Nouoelh fQrt^a^, •« Ha neiivelle eovi4iii<Ni
LIVRK III. 461
pettes du oamp venaient à sonner Tair de Diane ^, j'étais étBavà d*ouvpir les yeux au milieu des bois. Il y avait pourtant un charme à ce réveil du guerrier échappé aux périls de la nuit. J« n'ai jamais entendu, sans une certaine joie belUdueuse^ la fenfare du clairon, répétée par Técho des rochers, et les premiers hen^ nissements des chevaux qui saluaient l'aurore. J'aimais à voir le eamp plongé dans le sommeil , les tentes encore fermées d'où sortaient quelques soldats k moitié vêtus , le centurion ' qui se promenait devant les fiaisoeaux d'armes en balançant son eep de vigne, la sentinelle immobile qui^ pour résister au sommeil, tenait un doigt levé, dans l'attitude du silence, le cavalier qui traversait le fleuve , coloré des feux du matin , le vietimairo qui puisait Teau du sacrifice, et souvent un berger appuyé sur aa houlette, qui regardait boire son troupeau.
Cette vie des camps ne me fit point tourner les yeux avee regret vers les délices de Naples et de Rome , mais elle réveilla en moi une autre espèce de souvenirs. Plusieurs fois, pendant les longues nuits de l'automne, je me suis trouvé seul, placé en sentinelle comme un simple soldat, aux avant-postes de l'armée. Tandis que je contemplais les feux réguliers des lignes romaines et les feux éparsdes hordes des Francs; tandis que l'arc à demi tendu, je prétais Toreille au murmure de l'armée ennemfe, a« bruit de la mer et au cri des oiseaux sauvages qui volaient dans l'obscurité , je réfléchissais sur ma bizarre destinée. Je songoaia que j'étais là, combattant pour des barbares, tyrans de la Grèce, contre d'autres barbares dont je n'avais reçu aucune injure.
L'amour de la patrie se ranimait au fond de mon cœur; l'Ârcadie ' se montrait à moi dans tous ses charmes, Que de fois^ durant les marches pénibles sous les pluies et dans les (anges de la Bâta vie ^; que de fois, à l'abri des huttes des bergers où nous passions la nuit; que de fois autour du feu que nous allumions pour nos veilles, à la tète du camp, que de fois, dis-je, avec des jeunes gens exilés comme moi, je me suis entretenu de Pdtre cher pays!
Nous racontions les jeux de notre enfance, l^s aventures de
1. On dit encore battre la (H(^n0 pour ëTeiller les soldât*. Ce détail et d'antrei qui vont suivre montreront qu'il 8*agit , dans ce morceat), d'une armée romaine, an temps de l'empire.
a. Cmturi<m. Officier qui coniOBBdait un* compagnlB de cent hoamef-
8. VAreadie. Contrée du Péloponëse, renommée, dans Tantiquité, par la beauté de ses paysages et la fertilité de sou sol.
4. Batacie. <« La Hollande. » Ce n'est que dans les temps modernes q«« Ftedustrie opinifttre des liaWtaste a traasfefmé «• faya.
notre jeunesse, les histoires de nos familles. Un Athénien vantait les arts et la politesse d*Aihènes ; un Spartiate demandait la préférence pour Lacédémone ; un Macédonien mettait la plialange bien au-dessus de la légion, et ne pouvait souffrir que l'on comparât César à Alexandre. « C'est à ma patrie que vous devez Homère , » s'écriait un soldat de Smyrne, et à l'instant même il chantait ou le dénombrement des vaisseaux ou le combat d'Ajax et d'Hector. » Ainsi les Athéniens, prisonniers à Syracuse^, redisaient autrefois les vers d'£uripide, pour se consoler de leur captivité.
Mais lorsque jetant les yeux autour de nousi nous apercevions les horizons noirs et plats de la Germanie , ce ciel sans lumière qui semble vous écraser sous sa voûte abaissée, ce soleil impuissant qui ne peint les objets d'aucune couleur; quand nous venions à nous rappeler les paysages éclatants de la Grèce , la hauto et riche bordure de leurs horizons, le parfum de nos orangers, la beauté de nos fleurs, l'azur velouté d'un ciel où se joue une lumière dorée, alors il nous prenait un désir si violent de revoir notre terre natale, que nous étions près d'abandonner les aigles. Il n'y avait qu'un Grec parmi nous qui blâmât ces sentiments, qui nous exhortât à remplir nos devoirs, et à nous soumettre à notre destihée. Nous le prenions pour un lâche , quelque temps après il combattit et mourut en héros, et nous apprîmes qu'il était chrétien.
CBATJLàUBBIAND.