‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 8 sur 24 · RELATION · texte numérisé non relu

RELATION

Longwoody tk 4a Sai|it«>HéUQe » i^tembre iSiC^ Moîi8£IGlH£UR,

Je viens de receToir Totre lettre de Borne , datée du 6 mars dernier. Je m'estime bien heureux que Votre Altesse ait daigné m'honorer de cette marque de son souvenir. Je m'efforcerai d'y répondre , en lui donnant de temps à autre pour 'toute sa famille un détail suivi de tout ce qui concerné l'Empereur, sa santé » ses occupations et les' traitemens qu'on lui fait éprouver. Je vous manderai surtout , Monseigneur , les choses telles qu'elles se seront passées

et telles qu'elles se trouveront ; m'en reposant //. 5

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sur Votre Altesse pour déguiser , au besoin , au cœur toujours sensible d'une mère , ce qu il pourrait y avoir de trop affligeant pour elle.

Afin de rendre ma relation plus complète, je la ferai remonter à peu près au moment où je quittai Votre Altesse , au Palais-royal, pour m aller mettre spontanément de service auprès de l'Empereur; je la prendrai à l'instant où je suivis S. M. â la Malmaison, pour ne plus la quitter ; au moment, enfin, où, près de monter en voiture , l'Empereur , au bruit du canon de l'ennemi, fit dire au gouvernement provisoire > t Que pour « avoir abdiqué la soaveraineté , il n'avait pas c renoncé à son plus beau droit de citoyen, cec lui de combattre pour la patrie ; que si on vou- « lait, il irait se mettre à la tête de l'armée; que c l'état des choses lui était bien connu ; qu'il réc pondait de frapper l'ennemi de manière a as^ < surer au gouvernement le temps et les moyens c de traiter avec plus d'avantage ; que le coup c porté, il n'en poursuivrait pas moins imméc diatement son voyage. >

Sur le refus du gouvernement provisoire , nous naus mimes en route, dans la soirée du 29 juin ,

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pour Rochefort , où deux frégates étaient com^ mandées pour nous transporter aux EtatS'^Unis d'Amérique. C'était l'asile que l'Empereur s'était choisi.

L'Empereur , avec Une partie dé sa suite , composée de plusieurs voifures, parcourut cet es*pace sans escorte , et au milieu des acclamations de toute la population qui accourait' sur les 'routes. Il était difficile de n'être pas ému. L'Empereur seul se montrait impassible. On pouvait aisément distinguer sur tous ces visages les vœux pour ce qu'ils perdaient, l'anxiété pour ce qui devait suivre. Ce spectacle avait quelque chose de touchant et d'étrange. Il offrait beaucoup au cœur et à la méditation*

Arrivés à Rochefort , nous y attendîmes vainement plusieurs jours les passeports dont on nous avait flattés en quittant Paris. Cependant les événemens marchaient avec une grande ra^ pidité. Tout nous commandait un appareillage sans'délai. Les ennemis étaient entrés dans Paris. Notre armée principale se retirait en deçà dé la Loire , pleine d'indignation et de fureur. Celle

de la Vendée , celle de Bordeaux , partageaient

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les mêmes seutimeos. Toute la population était: dans une fermentation extrême. De toute part., on sollicitait r£mpereur de retenir se charger de la fortune publique. Mais sa déternijination était irrévocable. D'un autre coté , les croiseurs anglais étaient en présence. Toutes les passes étaient fermées. Les vents nous demeuraient constamment contraires. Ainsi, quand tout commandait par terrç de précipiter le départ, tout concourait par mer à le rendre impraticable. Dans cette extrémité , TËmpereur m'envoya à la croisière ennemie, comme devant avoir par mon ancienne émigration , plus de connaissance des Anglais. Je demandai si on y avait entendu parler de nos passeports pour l'Amérique. On ignorait cette circonstance. Je peignis notre véritable ^tuation» les offres faites à l'Empereur, ses refus et son intention inébranlable. Je posai la supposition de notre départ sur un neutre. Le capitaine anglais avait ordre de le saisir. Je parlai de la sortie des frégates sous pavillon parlementaire. Il avait ordre de lei| combattre. Je lui représentai toute l'étendue des maux dont il pouvait être la cause , s'il forçait l'Empereur de

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redescendre A terre. Il m assura ne pouvoir rien prendre sur lui à cet égard , mais qu'il allait s'adresser immédiatement à son amiral et me ferait une réponse sous deux jours.

En attendant , de notre côté » nous avions épuisé pour notre sortie , tout ce que Fimagination pouvait fournir. On avait été jusqu'à la proposition désespérée de traverser l'océan sur deux frêles chasses-marée. De jeunes aspirans , pleins d'ardeur et d'etithousiasme , étaient venus s'of-* Crir pour en composer les équipages. L'Empereur accepta; mais au moment de partir, il fallut y renoncer: entre autres difficultés, ils déclarèrent qu'on serait obligé de relâcher sur les côtes d'Espagne et de Portugal, pour faire de l'eau.

Cependant , là tempête morale allait toujours croissant autour de nous. Elle s'approchait sans cesse. Les sollicitations se multipliaient auprès de l'Empereur. Des généraux venaient en personne le supplier de se mettre à leur tête. L'Empereur demeura inébranlable, c Non , répondit-il « toujours , le mal est désormais sans remède. € j€^ ne puis plus rien aujourd'hui pour la patrie.

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c Une guerre civile serait désormais sans objet,! c sans résultat pour elle. Elle ne pourrait être « utile qu'à moi , à qui elle obtiendrait quelquesc termes sans doute. Mais je Tachetterais par là « perte infaillible de ce que la France a de jJus € généreux. Je le dédaigne. >

C'était ce même sentiment qui, lors de son abdication rendue nécessaire par la perfidie , Tempécha de se réserver la Corse, où aucune croisière ennemie n'eût pu l'empêcher d'arriver. Mais il ne voulait pas qu'on pût dire que , dans le naufrage du peuple français , qu'il ne

prévoyait que trop, lui seul avait su se créer un asyle , en se retirant chez lui.

Ne voyant pas venir de réponse, je retournai à bord du vaisseau anglais. Le capitaine n'avait pas encore eu de nouvelles de son amiral. Mais il me dit cette fois qu'il avait autorité de son gouvernement de conduire Napoléon et sa suite en Angleterre , si cela lui était agréable. . Je lui répondis que j'allais transmettre cette offre et que je ne doutais pas que l'Empereur n'en profitât avec magnanimité et sans défiance , pour aller demande^ en Angleterre même, les moyens

de se rendre en Amérique.* Le capitaine m'ob* serva qu'il ne garantissait pas qu'on nous les accordât ; mais il m'assura , et plusieurs officiers le secondèrent , que nous ne devions avoir nul doute d'y recevoir le traitement digne de l'élévation f de la grandeur , de la générosité de leur nation.

A mon retour , l'Empereur nous réunit autour de lui , pour connaître notre pensée. L'opinion fut unanime pour accepter l'hospitalité qui nous était offerte. Il ne s'éleva pas la moindre inquiétude. « C'est une occasion de gloire , dic sait-on, qui sera avidement saisie par le prince- « régent. Quel plus beau triomphe pour l'An- « gleterre que cette noble confiance de son c grand ennemi; que cette préférence obtenue c sur un beau-père et un ancien ami! Ce sera » < disait-on, une des belles pages de son histoire! c Quel hommage rendu à l'excellence , à la su- M périorité de ses lois ! > Ici , M onsiegneur, j'osai m'appuyer de la haute opinion de Votre Altesse même , sur le caractère national du peuple anglais , sur sa moralité , sa noblesse et son influence sur les actes de la souveraineté méme«

L'Empereur pensait bien que sa retraite en Amérique serait vue avec jalousie sans doute , et que cet article éprouverait quelques diflScultés. Mais comme il ne choisissait cet asyle que pour vivro sous des lois positives , et que l'Angleterre lui offrait les mêmes avantages; il lui importait peu d'être contraint d'y demeurer. Il s'y détermina même et écrivit au Prince-Régent une lettre remarquable , qu'ont répétée tous les papiers de l'Europe (i).

Je retournai le soir même coucher à bord du BeltérophêHy annonçant l'arrivée de l'Empereur pour le lendemain matin. J'étais accompagné du général Goui^aud , aide^e-camp de Sa Majesté , qui fut expédié sur-le-champ pour l'Angleterre. Il était porteur de la lettre pour le Prince-Régent, et devait faire connaître à S. A. R. le désir dé l'Empereur de débarquer dans ses états , sous le titre de colonel Duroc, et de se fixer , avec son agrément , dans une des provinces les plud favo« râbles à sa santé.

A peine l'Empereur était arrivé à bord du

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