LIVRE II
foyer des esprits ^ où elle se subtilise' et devient du sang; enfin elle coule et s'insinue' par des rameaux innombrables, pour arroser tous les membres ; elle se filtre dans les chairs ; elle devient chair elle-même ; et tant d'aliments , de figures et de couleurs si différentes ne sont plus qu'une même chair. L*aliment , qui était on corps inanimé , entretient la vie de l'animal , et devient ranimai même.
Les parties qui le composaient autrefois se sont exhalées par une insensible et continuelle transpiration. Ce qui était, il y a quatre ans , un tel cheval , n*est plus que de Tair ou du fumier. Ce qui était alors du foin ou de Tavoine est devenu ce même cheval, si fier et si vigoureux : du moins ^ il passe pour le même cheval , malgré ce changement insensible de sa substance.
A la nourriture se joint le sommeil. L'animal interrompt nonseulement tous les mouvements extérieurs, mais encore toutes les principales opérations du dedans qui pourraient agiter et dissiper trop les esprits. Il ne lui reste que la respiration et la digestion : c'est-à-dire que tout mouvement qui userait ses forces est suspendu, et que tout mouvement propre à les renouveler s'exerce seul et librement. Ce repos, qui est une espèce d'enchantement^, revient toutes les nuits, pendant que les ténèbres empêchent le travail. Qui est-ce qui a inventé cette suspension? Qui est-ce qui a si bien choisi les opérations qui doivent continuer, et qui est-ce qui a exclu, avec un si juste discernement, toutes celles qui ont besoin d'être interrompues?
FSHBLOU.