‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 381 sur 466 · Ltt roi en ta ProTMenco · texte numérisé non relu

Ltt roi en ta ProTMenco

Deux hommes étaient voisins, et chacun d'eux avait une femme et plusieurs petits enfants, et son seul travail pour les faire vivre.

Et Tun de ces deux hommes s'inquiétait en lui-même, en disant : « Si je meurs, ou que je tombe malade, que deviendront ma femme et mes enfants? »

Et cette pensée ne le quittait point, et elle rongeait son cœur comme un ver ronge le fruit où il est caché*.

Or, bien que la même pensée fût venue également à l'autre père, il ne s'y était point arrêté : « Car, disait-il, Dieu, qui connaît toutes ses créatures et qui veille sur elles, veillera aussi tilur moi, et sur ma femme, et sur mes enfants. »

Et celui-ci vivait tranquille, tandis que le premier ne goûtait pas un instant de repos ni de joie intérieurement.

Un jour qu'il travaillait aux champs, triste et abattu à cause de sa crainte, il vit quelques oiseaux entrer dans un buisson, en sortir, et puis bientôt y revenir encore.

Et s'étant approché, il vit deux nids posés côte à côte, et dans chacun plusieurs petits nouvellement éclos et encore sans plumes.

Et quand il fut l'etourné à son travail, de temps en temp$ il levait les yeux, et regardait ces oiseaux qui allaient et venaieni portant la nourriture à leurs petits.

Or, voilà qu'au moment où Tune des mères rentrait avec âa becquée, un vautour la saisit, l'enlève, et la pauvre mère, se débattant vivement dans sa serre, jetait des cris perçants.

A cette vue, l'homme qui travaillait sentit son àme plus troublée qu'auparavant; car, pensait-il, la mort de la mère, c'est la mort des enfants.

Les miens n'ont que moi non plus : que deviendront-îls, si je leur manque?

Et tout le jour il fut sombre et triste, et la nuit il ne dormit point.

1. Belle comparaison, %xiX met biea en dridence la raison du sens métaphorique donné au mot rongner.

Le lendemain, de retour aux champs, il se dit : « Je veux voir les petits de cette pauvre mère : plusieurs sans doute ont péri. » Et il s'achemina vers le buisson.

Et regardant, il vit les petits bien portants; pas un ne semblait avoir pâti^.

Et ceci rayant étonné, il se cacha pour observer ce qui se passerait.

Et après un peu de temps, il entendit un léger cri, et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu'elle avait recueillie, et elle la distribua à tous les petits indistinctement, et il y en eut pour tous, et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.

Et le père, qui s'était défié de la Providence, raconta le soir à l'autre père ce qu'il avait vu.

Et celui-ci lui dit : « Pourquoi s'inquiéter? Jamais Dieu n'abandonne les siens. Son amour a des secrets que nous ne connaissons point. Croyons, espérons, aimons, et poursuivons notre route en paix.

« Si je meurs avant vous, vous serez le père de mes enfants; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres.

« Et si, l'un et Tautre, nous mourons avant qu'ils soient en âge de pourvoir eux-mêmes à leurs nécessités, ils auront pour père le Père qui est dans les cieux. »

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