La natnre brate
La nature est le trône extérieur de la magnificence divine. L'homme qui la contemple, qui l'étudié, s'élève par degrés au trône intérieur de la Toute-Puissance*. Fait pour adorer le Créateur, il commande à toutes les créatures ; vassal • du ciel, roi de la terre, il l'ennoblit, la peuple et l'enrichit; il établit entre les êtres vivants l'ordre, l'harmonie; il embellit la nature même;
1. Allusion aux paroles âe rÉvftngile t « Amasses-Tons des trcson qui ne
craigncut ni l'incendie, ni la rouille, ni les voleurs, w
î. La Providence se manifeste dans la nature conime sur le trône de sa magnificence visible, et l'homme, en contemplant ce spectacle, s*ëière par sa raison jusqu'à la contemplation spirituelle de sa majesté invisible. Autant la première mctaplioi e prcsonte une image grande et salsissable , autant celle de trâne inUrieur oflfic de vogue et d'obscurltd.
3. Vassal. Mot emprunté au droit féodal i « Qui est eQos la dépendance de. •
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il la cultive, Tétend et la polit, en élague le chardon et la ronce, y multiplie le raisin et la rose.
Voyez ces plages désertes, ces tristes contrées où l'homme n*a jamais résidé, couvertes ou plutôt hérissées de bois épais et noirs dans toutes les parties élevéfïs : des arbres sans écorce et sans cime, courbés, rompus, tombant de vétusté; d'autres, en plus grand nombre, gisant au pied des premiers, pour pourrir sur des monceaux déjà pourris, étouffent, ensevelissent les germes prêts à éclore. La nature, qui partout ailleurs brille par sa jeunesse, paraît ici dans la décrépitude ; la terre, surchargée par le poids, surmontée par les débris de ses productions, n'offre, au lieu d'une verdure florissante, qu'un espace encombré, traversé de vieux arbres chargés de plantes parasites*, de lichens*, d'agarics*, fruits impurs de la corruption. Dariîj toutes les parties basses , des eaux mortes , croupissant faute d'être <;onduites et dirigées ; des terrains fangeux, qui, n'étant ni solides, ni liquides, sont inabordables, et demeurent également inutiles aux habitants de la terre et à ceux des eaux ; des marécages qui, couverts de plantes aquatiques et fétides, ne nourrissent que des insectes venimeux*, et servent de repaire aux animaux immondes.
Entre ces marais infects qui occupent les lieux bas, et les forêts décrépites qui couvrent les terres élevées, s'étendent des espèces de landes, des savanes ^, qui n'ont rien de commun avec nos prairies : les mauvaises herbes y surmontent, y étouffent les bonnes ; ce n'est point ce gazon fin qui semble faire le duvet de la terre; ce n'est point cette pelouse émaillée qui annonce sa brillante fécondité : ce sont des végétaux agrestes, des herbes dures, épineuses, entrelacées les unes dans les autres, qui semblent moins tenir à la terre qu'elles ne tiennent entre elles, et qui, se desséchant et se repoussant successivement les unes sur les autres, forment une bourre grossière, épaisse de plusieurs pieds. Nulle route, nulle communication, nul vestige d'intelligence dans ce>s lieux sauvages. L'homme, obligé de suivre les sentiers de la bête féroce, s'il veut les parcourir, est contraint de veiller sans cesse pour éviter d'en devenir la proie; effrayé de leurs
1. Parasites. ** Qui vivent aux dépens d'autres plantes. i> Les lichens se nourrissent sur rtfcorce des arbres, les agarics anx dépens de la tige et des racines des plantes.
2. Famille de venin, d*oU vénënenx, envenimer. Remarquer la difTérence entre vénéneux, qui contient du venin, plante vénénetisej et veninmix, qui porte ou propage le venin, animal venimeux,
9. Voyez sur la signification de ce mot le morceau suivant, page 94.
rtjjp^9m9ii(#, wm <)« «llaoca paaêm» ^9 o^ profondes foUtinlâ», il rebrousse chemin et dit : a La naturip iH'uta est hideuse ft raoufanto *. c-e^t moi aeul q»li peu* la jrewlro agréable et vivante. Desséchons ces marais, animons ces eaux iQor^s en l0s faisdpt couler : formpHS-nen des ruisseaux, des canaux; metjtons le feu A ç/stte bourre superflue, à ces vieilles forêts déjà à demi consumées ; achevons de détruire avec le fer ce qwe te fe*» n'aura pu consumer : bientôt, au liep du jonc, du nénuphar, dont |o crapaud /composait son v^nin , nous verrons p»r9îtr« la renoncule *, le trèfle, tes herbes douces et salutaires : des troupeaux d'animaux bondissants fouleront cette terre jadis impraticable ; ils y trouveront uno subsistance abondante, m^ pât-ure toujours renaissaoti9, ils se multiplieroot pour se n^ultiplier encore. Seryons^nousdeces nouveaux aides pour achever notr^ ouvrage ; que ie bo^uf soumis ^U joug emploie ^es forces et le ppids de sa messie i sillonner la i&rre ; qu'elle rajeunisse par la culture : une nature nouvAlle ya sortirde AOsmainSf »
BpFFOV.