‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 382 sur 466 · La veave da Marin · texte numérisé non relu

La veave da Marin

En nous promenant un soir à Brest, au bord de la mer, nous aperçûmes une pauvre femme qui marchait courbée entre des rochers; elle considérait attentivement les débris d'un naufrage, et surtout les plantes attachées à ces débris, comme si elle eût cherchée deviner, par leur plus ou moins de vieillesse, l'époque certaine de son malheur. Elle découvrit sous des galets une de ces boites de matelot qui servent à mettre des flacons. Peut-être l'avait-elle remplie autrefois, pour son époux, de cordiaux* achetés du fruit de ses épargnes : du moins nous le jugeâmes ainsi, car elle se prit à essuyer ses larmes avec le coin de son tablier. Des mousserons' de mer remplaçaient maintenant ces présents de sa tendresse. Ainsi, tandis que le bruit du canon apprend aux

1. Pdti. « Souffert, n Voir les obserrations sur les mots de cette femllle, page 106. 9. Des cordiaux. Des liqueurs propres à réchauffer et k fortifier le ecsor dn marin dans ses fatigues. Voir la note, page 48. 8. Moiuteivns. Plantes marines de la nature des monsset.

LIVRB II. 425

grands le naufrage des grands du monde, la Providence, annonçant aux mômes bords quelque deuil aux petits et aux faibles, leur dépêche secrètement quelques brins d'herbe et un débris.

Chatsaubuasd.

U. - L'étnde.

Je me lève avant Taube, alors que tout sommeillo. Et ranime au foyer la cendre de la veiDe. Il fait nuit : du matin le calme et la fraîcheur D*un plaisir inconnu font palpiter mon cœur. Dans le sommeil de tous trouvant ma solitude, Près du foyer brillant, doux ami de Tétude, Assis à la clarté du flambeau matinal, Je médite Corneille, ou Montaigne, ou Pascal, Ou les hommes fameux de Rome et de la Grèce, Et de leurs vieux écrits Téternelle jeunesse. En Tabsence du bruit, des hommes et du jour, Leurs livres mieux goûtés m'inspirent plus d'amour: Ils parlent à mon âme avec plus de puissance.

Heureux qui, dès le temps de son adolescence, A connu cette ivresse, en a rempli son cœur ! Le vase qui d'abord d'une pure liqueur A rempli son argile encor vierge et nouvelle, A son premier parfum reste longtemps fidèle; Et l'homme dont l'étude eut d'abord les amours. De son premier penchant se ressouvient toujours^

Soyez bénis cent fois, lieux où notre jeune âge. Tendre et docile encor, en ^ fit l'apprentissage ; Où, dans un calme heureux, d'aimables compagnons. L'un par Vautre excités s'en donnent des leçons; Où l'âme en sa fraîcheur en sent partout l'empire. Où c'est l'étude enfin qu'avec l'air on respire l Je me rappelle encor, non sans ravissement, La classe, son travail, son silence charmant; Je tressaille, en songeant aux paisibles soirées Sous les regards du maître aux devoirs consacrées. Quand, devant le pupitre en silence inclinés, Nous n'entendions parfois, de nous-mème étonnés. Que, d'instant en instant, quelques pages froissées,

1. Sn. • De rétnde. • Rapport no peu louche ; fitible Imperfection )k peine )i noter dans ce cliarmant morceao.

426 RECUEIL DE lIOflGBAUX CHOISIS.

Ou Tinsensible bruit des plumes empressées,

Qui, toutes à l'envi courant sur le papier,

De leur léger murmure enchantaient Técolier.

0 jeunesse 1 ô plaisirs 1 jours passés comme un songe!

Du moins, ces temps heureux, l'étude les prolonge.

Elle laisse à nos cœurs cette première paix,

Que les autres plaisirs ne prolongent jamais.

p. LKBHUir.

8fi. - liC retour de l'éeole.

Le devoir fait^, légers comme déjeunes daims,

Nous fuyons à travers les immenses jardins,

Éclatant* à la fois en cent propos contraires.

Moi, d*un pas inégal je suivais mes grands frères;

Et les astres sereins s'allumaient dans les cieux,

Et les mouches volaient dans Tair silencieux ;

Et le doux rossignol, chantant dans Fombre obscure'.

Enseignait la musique à toute la nature.

Tandis qu'enfant jaseur, aux gestes étourdis,

Jetant partout mes yeux ingénus et hardis

D'où jaillissait la vie en vives étincelles,

Je portais sous mon bras, noués en trois ficelles,

Horace et les festins, Virgile et les forêts,

Tout rOlympe, Thésée, Hercule, et loi, Cérès !

La cruelle Junon, Leme et Thydre enflammée,

Et le vaste lion de la roche Néraée*.

Mais lorsque j'arrivais chez ma mère, souvent, ^

Grâce au hasard taquin qui joue avec Tenfant,

J'avais de grands chagrins et de grandea cdères.

Je ne retrouvais plus, près des ifs séculaires,

Le beau petit jardin par moiHtnôme arrangé:

Un gros chien, en passant, avait tout ravagé;

Ou quelqu'un dans ma chambre avait ouvert mes cages,

Et mes oiseaux étaient partis pour les bocages,

Et, joyeux, s'en étaient allés de fleur en fleur

Chercher la liberté bien loin, '^*- ou l'oisdeur'^.

l. Phrase absolne, et tonr rapide qtd prépare la graoieaae OQmparaiaoa qui termine le rers.

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