DE BEAUCAIRE
introduction:
Les plus habiles bibliographes savaient trèsbien que Bonaparte avait publié , au commencement de la révolution, les deux brochures que nous plaçons ici ; mais on croyait impossible de se procurer ces deux écrits de la jeunesse d un sous - lieutenant d artillerie, devenu depuis te souverain de TEurope. Le style et les idées du jeune soldat, à la naissance de la révolution , comparés aux discours de Tedipereur, offriront sans doute des rapprochemens intéressans ; on y trouvera peut-être. déjà quelques points de départ de celte carrière où la fortune, après avoir comblé un mortel de tous ses dons les plus brillants, semble s'être plu à les lui ravir en un instant , pour le frapper ^ à la fin de sa
carrière, de ses coups les plus déchirans. (a)
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(i) Une remarque sur tout n'échappera pas à la sagacité du lecteur : c'est qu'à l'époque où ce pamphlet fut écrit, le lieutenant Bonaparte, chaud partisan de cette faction conventionnelle, si terriblement fameuse soM le nom de la Montagne, n'était pas un adversaire moins ardent du parti, à jamais honorablement célèbre^ sous
5à8 INTRODUCTION.
Après beaucoup de recherches que nous ayiotis même cru désormais infructueuses, nous sommes parvenus à ces découvertes importantes dans la
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èelai de ta Gironde. Faat*il Tavouer? Entraînée par C6 fiinalisme» qui inspire les crimes ^ mais sans lequel aussj Ton .ne fait rien de grand , la maprité de la France pentait, ou plutôt sentait de même. A quelque prisq»** ce fût y l'on voulait tuer le despotisme et conquérir ta liberté; et quinze mois d^une tyrannie ^ dont le premier ministre était le bourreau , suffirent à peine pour dissiper le ' phis glorieux et le plus cruel prestige* Si^ par la transcendance de leur génie/ les Girondins avaient devancé celle époque, c'est qu'à lieurstalens supérieurs» lis joignaient des caractères antiques, des âmes simples el-une profonde moralité. Sans ces dernières condition^y pour le dire en passant, il peut y avoir des conquéranE> des politiques, même des béros; jamais il n'y aura d'hommes d'^état : les vertus publiques ont toutes leurs germe dans les vertus de la famille.
Premier magistrat de la république, Bonaparte répara ''erreur du jeune officier démagogue , en élevant des statues aux éloquens apôtres delà liberté, qui en étaient devenus les plus illustres martyrs. Tronchet, Mirabeau^ Bailli offrirent leurs nobles images et surtout leurs vertueux exemples au Sénat conservateur des lois^ et le grand Vergniaud, debout au seuil de leur sanctuaire, en semblait le gardien par son attitude et le pontife par sa majesté. (RW.)*
* Ces monnmeas ont éU détruits depuis la rcstaoratioiu
INTRODUCTION. SaQ
collection des œuvres d'un homme aussi exlraor-
dinaire.
^ La lettre à M. Buttafoco , député de la Corse.
à l'Assemblée nationale, nous a été communia
quée par l'imprimeur même de cette brochure»»
qui en conservait un exemplaire précieusement: nous en devons la communication à M. J* B. Joly,
imprimeur à Dole (i).
Bonaparte était alors lieutenant d'artilltrie â Auxonne. Il vint trouver M. Joly, avec son frère Louis t auquel il enseignait les mathématiques : l'ouvrage fut imprimé à ses frais au nombre de cent exemplaires, et il les fit passer dans lat Corse.
Bonaparte avait aussi composé un ouvrage qui aurait pu former deux volumes» sur l'histoire politique, civile et militaire de la Corse. Il engagea M. Joly à aller le voir à Auxonne pow^ traiter de l'impression de cet ouvrage. M. Jolj
(i) Nous avons depuis eu connaissance d'un autrt exemplaire de la lettre à M. Buttafoco» qui se trouve dans la bibliothèque d'un de nos jurisconsultes les plus distingués : une faute d'impression y est corrigée de la main même de Bonaparte.
53o INTHOBUGTIOir.
s-'y vendit en effet. Boeaparte occupait , au pa-^. Yillon> une chambre presque nue, ayant pour tous meubles un mauvais lit sans rideaux , une taille placée dans Tembrâsuire id'tme fenêtre» et okaorgée de li^es et de papiers, et deux chaises^ Mn frère couchait surtm mauvais matelas, dans un cabinet voisin. On fut d accord sur le prix d'impression ; mais il attendait d'un moment à Fautre une décision pour quitter Auxonne ou pour y rester. Cet ordre arriva en effet quelques jour après: il partit pour Toulon, et l'ouvrage Be fut pas imprimé. Il est douteux que Von puisse jamais retrouver cet écrit, dont il ne re^te aucune trace. On lui avait confié le dépôt des ornemens d'église de l'aumônier du régiment, tpii venait d'être supprimé. Il les fit voir à M. Joly . et ne parla des cérémonies de la religion ^ju'avec décence : Si vous n'avez pas entendu h messe, a)OUta-t-il, je puis vous la dire.
Pour constater davantage l'authenticité de cette lettre > nous citerons le passage suivant du Journal de Dijon , du 4 août 1S21.
L'ex^nplaire que nous possédons nous a été
iNTEoiyucTioXv 33 1
donné 9 il y a e&viron dk-neuf ans, par uiie;per* sonne d'Auxonne, qui le tenait eUenoiéme ea)
Deux fautes d'knpnession, l'une a lajpremière ligne delà page 8, etl'autre à la fin de la sixième ligne de la page p, sont corrigées de la n^tin de lauteur. , , • -
fU ii'y avait pas long-temps que nous étions en possession de notre exemplaire, lorsque, dans un voyage à Dôle (Jura), nous eûmes occasion de yisi^r M. Jo|y (Jos.-Fr.-Xav.) s ioai-* primeur en cette ville , posse^seiur d'une liiblio*;^ thèque qui atteste ses connaissances et son boi^ goût. Nos yeux se promenaient avec complais sauce sur les richesses bibliographiques de soa cabinet; ib s'arrêtèrent sur un volume fort ipince, qui se faisait distinguer, au milieu d'une quantité de reliures de luxe^ par la recherche cp&i avait été mi^e à la sienne : c'était la LâUrfi de M. Bonaparte à M. MatteO'JButtaf^co. Nous apprîmes alors, de la bouche de M..JoIy, jque cette brochure était sortie de ses passes, :en 479^; que Bonaparte, qui était alors lieutenant au r^ûneut de la Fère , artillerie, en garnison.
552 INTRODUCTIOIC.
à Auxonne, en avait revu lui-même les dernières épreuves ; qu'à cet effet, il se rendait a pied à Dôle, en partant d'Auxonne à quatre heures du matin ; qu'après avoir vu les épreuves il prenait, chez M. Joly, un déjeûner extrêmement frugal, et se remettait bientôt en route pour rentrer dans sa garnison, où il- arrivait avant midi , ayant déjà parcouru dans la matinée huit lieues de poste. » ^
« Bonaparte aitra dans le corps royal de lar» tillerie en 1 78S. Du r^iment de la Fère, où il fit ses premières armes, il passa dans celui de Grenoble, en garnison à Valence, où il était ^ en 1791 > le quatrième des premiers lieutenants de première classe. (Voyez tÉtat militaire du eorps de r artillerie de France, pour l'année 1 79 1 , imprimé chez Firmin Didot, petit in- 12 de 166 pages.) Nous remarquons que le nom de Bonaparte, qui est inséré trois fois dans Y État mi^ litaire cité, y est écrit, page 60, Buonaparté^ tandis qu'on lit, pages 94 ^ 1^9 » Buonaparté. »
La petite brochut^ intitulée: Le Souper de Beaucairey semblait devoir ne pas échappCT à' Toublî. Bonaparte passait , en 1795, à Beaucaire;^