‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 347 sur 466 · C. DKLAViaxrB« 4. — La prière · texte numérisé non relu

C. DKLAViaxrB« 4. — La prière

Quand vous avez prié, ne sentez-vous pas votre ooçur pJiis léger et votre âme plus contente ?

La prière rend raffliction moirs douloureuse et la joie plus pure : elle mêle k l'une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à Tantre un parfum céleste.

Que faites-vous sur la terre, et n'avez- vous rien à demander à celui qui vous y a mis ?

Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée : il faut lever les yeux pour reconnaître 3a route.

Votre patrie, c'est le ciel, et quand vous regardez le ciel, est-ce qu*en vous il ne se remue rien ^ ? Est-ce que i)ul désir ne vous presse ? Ou ce désir est-il muet ?

11 en est qui disent : « A quoi bon prier? Dieu est trop aiH-dessus de nous pour écouter de si chétives créatures. »

Et qui donc a fait ces créatures chétives? Qui leur a donné le sentiment, et la pensée et la parole, si ce n'est Dieu?

Et s'il a été si bon envers elles, élait-ce pour les délaisser ensuite et les repousser loin de lui ?

En vérité, je vous le dis : quiconque dit dans son cceur que Dieu méprise ses œuvres blasphème Dieu.

1. Phrase d'une énergique simplielttf. Remue, même faniiUe qu'émotàon, ému^ 4ont I» racine prend snooessiTemeiit les formes : mu, remuer, muable, mue; yfwu, mouTement, mouvoir, moulin; mot, émoUon, moteur f wiob, mobile, mobiUert mm, meule, meuble, immoubie, cte.

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fl en est 4^««tres qui disent : a À quoi bon prier Dieu? Dieu ne saitril pas mieux que nous ce dont nous avons t)eso4n ? »

Dieu saie mieux que tous ce dont vous avoz besoin, et e'est ponr cela qu'il veut que vous le lui demMdtOE, car Dieu est luimême votre premier besoin, et prier IMeu, c'est commencer à posséder Dieu.

Le père connaît les besoins de son fils : faut-il à cause de cda que ie fils n'ait jamais une parole de demande et d'action de grâces pour son pèref

Qupnd les animaux seuflirent, quand ils craignent, ou quand ifs ont faim, ils poussant des cris plaintifs. Ces cHs sont la prière qu'ils adressent à Dieu, et Dieu Técoute. L'homme serait-il donc dans la création le seul être dont la voix ne dût jamais monter à r<»eiUe du Créateur?

il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes, et «lors on voit leurs tiges flétries pencher vers le terre ; mais, humectées par la rosée, dies reprennent leur fratdieur, et relèvent leur tête languissante.

H y a toujours des vents biglants qui passent sur l'âme de rhomœeet la dessèchent ^ La prière est la rosée qui la rafraîchit.

Laubnkats.

p. ^ Mort A*»»* fcmMt elirêitMiBe.

Le roi U>^}s Xiy était parti pojur Fontainebleau (es demiev» jours du mois d'août, mon père devait s'y rendre 1^ Jk ^epjtembf « et toutes ses mesures étaient prises pour le voyage que ma mère devait faire avec lui. Le samedi au soir, qui était le 2 septembre, ma mère fut attaquée, vers rainait, d'une fièvre si violente, qu'elle parut presque frappée à noort dès le premier moment de sa ipaladie. te mal porjba d'abord à la tète, qui démolira presque tmir jours si embarrassée, qu'il parut que c'était comme par une espèce de pressentiment* qu'elle s'éJ^it confessée l^ samedi joa^-r tin, avec autant d'attention, suivant le témoignage de son con*fesseur, que si elle eût cru faire la dernière confession de s» vie, Les saignées redoublées et d'autres remèdes qu'on y joignit donnèrent néanmoins, deux jours après, une légère espérance de Çuérison, mais à la fin du quatrième jour» eliis ton>ba dans un

1. Ge« vents brûlants sont les passions. Belle métaphore, bien amenée par ce qui précède.

8. u iRffHnct secret qui nous arertlt fle ce qui doit arriver. »» Pour bien démêler le sens de ce mot, le rapprocher des mots prévoyance, Tprémsion^ pysçienfie , et détemlner les nuances qui surent chacun de ces synonymes.

88 RECUEIL DE MORGBAtJX CHOISIS.

état si fâcheux, qu'on crut devoir profiter de quelque intervalle de connaissance pour lui faire recevoir les sacrements de TËglise. Elle en profita elle-même pour prier mon père de faire distribuer aux pauvres environ mille écus qui étaient dans son cabinet. Mon père, qui avait déjà prévenu ses désirs par une aumône à peu près égale, les suivit en y ajoutant encore cette somme : en sorte que, dans Tespace de sept jours, ils déposèrent entre les mains des pauvres un trésor que ma mère retrouva le septième dans le ciel ^ Depuis ce temps-là sa raison, toujours obscurcie, ne laissait entrevoir quelques rayons de lumière que lorsqu'on lui parlait de Dieu. Il semblait alors qu'elle se ranimât pour devenir capable d'attention, et son amour pour la religion lui faisait recouvrer une connaissance qui lui manquait sur tout le reste. Elle retombait aussitôt après dans une espèce de rêverie où son cœur, nourri dans une habitude de ferveur et d'oraison, mettait dans sa bouche les prières qui lui étaient les plus familières, qu'elle ne cessait de répéter avec tant d'ardeur et de contention qu'on était obligé de la prier de renfermer dans son cœur ce que sa voix ne pouvait prononcer sans faire un effort qui avançait sa fin. Elle le promettait inutilement ; son cœur, plus vivant que son esprit, pouvait bien produire encore les sentiments dont il était pénétré, mais il n'avait plus la force de les contenir. Ce fut dans cet étal qu'elle s'endormit du sommeil des justes, pour aller jouir dans le ciel de celui qu'elle avait si ardemment aimé sur la terre, et dont son ftme accablée et sa voix mourante ne pouvaient se lasser de répéter le nom.

D'ÂOVISSBAU.

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