‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 406 sur 466 · La BatalHe · texte numérisé non relu

La BatalHe

La trompette a jeté le signal des alarmes :

Aux armes! et l'écho répète au loin : Aux armes!

Dans la plaine soudain les escadrons épars,

Plus prompts que l'aquilon, fondent de toutes parts;

Et sur les flancs épais des légions mortelles'

S'étendent tout à coup comme deux sombres ailes.

Le coursier, retenu par un frein impuissant,

Sur ses jarrets plies s'arrête en frémissant.

La foudre dort encore, et sur la foule immense

Plane avec la terreur un lugubre silence :

On n'entend que le bruit de cent mille soldats

Marchant comme un seul homme au-devant du trépas,

1. Dans la tentative que les Athéniens firent sur la Sicile, pendant la Giun'e du Piloponise, a. Mortellet. BtUe épith^t«i simpl», et â'ttn grand effet.

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Les roulements des chars, les coursiers qui hennissent ,

Les ordres répétés qui dans Tair retentissent,

Ou le bruit des drapeaux soulevés par les vents,

Qui, dans les camps rivaux flottant à plis mouvants,

Tantôt semblent, enflés d'un souffle de victoire,

Vouloir voler d*eux-môme* au-devant de la gloire,

Et tantôt, retombant le long des pavillons,

De leurs funèbres plis couvrir leurs bataillons.

Mais sur le front des camps déjà les bronzes grondent.

Les tonnerres lointains se croisent, se répondent,

Des tubes enflammés la foudre avec effort

Sort, et frappe en sifflant comme un souffle de mort ;

Le boulet dans les rangs laisse une large trace.

Ainsi qu'un laboureur qui passe et qui repasse,

Et sans se reposer, déchirant le vallon^

A côté du sillon creuse un autre sillon :

Ainsi le trait fatal dans les rangs se promène,

Et comme des épis les couche dans la plaine.

Ici tombe un héros moissonné dans sa fleur.

Superbe, et Toeil brillant d'orgueil et de valeur;

Sur son casque ondulant' d'où jaillit la lumière,

Flotte d'un noir coursier l'ondoyante crinière :

Le casque éblouissant sert de but au trépas.

Par la foudre frappé d'un coup qu'il ne sent pas,

Gomme un faisceau d'acier il tombe sur l'arène;

Son coursier bondissant, qui sent flotter la rêne.

Lance un regard oblique à son maître expirant,

Revient, penche sa tête et le flaire en pleurant.

Là, tombe un vieux guerrier qui, né dans les alarmes.

Eut les camps pour patrie, et pour amour ses arnies.

Il ne regrette rien que ses chers étendards,

Il les suit, en mourant, de ses derniers regards..

La mort vole au hasard dans l'horrible carrière ;

L'un périt tout entier; l'autre sur la poussière,

Gomme un tronc dont la hache a coupé les morceaux,

De ses membres épars voit voler les lambeaux.

Et se traînant encor sur la terre humectée,

Marque en ruisseaux de sang sa trace ensanglantée.

Le blessé que la mort n'a frappé qu'à demi,

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