0*C8t4i-4ire « Je von» Mens quitte, h S. Cùquins. Expression de mépris pour désigner ses laqnals et ses valets.
4. Image énergique qui achère le tableau par un trait de maître.
5. Chacwn a son fait. Gallicisme d*un usage aussi rarlé que fréquent : Vire à quelqu'un ton fait, recevoir son fait, son paquet, etc.
6. Rappelle à lui. Expression pittoresque et ylve pour « U s*enipare de toute Vmtorlié,»