‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 411 sur 466 · Les laboareors · texte numérisé non relu

Les laboareors

Je marchais sur la lisière d'un champ que des paysans étaient en train de préparer pour la semaille prochaine. Le paysage était vaste, et encadrait de grandes lignes de verdure, un peu rougie aux approches de l'automne, ce large terrain d'un brun vigou* reux, où des pluies récentes avaient laissé, dans quelque sillons, des lignes d'eau que le soleil faisait briller comme de minces filets d'argent. La journée était claire et tiède, et la terre,

1. Algue, varech. Plantes de la même fiunille qnt croissent aa fond de la mer, et dont la vague rejette les débris snr les côtes.

2. Carène. Métonymie. On désigne an sens propre, par carène, la qnille et les flancs â*nn bfttlment Jnsqn*ii la ligne de flottaison.

8. Foc. Terme de marine. Nom d'une roUe triangulaire qni te tronre k l'ayant du bfttlment.

fraîchement ouverte par le tranchant des charrues, exhalait une vapeur légère. I

Dans le haut du champ, un vieillard poussait gravement son areau ^ de forme antique» traîné par des bœufs tranquilles, à la ^

robe d*un jaune paie, véritables patriarches de la prairie, hauts de taille, un peu maigres, les cornes longues et rabattues, de ces i

vieux travailleurs qu'une longue habitude a rendus frères^ comme I

on les appelle dans nos campagnes, et qui, privés Tun de Fautre, \

se refusent au travail avec un nouveau compagnon et se laissent mourir de chagrin.

Le vieux laboureur travaillait lentement, en silence, sans efforts inutiles. Son docile attelage ne se pressait pas plus que lui ; mais, ^

grâce à la continuité d'un labeur sans distraction et d'une dépense de forces éprouvées et soutenues, son sillon était aussi vite creusé que celui de son fils, qui menait, à quelque distance, <

quatre bœufs moins robustes, dans une veine de terre plus forte et plus pierreuse.

Mais ce qui attira ensuite mon attention était véritablement un beau spectacle, un noble sujet pour un peintre. A l'autre extrémité de la plaine labourable, un jeune homme de bonne mine conduisait un attelage magnifique : quatre paires de jeunes animaux à robe sombre mêlée de noir fauve' à reflets de feu, avec , ces têtes courtes et frisées qui sentent encore le taureau sauvage, ces gros yeux farouches « ces mouvements brusques, ce travail nerveux et saccadé qui s irrite encore du joug et de l'aiguillon, et n*obéit qu'en frémissant de colère à la domination nouvellement imposée. C'est ce qu'on appelle des bœufs fraîchement liés. L'homme qui les gouvernait avait à défricher un coin naguère abandonné au pâturage et rempli de souches séculaires', travail d'athlète auquel suffisaient à peine son énergie, sa jeu- *]ies8e et ses huit animaux quasi indomptés*

Un enfant de six à sept ans marchait dans le sillon parallèle à k oharnie, et piquait le flanc des bœufs avec une gaule longue ei légère , armée d'un aiguillon peu acéré ^. Les fiers animaux fréittisiaient sous la petite main de l'enfant, et faisaient grincer les jougs et les courroies liée à leur fronts en Imprimant au timon de

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