‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 365 sur 466 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

poulies et leurs leviers; les proportions, qui font et les équilibres et la multiplication des forces mouvantes, y sont observées dans une justesse où rien ne manque. Toutes ces machines sont simples; le jeu en est si aisé, et la structure si délicate, que toute autre machine est grossière en comparaison.

y A rediercher de près les parties, on y voit toutes sortes de tissus; rien n'est mieux filé, rien n'est mieux passé, rien n'est «erré plus exactement. Nul ciseau, nul tour, nul pinceau ne peut approcher de la tendresse * avec laquelle la nature tourne et arrondit ses sujets. Tout ce que peut faire la séparation et le mélange des liqueurs , leur précipitation, leur digestion, leur fermentation, et le reste, est pratiqué si habilement dans le corps humain, qu'auprès de ces opérations la chimie la plus fine n'est qâ'une ignorance très-grossière.

BOSSUST.

ta» -^ EmplM «e TAme %wt le CMrps.

On passe toute sa vie dans des miracles* continuels, qu'on ne remarque même pas. J'ai un corps, et, sans connaître aucun des organes de ses mouvements , je le tourne , je le remue , je le transporte où je veux , seulement parce que je le veux. Je voudrais remuer devant moi une paille , elle ne s'ébranle en aucune sorte *. je veux remuer ma main , mon bras , ma tête , les autres parties plus pesantes, qu'à peine pourrais-je porter si elles étaient détachées , toute la masse du corps : les mouvements que je commando se font comme par eux-mêmes, sans que je connaisse aucun des ressorts de celte admirable machine ; je sais seulement que je veux me remuer de cette façon ou d'une autre : tout suit naturellement. J'articule cent et cent paroles entendues ou non entendues, et je fais autant de mouvements, connus ou inconnus, des lèvres, de la langue, du gosier, de la poitrine, de la tête. Je lève , je baisse , je tourne , je roule les yeux : j'en dilate , j'en rétrécis la prunelle , selon que je veux regarder de près ou de loin ; et , sans même que je connaisse ce mouvement, il se fait dès que je veux regarder ou négligemment et comme superficiel-

I lement, ou bien déterminém^t, attentivement, ou fixement

' qu^ue objeti

1. Tendresse. ** Finesse, d^icatesse. » La phrase dans laquelle ce mot e«t encadre, les idées qui le prééfedent ou le snivent caractérisent sufBsamment le sens oU il est employa Ici, en lui laiitsant tout le charme de la nouveauté.

S. Miracles. Ce mot ne s'emploie goitre plus que dans le sens religieux de fidts Burnaturels que la puissance de Dieu seule peut accomplir. Ici il signifie mer" tetllet. Famille : miracle, mirer, mire, miroir, mirage, admirer, merveilleux.

Qui a donné cet empire à ma volonté? et comment puis- je mouvoir également ce que je connais et ce que je ne connais pas? Je respire sans y penser, et en dormant; et, quand je veux, ou je suspends ou je hâte la respiration, qui naturellement va toute seule : elle va aussi à ma volonté; et encore que je ne connaisse ni la dilatation ni le resserrement des poumons, ni môme si j*en ai , je les ouvre , je les resserre, j'attire , je repousse l'air avec une égale facilité. Pour parler d'un ton plus aigu ou plus grave , ou plus haut, ou plus bas , je dilate encore ou je resserre une autre partie dans le gosier , qu'on appelle trachéeartère , quoique je ne sache même pas si j'en ai une : il suffît que je veuille parler haut ou bas , afin que tout se fasse comme de soi-même ; en un moment^ je fais articulément et distinctement mille mouvements dont je n'ai nulle connaissance distincte, ni même confuse, le plus souvent, puisque je ne sais pas si je les fais ou s'il les faut faire. Mais , 6 Dieu , vous le savez , et nui autre que vous no sait ce que vous savez seul ; et tout cela est l'effet du secret concert que vous avez mis entre nos volontés et les mouvements de nos corps; et vous avez établi le concert inviolable quand vous avez mis l'âme dans le corps pour le régir.

Elle y est donc, non point comme dans un vaisseau qui la contient , ni comme dans une maison où elle loge , ni comme dans un lieu qu'elle occupe ; elle y est par son empire , par sa présidence pour ainsi parler, par son action.

Tout dépend naturellement d'une volonté: les corps et leurs mouvements dépendent naturellement d'un esprit et d'une intelligence toute-puissante : Dieu peut donner à la volonté , qu'il fait à l'image de la sienne, tel empire qu'il lui plaît, et par là nous donner une idée de sa volonté qui meut tout, et fait tout.

B088DBT.

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