Hyperboles d^tui goût douteux
S. layeiBions forcées et peu naturelles.
S. Image en désaccord avec les précédentes et la vérité. Le foyer de la macliina rampante ne pent pas paraître dans le ciel.
fourmis qui se creusent des habitations en silence, tandis que les aigles et les vautours se déchirent.
On trouva même dans ces siècles grossiers des inventions utiles, fruits de ce génie de mécanique que la nature donne à certains hommes, très-indépendamment de la philosophie^. Le secret, par exemple, de secourir la vue affaiblie dès vieillards par des lunettes qu'on nomme besicles est de la un du xiii* siècle. Ce beau secret fut trouvé par Alexandre Spina.
Les machines qui marchent par le secours du vent sont connues en Italie dans le même lemps. Mais longtemps auparavant elles étaient employées chez les Grecs et chez les Arabes. La faïence, qu'on faisait principalement à Faenza , tenait lieu de porcelaine. On connaissait depuiâ longtemps l'usage des vitres, mais il était fort rare; c'était un luxe de s'en servir. Cel art, porté en Angleterre par les Français, vers Tan 4480, y fut regardé comme une grande magnificrace.
Les Vénitiens eurent seuls, au xiii' siècle, le secret des miroirs de cristal. Il y avait en Italie quelques horloges à roues : celle de Bologne était fameuse. La merveille plus utile de la boussole était due au seul hasard, et les vues des hotnmes n'étaient point encore assez étendues pour qu'on ftt usagé de cette découverte. L'invention du papier fait avec du linge pilé # bouilli est du commencement du xiv* siècle. C'est ainsi que lés arts utiles se sont peu à peu établis^ et la plupart des inventeurs ignorés.
Il s'en fallait beaucoup que le reste de l'Europe eût des villes telles que Venise, Bologne, Sienne, Pise, Florence. Presque toutes les maisons dans les villes de France, d'Allemagne, d'Angleterre, étaient couvertes de chaume.
Quoique les forêts eussent couvert tant de terrains demeurés longtemps sans culture, cependant on ne savait pas encore se garantir du froid à l'aide de ces cheminées qui sont aujourd'hui dans tous nos appartements un secours et un ornement. Une famille entière s'assemblait au milieu d'une salle commune enfumée, autour d'un large foyer rond dont le tuyau allait percer le fdafond.
Un auteur du xiv« siècle se plaint, selon l'usage des auteurs peu judideux, que la frugale simplicité a fait ptâce au luxe; il regrette le temps deFrédéric Barberousse etde Frédéric IP, lort-
1. Le mot philosophie est pris ici dans le sens de théorie dee sciences. 9. Empereurs d*AUemagae de la maison de Souabe , qal s'efforcèrent d'établir leur doiiai.«tiou sor l'Italie.
tiVBR m. 995
que dans MUan, capitale de la Lombardie, on ne mangeait de la viande que trois fois par semaii^e.
Le vin alors était rare, la bougie était inconnue, et la chandelle un luxe : on se servait ches Jjes meilleurs citoyens de morceaux de bois sec allumés pour s'éclairer. Les chemises étaient de serge et non de linge; la dot des bourgeoises les plus considérables était de cent, livres tout au plus. Les choses ont bien changé, ajoutet-il : on porte à présent du linge ; les femmes se couvrent d*étoffes de soie, èl môme il y entre quelquefois de Tor et de l'argent; elles ont jusqu'à deux mille livres de dot, et ornent même leurs oreilles de pendants d*or. Cependant ce luxe dont il se plaint était encore loin à quelques égards de ce qui est aujourd'hui le nécessaire des peuples riches et industrieux.
Le linge de table était très-rare en Angleterre. Le vin ne s'y vendait que chez les apothicaires comme un cordial. Toutes les maisons des particuliers étaient d'un bois grossier, recouvert d'une espèce de mortier qu'on appelle torchis, les portes basses et étroites, les'fenêlres petites et presque sans jour. Se faire traîner eh charrette dans les rues de Paris, à peine pavées et couvertes de fange, était un luxe, et ce luxe fut défendu par Philippe le Bel aux bourgeoises. On connaît ce règlement fait soùs Charles VI : « Que personne n*ose donner plus de deux plats avec le potagei »
Un seul trait suffira pour faire connaître la disette d'argent en Ecosse, et môme en Angleterre, aussi bien que la rusticité de ces temps-là, appelée simplicité. On lit dans les actes publics que quand les rois d'Écbsse venaient à Londres, la cour d'Angleterre leur assignait trente schellings par jour, douze pains, douze gâteaux, trente bouteilles dé vin. ^
La vaisselle d'argent était presque inconnue dans la plupart deb villes. Un écrivain lombard du xiv« siècle regarde comme un grand luxe les fourchettes, les cuillers, et les tasses d'argent. Un père de famille , dit-il , qui a neuf à dix personnes à nourrir, avec deux chenaux, est obligé de dépenser par an jusqu'à trois cents florins d'or. C'était tout au plus deux mille livres de la monnaie de France courante de nos jours.
L'argent était donc très-rare en beaucoup d'endroits d'Italie, et "bien pins en Friince aux xiî«, xiii* et xiv' siècles. Les Florentins, les Lombards^ qui faisaient seuls le commerce en France et en Angleterre, les juifis, leurs courtiers^ étaient en possession de tirer des Français et des Anglais vingt pour cent par an pour l'intérêt ordinaire du prôt. Le haut intérêt de l'argent est la marque infaillible de la pauvreté publique.
236 BEGUEIL DE UORCBAUX CHOISIS.
Il n'en était pas ainsi dans les belles villes commerçantes de l'Italie :on y vivait avec commodité, avec opulence; ce n'était que dans leur sein qu'on jouissait des douceurs de la vie. Les richesses et la liberté y excitèrent enfin le génie, comme elles élevèrent le courage,
VOLTAIBB.