LIVRE III
à son auditoire Tévangile du jour en français. Quelle attention ! Quel recueillement! Hommes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, tous ont les regards tournés vers le prêtre. Je ne sais quelle lumière nouvelle brille dans les yeux les moins intelligents. Ces fronts, habituellement courbés sur la bêche ou sur la charrue, se relèvent pour entendre la sainte parole. Ce ne sont plus de pauvres laboureurs épuisés par le travail de chaque jour, et n'ayant une âme que pour penser aux besoins matériels de leur corps. On dirait qu'alors seulement ils se souviennent de leur origine céleste, et qu'ils se sentent enfants de Dieu : ce sont des hommes! Le récit des plus grands miracles les ravit sans les étonner. Les œuvres de Dieu les plus merveilleuses semblent D'avoir rien que de familier pour eux. Ne sont- ce pas, en effet, les pasteurs de Bethléem qui ont été les premiers saluer l'Enfant divin dans la crèche, et auxquels il a été donné d'entendre le céleste cantique : Gloire à Dieu au plus haut des cieuXj et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté f N'est-ce pas le long des campagnes, au bord des grands lacs» dans le désert où le suivait une multitude affamée de l'entendre, que Jésus-Christ répandait^ avec le plus de complaisance sa doctrine et ses miracles? Ces paraboles, pleines de mystères, n'en ont pas pour ces pauvres gens. Ils en pénètrent le sens avec une satisfaction naïve. Tout y est emprunté à leur vie rustique, aux images que leur offrent leurs travaux de tous les jours. C'est le semeur qui sort pour semer la parole ; ce qui tombe sur un terrain aride se sèche et se flétrit; les ronces et les épines, les soins et les soucis de la vie, étouffent la semence et l'empêchent de monter en épis; la bonne terre, le cœur doux et sincère, s'ouvre à la semence céleste, la reçoit et l'embrasse avec joie, et la reproduit au centuple. La moisson est mûre : le père de famille ordonne à ses serviteurs de recueillir le bon grain et de le serrer dans ses greniers. Quant aux mauvaises herbes, que le père de famille a laissées croître jusqu'au temps de la moisson pour ne pas arracher le blé avec elles ; Coupez-les, liez-les en hottes, et qu'elles soient jetées dans un feu qui ne s'éteindra jamais I Quelle consolation et quelle épouvante ! Rien de trop élevé pour ces hommes simples dans la doctrine évangélique. ils comprennent avec leur cœur. Et cette morale, si rigoureuse en apparence,
1. Métaphore charmante, qne r image da aemenr, dont U est parlé pins taa, ▼lent compléter encore, en montrant Jésns répandant ses enseignements et ses miracles avec la même libéralité que la main du semevr épand les grains dont elle est pleine.
Il» TkKttÛ, 10
470 RECUEIL DE IfORCEÀÙX CHOISIS.
Si rude aux riches, si fâéheuse eux puissants et aiix heufeuX dô ce inonde, comment ne Taimeraient-ils pas? Elle n*a que des bénédictions pour eux. Lisez donc TÉvangile en villageois et en enfant, si vous voulez n*y pas rencontrer de pierre de scandale*. Tout s'y éclairera d'une incomparable lumière. La simplicité dtt (îœur, la droiture de l'esprit ne sont pas attachées à la condition; et la bénédiction de Jésus-Christ sera aussi pour vous : Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et dé là terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux savants, et que vous les avez révélées aux simples!
ÎJb SAdT.