‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 458 sur 466 · Progr^i de ta clTllIiatloii par le progrès des Mieneet · texte numérisé non relu

Progr^i de ta clTllIiatloii par le progrès des Mieneet

Jeté faible et nu à la surface du globe, l'homme paraissait créé pour une destruction inévitable; les maux l'assaillaient ^ de toutes parts; les remèdes lui restaient cachés ; mais il avait reçu le génie * pour les découvrir.

Les premiers sauvages cueillaient dans les forêts quelques fruits nourriciers, quelques racines salutaires, et subvinrent ainsi à leurs plus pressants besoins; les premiers pâtres s'aperçurent que les astres suivent une marche réglée, et s'en servirent pour diriger leurs courses à travers les plaines du désert : telle fut l'origine des sciences mathématiques, et celle des sciences physiques.

Une fois assuré qu'il pouvait combattre la, nature par ellemême, le génie ne se reposa plus ; il l'épia sans relâche : sans cesse, il fit sur elle de nombreuses conquêtes, toutes marquées par quelque amélioration dans l'état des peuples.

Se succédant dès lors sans interruption, des esprits méditatifs, dépositaires fidèles des doctrines acquises, constamment occupés de les lier, de les vivifier les unes par les autres, nous ont con^ duits, en moins de quarante siècles, des premiers essais de ces observateurs agrestes aux plus profonds calculs des Newton ' et des Laplace ^, aux énuméra tiens savantes des Linné et des Jussieu *. Ce précieux héritage, toujours accru, porté de la Chaldée en Egypte, de TÉgypte dans la Grèce, caché pendant des siècles

1. Jj assaillaient. « Fondaient sur lui, Tattaqualcnt. » 9. Génie. Pris ici dans le sens d'intelligence» de raison. 9. Illustre astronome anglais du xvue siècle. 4. Célèbre astronome français vivant au commencement do ce sibclo. , 5. Botanistes célèbres du xviu* siècle, Tan suédois, Vautre fronçais.

de malheur et de ténèbres, recouvré à des époques plus heureuses, inégalement répandu parmi les peuples de l'Europe, a été suivi partout de la richesse et du pouvoir : les nations qui Tont recueilli sont devenues les maîtresses du monde ; celles qui t'ont négligé sont tombées dans la faiblesse et dans Tobscurité.

Il est vrai que, longtemps^ ceux même qui eurent le bonheur de révéler quelques vérités importantes, n'aperçurent pas dans leur entier les grands rapports qui les unissent toutes, ni les conséquences infinies qui peuvent découler de chacune.

Il n'aurait pas été naturel que ces matelots phéniciens, qui virent le sable des rivages de la Bétique se transformer au feu en un verre transparent, pressentissent aussitôt que cette matière nouvelle pourrait prolonger pour les vieillards les jouissances de la vue ^; qu'elle aiderait l'astronome à pénétrer dans les profondeurs des 1 deux, et à nombrer les étoilies de la voie lactée *; qu'elle découvrirait au naturaliste un petit monde aussi peuplé, aussi riche en merveilles que celui qui semblait seul avoir été offert à ses sens et à son étude ' ; qu'enfin son usage le plus simple et le plus immédiat procurerait un jour aux riverains de la mer Baltique la possibilité de se construii^e des palais plus magnifiques que ceux de Tyr et de Memphis, et de cultiver, sous les glaces du cercle polaire, les fruits les plus délicieux de la zone lorride *. -

Lorsqu'un bon religieux, dans le fond d'un cloître d'Allemagne, enflamma pour la première fois un mélange de soufre et de salpêtre, quel mortel aurait pu lui prédire tout ce qui allait naître de son expérience? Changer l'art de la guerre ; soustraire le courage à la supériorité de la force physique; rétablir en Occident l'autorité des rois; empêcher que les pays civilisés ne pussent de nouveau être la proie des nations barbares; devenir enfin l'une des plus grandes causes de la propagation des lumières, en contraignant à s'instruire les peuples conquérants qui, jusqu'alors, avaient été presque partout les fléaux de l'instruction : telle était la destination d'une des plus simples combinaisons de la chimie.

Ces conséquences frappent maintenant tous les yeux ; mais la vue la plus perçante n'aurait pu les saisir dans ces commencements, où chacun se bornait à suivre le sentier que le hasard lui

1. Les lunettes on besicles, déconyertes dans le xive siècle. 3. Le télescope.

Page 1