LIVRE IK
le feu de Tamour divin dont il est à présent pénétré, n'en est pas moins tendre ni moins agissante pour nous. Oui, j'ose Tespérer ainsi, âme sainte et bienheureuse ^, qui pouvez à présent nous obtenir de Dieu tous les biens que vous nous avez souhaités à la fin de votre vie mortelle, vous ne cesserez jamais de conduire vos enfants, dont vous sentez toujours que vous êtes le père; nous vous donnerons de justes louanges, et vous nous donnerez des vertus. C'est à vous que nous devons la vie naturelle, c'est par vous-même que nous avons reçu les prémices do la vie spirituelle ; vous avez commencé de la former en nous par une éducation ^ sainte, par une longue suite d'instructions', par des exemples encore plus efficaces : achevez votre ouvrage , ou plutôt priez Dieu d'affermir, d'augmenter, de perfectionner en nous ce qu'il y a de commencé par vous. Vous êtes dans le séjour de la paix, et nous vivons encore au milieu des troubles et des agitations de ce monde ; soyez notre guide, notre lumière, notre force. Souvenez-vous surtout de ce fils que vous avez toujours si tendrement aimé, et qui est encore plus exposé que vos autres enfants aux orages de cette vie. Il y a déjà fait naufrage plus d'une fois aux yeux des hommes : faites que le naufrage même le conduise dans le port. C'est sans doute par un effet de vos prières que Dieu a voulu le désabuser' des grandeurs humaines^ en faisant servir ces gran* deurs mêmes de matière à son humiliation et à sa pénitence. Apprenez-lui à mettre son sort sans hésitation et sans réserve entre les mains de celui qui peut faire plus que nous ne pouvons demander ni même comprendre ; et soit que Dieu continue de loi faire expier ses fautes par une disgrâce salutaire, soit qu'il l'expose encore au danger d'un retour de fortune, soutenez-le par vos prières dans l'une et dans l'autre épreuve. Soyez avec lui dans
1. Mouvement plein de natarel et do sensibilité , et qui donne pins de cbalenr encore k rocpresBlon de ces sentiments, aussi touchants que noblement exprimes.
S. La dlfTérence qui sépare ici ces deux mots, éducation et ins^tietUm, est suffi* samment indiquée. Vinstruction , les imtruction$, les exemples, concourent ^ YéduecUion, qui est l'œuvre importante de la préparation de l'homme dans Venfant. Cest le tout dont Tlnstruction et les exemples sont les parties et les moyens. Étudier l'étrmologie de ces deux mots. Éducation, qui conduit an dehors, qui développe; préfixe e, radical e{uc : aqueduc, ductile, conducteur; dui, conduire, conduite, induire, produire. Instruction, qui élève, qui construit dans; préfixe t», radical struct : structure, manière dont une chose est faite ; stru, construire^ détruire, obstruer, instrument; instruire, amasser, élever dans, c'est-k-dire élever Tédifice intérieur, intellectuel des connaissances.
3. Allusion aux Aisgrêxes éprouvées par Fauteur, qui fut exilé k plusieurs reprises tous le régent et sous Louis XV. Il ftit rappelé une dernière fois en 1737 au ministère de la Justice, qu'il conserva jusqu'k rftge de quatre-Tingt-deux ans, en 17S0, oli n donna sa démission.
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ïatribulation, et soyez-y encore plus, s'il était possible, dans la prospérité. Continuez de bénir ses enfants, qu^aucun de ceux que Dieu vous a donnés ne périsse. Puissions-nous avoir le bonheur de nous voir tous réunis avec vous dans la céleste patrie, et, sanctifiés par vos prières, vous regarder, pendant toute l'éternité, comme le digne instrument dont la bonté de Dieu se sera servi pour opérer notre salut.
8!. — Bendèret paroles de Cliaries I«' à fes enfauift «vam de monter aor i'éehafaad.
Les prières du matin terminées, le roi se fit apporter an coffret contenant les croix de Saint-Georges et de la Jarretière* brisées : « Vous voyez là, dit-il àJuxon et à Herbert^, les seules richesses qu'il soit maintenant en mon pouvoir de laisser à mes enfants. » On les lui amena. A la vue de son père, la princesse Elisabeth, âgée de douze ans, fondait en larmes, le duc de Glocester, qui n'en avait que huit, pleurait en regardant sa sœur. Charles les prit sur ses genoux, leur partagea ses joyaux, consola sa fille, lui donna des conseils sur les lectures qu'elle devait faire, la chargea de dire à ses frères qu'il avait pardonné à ses enne* mis, à sa mère, que jamais ses pensées ne s'étaient éloignées d'elle, et que jusqu'au dernier moment il l'aimait comme au premier jour; puis se tournant vers le petit duc : o Mon cher coear^ lui dit-il, ils vont couper la tète à ton père. » L'enfant le regardait fixement et d'un air trèsHsérieux. « Fais attention, mfm eut* iaxiiy à ce que je te dis : ils vont me couper la tète et peulêtre te faire roi; mais fais bien attention à ce que je te dis: lune dois pas être roi tant que tes frères Charles et Jacques sont en vie, car ils couperont la tète à tes frères s'ils peuvent les attraper, et ils finiront par te couper la tête ; je t'ordonne donc de ne jamais te laisser faire roi par eux. » ^ « Je me laisserai plu* tôt hacher en morceaux, repartit l'enfant tout ému. » Le roi l'embrassa avec transport, le posa à terre, embrassa sa fille, les bénit tous deux, pria Dieu de les bénir ; puis, se levant tout à coup : « Faites-les emmener, » dit-il à Juxon. Les enfants san-
1. Charles 1er, roi d'Angleterre, qui fut renversé du trône pw ses sujets réToltés, Jugé par le parlement, et mourat sur Téchafaud le 30 Janvier 1649.
2. Ordres anglais. Le premier date des Croisades, le second Ait fondé pas ^uard III en 1340.
3. Jnzon. évoque qui assista Charles I» dans ses dernier» laomentsi Uartert» vslet de chambre du roi.