BenalMabee de la nature A l'éqalnoie da prinleaipa
Dès que le soleil , parvenu au signe du bélier , a donné l^ signal du printemps à notre hémisphère , le vent pluvieux et dmud du sud part de T Afrique, soulève les mers, fait déborder les fleuves, qui engraissent de leur limon les champs voisins , et renverse , dans les forêts , les vieux arbres, les troncs desséchés , et tout ce qui présente quelque obstacle à la végétation future. Il fond les neiges qui couvrent nos campagnes , et , s'avançant jusque sous le pôle^ il brise et dissout les masses énormes de glace que Thi* ver y avait accumulées. Quand cette révolution, connue par toute la terre sous le nom du coup de vent de Téquinoxe , est arrivée au mois de mars , le soleil tourne nuit et jour autour du pôle , sans qu'il y ait un seul point dans tout l'hémisphère septentrion nal qui échappe à sa chaleur.
 chaque parallèle^ qu'il décrit dans les cieux , une ceinture de plantes nouvelles éclot autour du globe. Chacune d'elles parait successivement au poste et au jour qui lui sont assignés ; elle reçoit à la fois la lumière dans ses fleurs et la rosée du ciel dans son feuillage. A mesure qu'elle prend de Taccroissemeut , les diverses tribus d^insectes qu'elle nourrit se développent aussi. C'est à cette époque que chaque espèce d'oiseaux se rend à l'espèce de plante qui lui est connue , pour y faire son nid et y nourrir ses petits de la proie animale qu'elle lui présente , au défaut des semences qu'elle n'a pas encore produites. On voit bientôt accourir des oiseaux voyageurs, qui viennent en prendre aussi leur part. D'abord l'hirondelle vient en préserver nos maisons , en bâtissant son lit à l'entour. Les cailles quittent TAfrique, et, rasant les ^flots de la Méditerranée , elles se répandent par troupes innombrables dans les vastes prairies de l'Ukraine. Lesfrancolins^ remontent au nord jusque dans la Laponie. Les canards, les oies sauvages , les cygnes argentés , formant dans les airs de longs triangles, s'avancent jusque dans les îles voisines du pôle. La cigogne, jadis adorée dans l'Egypte, qu'elle abandonne, traverse l'Europe, et s'arrête çà et là jusque dans les villes, sur les toits de l'Allemagne hospitalière.
Tous ces oiseaux nourrissent leurs petits des insectes et des
1. A partir de l'équinoxe du printemps, le soleil paraît décrire chaque Jour un cercle de plus en plus élevé au-dessus de Thorizon. Ces cercles sont toujours par> rallëles entre eux, de Ih Texpression de parallèles qu'ils conservent.
3. Francolins. Oiseaux voisins des perdrix ; ils tirent leur nom de l'espèce d coilier roux qui le tronre en France.
iO% RRGUEIL DE ^QJ^jC^^UX CHOISIS.
reptiles que les herbes nouvelles font éclore'. C'est alora que les poiss6M qiiiite«i ta lonite les ablmet €ef>tentriona4» de Toeéan, attirés aux embouchures des fleuves par des nuées d'insectes gui sont efitratriés dans leut^ eaux , ou qui éclosent le long de leurs mtges. Us remontent en flotte contre leurs cours, et s'avancent BÊk bondissant jusqu'à leurs sources ; d'autres se laissent entraîner au courant général de t'océan Atlantique, et apparaissent oomffie des carènes de vaisseaux sur les côtes du Brésil et svr «elles de la Gruinée.
Les quadrupèdes mènws entreprennent aîçrs de longs voyçges, Les uns vont du naidi au nord avec le soîeîl , d'autres d'orient en eccWent. Il y en a qui côtoient les èpres chaînes des montagnes; ëTfratres suivent le cours des fleuves qui n'ont jamais été navigues^ ; fie longues colonnes de bœufs pâturent en Amérique lo long des bords du Mîssîssipi , qu'ils font retentir de leurs mugissements. Des escadrons nombreux de chevau:^ traversent les fleuves et les déserts de la Tartarie, et des brebis sauvages errent ep bêlant au milieu de ces vastes solitudes. Ces troupeaux n'ont fd pitres ni bergers qui les guident dans les déserts, au son des éhalumeaux; mais le développement des herbes qui leur sont connues déterminent les moments de leurs départs et de leurs courses. C'est alors que chaquo animal habite son site naturel, et se repose à Torabre du végétal de ses pères ; c'est alors que les chaînes do l'harmonie se resserrent, et que , tout étant animé paf éts eonsonnances ou par des contrastes , les airs , les eauK , (es forêts et les rochers semblent avoir des voix, des passions et tles murmures.
BBEKABDIir BB SAINT-PiEHKB.
Pendant fWver, au mois de Janvier, à une altitude* de quatre nlffle pieds, les insectes disparaissent presque tous; ce n*est qu'avec peine qu'on découvre , sur la couche de neige durcie , quelqne araignée transie. Au printemps, la scène change comme par enchantement ; le premier souffle du fôhn * rappeHé à la vie une multitude d'insectes qui avaient passé l'hiver endormis, soit à rétat parrait, soit à l'état de chrysalide. Chaque jour de fôhn
1. Les iosectes et les reptiles naissent avec les herbes nouvelles, mais ce ne sont pa^ ces herbes qyl les font éclore. Expression impropre.
2. Ce verbe, Intransitlf de «a nature, ne s'emploie pas ordinairement au passif, ■8. Altitude. "Hauteur. » ïlemarquer cette double forme de racine: HaïUjt^aji'
^ur, han tain, hausser^ exhausser; ait, alMtude, altesse, exalter, etc. 4. F9An. Cestle nom allemand du « vent du inidi v.
LIVIK II. 103
ea augoieiite le nombre, 4e sorte qu'au bout d'une diaude Bemaine de printemps des myriades^ d'inseetes tourfoillonnenl partout dans Tair. Au pjed des montagnes, les différentes &«• inities apparaissent successivement , tandis que dane las hautes régioM, où Tété est très- court, c'est tous eneembie que veiuii»* sent leç insectes.
Pour se faire«une idée de leur nombre immense , il suffit d'eb» server un instant les joyeux essaims de ces baladins aériens et de ces élégaate «fitt^ates'. Partout ils s'agitent. Des punaises bondissent à la surface des mares et plongent dans les flaques d'eau, ou courent, orpéeç de leurs brillantes élytres*, au milieu des pierres. Des milliers de pucerons couvrent les feuilles et les ehaumes. Lee prairies fourmillent de joyeuses sauterelles éL de petites dgales sautillantes; le fourmillcm épie, du fond desoft aatensioir, Tinse^te qui passe, et le couvre d'un jet de sable; les d^les se balancent auK tiges flexiUes; les prairies et les eoteavx retentissent du bruit strident que les grillons et les criquels produisent en frottant leurs élyti%s. Des miUioos de mouches, de cousins et de t0ons, tourbillonnent dans l'air et s'attroupent «n-Klessus des fleurs et des buissons. Près des ruisseaux, les libellules aux yeux énormes passent et repassent en bruissant dans leur vol égaré, tandis que, plus légères, les demoisellBS aux ailes bleu d'acier se posent sur les plantes aquatiques.
C'est par essaims que des abeilles et des guêpes de toute espèoe sortent des fentes du terrain , de dessous les pierres, des fissuras des planches qui garnissent les huttes et les étabies; d'autres se dégagent des vieux troncs pourris ou des rugosiiés de l'écoroe des arbres, et à peine sont*elles délivnées que déjà elles se livrent des combats aeharnés , dans lesquels se distinguent les guêpes iehneumones et les espèoes qui déposent leurs oeufs dans le eorps d'autres insectes. Des bourdons de toute espèce traversent en tous sens les forêts et les monts, à la rechennhe du suc des fleurs récemment épaiiouies. Les guêpes et les fnelons poursuivent leur proie de leur demgereux aiguillon; les Iburmis c^r «truisent leurs demeures , en transportent les matériaux , eit courent sans s'arrêter le long de leurs petits sentiers ou de leurp grandes routes militaires. D'infKMnbrables scarabées montent aux
1 . Myriades. « Milliers. » On retrouve ce inot dans myriatc^ivm, ete.
3. Acrobaêes. Qui marôhent sar «ne pointe» an endroit étrott, éiavé, « danseiioB de corde n.
3. Élytres. Enveloppe supérieure des ailes des insectes. Ces ailes sont mises k Vabrl sous les ëly^tres, pl«s dsres «t plue r^tietentes, comme soat nn lN>iicIier ou une entrasse qui les protège.
arbres, courent à terre sous les buissons et les pierres, se rassemblent autour des animaux morts ou dans les excréments des vaches, nagent dans les étangs, les ruisseaux et les mares, ou traversent Tespace de leur vol pesant. Fleurs vivantes, des papillons aux mille couleurs, les plus charmants entre tous les insectes, voltigent de calice en calice, se balancent en planant au-dessus des lacs et des prairies , tournoient autour des rochers et des arbres, et animent encore le crépuscule.
TSCH0DZ (tradoit de).
18. - Développement de la végétation prlntanlère dans les cbamps et les bols.
Dans nos climats tempérés , on voit se développer dès les premiers jours d'avril, au milieu des sombres forêts, les réseaux de la pervenche et ceux de l'anémone , qui recouvrent d'un long tapis vert et lustré les mousses et les feuilles desséchées par Tannée précédente. Cependant, à Torée ^ des bois, on voit déjà fleurir les primevères, les violettes et les marguerites, qui bientôt disparaissent en partie pour faire place ^ en mai, à Thyacinthe bleue, à la croisette jaune qui sent le miel, au muguet parfumé, au genêt doré, au bassinet doré et vernissé, et aux trèfles rouge et blanc , si bien alliés aux graminées. Bientôt les orties blanches et jaunes, les fleurs du fraisier, celles du sceau de Salomon , sont remplacées par les coquelicots et les bluets , qui éclosent dans des oppositions ravissantes; les églantiers épanouissent leurs guirlandes fraîches et variées , les fraises se colorent, les chèvrefeuilles parfument les airs; on voit ensuite les vipérines d'un bleu pourpré , les bouillons blancs .avec leurs longues quenouilles de fleurs soufrées et odorantes , les scabieuses battues des vents, les ansérines, les champignons et les asclépias , qui restent bien avant dans l'hiver, où végètent des mousses de la plus tendre verdure.
Toutes ces fleurs paraissent successivement sur la même scène. Le gazon , dont la couleur est uniforme , sert de fond à ce riche tableau. Quand ces plantes ont fleuri et donné leurs graines , la plupart s'enfoncent et se cachent, pour renaître avec d'autres printenops. Il y en a qui durent toute Tannée, comme la pâquerette et le pii^enlit; d'autres s'épanouissent pendant cinq jours, ^ après lesquels elles disparaissent entièrement: ce sont les éphémères de la végétation. .
1. Urée, Vieux mot plein de grâce. «Bord, commencement, li»ière. » Même famille que : Orient, exorde, origine^ orifice, etc.
LIVAB II. 406
Les agréments de nos forêts ne le cèdent pas à ceux de nos champs. Si les bois ne renouvellent pas leurs arbres avec les saisons, chaque espèce présente, dans le cours de Tannée, les progrès de la prairie. D'abord les buissons donnent leurs fleurs; les chèvrefeuilles déroulent leur tendre verdure; l'aubépine parfumée se couronne de nombreux bouquets; les ronces laissent pendre leurs grappes d'un bleu mourant ; les merisiers sauvages embaument les airs et semblent couverts de neige au milieu du printemps; les néfliers entr'ouvrent leurs larges fleurs aux extrémités d'un rameau cotonneux ; les ormes donnent leurs fruits ; les bétres développent leur superbe feuillage, et enfin le chêne majestueux se couvre le dernier de ses feuilles épaisses qui doivent résister à l'hiver.
BuNABDor Di SAm-Pnan.