‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 352 sur 466 · Lei Savaue · texte numérisé non relu

Lei Savaue

Opposons au tableau d'une sécheresse absolue dans une terre trop ancienne celui des vastes plaines de fange des savanes noyées du nouveau continent ; nous y verrons par excès ce que l'autre n'offrait que par défaut. Des fleuves d'une largeur immense , tels que TAmazone , la Plata , rOrénoque , roulant à grands flots leurs vagues écumantes et se débordant en toute liberté, semblent menacer la terre d'un envahissement et faire effort pour l'occuper tout entière. Des eaux stagnantes et répandues près et loin de leurs cours couvrent le limon vaseux qu'elles ont déposé; et ces vastes marécages , exhalant leurs vapeurs en brouillards fétides , communiqueraient à l'air l'infection de la terre, si bientôt elles ne retombaient en pluies, précipitées par les orages, ou dispersées par les vents. Et ces plages , alternativement sèches et noyées , où la terre et l'eau semblent se disputer des possessions illimitées, et ces broussailles de mangles^, jetées sur les confins indécis de ces deux éléments, ne sont peuplées que d'animaux immondes qui pullulent dans ces repaires, cloaques' de la nature, où tout retrace l'image des déjections monstrueuses de l'antique limon.

Les énormes serpents tracent de larges sillons sur cette terre

bourbeuse; les crocodiles, les crapauds, les lézards et mille

.autres reptiles à larges pattes en pétrissent la fange; des millions

d'insectes, enflés par la chaleur humide, en soulèvent la vase :

1. Mangles. Arbrca et arbustes ressemblant k nos saules et venant comme eux dana les eaux.

2. Cloaqws. « Conduits souterrains, égouts. • Remarquer ce mot formé de c/o, de la famille de dore, clos, éclore, cloison, cloître, et de ague, de la famille de tau, aig, aque, aqueux, aqueduc, aignade, aiguière.

94 RECUEIL DE UOftGEAUX CHOISIS.

el tout ce peuple impur , ram>paat &ur le limon ou bouràosnant. dans Tair qu'il obscurcit encore ^ toute celte vermine dont fourmille la terre y attire de nombreuses cohortes d'oiseaux ravisseurs 4 dont les cris confus, multipliés et mêlés aux coassements des reptiles, en troublant le silence de ces affreux déserts, semblent ajouter la crainle à l'horreur , pour en écarter l'homme et en interdire rentrée aux autres êtres sensibles ; terres d'ailleurs impraticables^ encore informes, et qui ne serviraient qu'à lui rappeler l'idée de ces temps voisins du premier cbaoe, où les éléments n'étaient pas séparés , où la terre et l'eau ne faisaient qu'une masse commune , et où les espèces vivantes n'avaient pas encore trouvé leur place dans les différents districts *■ de la nature.

BUTFOK.

11. — Lee erto noctames des antmaai dans ane forêt primitive.

Ati-dessotis dé la lAissicm*, nottsfiassâiiiesr eomme d'ordinaire, la nuit en pleiti arr, ser la rive plate et Éabtonnease do âeove. Elle) était bordée^ à peu de distance, pai' une forêt impénétrabie. N(m» eûmes de la peine à nous procurer du bois sec pour allumer le feiu dont on entûore, à la mode du paysy tout Jnvooaey «fid d'en éloigner les jaguars. La nuit était d'one douce moiteur^ et i] faisait uti hem clair de lune. Plusieurs èrooodiles approeiiaieiit du rivage. Je crois avoir remarqué que la vue du feu les attire, domme noâ écrevisses et quelques autres animaux aquatiques. Lès rarties de notre bateau étaient solidenMmt fixées dnis le sol, pour y attacher nos hamacs^ Il régnait Un profond silence ; on li'enteiidait qu'à de nre» intervalles le roaûeraent des dàupbint d'eau douce qui se succédateht par longœë fik»^

Âpfês on^ heures il s'éleva dans la forêt toisine un tel vah cdtmé, qu'il fellttt retioncer à tout somaèil poar le reste de ki Btiit. Un hurlement sauvage retentissiRi dam la forât. Parmi le» voix noihbreuses qui éclataient à la fois, les Indiest ne purent reconnaître que celles qui se faisaient entendre seules après u* court temps d'arréir G'étàt le piaulement plaintif des skniales (giftges hurleur»), le gémiseement ôâté dee petit» sapajou»^ le gr^ gtiefnent babillard du ainge noctorne rayé, les cri» saccadé» du

1. Dishicts. t Gantons séparés et classés de la uatare. » Remarquer la préfixe dis marquant la division en parties distinctes, et la racine <rtc/, forme éloignée du radical traire^ tirer, d*oh abstraire, retraite, extraire, etc. ; ce radical prend la ferme trae dans traction, contraction^ etc., et enfin la forme triei, étfoit, tftreiiidre, étrécir, district.

a. De rétablissement formé par im prêtres misslonnitrés de là eoniréer.

tivH« il. 9A

grand tigre, du couguard ou lion d'Amérique sans crinière, du pécari*, de l'aï*, et d'une légion de perroquets et d'autres oiseaux, semblables aux faisans. Quand les tigres approcbaieBt de ia lisière de la forêt, notre chien, qui jusque-là aboyait sans interruption^ venait en hurlant chercher un refuge sous nos hamacs. Quelquefois le cri du tigre partait du haut d'un arbre; ei alors il étail constamment accompagné des sons modulés^, plaintifs, dee singes^ qui cherchaient à se soustraire à quelque poursuite inatlendue.

Lorsqu'on demande aux Indiens la cause de ces bruit» continuels pendant certaines nuits, ils répondent en souriant que « les animaux se réjouissent du beau clair de lune, qu'ils CèieBl la pleine lune. » La scène tumultueuse me paraissait plutôt occasionnée par un combat d'animaux, mis aux prises accii en tellement, mais dont la lutte en se prolongeant propage de plus on plus le tumulte. Le jaguar poursuit les pétris et les tapirs^y qul^ dans leur fuite, brisent les buissons arborescents^, épais^ qui barrent leur passage. Ainsi alarmés, les singes mêlent, du haut des arbres, leurs cris à ceux des grands quadrupèdes ; ils réveillent les troupes d'oiseaux perchés en société, et peu à peu l'alerte se communique à tous les auinuiux. Nous savons, par une longue expérience, que ce n'est point toujours « la fête du clair de laoe » qui trouble le silence des forêts. Les voix étaient des plus reteii^ tissantes pendant de fortes averses, ou quand la foudre, au milieu du roulement du tonnerre, éclairait l'intérieur du bois. Le bon franciscain, qui nous avait accompagnés, à travers les cata* ractes, jusqu^à la frontière du Brésil, avait coutume de dire, \orèqu'il redoutait un orage à l'entrée de la nuit : « Que le ciel noue procure une nuit tranquille, à nous ainsi qu'aux bète» férooeis é$ la forêt. »

HuMBOLDT (traduit de).

1. Pécari. Pachyderme^ 4ul ressembla iMameowp tu sangUer. -^ Ai : lOamilftM

âe Tordre des ëdentés, plus connu aous le nom de Paresseux , qu'il doltU» tttirehe errrbarrasâée. On rappelle Al ii cause dé stfn cri.

S. Modttiêg, à Keraréa atir tm eéfUAh ton. rt ReitULvqnét k <» sujet les divetséè sigaiiicatkHM du adot mode et de 1» foraille de laots 4Bt en cMrKent. Mode (MaiiSit d'être, modble). Modeler, module, commode, accommoder, etc.; Mode (Mesure^ limite dâni îé mouvement). Modérer, modique, modeste; Mode ( Son, inflexion)} terme de musique : Moduler, modulation.

3. Tapir. Antre pacliyderme, qui atteint Jusqu'il deux tâkifta fle lon^ueuf.

4. i4ri«orpsce«<«. " Qui deviennent atbres. » Comme dfans adolescent, déliqttescëttf, Hieandescent; en condufela signification de la déslftenee eseeni, «iprlttant ridéé de devenir, de passer d'an ëtat k on antre.

96 hegubil de MoacsAUx cnoisis.

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