‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 410 sur 466 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Charpentiers d'aventure, ils rajustaient le flanc De leur chaloupe usée, au pont mince et branlant, Qui hors du flot gisait. Hélas ! la chère barque Des injures du temps montrait plus d'une marque. Eux, sur chaque blessure étendaient le goudron ; Ils renforçaient Tendroit ou porte Taviron ; Ils clouaient, non sans art, une planche à la poupe; Dans la moindre fissure ils inséraient l'étoupe, Armant avec effort contre les chocs nouveaux Ce vieux bois, fatigué par tant de durs travaux... Vers midi seulement, ouvriers sans reproche, Ils prirent à la hâte un repas sur la roche. Dîner frugal, de noix et de fromage sec. La vague cependant, sur l'algue et le varech*, Bondissait, et du roc venait laver la marge... Comme le jour tombait, l'œuvre achevée à peine, On poussa vers les eaux la glissante carène *. Chacun d'eux sur les bancs s'empressa de s'asseoir; Le foc, rouge haillon, s'ouvrit au vent du soir; Ils partirent sans bruit sur la mer sombre et haute. Pensif, je les voyais s'éloigner de la côle, Et je songeais à toi, mortel, qui, le premier, Jetas aux flots le tronc d'un chêne ou d'un palmier. Et sur cet appui frêle, en ta sainte démence, Allas seul affronter l'horreur de Tonde immense!

ACTRAN,

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