‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 396 sur 466 · k 201 AT. J.-Ch · texte numérisé non relu

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présentèrent devant Annibal , et que cet homme extraordinaire Surmonta tous, on a le plus beau spectacle que nous ait fourni l'antiquité.

Rome fut un prodige de constance. Après les journées du Tessin, de la Trebbie et de Trasimène, après celle de Cannes, plus funeste encore, abandonnée de presque tous les peuples d'îtaije, elle ne demanda point la paix. C'est que le sénat ne se départidt jamais des maximes anciennes ; il agissait avec Annibal comme il avait agi autrefois avec Pyrrhus, à qui il avait refusé de faire aucun accommodement tandis qu'il* serait en Italie; et je trouve dans Denys d'Halicarnasse , que lors de la négociation de Coriolan , le sénat déclara qu'il ne violerait point ses coutumes anciennes ; que le peuple romain ne pouvait faire de paix tandis que Iss ennemis étaient sur ses terres, mais que si les Yolsques se reliraient on accorderait tout ce qui serait juste.

Home fut sauvée par la force de son institution. Après la ba»taiile de Cannes, il ne fut pas permis aux femmes mêmes de verser des larmes ; le sénat refusa de racheter les prisonniers, et envoya les misérables restes de Tarmée faire la guerre en Sicile , sans récompense ni aucun honneur militaire, jusqu'à ce qu'Annibat fût chassé d'Italie.

D'un autre côté, le consul Térentius Varron avait fui honteuse*ment jusqu'à Venouse; cet homme, de la plus basse naissanc6| n'avait été élevé au consulat que pour mortifier la noblesse. Mais le sénat ne voulut pas jouir de ce malheureux triomphe; il vi^ combien il était nécessaire qu'il s'attir&t dans cette occasion I4 confiance du peuple : il alla au-devant de Varron, et le remerciai de ce qu'il n'avait pas désespéré de la république.

Ce n'est pas ordinairement la perte réelle que Ton fait dans une bataile (c'est-à-dire celle de quelques milliers d'hommes) qui est funeste à un État, mais la perte imaginaire et le décourth* gement qui le prive des forces mêmes que la fortune lui avait laissées.

11 y a des choses que toute le monde dit, parce qu'elles ont été dites une fois. On croît qu'Annibal fit une faute insigne de n'avoir point été assiéger Rome après la bataille de Cannes. Il est vrai que d'abord la frayeur y fut extrême ; mais il n'en est pas de la consternation d'un peuple belliqueux, qui se tourne presque toujours en courage, comme de celle d'une vile populace qui ne sent que sa faiblesse. Une preuve qu'Annibal n'aurait pas réussi, c'est

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