‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 8 sur 466 · LIVRE PIBMIKR · texte numérisé non relu

LIVRE PIBMIKR

iement la captivité, niais la mort >iDokeiitD dv briHiml Insecte. Cette catastrophe éclaire enim le grillen sur l'iroprudence de ses désirs; mais si elle lai donne plus de prudence, elle ne détniit pas entièrement te?, tristes effets de la jaloasie qui tarit, dans les cœurs dont elle s'empare, la bonté et la générosité. Le grillon reste insensible à Ja triste fin du papillon; il ne lui échappe aucun accent de plainte ou de pitié sur sa mort; il ne son^e qn*è vivre heureux dans sa retraite prof^onde. Ainsi Tenvie le rendait malheureux, et elle le laisse insensible et égoïste.

Les personnages principaux nous sont maintenant assez bien connus. N'y en a-t-il pas d'autres qui figurent dans la scène cpie l'auteur nous raconte?

i^. Il y a aussi les enfants qui sont épris de la beauté du papillon, de l'éclat de ses ailes, et qui le poursuivent pour s'en emparer. Â l'aide de leurs mouchoirs, de leurs chapeaux, ils parviennent bientôt à l'atteindre. Puis, comme chacun veut l'avoir, ils finissent par le mettre en pièces.

M. La scène à laquelle l'auteur nous fait assister se déroule donc eatièrement sous nos yeux. Essayez de la reproduire. — E. Nous voyons d'abord le grillon cacbé sous l'herbe, puis l'imprudent papillon qui voltige étourdiment de fleurs en tleurs , et jouit sans précaution delà liberté que lui donnent ses ailes. Ensuite nous voyons arriver les enfants, nous sommes témoins de leurs courses et de leurs efforts pour s'emparer du brillant insecte dont la beauté attire leurs yeux et excite leur envie. Nous le voyons succomber à. leurs attaques et nous assistons à sa. douloureuse agonie. Le grillon, qui en est témoin avec nous, comprend alors l'avantage de son obscurité qui le met à l'abri d'un semblable malheur, et s'arrange pour vivre heureux dans sa retraite l^rofonde.

M. Est-ce là un récit vrai, c'est-à-dire le récit d'un événement -réel et dont l'auteur a été témoin?

E. Non. C'est le récit d'une scène imaginée par l'auteur, et dans laquelle il fait même parler des êtres qui net^ont paa doués (le la parole. Ce récit est une fable.

M. Pour quel bat l'auteur a-t-il donc écrit le récit de cette action imaginaire?

E. Dans l'intention de nous. intéresser et de nous instruire, en nous offrant des descriptions qui nous charment, des scènes qui nous émeuvent, et des personnages dont les actions et les discours nous font voir ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut imiter.

U, Mais puisque ces j^rsonna^es ne sont pas réels, puisque

ce sont souvent des animaHX dénués de raison , et même des èlres inanimés que les fabulistes font agir et parler, comment pouvonsnous en recevoir des leçons et des exemples?... Cette question vous embarrasse; elle exige quelques explications pour vous mettre à même d*y répondre.

Un fabuliste ou un auteur de fables se propose, comme vous Vavez fort bien dit, de nous intéresser et de nous instruire en Jious montrant par le récit d'actions imaginaires, et par les actions et les discours de personnages fictifs, ce que nous devons imiter et ce que nous devons éviter. Il prête donc à ces personnages fictifs, aux animaux, aux plantes, aux objets inanimés qu il intro» duit comme acteurs, des volontés, des actes, des sentiments, des pensées semblables à celles que les créatures raisonnables éprouveraient dans les circonstances où ces acteurs fictifs sont placés.

Il leur fait tirer des faits dont ils sont les acteurs ou les témoins les mêmes conséquences que les créatures raisonnables pourraient elles-mêmes en tirer. Ainsi dans la fable du Loup et de C Agneau, le loup joue le rôle d'un homme qui abuse de sa force et qui ne consulte que la violence et l'injustice , tandis que Tagneau joue celui d'un homme qui n'a pour sa défense que le bon droit et l'innocence.

Cherchez donc maintenant à découvrir le rôle que remplit de la même manière chacun des personnages introduits par l'auteur de la fable du Grillon, et quels enseignements il nous donne.

Commençons par le papillon. Quel vous parait être son rôle?

E. Celui d'un étourdi qui se plaît à étaler sa jeunesse et sa beauté, qui jouit imprudemment de la liberté qu'il doit à ses ailes , et qui n'a aucun souci des dangers auxquels il s'expose.

M, Quelles sont les conséquences de cette imprudence, et quel enseignement en résulte-t-il pour nous?

E. L'éclat de sa beauté et les acte 3 de liberté dont il est si vain attirent précisément les attaques des enfants, et il est mis en pièces par eux C*e:t donc un avertissement de ne pas faire étalage des avantages qu'on possède, de peur d'attirer l'envie, et de se voir dépouillé misérablemen-;.

^*, Et quel rôle jouent les enfants qui sont les auteurs de sa perte? Vous paraissez embarrassé? Craignrz-vous donc d'apprécier comme il convient la pari qu'ils ont dans ce petit drame? Cette part n'a-t-elle rien de blâmable? «examinez bien leur conduite. Ce papillon leur avait- il fait du mal? leur en faisait-il? — jÇ. Non. — M, Dès lors avaient-ils le droit de lui en faire et de i'attc^uer? — E, Non. — M, Us ont donc étn injustes et cruels en

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faisant souffrir sans motifs légitimes un être doué de sensibilité, en le mettant en pièces pour leur amusement.

A qui appartient donc le beau rôle dans la fable?

£'. Au grillon. Car il profite de l'expérience, il cesse de désirer les biens dangereux qui le séduisaient, et instruit par le malheur du papillon, il trouve le bonheur dans son obscure retraite. C'est donc lui qui nous enseigne ce qu'il faut imiter, comme les autres personnages nous ont enseigné ce qu'il faut éviter.

>/. Estrce que vous penseriez que le grillon nous offre de tous points un modèle à suivre? Pour moi, je trouve de graves reproches à lui faire , et s'il nous instruit, c'est plutôt en nous montrant ce qu'il faut éviter que ce qu'il faut imiter.

Réfléchissez attentivement au caractère qu'il montre , et vous vous rangerez, j'en suis certain, à mon jugement.

Quels sont au fond la conduite et les sentiments du grillon? Où le voyons-nous d'abord? caché dans l'herbe fleurie , c'est àdire dans une retraite riante et douce où il peut vivre heureux. Mais il veut qu'on prenne garde à luiy il veut qu'on s'occupe de lui y ici-bas; c'est un vaniteux, plein de lui-même. Aussi porte-t-il envie au papillon, et l'envie, une fois entrée dans son cœur, le rend, comme nous l'avons vu, injuste et ingrat envers la Providence, mécontent et chagrin envers lui-même, et sans pitié pour les autres.

Ce n'est donc pas un modèle que l'auteur nous propose en lui. Sa fable a un autre but.

Elle nous montre qu'on peut trouver la joie et le bonheur dans une condition modeste et obscure, tandis que tout ce qui attire les yeux dans les conditions brillantes attire en même temps le danger et la ruine. Puis chaque personnage de cette scène nous donne pour son compte une leçon qui résulte de la part qu'il y prend, du rôle qu'il y joue.

Le papillon nous enseigne à ne pas exciter l'attention et l'envie par l'étalage des avantages que nous possédons, et à ne pas jouir sans précaution de la liberté qui est en notre pouvoir. Nous voyons par l'exemple des enfants, qu'en s'abandonnant à ses désirs et à sa passion on devient violent , cruel , et que la passion manque par son propre excès le but même qu'elle se propose.

Enfin le grillon nous montre comment la vanité peut conduire à l'envie et à la jalousie; comment de la jalousie naissent l'injustice, l'ingratitude, l'amertume, et comment cette même vanité, corrigée par l'expérience, va cependant encore aboutir à i'égoïsme.

6 RECUEIL D-C MORGEAU3L CHOISIS.

Voilà, en effet, le» sages leçons que nous offre cette fable. Avant de l'avoir étudiée avec réflexion , elle ne semblait vous présenter qu*un récit attachant et émouvant, propre seulement à piquer votre curiosité. Maintenant vous en. comprenez, mieux le «ens et la portée, sans que- cette étude plus sérieuse lui ait rien kùt perdre de se& agrément.

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