‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 9 sur 24 · I « I ■ I .1 1 1 . „• I ■ I II I ■ I · texte numérisé non relu

I « I ■ I .1 1 1 . „• I ■ I II I ■ I

(0 Voy^s cette lettre au tome TS pag. i5.

DS SAINTE-HiliNK. 4^

Bellérophon, que Tamiral de la croisière parut , et vint mouiller auprès de nous. S. M. témoigna le désir de visiter son vaisseau , le Superbe y et l'amiral Hotham lui en fit les honneurs avec une grâce et une élégance qui recommandent son caractère.

Nous partîmes, et telle était notre sécurité, que, dans lâbandon de nôtre bonne foi, chacun de nous remplit le temps du voyage de rêves innocens sur nos nouvelles destinées , au sein du re* pos et de l'hospitalité britannique. Que nous étions loin de soupçonner toutes les horreurs de notre affreux mécompte ! ,

A peine nous eûmes jeté 1 ancre sur les plages anglaises , que tout prit autour de nous laspect le plus sombre. Le capitaine avait communiqué sur-le-champ. A son retour , ce nous fut assez de son visage pour pressentir nos malheurs. C'était un homme de bien , qui avait exécuté ses instructions, sans connaître l'horrible secret qui les avait dictées. Nous avions été condamnés d'avance à être jetés sur le roc stérile de Ste.-tiélène, au milieu des mers ^ à 5oo lieues de toutes terres.

4a PIÈGES 8UK LE PRISONNIER

Nous fûmes mis , dès cet instant , sous Tiu-* terdit le plus sévère. Toute communication nous fut défendue. Des bateaux armés rôdèrent autour de nous , éloignant à coups de fusil les curieux qui osaient nous approcher. On nous signifia bientôt , dans les termes les plus durs et dans les formes les plus amères, l'inique, la fatale sentence , et Ion ne perdit pas un instant pour la mettre à exécution. On saisit nos épées , on visita nos effets pour nous prendre et gérer, disait-on , notre argent , nos billets , nos diamans. On supposait des trésors à l'Empereur. Qu'on le connaissait mal ! On ne lui trouva que 4ooo napoléons , qu'on retint , et quelque peu d'argenterie qu'on lui laissa. Les objets de service du moment, quelque linge, des vétemens, quelques caisses de sa bibliothèque de campagne, composaient toute la fortune de celui qui avait gouverné le

monde, distribué des royaumes et créé des rois.

On nous transvasa du Bellérophon sur le Nor-^ thumberland ^ et nous fûmes lancés sur le vaste Océan , vers nos destinées futures , aux extrémités de la terre.

Nous avions suivi l'Empereur en très - grand

BK SAINTE -HitilCE. 4^

nombre; il ne fut permis qu'à quatre de partager 9on supplice. En le voyant partir , ceux qui restaient en arrière sanglotaient de douleur; un de ceux qui avaient le bonheur de le suivre ne put s'empêcher de dire à Tamiral Keith , qui se trou vait à ci&té : « Vous observerez du reste, Milord, < que ce sont ceux qui demeurent , qui versent « des pleurs. »

L'Empereur laissa après lui une protestation courte , simple et énergique ; je la transcris ici en note , parce que les papiers ne Font publiée qu'imparfaite (i). Pour nous. Monseigneur, nous nous demandions, dans l'amertume de nos cœurs et l'indignation de tels actes : Quel est

donc ce guet-à-pens? Ne sommes-nous plus

parmi les nations civilisés ? Où en est donc le droit des gens, la morale publique? Nous en appelions à Dieu qui venge les perfidies ; nous le prenions à témoin de la bonne foi trahie. Il me serait difficile de vous rendre la tempête qu allumait en nous cet abus insultant de la

force et du mensonge sur notre innocente cré-

(i) Voyez cette protestation au tome 1*% t>ag. i5.

duHté. Encore à présent, de vous en parler. Monseigneur , me^ fait courir, le sang plus vite. Nous lisions dans les papiers , Qu'on nousavait fait prisonniers ; nous qui étions venus si librement et avec tant de magnanimité ! Que noui avions été contraints de nous rendre à discrétion; nous qui avions dédaigné , par grandeur d'âme, de profiter des hasards de la guerre sur terre , et qui eussions pu tenter le sort des armes par mer ! Et qu'aurait donc eu de pire notre traitement , si nous n'eussions succombé qu'à la force? Qui osera douter que nous n'eussions épuisé toutes les chances , couru même volontiers celle d'une mort certaine , si nous eussions pu soùp^

çonner le sort qui nous était réservé ? Mais la lettre même de l'Empereur au Prince - Régent met hors de doute les intentions de la croyance réciproque. Le capitaine anglais à qui elle fut communiquée d'avance^. les avait sancfîonnée» tacitement en n'y faisant aucune objection. On nous a dit plus tard , que le traitement de l'Empereur NapoléQi\^ n'était pas un acte exclusif de FAnglelerre, mais une convention des quatre ^ grands pouvoiis alliés. Vainement les ministres

brttanpiques croiraient par là couvrir la tache dont jls ont flétri leur nation ^car on leur crie : Ou vous avie^ arrêté cette convention avant d'avoir en vos main» nUustre victime, et vous avec eu l'indignité de lui tendre un piège pour vous ^» saisir; ou bien vous, avez conclu quand elle était déjà en votre pouvoir , et alors voui aveE commis le crime de sacrifier l'honneur dé votre pay^ , la sainteté de vos lois â des considérations étrangères , auxquelles rien ne pouvait voil^ contraindre.

• Que de maux ces violatio^is monstrueuses préparent à notre pauvre Europe! Que de passions

elles vont i^iiimer l Qui ne voit dans ces mesu* res arbitraires et tyranniques, dans ce mépris de t9i^te3 les lois vis-à-vis de l'empereur Napoléon, une réaction étudiée de doctrines politiques ? La tempête était apaisée , on la réveille. On affiscte de répéter sans cesse que la révolution s'éteifibt dans la„ proscription dé Napoléon^ Aveuglement étrieitige 1^ On oublie qu!il. l'avait finie: on la recommence. Les populations tfe l'Europe vont ferm^oter plus que jamais.

- LesiijoaIruiOlioas des ministres anglais com-

46 ^ii:GEs SUA Lfi PHisoNNisa

mandaient pour TËmpereur le titre de Général et défendaient toute espèce d'égards et de respects inusités. L'Empereur eût pu être fier de ce titre , il Tairait immortalisé. Mais la circonstance et Tintention le rendaient un outrage. Nous ne crûmes pas qu'il convint au ministère anglais de changer à son gré Tordre des choses de l'Europe; et qu'il pût annuler , selon son caprice , une qufr- ^ lification c)réée par la volonté tl*uii grand peuplé, consacrée par la religion , sanctionnée par la victoire, reconnue par les traités , avouée de tout le continent; et nous persistâmes, dès cet instant , à continuer le titre d'EuraEEUR à celui quf, peu de jours auparavant, s'était choisi celui de Colonel.

Notre traversée de deux mois fut, du resle heureuse , . uniforme et paisible. Le vaisseau \ comme tous les points de la domination britaii'* nique , fourmillait de pamphlets et de libellés sur la personne , le caractère, les traits , les formes , les manières et les actes de TEmpereul^. Il tombait au milieu de tous les préjugés hérissés contre lui , et ce ne fut pas tm- spectacle peu curieux pour l'observateur attentif/ que: de ;voir

DE 8AINTE-HELÈNK. 4?

les nuages du meusooge se dissiper devant l'éclat de la vérité , et l'horizon prendre tout-à-fait d'autres couleurs. Aucun d'eux ne revenait de son calme, de sa sérénité; ils admiraient sa connaissance de toutes choses , surtout l'égalité de son humeur. Quand nous nous sommes quittés» il a échappé de dire à celui qui avait eu le plus de relations avec lui , qu'il n'avait jamais pu le surprendre mécontent ou désireux.

L'Empereur passait toute la matinée dans sa petite chambre. Vers les cinq heures , il entrait au salon, où il. jouait une partie d'échecs avant de se rendre â table. Durant le dîner , l'Empereur parlait peu et rarement. Vous savez, Monseigneur, qu'il ne restait jamais plus de dix-huit à vingt minutes à table. Ici on y demeurant plus de deux heures. C'était un supplice qu'il n'eût pu supporter. On lui servait du café au bout d'une heure, et il se levait pour aller sur le pont. Le grand-maréchal et moi le suivions r^ulièrement. C'était le seul moment où il parût en publio. Il faisait approcher l'officier de service ou quelques personnes de profession , le chirurgien, le commissaire ou l'aumônier, et s'informait de

48 PliciS SUR LE PRISONNtË'ilt

ce qui les concernait. Dans les premiers jours , Téquipage montrait une grande curiosité; bientôt ce ne fut plus que de l'intérêt. S'il arrivait quelque manœuvre qui pût procurer du mouvement ou de la confuseion sur le pont , les jeunes aspirans accouraient» et par un mouvement touchant , formaient un cercle autour de lui pour le préserver de toute injure. L'Empereur se retirait dans sa chambre de très-bonne heure. Ce fut là sa vie de tous les jours.

Arrivés â Ste.-Hélène, après deux ou trois jours de mouillage » nous fûmes débarqués à la nuit dans James-Tovirn, espèce de village, de colonie , ou de hameau coinposé de quelques maisons , parmi lesquelles la relâche annueUe de la flotte des Indes en a fait construire queLques-unes assez considérables , pour la commo* dite des voyageurs.

Le lendemain au matin, l'Empereur, conduit par l'amiral , fut voir dans Fintérieur de l'Ile , la demeure qu'on lui destinait. Elle demandait des réjparations absolues , qui ne pouvaient être prêtes de quelques jours. L'Kmpereur devait donc revenir à James-Town, où la chaleur était

DE SAt^TË-âili:N£» 49

suffoquante et insalubre, sans parler d'autres inconvéniens plus graves encore , surtout celui d'une curiosité importune. Il préféra de s'arrêter à trois ou quatre milles de la ville , et me fît Te^ nir le soir même. Le peu d'espace de cotte nou* Telle demeure ne permettait pas d'admettM personne autre. C'était une espèce de guinguette, à cinquante pas de la maison du propriétaire^ composée d^une seule pièce , au rez-de-chaussée^ de quelques pieds carrés. L'Empereur y fit dvéà^ Ser son lit de campagne» et dans cette setdé pièce, il dut dormir , s'habiller, travailler, matt^ ger et se promener. Se couchais au-dessus dans une petite mansarde, où mon fils et moi avions à peine notre surface. Les valets de chambre de FEmpereur couchaient par terre en travers de sa porte. La famille du propriétaire, tout à fkit

honnête et bonne , était à citiqûante pas. Il f avait deux petites demoiselles , de i3 à 14 ans. Ce sont elles sur lesquelles les papiérs-nouVeUes se sont trouvés si heureux de pouvoir s'égayefl L'Empereur y entra quelquefois les premiers jours. Mais les qualités hospitalières du proprië-* taire y réunissant souvent des curieux, l*Em- //. 4

5o PIÈCES SUR L£ PRISONNIER

per^ur y rcDouça. Les autres officiers de sa suite, qui étaient demeurés à la ville, venaient auprès de lui le plus souvei^tt qu'ils le pouvaient : mais à causç deâ méprises ou de la confusion des conr sjgnes » .c'était presque toujours au travers des l^ortificatious et des peines. L'Empereur était très-mal, plus mal encore que .vous ne l'imaginerez, Monseigneur. On était obligé, les premiers jours , d'apporter son dîner de la ville. Plus tard, pu trouva moyen d'organiser une cuisine tapt }^^ que mal. Il ne fut jamais possible de lui procurçr un bain , bien que ce fut devenu pour {piuujQbjet de première nécessité. Il était obligé

dç sortir de sa chambre pour qu'on pût la balayer et faire sou lit. Nous nous promenions sur }o sol rocailleux autour de la maison , ou dans une allée du voisinage , quand le soleil baissait, ou que le clair de lune nous le rendait prati- C£ible.

Nous passâmes deux mois de la sorte, au bout desquels nous fûmes transportés à Longwopd , que nous occupoqs en cet instant. U avait fallu tout ce temps pour les premières réparatiops. La colonie !9^'y trouva toute réunie , à l'exception

DE SAINTE-HÉLÈNE. 5l

du grand -maréchal et de sa femme, que le tilan* que d'espace força de demeurer à troU milles dans une maison séparée.

Longwood ïi -était, dans lé principe, qu'une

ferme de la compagnie. Elle avait été abandonnée au dernier sous-goiiverneur , qui était venu à bout d'en faire une demeuré de campagne. Les additions actuelles ont été faites avec une telle hâte , qu'elles n'offraient que des réduits fort insalubres , et elles sont si frêles , qu'au boui^ de l'année , la plupart se trouveront probabletnent hors de service.

L'Empereur est très-mal, et nous , à jlèu pf è* au btvouac. Pour votre parfaite connaissance,' Monseigneur, je joins ici le plan de l'établîssetnent que mon fils avait tracé pour sa mèi*e. N'ajoutez donc aucune fdi au faWièUX palais dé bois dont ont retenti tous les papiers d'Angleterre. La pompe est pour l'Europe , la misère pour Ste.-Hélène. Il est bien vrai qu'il y a quelque temps, il est arrivé un grand nombre de ïnkdi'iers bnits; mais comme il a été calculé qu'il faudrait de sept à huit ans pour accomplir leur emploi , que nous demeurerions tout ce temps

5s PIÈGES SUR LE PRISONNIER

jsiu milieu des ouvriers, et que cela coûterait des sommes énormes , on y a renoncé. Ils pourrissent sur la plage.

Ce n'est pas qu'il n'y ait dans l'ile des demeures préférables à Longwood. Plantation-* Home surtout, la demeure des gouverneurs , est une bâtisse européenne , avec un joli jardin , de Tombrage, et tous les àgrémens qu'on {^eut attendre ici. L'Empereur y eût été beaucoup plus

convenablement , et l'on eût épargné de grandes

dépenses. Mais le déplacement d'un gouverneur, pour l'illustre proscrit , eût été une mesure d'égards que les ministres anglais, nous a-t-on dit, se sont empressés d'interdire. Les dehors de Longwood sont vraiment misérables. On ne saurait y rien faire venir; ou du moins, cela demauderait des soins fbr|: au-dessus de ceux dont nous sommes capables. Pour dire tout en un seul mot, c'est la partie déserte de l'ile ; la nature en a repoussé constamment jusqu'ici la population et la culture. L'eau y est très-rare. Il n'y a point d ombre. On n'y trouve que des bruyères marinés , quelques arbrisseaux, et le gommier, espèce d'arbre bâtard et difforme, ne donnai^t ni feuille^

DE SÀIINTE-HÉLÈICK. 53

ni ombrage. On y est littéralement infesté de rats et de souris.

Toutefois le voyageur qui vient de traverser les mers , dont Tœil fatigué de la monotonie des vagues est tout prêt à admirer le premier sol qu'il rencontre , s'il grimpe par un beau jour sur notre plateau , dans l'étonnement des affreux rochers qui pointent autour de lui, et des abimes creusés à ses pieds , à l'aspect riant de la verdure sauvage qui dessine les gorges environnantes , il s'écrie que c'est fort beau. C'est souvent un de nos supplices. Mais , Monseigneur , pour celui qui est condamné à cette habitude , c est un vrai lieu de désolation. Il en est de même du climat , que ceux qui ne font que passer peu-* vent trouver doux et innocent. Sous le soleil dé« vorant du tropique , cette ile est, la plupart du temps, couverte de nuages, et Longwood, sujet à de fréquentes pluies, d'où il suit que, si le soleil parait , on est brûlé , et que , quand il se cache , l'on demeure dans une affreuse et constante humidité. On a donc à souffrir presque tout à-la-fois du froid et du chaud, contraste destructeur qui produit des ravages effrayans

si|r la structure humaine. La saison toujours régulière, laisse l'année sans couleur. C'est une monotonie qui affecte Timagination» l'esprit et le corps. Il serait difficile de rendre la fadeur et l'ennui qu'Ole engendre. C'est une peine de tous les jours , de tous les instans. C'est ce tourment physique qui , joint à toutes les pdnes morales dont on abreuve journellement l'Empereur, lui a fait dire, en apprenant le sort funeste de Murât: « LesCalabrois se sont .montrés moins c barbares, pi vis généraux que les gens de Plyc mouth.»

En arrivant à Longwood , l'Empereur essaya de reprendre l'exercice du cheval. La prodigieuse activité de sa vie passée lui en rendait l'interruption dangereuse. Et vous savez peut - être y Mônf^igàeur , que Cor «isard le lui recommandait t: çpmme nécessaire contre une incommodité dont il est Qienacé. On nous avait assigné des limiter assez réticécîes que .noua pouvions parcourir sans aucune surveillance étrangère. On connaît les prodigieuses et- rajfHdes^ courses auxquelles l'Empereur était habitué*. Ici v le peu d'e^ipace, la monotonie de l'etidroit , la coursa

BE SAINTK*H£L£NE. 55

toujours la même qui réduisait cet exercice à une espèce de manège , le dégoûtèrent bieutot ; il y renonça tout â fait. Nos sollicitations et no» prières n'ont îamais pu venir à bout de le lut faire reprendre* « Je ne saurais tourner ainsi mit « moi-même , disait-il ; quand jai un cheval « entre les Jambes , l'envie me prend de courir, « et je ne puis la satisfaire ; c'est un tourment « que je dois m'épargner. » L'Ile a vingt- cinq ou trente milles de tour. L'Empereur eût pu la parcourir sous la surveillance d'un officier an«î glais. Il n'a jamais pu s'y soumettre. La couleur de l'habit ou la difl^rence de nation , n'est pas son objection ; car quand on a reçu le baptême du feu , dit-il , on est â ses yeux d'une même re^ ligion. -Mais il ne voudrait sortir que pour se procurer une jouissance. C'est le nioment où il pourrait s'épancher avec nous : un étranger It lui interdirait. Il voudrait se distraire de sa situation, et la présence de son geoRer la luixappelleraitsans cesse. Tout se calcule dans la vie ,

dit-il , tout se pèse. Or, le biea quW retirerait son corps demeurerait fort au-dessous du mal qu'éprouverait son esprit. Un instant , l'amiral

56 PIÈGES sua LE PRISONNIER

Cockburn se prêta avec assez de grâce à lui faciliter ces excursions extérieures ; mais ce ne fut que rarrangement d un jour. Dès le lendemain» soit qu'il se repentit pu autrement , il fut pré-* tendu qu on ne a était pas compris, et il n en fut plus question^

La grande occupation de TEmpereur est de Ure dans sa chambre , oU de dicter à chacun de nous sur les principales époques de sa \ie« Sainte- Hélène ne sera pas tout, à fait perdi^e pour Thistoire ni pour la gloire française. Les campagnes d'Italie et l'expédition d'Egypte sont déjà assurées. Ce sont des ouvrages dignes de leur sujet, n n'appartenait qu'à celui qui ayait accompli ces prodige» de les décrire dignement.

L'Empereur a appris l'anglais y Monseigneur » et j'ai la gloire de l'enseignement. En moins de trente leçons , il a pu lire les papiers-nouvelles^ Aujourd'hui il parcourt tous les ouvrages.

Tout ce qui concerne la vie animale se trouve ici delà plus mauvaise qualité , ou manque même tout à fait. G'est mauvais : d'abord parce qu'à cette latitude et dans cette colonie » sa nature est telle ; ensuite parce que nous sommes pourvus à

DE SAINTE-HÉlÈUfi. S'J

l'entreprise , par contrat , sans aucune autorité ni contrôle de notre part. Nous n'avons jamais pu obtenir qu'on nous fournit les animaux vi- Tans ; on en devine la cause , non plus que d'être pourvus autrement qu'au jour la journée ; si bien, qu'il est arrivé plus d'une fois de voir les heures de nos repas retardées , parce que les provisions n'étaient pas encore venues, et qu'on s'est trouvé quelquefois , dans lé courant du jour , privé de boire et de manger , parce qu'on se trouvait précisément entre la ration consommée et la ration à venir. La viande est détestable ; le pain n'est pas le nôtre. Le vin fort souvent ne saurait se boire. L'huile, sur laquelle l'Empereur est délicat , et qu'il aime , ne peut s'employer dans son état naturel. Il a été impossible de se procurer de la liqueur passable , et elle eût fait plaisir , etc. L'Empereur , qui a été si long-temps gâté sur tous ces objets , à un tel point qu'on ne saurait le dire et qu'il l'ignorait lui-même ; lui pour^qui ces jouissances ne sont que négatives , c'est-àdire, qu'il ne s'apercevrait pas si toutes ces choses étaient bonne^t est sensible néanmoins à ce Qu'elles «e trouvent «i mauvaises. Il ne se plaint

pas ; il Tivrait de la ration du soldat ; mais enfin îl en souffre , et nous encore en souffrons pour lui bien davantage. Croirait-on jamais que lautorité se soit opposée à ce que notre sollicitude attentive cherchât à lui procurer, à son insu, ces petites jouissances !

L'Empereur n'a aucune distraction extérieure. Il ne reçoit plus ou à peu près. Le nouveau gouverneur a mis aux visites de telles difficultés, qu elles équivalent à une interdiction. L'Empereur lui-même y a trouvé des inconvéniens qui l'en ont éloigné. Les voyageurs venaient employer auprès de nous les plus ardentes sollicitations pour obtenir l'honneur de lui être nommés. Et rien de plus commun que de lire, cinq mois après , dans les papiers anglais , les rapports les plus déplacés sous les noms même de ceux qui nous avaient montré les expressions les plus vives , les formes les plus obséquieuses, la reconnaissance la plus exaltée. Une fois pour toutes , Monseigneur , ne croyez aucun de ces papiers , ni aucune de leurs plates absurdités. Quand ces anecdotes nous reviennent ici;%lles sont la risée, l'indignation des Anglais qui nous entourent*

B£ SAINTE-HilENE. 5^

Ils se plaignent que leurs lettres sont défigurées ; Us nous démontrent qu!aucun d eux n'aurait pu écrire ces choses ; qu'elles ont du être fabriquées à Londres , ou recueillies de la bouche des domestiques des voyageurs qui passent. Monsei* gneur , l'Empereur , votre auguste frère , est toujours lui; et nous, qui avons le bonheur de l'entourer, nous apprenons par expérience ce dont on doutait proverbialement : qu'un grand homme peut le demeurer , et croître encore aux yeux de ceux qui le voient à nu et ne le quittent ni nuit< ni jour.

L'Empereur dort fort peu. Il se couche de bonne.heure; et comme il sait que je dors aussi très-difficilement , il me fait appeler souvent poui;v lui tenir compagnie jusqu'à ce qu'il s'endorme. Il se réveille assez régulièrement sur les troià heures ; on lui donne de la lumière , et il tra-^ vaille jusqii'à six ou aépi; qu'il se recouche pour essayer de dormir encore. A neuf heures on lui ^rt §011 déjeuner sur une petite table ronde ou esp^ de guéridon près de son canapé. Il y fait appeler ps^r fois l'un de nous; puis il lit, travaille QU sommeille durant îa grande chaleur du jour.

6o PIEGES SUR LE PRISONNIER

Il nous dicte ensuite. Pendant long-temps il, a eu l'habitude , vers les quatre heures , de faire une course en calèche , entouré de nous tous ; mais il vient de s'en dégoûter comme du cheval. Au lieu de cela , il se promène jusqu'à ce que rhumidité le force de rentrer. S'il lui arrive de s'oublier au-delà de cinq heures, il est sûr d'être enrhumé du cerveau le soir , d'avoir une toux assez forte et de violens maux de dents. L'Ëm-pereur rentré , dicte encore jusque vers huit heures où il passe au salon , et fait une partie d échecs avant d'aller à table. Au dessert, les gens retirés , il nous lit lui-même quelques pièces de nos grands poètes , ou quelqu'autre ou* vrage choisi.

Tels sont les plus petits détails de la vie de l'Empereur : heureux si , dans l'isolement de l'univers , il lui était permis de jouir en paix , au milieu de nos soins pieux et tendres et dans l'entier oubli du monde, de quelques heures dérobées à ses peines 1 Mais depuis l'arrivée du nouveau gouverneur, il n'est pas de jour, d'heure, d'instant où il ne reçoive quelque nouvelle blessure. On dirait un éguillon sans cesse occupé à

DE 8AINT£«HÉliÈNE. 6l

réveiller les plaies dont un instant de sommeil aurait pu suspendre les douleurs. ^

A notre arrivée dans la colonie, nous étions très-mal; mais nous tombions de si haut, qu'eu»sfonsrnous été très-bien , iious n'aurions su encore que nous plaindre. Les Anglais généreur qui se trouvaient autoar de nous , ceux qui passaient» jugeant la vérité dé notre position, nous répétaient sans, cesse / soit qu'ils volussent nous consoler , soit qu'ils le prissent dans leur cœur.: « Votre situation actuelle n'est que provisoire ; « elle ne saurait durer de la sorte. La politique , c à ce qu'on acru^ demandait à s'assurer de vos

« personnes; mais le droit naturel, la générosité» «l'honneur y^lept qu'on vous entoure de tou- « tes l^s indulgences possibles. La partie pénible « est accomplie. Des vaisseaux cernent la côte , « des soldats bordent je rivage, des signaux peu- « vent vous tracer à chaqueinstant dans l'intérieur c de l'ile. Toutes Içs précautions- de sûreté sont « complètes. A présent les mesures de douceur « vont se développer. On vous envoie un lieute- « nant-général pour gouverneur; H a passé sa vie « sur le continent, au quartier-général, ou à la cour

6q pièges suk le prisonnier.

c >des souverains. Il y aura appris tout ce qu'on « doit à Napoléon. Ce choix doit tous dire assez* « On aura voulu un homme distingué , digne de c sa haute mission ; d'une élévation d'âme , d une « noblesse et d'une élégance de manières , prot près à la délicatesse de sa situation. Encore un « peu de patience , et tout s'arrangera bientôt au tf mieux possible... > U arriva enfin, ce nouveau messie.... Mais bon Dieu , Monseigneur 1 Le mot échappe. On n'avait envoyé qu-un exécuteur , qu'un gendarme. A sa voix tout a pris l'aspect et les formes les plus sinistres. Lés apparences d'égards , les formalités de bienséance ont disparu. Chaque jour depuis a été pour nous un jour d'aggravation de douleur et d'injure. Il a resserré nos limites , atte^ité^ à notre intérieur, interiëré dans nos plus petits détails domestiques. Il a interdit tout rapport avec les habitans , éloigné la communication des officiers.de sa propre nation. Il n40us à entouré de fessés , ordonné des palissades , multiplié les soldats , encerêlé dès {irisons dénl^ des pris6tts.il nous a environnés de terreur et mis au secret.- L'Emptereur ne se' voit plu« cjfue dans un donjon. U ne sort plus de sa chambre.

D£ SAIIHTS-HELÈNE. 63

Le peu d audiences qu'il a accordées à cet offi« cier oQt été désagréables et pénibles. Il y a mif un terme et résolu de ne plus recevoir ce gou^ verneur. a J'avais à me plaindre de l'amiral , a-*t-> « il dit ; mais du moins il avait un cœur ; potu? , « celui-ci , il n a rien d'anglais , ce n'est ,qu'ua « mauvais sbire de Sicile. »

Sir Hudson J^owe se rejette de tous ces griefs^ il est vrai , sur les instructions de ses ministres. Si sir Hudson Lowe est exact, ses instnic* tions sont barbares. Pour nous , nous pouvons aiBrmer' qu'il les exécute barbarement.

L'Empereur ne saurait survivre long-temps â de pareils traitemens. Toute la faculté le pense ainsi (i). Et que ne dira pas l'hiàtôire ! Sir Hudson Lowè ne disconvient pas que sa vie ne soit eu danger ; mais il répond froidement que ce sera sa faute, que ciest lui qui l'aura voulu.

(i) Le médecin dé l'Empereur est le docteur O'Mearà, chirurgien du Beiîérophoh , homme modeste et vei> tueux, qui demanda la permîssioa de s^attather à nottè destinée. H trouvera daui l^stime publique la récom^^ pense méritée d« son noble dévoûqoent.

64 PIECES SUR LE PRtSONNiER

La dernière conversation de l'Empereur avec lui a été vive et remarquable. Ayant prétexté des communications importantes , l'Empereur s'en est laissé accoster dans sa promenade. C'était pour lui dire que les dépenses annuelles de l'établissement étant de âo,ooo liv. sterl. , et le gouvernement n'en accordant que 8,000» il voulût bien hii remettre entre les mains les 12,000 qui restaient de déficit. L'Empereur, choque ; l'a prié de vouloir bien lui épargner ce» objets , et comme sir Hudson Lov^e s'obstinait à vouloir les discuter , l'Empereur s'est emporté , et lui a dit : t De le délivrer de ces ignobles c détails et de le laisser tranquille; qu'il ne «lui demandait rien ; que quand il aurait t faim , il irait s'asseoir â la gamelle de ces t braves ( en montrant de la main le camp du t troisième ) , lesquels n« repousseraient sûre* • ment pas le plus vieux soldat de l'Europe. » Il en est résulté néanmoins que l'Empereur a été réduit à faire briser et vendre son argenterie pour fournir , mois à mois , à compléter le strict nécessaire ; et tous auriez été touché , Monseigneur; de la douleur et des larmes des

genày à 69 épeotade êl élùigÈié éé lé^r» iêkéÈ.

yMê\ McmMig»éUr f ^Ui tottndi»sez râfbontf^ dance à laquelle l'Empereur était accoutuiné^ Vô^ê ToU^ rdct4é#ea^ tous douté, mais tous iàve^s auB«i''le tët*)tàbl0 prix i^U'il attAchaff k umèà cé9 eb«de9. li «'itttBgile et ûé se plaint pas. fbtftéî^ foi» ^ ltM»0>UitA pit U fifiiMàe de ce' ^hd faoïfiAM; ràtoif 9é<j[U6sfté vîolemmeiit de sës m0y«iie^' et de- se» réssk^tkrces ; avoir svigfiênifé^ tuent if^pûlé éyee- léi^ atifres intéressés , tfi/xtii preharït stir sor toutes ïéâ charges , afin de de« meutet iétA tnkltfé de sa personne ', et puis vénîf itiardHaAiRT aveé Itfi ïa propre eiîstëhcé', l'appëfet étf^âfiieïtfeflt' cfé^ ^eé prëpres besoins ï il y a: dSsriis tfôùt ôét ensemble quefque ctiose de SI cbbquant , qu on manque d expression pôut te qWâïïlïéf.

tcmi ésiWrâti testé, d'tïn ptix fou, Hepi qu^ iA tfaârdVs^i Jré ûé crois pas' trop dire que dé le pbfttt:' df'è& ou^ept fôië ce que vous payez «ri Itàîîé. !)•<% fl dé^teisr fecîïe d'évàïuer le»

8;o(* lîtrsftèM^ cjfttè! fes%lBistres anglais y coii^

Sàci'eW. Atfesfjé liTïéslte pas a affirmer que nos

pro^piriil^l^ de pfiiviriée , de qùini:e à dîi-huit IL 5

66 PIECES SUR L% JTRISOiriiflEA

mitte fraacs de rente, sont mieux logés» mieux Qieid>lés> mieux noiirrijs. que ne Test Ji'iEmpereur.,; ... :..■ ; . Avec, la connaissance de nos tnaxif. y tous

8Qupçonn€i;ez peut-être ,, Monseigneur , qu'aigris par. la douleur et les circonstances « nous

sommes portés à nous plsdndi^ toujours çt. de tous. Certes , nous serions excusables peut-être. Toutefois lexcès de nos nuiux ne nous a pas tendus assez injustes pour ne pas apercevoir et prendre de la reconnaissance pour lintérét et les. attentions qne nous ont témoignés quel* ques habitans et un bon nombre des officiers de la garnison. Nous, avons distingué surtout la fraoLchise des manières et la droiture deTamiral Malcolm.* Notre susceptibUité dans' le malheur^

et la délicatesse de sa situation officielle , nous ont seuls empêché de lui témoigner , ainsi qu a lady MalColm , dont nous bonorpns le carac* tère^ toute la sympathie qu'ils npus inspiraient, Cet amiraL ayant rfscueilli dans js^^ cpnversation de Tun de nous aue oous étions sans ombrage, et en effet nous nous occupioni|:de procurera l'Em,? péreur^ une tenter où il pi(tt passer qi^lgues ijUk

DE SjkIHTE*H£Li:K£. . €çf

tons» il arrivàqu'à quelques jours de là Ffimper^r put t^êÙBier sous une tente spacieuse, soudai-' nêmeut éleTée.'par les matelots et avec les vojlea

de la frégate. X'étai('ùne:|[alaBterte européenne/

à laquelle nous* n'étioiHs pkts fsdts/Nolis âvons'

du y être senèiUes. L'Em|>ereur à joui et jôuk

encore de cette tente, oaiais no9^ ^us inélange;''

Comlnen de fois , à rapproche- d'un ennemi^

importun , il y à interrompu, èài ^èoniersatioài*

et ses dictéekV -fib. s^écriant ':: t R^itrons daur

«nos... tanières;, on. m envie Tair que je i*es*«

« pire.'»- . ,•• .■ ^: '; . '■■■ s ■ •• . '■■ '.

'Tout, |Ufir^^\a;ii; ^ plus' petit détail •,- ttahit Id

caractère el; ricindjfpdfeîtiéns personnelles' fié

notre gardieuv tl im>ijis permet fe papier-uoa*i

velle qui nofis j^altraite daviinf^gei^ et:;tipus lu?

tefrdiia çdui quU!fPL{]^ime ayec9)oi^ rdlnh)[Utiê«

{1 ret^Qnd,r^ l^- ou^ages qui nous; seroni; f^vor^r

bl^s , conamts Ji'4^f^ P^? venus parlçs canal de^

ministres;, et s empvesH^. de nouë^entpyer. de^

I^Uothèqu^ dept;li]»elles.conti^ nous. ' i

. AÇais c'est fiwtpulit^ ceque Mt propre, et seuk

v4rité p^rv.îennij^' leçb Europe V ^pK». sir. Hudson Lowe dpnne s^ pjus |[ra]iKlp attentju^ç. ^Toutes se»

68i ]PI£C£8 &UR 1£ PRISONNIER

inifiûétudes et sa jalousie sont tournées à ce que rien, it la niirê. ne puisse percer au dehors. Il Joigne de nous leâ '^v/p^fsm^% il non» fait un crime de pvopagper net détails, dé ehercher à les £sdr^ eouddHrev ll.m a fait dite dernièrement que ai je contimfais à écrire i mes ami» en Europe sur mtH» ton habituel , H ui'dteFait d auprès de If Empereur, et iQi« renverrait de SamtenHélène. f écfhkfci^i^iié ;: je ne pm»rais écrire que nous ilîoiis heuirexii: et bida traités. âir,Hadsbn Lowe se défièraitril de ses ministres , cpii lisent mes lettres après lui ? Car autrement , ils peuvent au besoin lés 3U]^yriiner \ leurigré^ après fi^^rt être èdlairés, s'il» en ont le désff^ Qâ^ ^'it ^en soir^ )6 ne me 1q suis pas fait dire âeu% foî^. Je n*é^ crirai pliis> â'ma* fam'rll^j m^ "ttoiia mort pour elle. Cette 'i^sente rdatîoîÏBaêftie^Monseîgneur, TOUS était desthiéépaf les ptrèprésmanns du gôu- Teifneur. Je iMi féduit è attenéSré'désonhais une occasiotii^t^âiHlesIkie; You»y ^a^gtieréz; car vrai^ semblablem^at mon écrit liè tcm^t pas parveé\av Quant à celte occasion' ekdde^fftie , elle se trou- T«ra sans doutée tôt tfu tàr A- Quelque voyageur |[énérett3», ami de Id'térité, se chargera dé ce

DE SAINTE- H£L£If£. 69

papier étranger aux affaires jpoHti^eç , mais tm«^ portant à Thonneur de son pays ; et il çcdLrn 1:1 ar Toir rempli quuQ le devoir d'un bonxy^ hoitHne et d'an hou citoyen.

Sir SL LoTV^ outne sans cesse tout ce xpû noitf regarde t et tord tout ce qui xioas conceme. Oti a i^ouhi is'assurer de nos persoaine^ il pénèe ^u'H faut iH>us omettre au cathot.Oti a voidu ndUK Isoler du «tonde politique; il se crtiil tenu de nous entefver tout vi^ns. Cki a pensé à stirveiHet TKrtre corresponctance eoiitre l^utë trame tm <:oni|dDt ;. H n'y Tejt tjue de nous Ênre ouUièt tout â fait et d'annihiler notre existence» Si telles sont ses iastrucHon^ secrètes ^ fes ministres s'éfeignent de leur propre parole au parlementais s'éloignent de l'opinion de leur pays, des voeux de toiit ce qu'il y a <l& généreux en Europe , quelle ijue «ok d'ailleârsla différence d'opinions. Ils chargent leur administration d*un odieux tnutîte;Jk vérité sera connue^ et t'en slndignera» se demandant qn'tMit à Mre de pareils traitemens avec la aûreté du prisonnier ? D'un autre côté , êi tout cela n'était q^i'un excès de zèle dans flisJivdâeQ Lowe, cet excès de zèle condamne

^O PIECl&S SUR LE PRISONNIER

son cœur, aTÎlit soa caractère, déshonore sa mémoire.

Quoi qu'il en soit , nous gémissons ici » en dépit du sens et des expressions de la législature anglaise > sous la tyrannie et larbitraire d'un seul •homme ; d'un homme qui , depuis 20 ans , n'a eu d'autire ctccupation que d'enr^menter et régir les malfaiteurs et transfuges de l'Italie; d'un homme qui ne reconnaît jj^^oint de Umites^ à ses craintes ni à ses précautions ^tant son cœur est enr ^urciet son imagination effrayée. Cette affreuse •itua^ioi^ est la funeste conséquence dé nous trour Ter ainsi.au bout de la terre,. dans les déserts de l'Qcéan.Gombien de temps encore doit durer notre supplice? Quand la. vérité se frayera-t-ell'e un .passage jusqu'au peuple d'Angleterre ? Quand son indignation Tiendra-t-el}e à haut de redresser des excès qui. le flétrissent ?^ Devons * nous périr sans secours sur notre affreux rocher ^ Nous causons de grandes cfèpenses à la métropole, et nous ruinons, cette misérable colonie. Elle maudît notre séjour comme nous, maudissona son exis<tçnce. E^ pi^s , à quoi- bon tout cela ? L'Empe-* reur di$^it a^aez gaitnent , il y a peu de ^ours 4i

B£ SAINT£«HEI.iNE. 7I

nous ne vaudrons pas 1 argent que « notis coûtons, m les soins que Ton se dcpEme. » Et pourquoi les ministres ne nous rappe|let«uent« ils pas? Notre retour prouverait leur^fofce, et fixerait leur caractère. On pourrait croire alors que notre exil pass£^r aurait été la nécessité de la palitique, et non louvrage de ki' haine. Oa obtietidraient iine grande économie , et se. créeraient une- véritable gloire. L'Empereur en eft encore et demewé à* jamais dans les xnénies intentions et Içs mêmes vœux que lorsqu'il vint librement et dé bonne foi abord du BeUérophon. Sa carrière politique est terminée. Le repos, sous la protection de lois : positives , est tout ce qu'il demiaitde; tout ce qu'il veut. Le dépérissement de sa santé, les. infirmités. naissantes, le nombre de ses années, le dégoût des choses hunàaines , peut-être celui des hommes , le lui rendent plus désirable , plus nécessaire que jamais.

Quant à^nous qui spmmes,autour de lui; quelqu'inique que demeurât notre captivité, il n'est

plus aujour4'hui^de cachot sur le sol deirAngle«t^rre qui ne fût un bienfait pour nous. Nous

^jl PIÈCES SUK I.E PRISOKNTER

larÎPW ^U^ la noaîiid un pouvoir protecteur^ nau^ èch^ipp^hm  J'arbitraiw ;d'uBa{[eftl subalterne, itfHiii i^pir^DM TatimMphève europëfau ; et si •ous feuioDS à auceomber ^ nos cssemens reposeraient e» terre chrétienne.

U y a quelques mois que les commissaires des pouvoiFS alliés so^| débarqués dans la «olopie. Sîr H. Lowe leur a signifié que leur mission y était purement passive ; qm'iia n avaient ni autorité ni interfinMce sur ce qui s'y passait à notre égard. Après quoi » 11 a on envoyé à Longvi^ood le . traité du d aojÀt , et requis ladmiksion d^ ces eommissaiitts. L'Empereur les a refusés dans leur Capacité politique » mais n'a montré aucune objection à lea voir comme de simples individus. U a fait faire à sir H. Lowe par M. de Montholon une réponse officielle » foudroyante de logique et sublime de pensées. J'espère qu avec le temps elle vous parviendra en dépit de tous les efforts de |ir H. Lowe pour la tenir secrète. Il serait difficile de vous peindre son inquiétude à cet égard. Elle m'a déjà valu des ifeproches personnels.

Momeii^nour « L'Empereur park Imu souvei^ de Y0U9 tx>us. Il a de« portraits de la plupart* ^utoqr de lui, dans fa chambre. Son petit réduit e3t devenu un sanctuaire de famille. Il a reçu votre lettre, celle de Madame , du cardinal Fesdi et de la princesse Paulinâ* Il hii ^ a coûté beaucoup d'imaginer que vos expressions de tendresse avaient parcouru l'inspection de toute la filière des agens qui nous surveillent. U désire qu'on ne lui écrive plus à ce prix. Il a voulu » de son côté, écrire aux siens par l'intermédiaire du Prince-Régent ; mais on lui a dit ici qu'on n'expédierait pas sa lettre, sî elle n'était ou verte , ou qu'on en briserait le sceau. Il s'est abstenu, et nous i nous avons souri de voir que l'outrage qu'on prétendait lui faire , se perdait dans celui dont on menaçait le Prince-Régent.

Pour nous , Monseigneur , qui sommes autour de l'Empereur, je vous ai beaucoup parlé de nos peines; mais nous n'en connaissons plus à côté du bonheur de pouvoir lui témoigner notre dévouement. Nous né souffrons qu'en lui. Nos privations, nos tourmens personnels deviennent

^4 PliCES SUR LE PBISONN. DE S^-HELEN^

et sont pour nous les mérites et la joie de martyrs. Nous vivons à jamais dans les cœurs généreux. Des milliers envient notre situation sans douté! Nous eu sommes fiers » elle nous rend heureux.

Daignez agréer l'hommage , etc. , etc.

Signé : le comte de Las Cases»

LETTRÉS

Page 1