nénomèncfl de la Mmoire
Je me souviens distinctement d'avoir connu ce que je ne connais plus ; je me souviens de mon oubli même ; je me rappelle les portraits decbique personne» en chaque âge de la vie où je l'ai vue autrefois. La même personne repasse plusieurs fois dans ma tête : d*abord je la vois enfant, puis jeune , et enfin âgée. Je place des rides sur le même visage où je vois, d'un autre côté , les grâces tendres de
1. Centre m^esprits. « Le cœur. » Voyex sur la signification da mot esprits f page 109.
S. Se décompose en parcelles d*nne tënnitë, d*nne snbtilitë extrêmes.
S. u S'introdoire par des dtftonrs slnnenx. » Famille : Sein, insinuer, sinuenz, ainnositë.
4. Remarquer la signification trës-^tendne et tr^s-pittoresqne qne reçoit ici ce mot. Le passage de rétat de veille au sommeil parait en effet le résultat d*ane action magique, d*un enchantement, qui fait perdre tout H coup ^ Thomme le mou- Tement, les sensations, et le métamorphose complètement.
lu RECUEIL DE MOaCBAUX CHOISIS.
Tenfance ; je Joins ce qui n'est plus avec ce qui est encore , sans confondre ces extrémités. Je conserve un je ne sais quoi qui est tour à tour toutes les choses que j'ai connues, depuis que je suis au monde. De ce trésor inconnu sortent tous les parfums, toutes les harmonies, tous les goûts , tous les degrés de lumière , toutes les couleurs et toutes leurs nuances , enfin toutes les figures qui ont passé par mes sens, et qu'ils ont confiées à mon cerveau.
Je renouvelle, quand il me platt, la joie que j'ai ressentie il y a trente ans : elle revient ; mais quelquefois ce n'est plus ellemême ; elle paraît sans me réjouir : je me souviens d'avoir été bien aise, et je ne le suis point actuellement dans ce souvenir. D'un autre côté, je renouvelle d'anciennes douleurs : elles sont présentes, car je les aperçois distinctement telles qu'elles ont été en leur temps : rien ne m'échappe de leur amertume et de la vivacité de leurs sentiments ; mais elles ne sont plus elles-mêmes; elles ne me troublent plus ; elles sont émoussées. Je vois toute leur rigueur, sans la ressentir*; ou, si je la ressens, ce n'est que par représentation* , et cette représentation d'une peine autrefois cuisante n'est plus qu'un jeu^ : l'image des douleurs passées me réjouit*. Il en est de même des plaisirs. Un cœur vertueux s'afflige en rappelant le souvenir de ses plaisirs déréglés : ils sont présents, car ils se montrent avec tout ce qu'ils ont eu de plus doux et de plus flatteur; mais ils ne sont plus eux-mêmes, et de telles joies ne reviennent que pour affliger. , Voilà donc deux merveilles également incompréhensibles* : Tune, que mon cerveau soit une espèce de livre, où il y ait un nombre presque infmi d'images et de caractères, rangés avec un ordre que je n'ai pas fait, et que le hasard n'a pu faire. Je ne Tai point fait ; car je n'ai jamais eu la moindre pensée Qi d'écrire rien dans mon cerveau, ni d'y donner aucun ordre aux imag^ et aux caractères que j'y traçais : je ne songeais qn'à voir les objets lorsqu'ils frappaient mes sens. Le hasard n'a pu non plus éire un si DEierveilleux livre; tant l'art même des hommes est trop
1. Ressentir. « Sentir une seconde fois, » après coup. Représentation, « ce qui te présente de nouveau, » après coup. Ces expressions, qui sont ici fort jnstes , semblent faire ressortir celles de jeu et jouir, qui terminent et ne paraissent pas convenables. Le souvenir d'une ancienne douleur peut avoir une certaine douceur pour rftme ; mais il n'est pas pour elle un jeu^ une joie, il ne la réjouit pas.
2. Incompréhensibles. • Qui ne peuvent être saisies, comprises. » Remarquer la double préfixe in, prise dans le sens négatif, et corn, ainsi que les divers changoments de forme de ce radical. Prendre, apprendre, comprendre, surprendre, reprendre; prehen (préhender), appréhender, compréhension, compr^Quible; pris, prisonnier, emprisonner, mépris, méprise; proie, déprédation.
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imparfait pour atteindre jamais à une si hâote perfection. Quelle main a donc pu le composer ?
La seconde merveille que je trouve dans mon cerveau, c'est de voir que mon esprit lise avec tant de facilité tout ce qu'il lui plait dans ce livre intérieur. Il lit des caractère» qu'il . ne connaissait point. Jamais je n*ai vu les traces empreintes dans mon cerveau; et la substance de mon cerveau elle-même, qui est comme le papier du livre, m'est complètement inconnue. Tous ces caractères innombrables se transposent, «t puis reprennent leur rang pour m'obéir : j'ai une puissance comme divine sur un ouvrage que je ne connais point, et qui est incapable de connaissance : ce qui n'entend rien entend ma pensée, et l'exécute dans le moment. La pensée de l'homme n'a aucun empire sur les corps; je le vois en parcourant toute la nature. Il n'y a qu'un seul corps que ma simple volonté remue , comme si elle était une divinité ; et elle en remue tous les reesortft kd plus subtils, sans les connaître. Qui est^e qui l'a unie à ce corps, et lui a donné tant d'empire sur lui?
FXNXLON.