De la propriété
il est dans le cœur de l'homme d'aimer à avoir son chez lui, comme aux oiseaux d'avoir leurs nids, à certains quadrupèdes d'avoir leurs terriers. Il finit par choisir un territoire, pour le distribuer en patrimoine où chaque famille s'établit, travaille, cultive pour elle et sa postérité. De même que l'homme ne peut laisser errer son cœur sur tous les membres de la tribu, et qu'il a besoin d'avoir à lui sa femme, ses enfants, qull aime, «oigne, protège, sur lesquels se concentrent se« craintes, Béé espérances, sa vie enfin, il a besoin d'avoir son champ, qu'il culiive^ plante, embellit à son goût, enclôt de limites, qu'il eêpèk*e livrer à ses descendants couvert d'arbres qui n'auront pas grandi pour lui, mais pour eux. Alors à la propriété mobilière du ne^ made succède la propriété immobilière du peuple agriculteur; la seconde propriété nait, et avec elle des lois compliquées, il esi vrai, que le temps rend plus justes, plus prévoyantes, mais saiiÉ en changer le principe, qu'il faut faire appliquer par des jn^ei et par une force publique. La propriété résultant d*un premier effet de l'instinct, devient une convention sociale, car je pfot^ votre propriété pour que vous protégiez la mienne, je la protégé ou de ma personne comme soldat, ou de mon argent comme con* tribuable, en consacrant une partie de mon revenu à l'entretiea d'une force publique. ^
Ainsi l'homme, insouciant d'abord, peu attaché au sol qui lui offre des fruits sauvages ou de nombreux animaux à dévorer, sans
1. Le comparatif forme ici «ne espèce d'ellipse qui s'explique d'elle-même.
qu'il ait beaucoup de peine à se donner, s'assied à cette table chargée do mels naturels, et où il y a place pour tous^ sans jalousie, sans dispute, tour à tour s'y asseyant, la quittant, y revenant comme à un festin toujours servi par un maître libéral, maître qui n'est autre que Dieu lui-même. Mais peu à peu il prend goût à desmets plus recherchés : il faut les faire naître ; il commence à y tenir, parce qu'il a fallu beaucoup travailler pour les produire. Il se partage ainsi la terre, s'attache fortement à sa part, et si des nations la lui disputent en masse, il combat en corps de nation; si, dans l'intérieur de la cité où il vit, son voisin lui dispute sa parcelle , il plaide devant un juge. Mais sa tente et ses troupeaux d'abord, sa terre et sa ferme ensuite, attirent successivement ses affections, et constituent les divers modes de sa propriété.
Ainsi à mesure que l'homme se développe, il devient plus atta* ché à ce qu'il possède, plus propriétaire en un mot. A l'état barbare, il l'est à peine ; à l'état civilisé, il Test avec passion.
TaiEBS.