Une leçon de cofinof rapbte
On a de la peine à s'imaginer qu'on tourne autour du soleil; car enfin on ne change point de place, et on se trouve toujours le matin où Ton s'était couché le soir. Je vois, ce me semble, àfvotre air, que vous m'allez dire que comme la terre tout entière marche...— Assurément, c'est la même chose que si vous vous endormiez dans un bateau qui allât sur la rivière ; vous vous retrouveriez à votre réveil dans la même place et dans la même situation à l'égard de toutes les parties du bateau. — Oui, mais voici une différence ; je trouverais à mon réveil le rivage changé, et cela me ferait bien voir que mon bateau aurait changé de place. Mais
1. Curiotités. Le mattre de philosophie qnalifle pins jaste qu'il ne se rimegine les instructions qu'il Tient de donner , et qai ont excité radn^iration si comique de M. Jourdain. Mais bien que Molière se moque ici fort agréablement de cette prétention d'apprendre à faire scientifiquement ce que tout le monde fait naturellement et sans étude, il ne faudrait pas en conclure que Tétnde du rôle et de la classiâcation des lettres ne soit fort utile en grammaire, et n^ait puissamment contribotf Il mieux faire connaître les éléments et les lois du langage.
il n'en va pas de même pour la terre; j'y retrouve toutes choses comme je leâ avais laissées. — Non pas, non pas, le rivage est changé aussi. Vous savez qu'au delà de tous les cercles des planètes ^ sont les étoiles fixes * ; voilà notre rivage. Je suis sur la terre, et la terre décrit un grand cercle autour du soleil. Je regarde au centre de ce cercle, j*y vois le soleil. S'il n'effaçait point les étoiles, en poussant ma vue en ligne droite au delà du soleil, je le verrais nécessairement répondre à quelques étoiles fixes ; mais je vois aisément pendant la nuit à quelles étoiles il a répondu le jour, et c'est exactement la môme chose. Si la terre ne changeait point de place sur le cercle où elle est, je verrais toujours le soleil répondre aux mêmes étoiles fixes; mais dès qu'elle change de place, il faut que je le voie répondre à d*autres. C'est là le rivage qui change tous les jours; et comme la terre fait son cercle en un an autour du soleil, je vois le soleil en l'espace d'une année répondre successivement à diverses étoiles fixes qui composent un cercle. Ce cercle s'appelle le zodiaque. — J'entends bien comment nous nous imaginons que le soleil décrit le cercle que nous décrivons nous-mêmes ; mais ce tour ne s'achève qu'en un an ; et celui que le soleil fait tous les jours sur notre tête, comment se fait-il ? — Avez- vous remarqué qu'une boule qui roulerait sur cette allée aurait deux mouvements? elle irait vers le bout de l'allée, et en même temps elle tournerait plusieurs fois sur elle-même, en sorte que la partie de cette boule qui est en haut descendrait en bas, et que celle d'en bas monterait en haut. La terre fait la même chose. Dans le temps qu'elle avance sur le cercle qu^elle décrit en un an autour du soleil, elle tourne sur elle-même en vingt-quatre heures. Ainsi, en vingtquatre heures, chaque partie de la terre perd le soleil et le recouvre, et, à mesure qu'en tournant on va vers le côté où est le soleil, il semble qu'il s'élève, et quand on commence à s'en éloigner, en continuant le tour, il semble qu'il s'abaisse. — On n'a guère ménagé la terre, et pour une grosse masse aussi pesante qu'elle est, on lui demande bien de l'agilité. — Mais aimeriezvous mieux que le soleil, et tous les autres astres, qui sont de très-grands corps, fissent en vingt-quatre heunîs autour de la terre un tour immense, que les étoiles fixes qui seraient dans le plus grand cercle parcourussent en un jour plus de vingt-sept
1. Planètes. Astres qai font partie da système solaire , et tooment comme la terre autour du soleil.
2. Étoiles fixes, étoiles qui ne cliangcnt pas de place, et sont probablement chacane le centre d'an système planétaire.
tlTBB III. 493
mille six cent soixante fois deux cents millions de lieues? Car il faut que tout cela arrive, si la terre ne tourne sur elle-même en vingt-quatre heures. En vérité, il est bien plus raisonnable qu'elle fasse ce tour, qui n'est tout au plus que de neuf mille lieues. Vous v^Tyez bien que neuf mille lieues, en comparaison de rhorrible ^ nombre que je viens de vous dire, ne sont qu'une bagatelle.
FOMTBHJEUa»