‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 16 sur 45 · II · texte numérisé non relu

II

SOMMAIRE/ * -

Trente-cinq mille Français commandés par Bonaparte ^ et placés en présence de cent-cinquante mille ënii^ènemÎB abondamment podrvusy périssaient de misère àbl sommet dé rAjiennin. c Satdùtë ; cria leur chdf ) voici (es champs de iafcrtHo Italie; Vnbondûa^ est devant vousj il faut ia conquérir : et tous se précipitant à»la-fois sur leurs nombreux adversaires, temporteut comihe par enchantement les célèbre» victoires dé Mônienotte, de Dego, de Milleàfiho et de' Mondovi ( 1 1 , 14 et 1 7 avril 1 796 ).-

Soldats l

Vous avez en quin2e jours remporté six vietoires, pris vingt-un drapeaux, cinquante-ôinjj pièces de canon, plusieurs places fortes; conquis la partie la plus riche, du Piémont; vou9 avez fait quinze mille prisonniers ^ tué ou blessé plu» de dix mille hommes.

Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des ro^ chers stériles , illustrés par votre coitrage , mai» inutiles à la patrie; vous égalez aujourd'hui, païf

S[ia( piicp syE X£ pjrisonnier

v(Js exploits, 1 armée conquérante de Hollande ( i ) et du Rhin. (â). Dénués de tout, vous avez suppléé à tout; vous avez gagné des batailles sans canons » passé des rivières sans ponts , fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Les phalanges républicaines, les soldats de la liberté, étaient seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues , soldats ! La patrie reconnaissante vous devra en partie sa pt^ospér^té; et si ,. vainqif pm^s de Toulon^ vous présageâtes rimmprtielle campagne dç 1 793 • vos victoires actuelles en présagent une plus belle encore.

Les deux armées (3^^ qui naguère vous atta* quaieptavec audace» fuient épouvantées dievant vous; les homm.es pervers qui riaient 4is vptre misère, se réjouissaient dans leurs pensées des

(1) Celle qui, commandée par Pichegru, ayaît conquis la Hollande sur la glacé ,Bt pris ait milieu du Texd toute la flotte anglaise qui y était arrêtée.

{2) Celle que ce même Pichegru avait vendue aux Autrichiens, et que i/avaient pu anéantir ni la supériorité de Tennemi , ni Tâpreté des élémens, m la trahison de f OD chef.

(3) Autrichienne et piémontaise , sous le camn&an- 4emçpt des généraux Beaulieu et Colli .

triomphes de vos ennemi», sont confondus et tremblans.

Mais^ soldats, ii ne faut pas vous le dissiifÉlulet , vous n avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à faire. Ni Turita, ni Milan ne sont à voult; les cendres des vainqueurs des Tarquins sont encore foulées par les assassins de Basseville (i).

Vous étiez dénués d^ tout a;U commencement de la campagne, vous êtes aujourd'hui abon* damment pourvus ; les magasins pris à vos eh-* nemis sont nombreux ; lartillerie de siège et de campagne est arrivée. Soldats , la patrie à droit d'attendre de vou^ de grandes choses : justifierezvous son attente? Les plus grands obstacles sont . franchis, sans doute; mais vous avez encore des coml:(ats à livrer» des villes à prendre, des rk vières à passer. En est-il d'entre vous dont le courage saniollisse? en est -H qui préféreraient de retourner sur les sommets de l'Apennin et des Alpes, essuyer patiemment les injures de; cette solçlatesque esclave PNoiiV il o'eq eât pa^g parmi les vainqueurs (\e Mpntcfootte , de^ AliUe**' simo, de Dego et de Rfon^pyl; t{>us brûlenCité pprtpr au loin la gloire du peuple firançaisv toiià*' veulent humilier cçs rois org(ïeiUeux qui osaient ■ '- ■ • ' '-• '^' ■ ■ ^ '■■ I ? -■ ^ .... .. • . •«■-'• • ' .- . ■

(a) Secréradrè die îâ lè^aAidà ttatk^khé, iWi^punémênt massacré dans lés niùrs -die liioihe. .

4,l4 PIÈCES i90R LE PRISONNIER

méditer de nous donner des fers; tous veulent 4icter une paix glorieuse, et qui indemnise la patrie de9 sacrifices immenses qu'elle a faits ; tous Teulent pn rentrant dans leurs villages, pouvoir dire avec fierté: J'étais de C armée conquérante de l* Italie...*

Amis, je vous la promets, cette conquête; mais il est une condition qu'il faut que vous juriez de remplir, c'est de respecter les peuples que vous délivrez , c'est de réprimer les pillages horribles auxquels se portent des scélérats suscités par vos ennemis; sans cela vous ne seriez pas les libérarateurs des peuples, vous en seriez les fléaux; vous ne seriez pas l'honneur du peuple français , il vous désavouerait : vos victoires , votre courage, vos succès, le sang de nos frères morts aux combats , tout serait perdu , mémo l'honneur et la gloire. Quant à moi, et aux généraux qui ont votre confiance, nous rougirions décommander à une armée sans discipline , sans frein , qui ne connaîtrait de loi que la force. Mais , investi de l'autorité nationale^ fort de la justice et par la loi, je saurai faire respecter à ce petit noinbre d'hommes sans courage et sans cœur , les lois de l'humanité et de l'honneur qu'ils foulent aux pieds. Je ne souffrirai pas que des brigands souillent vos lauriers ; je ferai exécuter à ^ f*igueur |e règlement que j'aî.fjEii| ipettro à Tordra; les

DE 8ÀI]!TTl-RÉl.i:NE. il5

pillards seront impitoyablement fusillés; déjà plusieurs Font été : j'ai eu lieu de remarquer avec plaisir Tempressement avec lequel les bons, soldats de l'armée se sont portés pour faire exé^ cuter les ordres.

Peuples de Tltalie, l'armée française vient pour rompre vos chaînes ; le peuple français est l'àmî de tous les peuples ; venez avec confiance audevant d'elle ; vos propriétés , votre religion et vos usages seront respectés.

Nous ferons la guerre en ennemis généreux ; et nous n'en voulons qu'aux tyrans qui vous asservissent.

SOMUAIRE,

L^arn^ée dltalie a redoublé ses victoires j le roi de Sar«. daigne y le duc de Parme, celui de Modène, l^répi^r blique de Venise sont à ses pieds.

Soldats!

Vous VOUS êtes précipités , comme un torrent» du haut de l'Apennin ; vous avez culbuté , dispersé tout ce qui s'opposait à votre marche.

jLePiémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s'est livré à ses sentimens naturels de paij;; ^t d'amitié pour la France. * f--,.Jr;. • .-f

4^ PIÈCES sirm I.S peisokviee

Milaft est à tous, et le pavillon républîcaia. flotte dans tx^ute Ib Lofnbs^die. Les ducs de Parine et de Modène ne doivent leur existenc e pèUtiqué qiui'à votre générosité.

L'armée qui yous menaçait avec tant d'orgueil, oe trouve plus de barrière qui la rassure contre totré ooip'age. Le Pô, le Tesin, TAdda, n'ont pu vous arrêter un seul jour; ces boulevard^ vantés de l'Italie ont^é insuffisans: voua les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin.

Tsu^t de succès ont porté la joie dans le sein de Japatrie; vos représentans ont ordonné une fête dédiée à vos victoires » célébrée dans toutea les communes de la République. Là , vos pères » vos mères 9 vos épouses^, vos sœurs, vos amantes ( i y se réjouissent de vos succès , et se vantent avec orgueil de vous appartenir.

Qui!, Soldats , vous avez beaucoup fait ;

mais nie vous reste-t«*il rien à faire ? Diifà>-t-

on de nous que nous avons su vaincre, mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire? La postérité nous reprochera - 1 - elle d'avoir Jrouvér Capouedans la Loinbardie? (a) Mais.

(i) Nul ne sut mieux que lui {e grand art de séduire.

VôtrAiBB;

"■(aYsliri^poîlQtde défUrùîfe Rottiè entîèretnetit, Annibal !(é KM' vaincre atix: délices de Câpôtie, et doiin^ au)^ ^omainile temps de respirer.

DE SÀlNTE-HiLÈNB* ^17

)e VOUS vois déjsi courir aux armes; un lâche repos vous fatigue ; les journées perdues pour la

gloire le sont pour votre bonheur Hé bien !

partons mous avons encore des marches forcées à faire, dès ennemis à soumettre, des lauriers à cueillrr, des injures à vengw.

Que ceux qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile en France, qui ont lâchement as^ sassiné nos ministres , incendié nos vaisseaux à Toulon, tremblent!.... Vh^ure delà vengeance a sonné.

Mais que les peuples soient sans inquiétude ; nous sommes amis de tous les peuples, et plus particulièrement des descendans des Brutus, des Scipion , et 4^ grands hommes que nous avons pria pour modèles,

Rétablir le Capitolé, y placer avec honneur les statues des héros qui le rendirent célèbre , réveiller le peuple romain, engourdi par plusieurs siècles d'esclavage : tel est le .fruit de vos victoires; elles feroiit époque dans la postérité: vous aurez la gloire immortelle de changei^ la face de la plus belle partie de TEurope.

Le pisuple français , libre , respecté du monde entier , donnera à TEurope une paix glorieuse , (fui Tindemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il a faits depuis six ans : vous rentrerez alors dans vos foyers ; et vos concitoyens diront , e^ vous montrant : // était de l' armée d'Italie.

2ïR PIÈCES SUR LE PRISONNIER

SOMMAIRE

Tout ce qui restait en Italie de trois armées autrichienne!^ suscessivemenl envoyées, venait de succomber devant l'armée française. Le pape avait obtenu la paix ; et , restant seiil en armes » l'empereur d'Autriche chargeait l'archiduc Charles son frère d'aller en personne venger les revers de ses généraux.

La prise de Mantoue vient de finir ume campagne qui vous a donné des titres éternels à la reconnaissance de la patrie.

Vous avez^ remporté la victoire dans quatorze l^atailles rangées et soixante-dix comt>ats ; vous avez fait plus de cent mille prisonniers , pris à Tennemi cinq cents pièces de canon de campagne, deux mille de gros calibre, quatre équi-, p^ges de ponts.

Les contributions mises sur les pays que vou& avez conquis ont nourri , entretenu, soldé Far-^ mée pendant toute la campagne ; vou3 avez en^ outre envoyé trente millions au ministre des finances pour le soulagement du trésor public.

Vous avez enrichi le Muséum de Paris de plus de trois çepts objets^ chefs-d'œuvre de lancienno. et nouvelle Italie , et qu'il a fallu trente siècles, pour produire (i).

(i) Craignant qu'on ne lui enlevât la Communiark

DE SAINTE-HÊLEXE. filQ

Vous avez conquis à la République les plus |>eUes contrées de l'Europe; les Républiques Lombarde et Gispadane vous doivent leur liberté ; les couleurs françaises flottent pour la première fois sur les bords de FAdriatique» en face et à vingt-quatre heures de navigation de Tan-* cienne Macédoine; les rois de Sar daigne et de Naples , le pape, le duc de Parme se sont déta-r tachés de la coalition de vos ennemis» et ont brigué votre amitié ; vous avez chassé les Anglais de Livourne, de Gènes, de la Corse....; mais vous pavez pas encore tout achevé; une grande destinée vous est réservée : c'est en vous que la patrie met ses plus chères espérances; vous cpntinùerez à en être dignes.

De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la République à sa naissance^ l'empereur seul reste devant nous : se dégradant lui-même du rang d'une grande puissance , ce prince s'est mis à la solde des marchands de Londres ; il n'a plus de politique, de yolonté, que celles de ce3

^y*"^— — ^■'^^^^■^^— ^"^^ ■»■ I ■— ^■— ^^Mfi^— ■ Il ij ■ I Ha

de saint Jéràmô, le duc de Parme offrit s^r^tementi Bonap£(r^ deux millions de francs pqur pquvoîr la con-? server. Le jg^énéral était pauvre ^ maïs grand : Hcmoré de la confiance nationale, répondit-il, ye n'ai pas hesoin de mutions. Tous vos trésors ne valent point à mes yeux la gloire d'offrir à ma patrie un chef-d'œuvre du Pqminiquçtin.

aao PIÈCES S0A le pAisoknier

insulaires perfides, qui, étrangers aux malhetira de la guerre , sourient avec plaisir aux maux du continent.

Le Directoire exécutif n'a rien épargné pour donner la paix à l'Europe; la modération de ses propositions ne se ressentait pas de la force die ses armées ; il n'avait pas consulté votre courage, mais l'humanité et l'envie devons faire rentrer dans vos familles ; il n a pas été écoulé â Vienne, ii n'est donc plus d'espérances pour la paix, ({u'eii allant la chercher dans le cœur des états hérédhtairés de la maison d'Autriche. Vous y trouver^ un brave peuple, accablé par la guerre qu'il" a eue contre les Turcs , et par la guerre actuelle. Les habitans de Vieniie et des états d'Autriche gémissent sur Taveuglément et l'arbitraire de leur gouvernement ; il n'en est pas un qai ne soit convaincu que l'or de l'Angleterre a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez leurs propriétés : c'est la liberté que vous apporterez à là brave nation hongroise.

La maison d'Autriche qui, depuis trois siècles^ va perdant à chaque guerre une partie de sa puissance, qui mécontente ses peuples en les dépouillant de leurs privilèges, se trouvera réduite, à la fin de cette sixième campagne ( puts-^ qu'elle, nous contraint à la faire ), à accepter la paix que nous lui accorderons, et à descendre j

jDE SAINTE-ailÈNE. ûHt

iDtl réalité^ au raog dies puissances secondaires , où elle s'est déjà placée, en se mettant aux gages et à la disposition de TAngleterre.

SOMMAIRE

Le général en chef célèbre dans Milan la prise de la Bastille parles Républicains (i )«

Soldats,

C'est aujourd't^ui l'anniversaire du i4 juillet Vous voyez devant vous les noms de nos compagnons d'armes morts au champ d'honneur, pour la liberté de la patrie. Ils vous ont donné fexemple : vous vous deyez tout entiers à la Ré-

{jt) Après dîQéreQtes manopuvrea^ les troupes se rangent en bataillon carré autour de la pyramide., sur laquelle sont écrits les noms de tous les militaires morts audianip d'honneur..

Les Tétérans,Jes blessés de Tarmée. défilent, le tambout battant au champ et au brùlt des. salves d'artîllejrie.i après, quoi le général en chef passe la revue.

Arrivé aux carabiniers de la 1 1' demi-brigade d'infanterie légère : BTav€,9CQ,TabinitT$y leur dit'il,je iuis kHn aise d^ vous voir ; vom vaUz à vous stfuls trois miiie hommes.

Il voitavee un égal intérêt la brave 1 8' d'infanta*ie légère. . .

publique ; tous tous deTez tout entiers au boa^ heur de trente millions de Français; tous tous devez tout entiers à la gloire de ce nom qui a reçu un nouvel éclat par vos TÎctoires.

Soldats ! )e saiâ que tous êtes profondément affectés des malheurs qui menacent la patrie^ Mais la patrie ne peut courir de dangers réels. Les mêmes hommes qui l'ont fait triompher dé

Arrivé à la id'^^ qui formait la garnison da château de Vérone : Braves soldats 9 leur dit-il, vovs voyez devant vous les noms de vos camarades assassinés en vôtre présônce à Vérone ; mais ieur mânes doivent être sa^ tis faits, les tyrans ont péri avec ia tyrannie*

Les drapeaux sont autour de la pyramide.

Le corps des ofiSciers de chaque demi-brigade > j^ré-^ cédé de la musique 9 vient les recevoir. Le général Bon remet les drapeaux aux chefs des corps ; le général en chef leur dit : Citoyens! que vos drapeaux soient tau-jours sur le chemin de ia iiierté et de ta victoire l

Le général Lahoz, commandant le» trouf]^ cisalpines, remet à ses trots cohortes ses drapeaux; le général en chef leur dit : Cisalpins! que vos légions se dis~ tinguent par ieur discipline, et qu'elles soient ieseo^ ionnes inébranlables deia liberté et de l*indépendahoé cisalpine.

Des hymnes patriotiques, des discours remplis des plus purs sentimens de la liberté précèdent les jeux et le» courses.

Pendant que Tarmée défile, un caporal de la g^ demibrigade s*approche du général en chef, et lui dit :• Gé-^

DE SAINTE- HÉLi^NE. 223

l'Europe coalisée, sont là. Des montagnes vous séparent de la France ; vous les franchirez avec la rapidité de l'aigle , s'il le fallait, pour mainte*» nir la constitution, défendre la liberté, protéger le gouvernement et les républicains.

Soldats ! le gouvernement veille sur le dépôt des lois que lui est confié. Les royalistes , dès l'instant qu'ils se montreront^ auront vécu. Soyez sans inquiétude , et jurons par les mânes des héros morts à côté de nous pour la liberté, jurons sur nos nouveaux drapeaux guerre implacable aux ennemis de la République et de la constitution de l'an 3.

nérai, tu as sauvé ta France, Tes enfans, giorieuai d'appartenir à cette invincihte armée , te feront un rempart de leur corps: sauve la République; que cent mille soldats qui composent cette armée se serrent pour sauver la liberté. Les larmes inondaient le visage de ce brave soldat

Au dîner:

Par Bonaparte^,

« Aux mânes du brave Stengeï^ moft auit champs def Mondovî ; de La Harpe, mort au champ de Fombio ; de Dubois, mort au champ de Roveredo; et à tous les braves morts pour la défense de la liberté! Puissent leurs* niÂnes être toujours autour de nous ; et nôUs prévenir des embûches des ennemis de la patrie!

aâ4 PlicÈS SUR t£ PRtSOUKIER

SOMMAIRE

Célébration, sous le beau ciel de Tltalie^ du jour anniversaire de la liberté française.

Soldats 1

Nous allons célébrer le i^* vendémiaire , l'époque la plus chère aux Français : elle sera un jour bien célèbre dans les annales du monde.

C'est de ce jour que date la fondation de la République , l'oi^anisation de la grande nation ; et la grande nation est appelée par son destin à étonner et à consoler le monde.

Soldats , éloignés de votre patrie ^ et triomphans de l'Europe , on vous préparait 4es chaînes; vous l'avez su , vous avez parlé : le peuple s'est réveillé , a regardé les traîtres , et déjà iJU sont aux fers.

Vous apprendre^ , par la proclamation du Directoire exécutif y ce que tramaient les ennemis particuliers du soldat , et spécialement des diyisions de l'armée d'Italie.

Cette préférence nous honore : la haine des traîtres, des tyrans et des esclaves sera dans l'histoire notre plus bqau titre à la gloire et à l'immortalité (i).

(i) Il en est d'autres non moins brillans que rappela

DE SAINTE-HÉLÈNE. dâS

RendoDS grâces au courage des premiers ma* gistrats de la république, aux armées de Sambreet-Meuse et de Tintérieur , aux patriotes , aux représentans restés fidèles au destin de la France; ils Tiennent de nous rendre , d'un seul coup , ce que nous avons fait depuis six ans pour la patrie.

SOMMAIRE

Les princea vaincus par les républicains ayant demandé qu^on congrès rassemblé dans Rastadt fixât invariablement les droits et les limites des nations 9 le héro^ quitte les braves qu^il commandait pour aller dicter lui-même les conditions quUl met à la pai^c contir 9.entalç.

SoLDÀTsI

^e pars demain pour me rendre à Rastadt..

En me trouvant séparé delarmée, je ne serai consolé que par l'espoir de me revoir bientôt avec vous, luttant contre de nouveaux dangers.'

Quelque poste que le gouvernement assigne à l'armée d'Italie, nous serons toujours les dignes

quelque temps après le drapeau présenté p^r le général Joubert au Directoire exécutif. On les verr^ détaillés en notes 4an8 la proclamation qui suit.

21i6 PliCES SUR I.E PRl&OirVIER

soutiens de la liberté et de la gloire du nom français.

Soldats J en yous entretenant des princes qut

YOU6 àte2$ Ylaiocus; dés peuples qni voiib

doivent leur liberté des combats que vous-

aviez livrés^ en deuk campagnes, dites - vous.- Dans deux campagnes nous aurons plus fait encore (i).

(i) Voici Tordre du jour qui suivit celte proclamation:

c Le général Bonaparte a quitté Milan hier matin ^ pouc aikr présider la légation française au congrès de Rasiadt. Avant de partir^ il a envoyé au Directoins eaéouttf > à Paris^ le drapeau dé l'armée d'îlalie , qdi' sera présenté par le génial «Hubert. Il y a sur une fiidë àé' ce drapeau':

c A V armée (t Italie , la Patrie reconnais9àMè ; sur Tautre côté sont les noms de tous les combats qu*a livrés et de toutes les villes qu'a prisés Tarmée d'Italie. On remarque, entre autres, les inscriptions suivantes :

c iSo,oo0 prisonniers. — 170 chenaux: — SSofHèces de siège. — > 600 pièces de campagne. 5 é^uiffiêiges de pomL — 9 vaisseaux de 54 canons ; 1 2 frégalies<deSa ; i^ corveUes} 18 galères* — Armistice avec le roi de Sardaigne, — Convention avec Gênes» •— Arminien avec le duc de Parme. — Id. avec le duc de Modène. — rd. avec le roi de N aptes. Id. avec le pape — jPrJttminaires de Léoben. — Convention de Monte€e(lo avec la répuétiifUe de Gênes. — Traité de paioà àtte Vemjkrtktry à Campù^Fon^mio.

t Donné la liberté aux peuples dfe Botogne, Ferrrare,

1>E SAfNTE-H«fiilfE. S^J

Le générai Bonaparte ayant arraché la paix à tous les eiineijfîs dé la République, est chargé par le gouvernémetit' d^'aller fonder en É^te miecoioirte pufs^titè'. Vn ptùfénà ^éntf ooutM eneote ce grand' '4eêsMii; mais cpiàfante mille hommes sontdéîà rasseiidrféB^aiw ^ le port de Toulon, etfranchissent en idée Fimmenae ift* tervalle qui les sépare de Tenemi. Ç^est en cç moment que le guerrier parait au milieu d'eux. Unique auteur du projet, il imprimé à tous les cœurs là noble émulation qut doit le fkire' dccompUr;

Soi:.i»rÀ<T8 ! •

VïJuS êteà tttîë des aiïeë dé rarmée d' ÂDgleterrc. Vous avez fait la guerre de montagnes , 'ëe plaî-

Modikie , Masèa^Carranfa, de la Rofttogney^é'lk Lomréardief de Bresda , de Bergtmie ,. de Mantaûe y àé Creme^ d'une partie du FéronnaiSj de CimkVônnes, Bormio et de la Vaitelme ; au peuple, de Gênes, aux fiefs impériaux, aux peuples des départemens de Cor-' cyr^yàtldimer Égietiliaqw. '

c Envoyé à Paris totis lés chefs-d'œuvre dé MieheC- Ange 9 d«ï^ Gnét&hSn, du Titien , de Paat Firanèse , Cûrrège , dtb§me , des Carvachè^ , -RiifhaÙ y Léonard . de Fimi ,î #»e, etc.

c Ce monument de la gloire de l'armée d^ItaBe , suspendu aux voûtes de la salle des séances publiques du Directoire exécutif, attestera encore les exploits de nos guerriers 9 quand la génération présente aura disparu. •

2fi9. PliCBS SUR. LE PRISOlfNlXll

nés, de sièges il vous reste à faire la guerre maritime.

Les légions romaines, que vous avez quelquefois imité(3S, mais point encore égalées, cqmbattalent Carthage tour-à-tour sur cette même mer et aux pl^jlnes de Zama. La victoire ne les abandonnajamais, parce que constamment elles furent braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies entre elles.

Solidats , l'Europe a les yeux sur vous. Vous a^ez de grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre ;vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des hpqimes et. yotre propre gloire,

Soldats, matelots, fantassins, canonniera, jcavaliers, soyez unis; souvenez-vous que le jour- d'une bataille vous avez tous besoin les uns des autres.

Soldats-matelotâ, vous avez été jusqu'ici néglir gés; aujourd'hui la plus grande sollicitude de la République est pour* vous. Vous serez dignes de if armée dont vous faites partie.

Le génie de la liberté, .qui a rendu dès sa naissance, la. République l'arbitre de l'Europe ; veut qu'elle le soit des mers et des nations les plus* {ointaindé.

SOMMAIRE

Bonaparte a traversé les mers > au milieu àen péfils de toute espèce dont le plus fameux des amiraux anglais a couvert son passage, Malte est en son pouvoir, et il Va descendre sur la plage d'Alexandrie : mais il doit se concilier Tesprit des peuples qu'il veut jsubjuguer, et il trace â ses compagnons d'armes la conduite politique que doit tenir chacun d'eux.

Soldats!

Voifô allez ëhti^préndré Une éonquéte dôdt les effets sur la civilisation et le commerce du inonde sont incalculables; vous porterez à TAtrgletérre le coup le plus sûr et le plus sensible^ en attendant que vous ptiissiezltii porter le coup de la mort.

Noué ferons quelques marches fatigakites; nous livrerons plusieurs combats ; nous réudsii^fi^ dans toutes nos entreprises : les destins isôht peut* nous.

Les beys mamelouks qui favorisedt exclusivement le commerce anglais , qui ont eouverl d'avanies nos négocians, et tyrannisent les mal' heureux habitans des bords du Nil , quelques ^ours après notre arrivée n'existeront plus.

Les peuples avec lesquels nous allons vivre

aSo rikcW 0UH h% PRISOKNIER

sont mahométans; leur premier article de foi est celui-ci : // n'y a (f autre Dieu que Dieu , et Mahomet est son nrç^hèpe. Ne les contredites pas; agissez avec eux comme vous ayez agi avec les Jiiifs 9 ayec les Italiens ; ayez des égards pour leurs mùphtis et leurs imans, comme tous en f^ye7:eu^\ir^l.es rabbipsetles éyêgues; a^ezpour ^es cérémonies que prescrit le KoraA , ppur les moaquiées , la même tolérance que vous ^w- eue pour les couvens, pour les «ynagogues , ponr la religion de Moïse et de Jésus-Christ.

Les légions romaines protégeaient toutes les

iroUgioo^ iVous Arpuverez ici des usages 4ffféjnsnf ,d^ oejyix de ^rEurope; il fai,it tous y accoii«

JLies peuples rçhez JesqueJis nous allojpi^ fgaiteïxt Ijss. femmes. différemment que nous; mais, dans tous les pays , celui qui viole est un monstre.

Xie pillage n'enrichit qu'un petit nombre 4'Akommes ; il nous déshonore , il détruit nos ressources , il nous rend ennemis les peuples qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis.

La première ville que nous allons renconjtrer fii fyi^ .Ifàile pa^ Alexandre. Nous trouverons à chaqiyiç pas des souvenir;» .dignes d exciter l'éj^iH^ ifOi^m des Fjcançais*

DE SAINTE -HÉLÈNE. â5t

SOMMAIRE

Maître 4'Alexandrîe, Bonaparte se dispose à marcher sur le Gaii:e. Comme le penple de €ette grande cité peut ,x»Q\r conçu de Piaquiétude sur se» desscriiis » il tibenoite |i le «calmer p^r deis {►proies .de paix..PGdiliqiieprcfeiid^

il prei;i44e langage qui cqavioi^.^i: Fi^o^rs;, Auk intérêts et surtout à la croyance des hommes mi"ifL.\^^ importe de persuader. I{ ne vient , dit-il , (jup .your anéantir les manieloules , et les mamelouks furent ^e tout temps les o]^resseurs de la nation.

Pep^^IB trop Icotgrtemps les jbeys ^qui gouverna rilg3'pte mwUeDt à la joattoa FcaiicaiBe, et cpWfXQUt se$.iké^c\ans d'aieanies ; l'heure ^le leur châtiment est arrivé.

2)epii;l3 trop loDg-^lemps oe camassis d^esclavea achetés daas le Caucase et la Géorgie (t) tyran-

(i) Voici en peu de mots Torigine et i'bisliQire fies mamelouks. Sojrtis victorieux de plusieurs gue^rtes , les Tartares vendirent en 1 237 leurs esclaves au GrandTSeigneur. Ce nom> d^esclave , qui se traduit en leur langue par mamlouk, devlnl; bientôt fameux. Les mamelouks se révc^tèrent, s^étaUirent en Egypte , choisirent leurs princes panni les plus braves, et entreprirent une guerre sanglante contre le^ souverain dont ils avaient porté la chaîne. Ce soiiverain les vainquit ; mais ne pouvant ou n^osant les bannir des affaires publiques , il restreignit son pouvoir sur les mamelouks à la simple suz craineté ^

i}3j2^ PIECES SUR I.E PKISONNIEBl

Dise la plus belle partie du monde; mais Dieu,

de qui dépend tout, a ordonné que leur empiré finit.

Peuples de l'Egypte , on tous dira que je viens pour détruire votre religion ; ne le croyez pas : répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs , et que je Irespecte plus que les nïftmelôuks , Dieu , son prophète et le KoraH.

Dites-leur qiie tous les hommes sont ^;aux devant Dieu : la sagesse^ les talens et les vertus mettent seuls de la différence entre eux. ' Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent les mamelouks, pour q[u^ils aiéitt exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce ?

Y a-t-it une belle terre? elle appartient aux mamelouks. Y a-t-il une belle esclave , un beali cheval, une belle maison? tout cela appartient aux mamelouks.

Si TEgypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste

et remit le gouvernement de l'Egypte dans les mains de vingt-quatre d'entre eux qui prirent le titre de beys. Ces vings-qaatre beys s'entr'égorgërent pour dominer^ et il n'en restait que deux ^ Ibrahim et Mourad , quand le* Français parurent sur la plage d'Alexandrie.

DE SAINTE HiLÈNE. h^5

et miséricordieux pour le peuple. Tous les Egyptiens sont appelés à gérer toutes les places : que les plus sages, les plus instruits , les plus verlueux gouvernent et le peuple sera heureux

II y avait parmi vous de grandes villes, de graiids caiiauî, un giraod commercé : qui a tout détruit, si ce n'est 1 avarice, les injustices et la tyrannie des niamelouks?

Cadhys, scheys, imans, tcborbadjys, dites au peuple que nous somi^es aussi de vrais musulmans. JN est-ce pas notis qui àtdns détruit les chevaliers de Malte, parce que ces îniérisés croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux musulmans ? N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis du Grand-Seigneur , (que Dieu accomplisse ses desseins ! ) et l'ennemi de ses ennemis? Les mamelouks 9 aii contraire, ne se sont-ils pas toujours révoltés contre l'autorité du Grand-Seigheiir , qu'ils méconnaissent encore? Ils ne suivent que leurs caprices.

Tfoi^ fois heujreux ceux qui Seront avec nous ! ils prospéreront dans leur fortune et dans leur rang. Heureux ceux qui seront neutres ! ils auront le temps de nous connaître, et ils se rangeront avec nous.

Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les mamelouks et combattroiit contre nous: il n'y aura pas d'espérance pour eux ; ils périront.

:Sl34 PliCKS MJBWi lE PAiSOKNIER

< )f IWWWV>YV>VV>1V><V>^'>^ y********! Vt'l'l^*' ^

SOMMAIllE.

lionapafte» pièiB d'arriver au Gaire^ ^p^rçoit nop loin de& pyramides de Gizeh rimioinbral^le cayalerie des .91amelouks , que commaade en chef Thoiume le plus^ courageux elle plus ardent de TÂfrique, Mourad-Bey. A cette vuCf à celle des monumens fameux gui ont litipunément bravé la main dévastajtrice du temps , ses /fraîlsis'^anouiitseoty ses yi|px.hrillfiQi d'un feu ài»m : il «a fdaœ à la hauteur des grande» dest^iée^ qu'il e^t appelé à r$^mplir; c^t las paroles qu^il adresse à ms guerriers transportés d^enthousiasme lui fqnt obtenir en peu d'heures une victoire impérijssable conune elles*

Vous allez combattre aujourd'hui les dominateurs de TËgypte. Songez que du haut de ces monumens quarante siècles vous contemplent (1}

(1) Si jamais pensée ne fut plus sublime, jamais non plus triomphe ne fut plus complet. Le résultat de la journée des Pyramides fut la destruction du premier corps des mamelouks , et des forces navales de l'ennemi. -On n'avait point encore vureothonsiasme français porté à un si haut degré. Chacun de nos soldats combattait çQinqaia à la vue da cent générations qu'U rs^ppelait de leurs tojnheaux.

SOMMAIRE

Cette proclamation n'a b<BSoin ni d'historique, m 4e popi« mentaire. Célébrer à douze cents lieues de la Aépuque , au*-delà des mers et estiez des nations encore inconnuesyraïuiÎYersaii» d'une indépendance que cinq ans auparavant nul Français n'osait espérer , ({\iel v^asjte sujet de méditations pour l'hoauBje q<Al ooji^^fi^^ ses . eil\es k observer les révoivtîong des empires!

Soldats!

J^oijus icélél^oiiis ie premier jour «de i'aa -7 de la Aépiiblique. H

jQ y a cinq ans, riadépendance du peuple français était menacée ; ^lais irous prîtes Toulon : ce fut le présage de la ruine de nos enpemis (1).

Un an après , vous battiezles Autrichiens à Dego.

L année «ui vante, vous étiez sur le sommet des Alpes.

(1) La seprise de Toulon par les républicains fut sans domte MU i|Dffie«se avjàvilag^ remporté s«ir l'jeDnenu y inais axkçxm ^antajgjB é^^X ou mém& supérieur D'^vait-4l donc précédé celui-là ? Selon nous , le général Bonaparte ne le rappelle d'une manière si saillante que parce «(u'il entrait dans sa politique de dire aux Français : P^otrc ifKlépendance était menacée, je parus y et C Europe à son tour tremHa pour la sienne >

^36 piÈ(îËs ÈtJK LE Prisonnier

V^ous luttiez contre Mantoue il y a deux ans » et vous remportiez la célèbre victoire de Saint- Georges.

L an passé, vous étie^ aux sources de la Drave ei de rizonzo , de retour de l'Allemagpeé

Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil , au centre de l'ancien continent ?

Depuis TAnglais, célébré dans lès arts et le commerce 9 jusqu'au hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde.

Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce qué vous avez fait et de Vopinion cyie Ton a de vous. Vous mourrez avec honneur, comme les braves dont les noms sont inscrits sûr cette pyramide; ou vous retournerez dans votre patrie, couverts de lauriers et de l'admiration de tous les peuples.

Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes* Dans ce jour» quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens représentatifs, quarante millions de citoyens pensent à voibs. Tous disent : C'est à leurs travaux, à leur sang, que nous devons a paix générale, le repos, la prospérité du conimerce , et les bienfaits de la liberté civile.

SO]!iiMAIR£.

Ihrahîm et Mourad Beys, réfugiés Tun dans la Syrie et l'autre dans TËgypte supérieure, entretenaient avec les principaux du Caire des intelligences funestes aux. Français. Une révolte terrible éclata le ylngt*un octobre 1798 9 pendant, que le général Bonaparte était allé visiter les pyramides de Gizeh(i). A sou retour jl apprit qu'un grand nombre des siejQS^ et notamment le général Dupuy, avaient péri victimes de la rébellion. Ce fut vainement qu'il pjOTrit de pardonner aux coupables, tous osèrent persister d^nf rkupi^dente détermiination de secoui;r le joqg ^es Français. J^lors de->. ployant à leursyetix la tçrrl|)lc puissance quela guerre mettait en ses jnaips, il les traita dans leurs propres foyers comme il traitait ses plus cruels ennemis sui* le champ de bataille. « Vous avez refu^é^ma clémence

quand je vous l'offrais, dit-il , l'heure de.la yengeauçe

est sonnée: voua avez commencé, c'est à moi de finir. ]«

Habitàns du Caire? :

Des hommes pervers avaient ^^ré.uae partiç d'entre vous; ils ont péri. Dieu ma ordami^ d'être clément et miséricordieux pour 1q peuple; j'ai été cléoient et miséricordiei^x ^pYj^rsi i^ous. î

(1) Je pepse qu*on me saura gré de rapporter ici Teftr tretien que le général Bonaparte eut, ditnon, dansTom ^es pyramidales avec plusieurs imansi çt inupl^tis qui I-'^Qt

2^8 PIECES &UR I.B PRISOKVIER

J ai été fâché contre vous de votre révolte ; je vous ai privés pendant deux mois de votre divan; mais' aujourd'hui je vous le restitue: votre bonne conduite efface (a tache de votre révolte»

I iri ^1 il I lin ■ I i I I ■ > É >i I . >- *

ddilipâigtiàièfih €iet cfnttretiéii potiitâ plàfre par sa i^nguhfriVé. On fli'y vit communémeiit en France qù^un amin» éëment dû gdertiet aux dëpéiss des sectes orientales; mai^ qoA sait àppréder lie côéui* hù'mafn doit y vofr et y tsit éd eflet les resAirts nds en Jeu dé Ëi plus habile p6Htlq[Cie.

BiôirAPiAn. .— . fiten est gtstùd, et ses' œuvres sont mervèlUètriies. VoM iiû gtâiïd ouvrage dé main d'hommes. Qtfd était lebtif'd^ eèiai quî fit^ Bâlfr cette pyràmidfe?

SviinÉAit C*éta3t un fndssànt roi d^Egypte, doiiton

croit que lé nom était Chéops. II voulkil émpécHèr que des iftï6ril%es viiMènt tlroubter le' tép6s de sa cendré.

BoirirAktt; -^ I^ grahd GyTu^ se fit enterrer en plein air, pour que son corps retournât aut élémens. Penses* tu qu'il ne fit pas mieux? le penses*tu ?

SuLéuiAN. — {sHndinant). Gloire à Dieu à qui toute gloire est due !

BoNAPAETE. — Honneur à Allah I Quel est le calife qui a fait ouvrir cette pyramide et troubler la cendre des nlorts?

BlâDHAitED. — On croit que c^est le commandeur des cvôyëtiS 5 Mahmoud, qui régnait, iFy a plusieurs siècles^ à Bagdad;d'autres disent le renommé Aaron Raschid(Diea M fesse paix I ), qui croyait y trouver dies' trésors; mais qtfand on fut entré pafr ses ordres dans cette saUe , là tmditioto pdits^qb^on n*y trouva que des iliomies^ et ttit

D« SAflYTE-HlètÈIfe. .259

Sehérifs, ulehiB^», oratéui^s des mosquées , faites bien connaitre au peufde que ceux qui de gaîté de cœur se déclareroût mes ennemis , n'au-^ ront de refuge ni dans ce monde, ni dans Tauflre. ¥ aura-il un' homme asâtez aveugle pour ne pas voir que le destin lui-nléitie dirige toutes mes

le mur cette inscription en lettres d'or : l'iufib gohkbT'*

TR4 l'iniquité sans FftUIT, MAIS NON SANS REMORDS. . .

Bonaparte. — Le pain dérobé par le méchant ren^lit sa bouche de gravier.

MuHAMBD [s'incUnant)* — C'est leproposdelasagesse.

Bonaparte, — Gloire à Allah ! Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu } Mahomet est son prophète , et je suis de ses amis.

SuLÉntAN. — Salutdepailà l'envoyé de Dieu; Salut aussi sur toi, invincible général, favori do Màhbknet

BoNAPAiÊTE. *- Muphti , je te remercie. Le divin Komn fait les délices de mon esprit et l'attention de mes ysax. J'aime lé prophète, et je compte avant ^'il soit pèù^ aller voir et honorer son tombeau dàfns là ville sacrée. Bf àts ma mission est auparavant d'exterminer les maisiétoiiàsl

I«RABitf. — Que te» anges de la victoire balaient la pouissière sur tcfn chemin , et le couvrent de leurs aîies. Le mamelouk a mérité la mort.

Bonaparte. — Il a* été frappié et livré aux angéfef "Aéirs Meùkir et Qvakir. Dieu , de qui' toat dépendra ùrddUbé que sa doknination fût détruite.

SuLBiMAN.-— Il étendit la main de la rapine sur les terrefef^ les moissons-, les chevant d'Ëgyplé.

Bonaparte. -^ Et sur les esclaves > les pkKt IJdies^ très^

!)4o PIECES SUR LE PRISOHlflER

opérations? Y aurait'il quelqu'un assez ioèrédule pour révoquer en doute que tout dans ce vaste uni.ver3 est soumis à l'empire du destin?

Faites connaître au peuple que depuis que le monde C3t monde , il était écrit qu'après avoir détruit les ennemis de l'islamisme, fait abattre

saint mupbti. Allah a desséché sa maiu. Si r£gypte est sa ferme , qu'il montre le bail que Dieu lui en a fait; mais* Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple.

Ibbahim. — O le plus vaillant d'entre les enfans d'Issa ( J^9U8 - Christ ) ! Alla l*a fait suivre de Tange exterminatenv, pour délivrer sa terre d'Egypte.

Bohapaitc. — Celle terre était livrée à vingt -quatre oppresseurs , rebelles au Grand-Sultan notre allié ( que Dieu l'entoure de gloire I ) et à dix mille esclaves venus du Canada et de la Géorgie; Adriel , ange de mort, a soufflé sur eux : nouç somnies venus , et ils ont disparu.

MuBAMMEu.— Npble successeur de Scander (Alexandre), honneur à les armes invincibles et à la foudre inattendue qui sort du milieu dç te# gui^rriers à cheval ( i*artUierieiôgère>)^ -.

Bonaparte. Çrois-tu que cette foudre soit une œuvre des enfans des hommes? le crois-tu ? AUali Ta fait mettra en mes mains par le génie de la guerre.

Ibbahui. — Nous reconnaissons à les œuvres Allah qui t'envoie. Serai^lu vainqueur, si Allah ne l'avait permis 2 Le Delta et tous les pays voisins retentissent de tes mi--

BoNAPABTE. — Un char céleste ( un haiion ) montera p^r Qies ordres fusquîau séjour des nuées ; et la foudre

les croix rje viendrais remplir la tâche qui m'a été imposée* Faites voir au peuple que dans le saint livre du Koran, dans plus de vingt passages, ce qui arrive a été prévu , et ce qui arrivera est également expliqué. •

descendra vers la terre le long d'un fil de métal {un con^ ducteur éiectriifuô{ dès que je Taurai coqimandé.

SuiiiM^N — Et le grand serpent sorti de la colonne de Pompée 5 le jour de ton entrée triomphante à Scande rich {Alexandrie) 5 et qui e9t. resté desséché sur le. soc de la colonne, n'est-ce pas encore un prodige opéré par ta main ?

BoNÀPÀETE. — Lumiëlres du siècle , vous êtes destinées encore à voir de plus grandes merveilles; car les jours de la régénération sont venus.

Ibrahim. — La divine Unité te regarde d'un œil de prédilection , adorateur d'Issa , et te rend le soutien des enfans du prophète.

BoNAPÀBTE. — Mahomet n'a-t-il pas dit : Tout homme qui adore Dieu et gui fait de bonnes œuvres y quelle que soit sa religion j sera sauvé ?

SuiiiMÀN , MuHAyED , Ibbàhim ( eusemifle en s'indi' na/nt ). Il Ta dît.

BoNAPÀBTE. — Et si j'ai tempéré par ordre d'en-haut Torgueil du vicaire d'Issa, en diminuant ses possessions terrestres pour lui amasser des trésors célestes, dites, n'était-ce pas pour rendre gloire à Dieu dont la miséricorde est infinie?

MuHAMED {avec embarras^» — Le muphti de Rome était riche et puissant ; mais nous ne sommes que de pauvre;) muphtis.

^^ PIÉGK8 SVE ES FEI801IVIEH

Que cent que la crainte de nos armes empêche de nous maudire changent ; car , en faisant au ciel des vœux contre nous, ils sollicitent leur condamnation: que les vrais croyans fassent des voeux pour la prospérité de nos armes.

Boii^Amn. — Je le sais; soyex sans crainte. Yous avez été pesés dans lalNdancede Balthaard, et tous avez été

trouvés légers. Cette pjrramide ne renfermait donc

aucon trésor qui ¥oas fÙt connu?

SmiwAi. — Aucun , seigneur ; nous le f nrons par la cité sainte de la Mecque.

BoHAPÂZTE. — Malheur et trois fois malheur à ceux qui recherchent les richesses périssables , et qui convMtent Tor et Targenty semblables à la boue!

SuLBOUH. — Tu as épai^é le vicaire dlssa , et tu Tas traité avec clémence et bonté.

Bohâpastb. — C'est un vieillard que i^honore ( que Dieu accomplisse ses désirs^ quand ils seront réglés parla raison et la vérité ! ) ; mais il a le tort de condamner au feu éternel tous les musulmans ; et Allah défend à tous Tîntolérance.

IssÀfliH. — Gloire à Allah et à son prophète qui t'a envoyé au miUeu de noqs 9 pour réchauffer la foi des faibles y et ouvrir aux fidèles les portes du septième ciel !

BoHirÀETB. Vous Pavez dit^ très-zélés muphtis: soyez fidèles à AUah , le souverain maître des sept cieux merveilleux; à Mahomet, son visîr, qui parcourut tous les cieux dans une nuit. Soyez amis des Francs , et Allah y Mahomet et les Francs vous récompenseront.

iBAiLHiH — Que le prophète lui-même te fasse asseoir

^£ SÀlNTE-llilÈNE. d43

Jepourraisdemanderàchacun de vous compte des senUmens les plus secrets de son cœur ; car }e sais tout » même ce que vous n'avez dit à per-^ sonne. Mais un jour viendra que le monde verra avec évidence que )e suis conduit par des ordres

à sa gauche le jour de la résurrection^ après le troisième soQ de la trompette*

BoNAfARTE. — Que celul-là écoute qui a des oreilles pour entendre : Tlieure de la résurrection est arrivée pour tous les peuples qui gémissent sous l'oppression* Muphtis, imans 9 mullahs, derviches, kalenders, instruisez le peuplé d'Egypte; encouragez -le à se joindre à nous pour achever d'anéantir les beys et les mamelouks ; favorisez le commerce des Francs dans vos contrées , et leurs entreprises pour parvenir d*ici à l'ancien pays de Brama; offrez-leur des entrepôts dans vos ports, et éloignez de vous les insulaires d'Albion maudits entre l6s enfans d*Issa : telle est la volonté de Mahomet. Les trésors 9 l'industrie et l'amitié des Francs seront votre partage , en attendant que vous montiez au septième ciel , et qu'assis aux côtés des houris aux yeux noirs, toujours jeunes et toujours pucelles, vous vous reposiez à l'ombre du Lama, dont les branches offriront d'elles-mêmes aux vrais musulmans tout ce qu'ils pourront désirer.

SuLÉiMAN {^8Hnciinanty\ — Tu as parlé comme le plus docte des mullahs. Nous ajoutons foi à tes paroles; nous servirons ta cause, et Dieu nous entend.

Bonaparte. — Dieu est grand, et ses œuvres sont merveilleuses. Salut de paix sur vous, très - saints muphtis. »

supérieurs et que tous les efforts humains ne peuvent rien contre moi. Heureux ceux qui de bonne foi sont les premiers à se mettre avec

moi !

Madame de Staël parle ainsi de cette conversation : c Elle devait enchanter les Parisiens 9' parce qu'elle réunissait les deux choses qui les captivent: un certain genre de grandeur et de la moquerie tout ensemble. Les Français sont bien aises d'être émus ; le charlatanisme leur plaît et ils aident volontiers à se tromper eux-mêmes f pourvu qu'il leur soit permis , tout en se conduisant conune des dupes » de montrer par quelque bons mots que pourtant ils ne le sont pas. »

SOMIMIAIRE.

Bonaparte ayant poursuivi jusqu'en Syrie Tannée vaincue sans combattre d'Ibrahim épouvanté, vient de porter le siège devant Saint- Jean d'Acre. Ses treize mille honunesont vainement déployé tout ce qu'il était possible d'espérer des premiers soldats du monde* L'ennemi, plus nombreux que les Français, parfaitement approvisionné , et surtout renfermé dans d'excellens ouvrages , lorsque ceux-ci manquent de tont et combattent à découvert, reçoit encore par mer des secours en hommes et en munitions , qui le mettent à . même de prolonger sa défense. Bonaparte cependant s'est vu plus d'une fois sur le point de triompher, et peut-être serait-il parvenu à consommer son ouvrage, s'il n'eût reçu, sur les affaires intérieures de l'Egypte , des nouvelles alarmantes qui le déterminèrent à y renoncer.

Soldats!

Vous avez traversé le désert qui sépare TAfrique de l'Asie avec plus de rapidité qu'une arm éé arabe.

L armée qui était en marche pour envahir rÉpypte est détruite; vous avez pris son général, ses équipages de campagne, ses bagages^ ses outres , ses chameaux.

Vous vous êtes emparés de toutes les places fortes qui défendent les puits du désert.

34^ PIÈCES Sun LE PRISONNIER

Vous avez dispersé aux champs du Mont-Thabor, cette nuée d'hommes accourus de toutes les parties de l'Asie dan» Tes^poir de piller l'Egypte.

Les trente vaisseaux que vous avez vu arriver d^n3 i^re, il y a dç}j^^ ]mv^ , pprtîi^çqJ; J'arfliée qui devait assiéger Alexandrie; inais, obligée d'accoiirir à Acre , elle y a fii^i ses destins : voie partie de ses drapeaux orneront votre entrée en Egypte.

Enfin, après avoir, avec un<e poignée d'bqqixiies, ii^oiuiçd U guerre pendant trois luois dlans 1^ cœur de la Syrie, pris quarante pièces de campagne , cinquante drapeaux^ fait six mille prisonniers, rasé les fortifications de Gaza , JaAk , Càïfa , Acre , nous allons rentrer en Egypte : la saison des débarquemens m y rappelle (i).

(i) 11 paraîtrait que c'était moins la saison 4es débarquemens que la brillante valeur du commodore Sydney Smilli, secondant par de continuels renforts la garnison de Saipt-Je^jin d'Acre. Ms^danae de Staël rappforte à ce( égard une particularité .'«Lorsque Napoléon, en iSoS, fut nommé roi d'Italie, il dit au général Berthier^ dans un de ces momens où il causait de tout pour essayer ses idées sur lès autres: Ce Sydney Smith m'a faiiman^ (jucT wa j^iune àSàint-Jean ft Acre; je voulai^partir d'Egypte, passer par Constantinople, et prendre €* Europe à revers pour arriver à Paris. » ( Considératîans sur la RévoUiUoQ frai^çaise. )

DE SAINTE HEliNS. ' Z^J

Encore quelques jours, et vous aviez l*espotr de prendre le Pacha même au milieu de son palais ; mais d^ms cette saison la prise du château d'Acre ne vaut pas la perte de quelques jours : les braves que je devrais d ailleurs y perdre sont aujourd'hui nécessAilres^ôûr des opérations plus essentielles.

Soldais 1 nous avons une carrière de fatigues et dé dangers à courir. Ap^ës avoir mis TOriènt hors d*étàt de rien faite cotttre nous cette camplàgne, il nous faudra peut-être rc^ pousser les efforts d\ihe partie de l'Occident. Vous y trouverez une nouvelle occasion de gloire; et si, au milieu de tant de combats , bbaque jotir est mar* que par la mort d'un brave, il faut que de nou-^

On ajpaiié d*an èmpoUsoDiiement qtie B6nà{>aHe essaya de oomeiuiiier sur ceux de ses malades qu^ ne poùTafk emmener. Y (mgî comme il le racoateluiHEaème dam on oavrage qu'on Uii attribue: t II y avait ufieeeotained'lioiafnetf attaqués delà peste, et qui n'eu pouvaient revenir. Obligé de le» abandonner^ ils pliaient être massacrés ipar les Turcs : je demandai au docteur Desgenettes si on ne pourrait pas leur administrer de Topium pour abréger leurs souffrances; 11 me répondit qu'il n'était chargé que de les guérir : la chose en resta là. Ils tarent en effet massacrés peu d'heures après par l'ennemi. » Je préféré cette version à toutes celles qui ont été faites , et cela par deux raisons majeures : la première est que Ton doit écarter de la pensée tout ce qui tend à déshor

â48 PIÈCES SUR LE PRIS0NI9IER

veaux braves se forment et prennent rang à leur tour parmi ce petit nombre qui donne l'élan dans les dangers, et maîtrise la victoire.

lostruit par ses frères ^ avec lesquels il n*a cessé de correspondre, et du véritable état de la chose publique eq France y et du profond naépris dans lequel le gouvernement directorial est tombé, le général Bonaparte se détermine à quitter le sol égyptien, pourreproduire aux yeux du monde le grand pas de César franchissant le Rubîcon (i),

Soldats!

Les nouvelles de l'Europe m ont décidé à partir pour la France; je laisse le commandemient de l'armée au général KJéber, L'armée aura bien-

norer ceux qui r^;nent ou ont régné sur nous ; la seconde, que nous croyons, avec Luiz de Cabrera, que l'histoire des princes ne devrait être écrite que par eux. *

(i) Quelques écrivains, et notamment l'auteur des Victoires et Conquêtes ^ ont rapporté avec trois signatures un ordre par lequel le directoire aurait prescrit au (général Bonaparte de quitter l'armée d'Orient pour revenir en France. Non-seulement l'incrédulité publique

* Voyez ce que nous avous dit de cet cvc'ncmenl daus un dos j'rëccdens volumes.

tôt de mes nouvelles. Il me coûte de quitter des soldats auxquels je suis le plus attaché ; ce ne sera que momentanément, et le général que je leur laisse a la confiance du Gouvernement et la mienne.

a fait justice de cette prétendue pièce ; mais le désaveu même des signatures apposées m'a été formellement donné par Tun des trois directeurs dont le nom figure au bas de Tordre. Or^ je suis autorisé à conclure ou que les signatures ont été surprises adroitement , ou que la pièce elle-même est totalement apocryphe.

Néanmoins, je ne puis partager Topinion des gens qui attribuent à répouvante le départ précipité du général Bonaparte; et s'il faut pour les convertir m'appuyer de quelque autorité, je leur rapporterai textuellement ce qu'en a dit une dame illustre, dans un ouvrage historique que plus d'un grand homme voudrait avoir fait.

c On a beaucoup répété, dit Madame de Staël, qu*en s'éloignant alors , il avait déserté son armée. Sans doute il est un genre d'exaltation désintéressée qui n'aurait pas permis au guerrier de se séparer ainsi de ceux qui l'avaient suivi, et qu'il laissait dans la détresse: mais le général Bonaparte courait de tels risques en traversant -la mer couverte de vaisseaux anglais; le dessein qui l'appelait en France était lui-même si hardi, qu'il est absurde de traiter de Idcheté son départ d'Egypte. Il ne faut pas attaquer un être de ce genre par les déclamations communes : tout homme qui a produit un grand efletsur Icsaqlres hommes doit être approfondi pour être jugé. »

â5o PIÈCES 8 un LE PRISONNIER

SOMMAIRE

Ayant quitté Tannée d'Orient, Bonaparte, qui médite un grand dessein, s'est mis à la tète desforcesinlérîeures delà France, et prépare les esprits au coup qu'il va frapper. C'est le 18 brumaire (1).

Soldats!

Le décret extraordinaire du Conseil des anciens est conforme aux artides 102 et io3 de l'acte constitutionnel. U m'a remis le commandement de la ville et de l'armée.

Je l'ai accepté pour seconder les mesures qu'il va prendre , et qui sont tout eilitières en faveur du peuple.

La République est mal gouvernée depuis deux ans. Vous avez espéré que mon retour mettrait

(i)c Tons les partis s'étaient offerts à lui , et il leur c avait donné de l'espoir à tous. Il avait dit aux jacobins • qu^ll les préserverait du retour de l'ancienne dynastie; c il avait au contraire laissé les royalistes se flatta qu'il « rétablirait les Bourtions; il avait fait dire à Sieyes qu'il c lui donnerait le moyen de mettre au jour la constitiv- « lion qu'il tenait dans uo nuage depuis dix ans; il avait < surtout captivé le public, qui n'est d'aucun parti, par c des protestations générales d'amour de Tordre et de la c tranquillité. »

( Madame de Staël. )

DE 8ÀINTK HÉLÈNE. 25l

un terme à tant de maux ; vous Tavez célébré avec une union qui m'impose des obligations que je remplis : vous remplirez les vôtres , et vous seconderez votre général avec Ténergie , la fermeté et la confiance que j'ai toujours vues en vous.

I^ liberté, la victoire et la paix replaceront la République française au rang qu'elle occupait en Europe , et que l'ineptie ou la trahison a pu seule lui faire perdre (i).

Vive la République !

SOMMAIRE

Devenu, par le renversement du Directoire exécutif, Premier Consul de la République française , le héros donne un soupir de regret aux braves qu'il a laissés sous le oiel brûlant de TAfrique.

Soldats !

Les Consuls de la République s'occupent souvent de Tarmée d'Orient (aj.

(i) Les champs fertiles de Fltalie, celte immortelle conquête du génie et de la valeur, venaient d'être enlevés à la République française^

(a) On a souvent reproché au Premier Consul un en* lier oubli des forces laissées par lui en Egypte. S'il était

La France connaît toute Tinfluence de vos conquêtes pour la restauration de son commerce et la civilisation du monde.

L'Europe entière vous r^arde. Je suis sou* vent en pensée avec vous.

Dans quelques situations que les hasards de la guerre vous mettent, soyeztoujours les soldats de Rivoli et d'Aboukir ( i ) , vous serez invincibles.

Portez à Kléber cette confiance sans bornes que vous aviez en moi ; il la mérite (a).

Soldats, songez au jour où, victorieux , vous rentrerez sur le territoire sacré : ce sera un jour de joie et de gloire pour la nation entière.

possible à la haine d^enteadre la raison, je dirais à Tinstant aux détracteurs du grand honune : Compulsez dans le Moniteur les notes diplomatiques de ces temps et vo\is verrez dans toutes Tardent désir de faire ce que vous reprochez de n'avoir pas fait.

(i) D'Aboukir surtout. Là, combattant dans la proportion d'un contre quatre , cinq mille Français trahis par la fortune détruisirent jusqu'au dernier homme, une armée de vingt mille Turcs , qui s'avançait en criant victoire.

(a) Ce noble témoignage est d'autant plus digne d'admiration , que , dévoré par une basse envie, Kléber, qui n'eut jamais de faiblesse que celic-là, venait de faire brûler en edigic Bonaparte dans son jardin.

DE SAïNTE-HÉLiNE. a53

SOMMAIRE

Envoi d'une armée régulière contre les bandes de la

Vendée.

Soldats!

Le Gouvernement a pris les mesures pour éclairer les habitans égarés des départemens de Touest; avant de prononcer, il les a entendus. II a fait droit à leurs griefs, parce qu'ils étaient raisonnables. La masse des bons habitans a posé les armes. U ne reste plus que des brigands, des émigrés, des stipendiés de TÂngleterre.

Des Français stipendiés de TAnglelerre! ce ne peut être que des hommes sans aveu , sans cœur et sans honneur. Marchez contre eux : vous ne serez pas appelés à déployer un grand cou-, rage.

L'armée est composée de plus de soixante mille braves : que j'apprenne bientôt que les chefs des rebelles ont vécu. Que les généraux donnent l'exemple de l'activité ! La gloire ne s'acquiert que par les fatigues ; et si Ton pouvait l'acquérir en tenant son quartier -général dans les grandes villes, ou en restant dans de bonnes casernes , qui n'en aurait pas ?

Soldats, quel que soit le rang que vous occu-

a54 PIÈCES SUR LE P&ISPNMIER

piez dans Farmée, la reconnaissance de la nation VOUS attend. Pour en être dignes , il faut braver Tintempérie des saisons, les glaces , les neiges, le froid excessif des nuits ; surprendre vos ennemis à la pointe du jour, et exterminer ces misérables , le déshonneur du nom français (i).

Faites une campagne courte et bonne. Soyez inexorables pour les brigands; mais observez une discipline sévère.

SOMMAIRE

Retenu daos Paris pour les affaires du Gouvernement, le Consul annonce à l'armée dltalie <)u*il Ià remettra bientôt sur le chemin de la victoire.

Soldats!

En promettant la paix au peuple français , j'ai été votre organe; je connais voire valeur. Vous êtes les mêmes hommes qui conquirent

(i) En matière d*état, pn n'est vertueux ou criminel qne selon les temps et les lieux. Ceux que le prenaiîer consul traitaient alors de misérables portent depuis quelque temps un nom tout-à-fait contraire. £n , valent-ils vraiment mieux? Je le demande à la France et surtout à rhumanité.

BE SÀINTB-HililTK. âSS

la Hollande, le Rhin , Tltalie , et donnèrent la paix sous les murs de Vienne étonnée.

Soldats , ce ne sont plus nos frontières qu'il faut défendre , ce sont lés étals ennemis qu'il faut envahir (i).

U n'est aucun de vous qui n'ait fait plusieurs campagnes , qui ne sache que la qualité la plus essentielle d'un soldat est de savoir supporter les privations avec constance : plusieurs années d'une mauvaise administration ne peuvent être réparées en un jour.

Premier magistrat de la République, il me sera doux de faire connaître à la nation entière les corps qui mériteront , par leur discipline et leur valeur , d'être proclamés les soutiens de la patrie.

Soldats , lorsqu'il en sera temps je serai au milieu de vous, et l'Europe étonnée se souviendra que vous êtes de la race des braves.

(i) Obs«*vez qu'au moment où le Consul parlait â'envahir, le territoire français n'était pas même délivré. Tel est le grand homme de guerre : certain de rexoelience de ses plans , il en parle au vulgaire cooune s'ils étaient accomplis.

â56 PIÈCES SUR LE PRISONNIER

SOMMAIRE

L'armée. d'Italie se trouve, après la perte de ses conque-* tes, concentrée dans Gênes, où les maladies, les privations et les combats dévorent avec une effrayante ra* pidité fesplus précieux élémens (i). Masséna la commande en chef; mais tout le génie et toute la sollicitude de ce grand capitaine ne peuvent empêcher lé découragement de s^emparer de tous les cœurs. La discipline , la gloire, la patrie, ne sont plus pour ces modèles de héros que des noms sans magie, sans in. térêt et sans pouvoir. C'est pourtant avec ces même», hommes que Bonaparte doit ouvrir une nouvelle cam* pagne^ une campagne surtout dont dépendent évi-* demment les destinées de la République.

Soldats 1(2).

Les circonstances qui me retiennent à la tête du Gouvernement m'empêchent de me trouver au milieu de vous.

(1) La guerre, la faim, la peste faisaient alors de tels ravages dans Gênes, que, n'ayant plus la force d'enterrer lés morts, les vivans respiraient, au lieu d'air, la ptitréfaction de vingt mille cadavres. Selon M. le général Thiébault, les soldats dévoraient à l'envie les herbes et les racines qu'ils pouvaient rencontrer; et, dans un de ces effroyables repas , une compagnie du 24* de ligne s'empoisonna tout entière en mangeant de la ciguë.

(2) J'appelle l'attention de mes lecteurs sur cette proclamation. Il n'en est peut-être pas une seule où Bona-

Vos. besoins sont grands; toutes Içs mesures sqnt prises pour y pourvmr.

Les premières qualités du soldat ^(mt la coqs** tance et la discipline ; la valeur n'est qpe la se^ conde.

Soldats 1 plusieurs corps ont quitté leursppsitionf» , il^ pnt été sourds à la, Toi::i^ de leurs, pffi*

ciers; la 17.** légère est de ce nombre.

Sont-ils donc tous morts les braves de Castiglioné, de Rivoli , de Newmark ? Us eussent péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, et ils eussent ramené leurs jeunes camarades à Thon-

neur et au devoir.

Soldats! vos distributions ne sont pas réguliè. remenjt faJlt^s , dites-^voijLS ! Qu'eussiez-vous fait si, comme les 4*'' ^t ^^*'' légères, les 18.'' et 52.'' de ligne ^ vous vous fussiez trouvés au milieu du désert, sans pain ni eau, mangeant du cheval et du mulet? JLa victoire nous donnera du pain ^ disaient - eJUes : et vous , vous quittez vos drapeaux!

Soldats d'Italie ! un nouveau général vous commande (1); il fut toujours à lavant *• garde

parte ait touché d^une manière plus savante les ressorts du cœur -humain.

(1) Masséna, qui venait dé terrasser sous les murs de Zurich f l'hydre sans cesse renaissante des Goalitjions eu-« ropéennes.

àÔO SIÈGES SUR LE ^11IS0l!|l!IIER

Soldats l vous marchez. ... et déjà le terri'» toire français est délivré ! la )oie et l'espéraiice succèdent dalas niotre patrie à la crainte et à la consternation.

Vous rendez la liberté et Tindépendanceau peuple de Gènes : il sera pour toujours délivré tle ses plus crudb ennemis.

Vous êtes dans la capitale de la Cisalpine. L'ennemi épouvanté n aspire plus qu'à regagner ses frontières : vous lui avez enlevé s^ hôpitaux^ 4ses magasins, ses parcs de réserve.

Le premier acte de la campagne est terminé.

Des miliions d'hommes ( vous l'entendez tous les jours ) vous adressent des actes de reconnaissance.

Mais aura-t-on donc impunément violé Iç territoii*e français? Laisserez-vous retouxaer dans ses foyers l'armée qui a porté l'alarme dans vos familles ? Vous courez aux armes !.... Eh Uenl marchons à sa rencontre , opposons - nous à sa retraite , arrachons-lui les lauriers dont elle s'est parée ; apprenons au monde que la malédiction du destin est sur les insensés qui osent insulter le territoire du grand peuple.

Le résultat de nos efforts sera GI4OIRJ6 SAtfS

MUÀGE, PAIX SOIIDE.

BrE SAmTK^HÉCilfE. ^^

SOMMAIRE

Sédaks par l'dr de TAngletere, T Autriche et ki Russie lèvent de nouveau contre la France la bannière des; combats. L*en^pereur, car le premier consul a Joint à ses conquêtes cette illustre dignité ; VEmpereur^ disons^nous , se porté sur les rives du Riiin , et fait passer dans Tàme de ses guerriers la bouillante ardeur qui; dévore la sienne.

SdadA/TsI:

La guerre cfe la troisième eoaliticHi^ est^ eom<^ mencée : Tannée autrichieime a passé rioni violé ses traités V Attaqué et chassé de sa capitale notreallié. . • .Vous-mêmes avez du. accourir à marches forcées à la défense dé nos feon^rcs; mai& déjà vous airez passé le Rhin; .... Nous lie nous arrêteroud plus que nous nayiona. assuré Tindépendancë du corps gennamque> secouru nos. alliés, etconf6ndu.rorgueil de nos- injustes agresi*^ seurs (i). Nous ne ferons plus de paix sans ga<-

{i) Voulant-: prouver au:séiiat que Tofifense toute en^ tière venait du oabinet de Vienne, ren^pereur luiadinessa le 25 septembre le discours d^ouverture dont nous, allons^ sapporter quelques fragmens..

c • • . Les vœux des éteroetiieBiiemis âit^.eoiitifie»ft^ sont accomplis : la guerre a commencé au milieu de l'Allemagne^ rAutricbe et la. Russie se sont réunies à» IfAngteterrÇ) et notre g^oératiim. est entraînée. 4e nom^^

202 PIÈGES SUK LS PRISOKNIER

rantie, notre générosité ne trompera plus ndre politique.

Soldats ! votre empereur est au milieu de vous; vous n^étes que ravant-garde du grand peuple; s'il est nécessaire, il se lèvera tout entier à ma voix pour confondre et dissoudre celte nouvelle ligue qu'ont tissue la haine et For de l'Angleterre.

Mais , Soldats , nous aurons des marches forcées à faire , des fatigues, des pri vatious de toute espèce à endurer. Quelque obstacles qu'on nous oppose, nous les vaincrons , et nous ne piren* drons pas de repos que nous n'ayons planté no» aigles sur te territoire de nos ennemis.

veau dans les calamités de la guerre. Il y a peu de jours , f espérais encore, que la paix ne serait point troublée; les menaces et les outrages m^a valent trouvé impassibles» mais Tarmée autricbienne a passé Tlnn. . . •

c Je gémis encore du sang qu^îl en va coûtera TEnropC; mais le nom français en obtiendra un nouveau lustre

c Toutes les promesses que j'ai faites au peuple françaiS) je les ai tenues ; le peuple français, à son tour , n'a pris aucun engagement avec moi qu^il n'ait surpassé. Dans cette circonstance si importante pour sa ^ire et pour la mienne, il continuera à mériter ce nom de Grund Peupie dont je le saluai au milieu des champs de bataille.

c Français ! votre empereur fera son devoir^ mes soh dats feront le leur, vous ferez le vôtre. »

A/«VMA«MA^W«AAA^«VWIWW%^/VMAI«^«M>%«%M«%«/WMWVM^AAA<WM^

SOMMAIRE

Plus Intéressée qu'aucune autre à délivrer la Bavière ^ l'armée bavaroise s'associe aux travaux de la Grande- Armée.

Soldats bavarois!

Je viens me mettre à la tête de mon armée pour délivrer votre patrie de la plus injuste agression. La maison d'Autriche veut détruire votre indépendance et vous incorporer à ses vastes états. Vous serez fidèles à la mémoire de vos ancêtres , qui , quelquefois opprimés , ne furent jamais abattus , et conservèrent- toujours cette indépendance, cette existence politique qui sont les premiers biens des nations; comme la fidélité à la maison Palatine est le premier de vos devoirs.

En bon allié de votre souverain, j'ai été touché des marques d amour que vous lui avez données dans cette circonstance importante. Je connais votre bravoure; je me flatte qu'après la première bataille je pourrai dire à votre prince et à mon peuple que vous êtes dignes de combattre dans les rangs de la Grande-Armée (i).

(i) Napoléon ne fut pas trompé dans son attente,

â64 PIÈCES SUE £E PKISONlflER

l'armée bavaroise se battit avec une intrépidité peu com* mune. Ce fut alors que Ton vit s'établir entre elle et les bataillons français la plus généreuse émulation, t N(nis sommes misux qu^avsc vous^ dit le comte de Wrède à ^aùtriëbien UacL^ qui venait d'être iladtprisonpier d^iis Ùlrnî au Ucû (t avoir Umjoiirs tes postes pirUbuxj c'est nous qui sommies obligés de Us demander. iNôus avons dit que Mack avait été pris. Ce général ^ dont la garnison s'élevait à trente-trois mille hommes,^ ne craignit .j^as d'^iuidonner^ pour ainsi dire sans combattre ^ ope des places les plus en état défaire une belle défense» L'Europe n'a point oublié qu'il s'était déjà rendu sans gloire Idi^s^'ll marchait & la tété dès Napolitains. Si la réj^tSition gigântesiquc doùt ce général se vit prébédé n'était pas entièrement détruite par ces traits redoublés de la làdieté la plus idsignc y elle le serait û par l'épigrammc que voici :

En lojr&ofé comme en ytillatiee Mack est un homme singulier :

Retenu sur parole» il s'écbappe de Frsneef libre dans Ulm , il se rend prisonnier.

DE SAIVTE-nÉIÈlifE. ^65

SO&ItIAI&£i

Yainqneiir en vingl endroits, et mâUre des reim>art9 d'Ulm, rempereor s'attache aux pas de l'ennemi, et remporte un éclatant avantage près de Wertingen» « Sénateurs, écrit-il aux Pères*Gonscrit8 de la France» il n^y a pas un mois que je vous ai dit que votre ein-peretir et son armée iferaient leur devoir; il nie tarde de pdùvdir dire que mon peuple à Mi le sien. I>e|^ub mont entrée en campagne j'ai dispersé une armée de cent mille hommes; j'en ai fait plus de la moitié prisonniers. B C'est inunédiatement après le combat de Wertingen que Napoléon ordonna do compter le moi» de vendémiaire an 14 comme une campagne pour l'évaluation des services, et qu'il frappa 1^ états de la Maison d'Autriche en Souàbe d'énormes contributions de guerre au profit de la Grande- Armée. Quelle récoihpensé ne méritaient pas en effet ces guerriers intrépides que l'héroïque Rome eût mis au rang des demi-dieux!

Soldats de ia Gra^ïdë^Armêe,

En quinze jours nous avons fait une campar* gn e ; ce que nous nous proposions de faire est rempli : nous avons chassé de la Bavière les troupes de la maison d'Autriche, et rétabli notre allié dans la souveraineté de ses états.

Cette armée qui^ avec autant d'ostentation que d'imprudence , était venue se placer sur nos frontières , est anéantie.

Mais qu'importe à l'Angleterre ! son but est rempli : nous ne. sommes plus à Boulogne, et son subside ne sera ni plus ni moins grand.

De cent mille homme qui composaient cette armée, soixante mille sont prisonniers. Us iront remplacer nos conscrits dans les travaux de la campagne.

Deux cents pièces de canon, tout le parc, quatre-vingt-dix drapeaux, tous leurs gépéraux sont en mon pouvoir : il ne s'est pas échappé de cette armée qfuinze mille hommes.

Soldats ! je vous avais annoncé une grande bataille; mais, grâces aux mauvaises combinaisons de l'ennemi, j'ai pu obtenir les mêmes succès sans courir aucune chance, et, ce qui est sans exemple dans l'histoire des nations, un si grand résultat ne nous affaiblit pas de plus dé i5oo hommes hors de combat.

Soldats! ce succès est dû à votre confiance sans bornes en votre empereur, à votre patience à supporter les fatigues et les privations de toute espèce ; à votre rare intrépidité.

Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous êtes impatiens de commencer une seconde campagne.

Cette armée russe que . l'or de l'Angleterre a transportée des extrémités de l'univers , nous nous allons lui faire éprouver le même sort..

DE SAINTE*- HiLÈNC. ^67

 ce combat est partie ulièreineut attaché l'hoDne^ir de Tinfantierie française i ) : c'est là .que "sa se décider pour la seconde fois cette question qui la déjà été une fois en S.uisse et en Hollande» si Tinfanterie française est la première ou la seconde de FEurope: , ' ■ . Il n y^a pas là de généraux contre lesquels je puisse avoir de la gloire à acquérir : tout mon» soin sera d'obtenir la victoire avec le. n\oins possible d'effusion de sang: mes soldats c^ont mes enfans.

SOMMAIRE

Ivres d*orgueil et de présomption, les Russes s^avancenl à grands pas pour venger les bataillons autrichiens que rarmée française a vaincus et dispersés. Ce jour, qui est le 1*' décembre, aura pour lendemain Tanniversaire du couronnement de Napoléon ; et déjà les ombres que la nuit déroule sur les campagnes sont , en en mémoire de ce grand événement, éclairées par un océan de feux.

SOIDATS!

L'armée russe se présente devant vous pour venger Tarmée autrichienne d'ÇFIni : ce^sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Holia-

(1) Moyen Uès-adroit de centupler Tardqur.

brûnn, et que depuis vous avez poursuivis cons^ tamment jusqu'ici. Les positions que nous oc-*^ cfupons doitt formidables , et pendant qu'ils mar-cheront poiilr toutner ma droite, ils me présente^ ront lé flanc (i).

Soldats, )e dirigerai moi*m^e vos bataillons, )e me tiendrai loin du feu, si avec votre bravoure aôCbtituméë Vous portez le désordre et la confusion dans les rangs entiemis (s); mais si là victoire était un moment indécise, vous verriez votre empereur s'exposer aux premiers coups t car la victoire ne saturait hésiter dans cette journée, surtout où il va de l'honneur de Fin-

(i) Huit jours aupravant, r^nperear passait aveèson état-major près des hauteurs de Santon, avait dit aux généraux qui Tentouraient : Observez bien cette position y messleuTs; elle jouera par nos soins un grand rôle daùs rhistoire. • Jiuit jours à Tavance, il prévoyait dono la situation dans laquelle son génie allait placer Teniiemi. C'eàt surtout aux traits de cette nature que Ton reconnaît les hommes supérieurs.

(a) L'empereur visitant incognito les bivouacs , fut reconnu et ^ordé par un vieux soldat couvert de cicatrices : a SU-e , lui dit ce brave ^ tu n'auras paç besoin de affeipoi^él'; je te ptolnets, au nom des grenadiers de « l'UrtÉiêe, que tu n'auras qu'à combattre des yeux , et « que tioWis t'mnënerons demaiù les drapeaux et les éten-^ « dards de l'armée russe» pour célébrer d'une manière

« digue detoi ranuSv^rsaiirede ton couroniKëmei&t. »

DE SÀlNTE-HÉLENi:. ^69

fanterie française , qui importe tant à Thonneur de la nation.

Que sous prétexte d'emmener les blessés on ne dégarnisse pas les rangs (1), et que chacun soit bien pénétré de cette pensée , qu'il faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre , quj sont animés d'une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne , et nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France, et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple , de vous et de moi.

(1) Mortellement blessé, l'iiitrépide général Yalhubert refusa le secours de ses ccmipagnons d'armes. « Souvc-: neZ'VOus de V ardre du jour , leur dit-il isi vous rêve" nez vainqueur j on me relèvera après ta pataiUe; si vous êtes vaincus j je n'attache ptustle prix à la vie, • Exhalant son dernier soupir , il «écrivit à l'empereur ; < J'aurais vouiu plus faire pour (a patrie et pour vous. Dans une heure j'aurai cessé d'être } je ne re^ greite pas la vie , puisque j'^/ai participé à la victoire. Quand vous penserez aux braves , souvenez^vOfM de Valhubert. •

d^d PIEGES StH LE PIITSONNIER

SOMUAIAE.

Les champs d^Austerlitz sont devenus pour Tannée française le théâtre immortel de la plus grande gloire militaire qui ait Jamais été accumulée sur une nation.

SolDÀTS!

Je suis content de vous ; vous avez, à la journée d' Austerlitz , justifié ce que j'attendais de votre intrépidité; vous avez décoré vos aigles d une immortelle gloire : une armée de cent mille hommes , commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche , a été , en moins <îe quatre heures, ou coupée, où dispersée; ce qui a échappé à votre fer s'est, noyé dans les lacs (i).

Quarante drapeaux, les étendards de la garde

(i) Cette. bataille fut marquée par un effroyable épi^ sodé. Acculée contre un lac par les corps réunis de Soult et de Davoust^ toute Taile gauche de Tarmée russe' croit pouvoir s^échapper à la faveur des glaces ;

ce Mais le bronze en grondant , de sa bouche enflammée , (( Lance , à traYers les flots d^une épaisse fume'e , « Cent globes qui , brisant Tenvcloppe des eaux , a Dé vingt mille guerriers ont creuse' les tombeaux. »

DE SAINTE -Hii.iN£. â^I

impëriale dé Russie, cent vingt pièces de canou , vingt gëïieraux , plus de trente ihîUe prisonniers sont le résultat de cette journée à îamais célèbre (r). Celte infanterie tant vantée et en nombre supérieur n a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redoutera Ainsi , en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut être éloignée; mais, comme je l'ai promis avant de passer le Rhin , je ne. ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.

Soldats 9 Ibréque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire, qui seul pouvait lui donner du prix à nies yeux; -mais dans le même moment, nos ennemis pensaient à la détruire et d l'avilir; et cette couronne de fer conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m'obliger de la placer sur .la tête de nos plus cruels eaneinis : projets téméraires et insensés, que .le; jour même de l'anniversaire du couronnement de votre em-

(i) La déroute des Russes était si tumultueuse et si sanglante, qu'Alexandre avait fait placer sur tous les chemins des écrîtèaux portant ces inots : Je recomunande mes maiheureux' soldats à (a générosité de l'empereur NapoUon.

3^2 PIÈGES SUR lE PI^ISOMllïIER.

pereur, vous avez anéantis et- confondus. Vous ^ leur avez appris qu'il est plus facile de noiis bravera dénoua ipeoacer que de nous vaiqore. Soldats 9 lorsque tout ce qijû est nécessaire pour apsui*er le l^ou^eur et la prospérijté de notre pi^lri^ sera Qccpmpli , je vou9 ramenei;ai .en Fra;nce« 14 > ^ous serez Tobjet de me^ plqs tendre^ spIUcitudeç. Mon peuple yous reveprra ayeç joie , et il vous suffira de dire : j'étais à ia batoMk d'Am^erlUz , pour que Ton réjj^ndç ; voUà un brave!

SOMMAIRE

X^a victoiis d'Austorlitz ayant amepé la paix, l'emp^oeur . viciQt promettre à ses braves compag;Qon8 un prompt retour daqs la patrie.

&OKBÀXS !

La paix entre moi et l'empereur d'Autriche est signée (i).

Vous avez dans cette arrière saison , fait deux campagnes ; vous avez rempli tout ce que j at*

(i) Quelle pfux pour les alliés ! C'était Ja dissolution du grand ^çofifce germanique; la reconnaissance des rois de Bavière et de Wurtemberg^ la réunion au royaume d'Italie^

DE SAINTS- HEXÈNfe. S^S

tendais de vouSi. Je vais partir pour me rendre donS; ma capitale.

J ai* accordé de l'avancement et des récompens^ à ceii,x qui se sont le plus distingués : je vous tiendrai tout ce que je vous ai promis.

et coDséquemment à la France des duchés de Parme et de Plaisance, de la Toscane^ de Gênes et de Venise; c^ëtaît le renvoi en Russie 9 et par journées d^étape, de toute cettearméemssequis'était avancée en poussant des eris de victo/miie- Qu^ exemple inou| de la toute - puissance deis con4>atçil Les. vieilles bandes de Paul I*% soixante miUe de ces braves^ qui s'étaient formés à Técola des vain< queursde Charles XII , dépouillent tout-à-coup leur aa« dace et leur fierté, pour passer sous le joug comme des enfans timides.

Voulant perpétuer par les arts le souvenir de tant de faits immprtels^ l'Empereur ordonna qu'il fût étévé, au miUeu de la place Vendôme de Paris > une colonne du genre 4e la colonne Trajane 5 et recouverte en entier du bronze conquis sur les ennemis de la France. Complètement achevée y cetîe colonne représente , par des bas-reliefs disposés en spirale , tout ce que la guerre eut de plus glorieux pour la patrie^ depuis la levée du camp de Boulogne jusqu'à la paix de Presbourg. C'est à cette dispositîoo même qoe je dûs, Jeune encore, l'inspiration die. ce q^atraî^ :

Poarqooi toos ces gaerriers , géans audacieux ,

De mille traits Uocés afiroiitant la tempête ,

D^ ce bronze captif vont ils chercher le faite ?

C'est qu'apr^ tant d'exploits leur place est dans les cieux.

^^4 PliceS Stk LE iPKISONlflER

Vous avez vu votre Empereur partagcft* avec vous vos périls et vos fatigues ; je veux aulSisi que vous veûiez le voir entouré de la grandeur et de la splendeur qui appartiennent au souverain du premier peuple de l'univers.

Je donnerai une grande fête, aux premiers jours de mai, à Paris : vous y serez tous , et après nous irons où nous appelleront le bonheur de notre patrie , et les intérêts de notre gloire.

Soldats , pendant ces trois mois qui vous sont nécessaires pour retourner en France , soyez le modèle de toutes les armées : ce ne sont plus des preuves de courage et d'intrépidité que vous êtes appelés à donner , mais d'une sévère discipline.

Que mes alliés n'aient pas à se plaindre de votre passage : et en arrivant sur le territoire sacré, comportez-vous comme des enfans au milieu de leur famille : mon peuple se comportera envers vous comme il le doit envers des héros ses défenseurs.

Soldats , l'idée que je vous verrai tous avant six mois, rangés autour de mon palais, sourit à mon cœur, et j'éprouve d'avance les plus tendres émotions ; nous célébrerons la mémoire de ceux qui, dans ces deux campagnes , sont morts au champ d'honneur , et le monde nous verra tout prêts à imiter leur exemple , et à faire ,

it: DE SÀIHTfi-HÉIfilIfEé a']5

s*il le faut , encore plus que nous n'avons fait « contre ceux qui voudraient attaquer notre honneur t ou qui se laisseraient séduii^ par For corrupteur des éternels ennemis du continent (i )

Le rôi de Naples ayant perfidement rompu la neutralité qu'il avait jurée àlaFrancc^ l'Empereur a chargé son frère Joseph d'aller» venger ce nouvel outrage , et de s'asseoir sur le trône du vaincu.

SoiiAATsI

Depuis dix ans j'ai tout fait pour sauver le roi de Naples ; il a tout fait pour se perdre. Après les batailles de Dégo , de Mondovi , de Lodi ^ il ne pouvait m'opposer qu'une faible résistance* Je me fiai aux paroles de ce prince , et je fus généreux envers lui.

Lorsque la seconde coalition fut dissoute à Marengo, le roi de Naples qui , le premier, avait commencé cette injuste guerre, abandonné à Lunéville par ses alliés , resta seul et saxu dé-

•■to^

(i) Ces dernières lignes ' ne donnent-elles pas à penser que Napoléon connaissait déjà les secrètes intentions de la Prusse ?

fense. D m'imiriora, }elui pirdounaiune seconde fois.

Il ^'à peu de mois tous étiez aux p(Mtes de Naples. JTàvais d'assez légitimes raisdt»\ letdé suspecter la trahison qui se méditait , et de ten* ger les outrages qui m'avaient été faits ; je fus encore généreux. Je reconnus la neutralité de Naples ; je vous ordonnai d eyacuer ce royaume , et, pourra troisième fois, la maison de Naples fut raffermie et sauvée. .

Pardonnerons-nom une quatariènaie fois? oous fierons-nous une quatrième fois à une cour ssmis foi, sans honneur, sans raison? Non, non : la dynastie de Naples a cessé de régner; son existence est incompatible avec le repos de TEurope et l'honneur de ma couronne.

Soldats, marchez, précipitez dans les flots» si tant est qu'ils nous attendent , ces débiles bataillons des tyrans des mers. Montre;E au monde de quelle manière nous punissons les parjures. Ne tardez pas à m'apprendre que l'Italie tout entière ^t soumise à ines lois ou à celles de mes alliés ; que Iq plus beau pays de la terre est affraaphi dm joug des hommes les plus perfides : que la sainteté des traités est vengée , et que les mânes de mes braves spldats , égorgés 4anjS{ les ports «de Sicile k leur TCtour d'Egypte ^-rapvèi

1>B SAi£fTE-Hi].iNB. 277

avoir échappé aux périls des naufrages , des déserts et des combats» sont enfin apaisés (i).

Soldats y mon frère marchera à votre tête : il connaît mes projets ; il est le dépositaire de mon autorité^ il a toute ma confiance, environnez-le de toute la vôtre.

SOMMAIRE

Cédant au vaias caprices de la reine son épouse 9 et séduit par la poUtique astucieuse delaGrande-Bretagne^ le roi de Prusse fait de nouveaux arméniens , et menace de foule sa puissance les alliés du grand empire. A cette nouvelle y Napoléon fait un appel à ses braves^ et leur annonce qu*il va marcher contre les cent cinquante mille Prussiens qui le défient. « Maréchal , dit*

> il à Berthier^ on nous donne un rendez-vous pour

> le 8. Jamais un Français n*y a manqué. On dit

• qu'une belle reine veut être témoin de nos prouesses.

• Soyons courtois, et marchons^ sans nous coucher» » pour la Saxe. 1

Soldats!

L'ordre pour votre rentrée en France était parti , vous vous en étiez déjà rapprochés de

(1) Quoique des bandes de maUaiteurs» guidés par le prince toyal> eussent essayé de faire une diversion puissante en Calabre, Tiurméo iieire^OQqtva dç véritable résisleiNM|.9U9 sous les murs de Gaête. G^tte résistance»

â7S PIÈCB8' 9UE lïE PRISONNIER

plusieurs- marches. Des fêtes triomphales vous attendaient, et les préparatifs pouF*voos rece-< voir étaient commencés dans la capitale.*

Mais lorsque nous nous abandonnions à cette trop : confiante. ' sécurité , de nouvelles trames s'ourdissaient sous le masque de Tamitié et de Talliance. Des cris de guerre se sont fait entendre à Berlin ; depuis deux mois nous sommes provoqués avec uae audace qui demande ven-* geance.

La même faction , le même esprit de irertige qui, à la faveur de nos divisions intestines » conduisit 9 il y a quatorze ans , les Prussiens au milieu des plaines de Ghampa^e , domine encore dans leurs conseils. Si ce .n'est plus Paris qu'Us veulent l^rûler et renverser jusque dans ses fondemens , c'est aujQurd'hui leurs drapeaux qu'ils se vantent de planter d^ns la capitale de nos alliés; c'est lar Saxe qu'ils veulent obliger à renoncer, par une transaction honteuse, à son indépendance , en la rangeant au nombre de leurs provinces ; c'est enfin vos lauriers qu'ils veulent arracher de votre front. Ils veulent, que nous

toutefois, ne parvint pointa ralentir nos sueccès; car dès le 9 mars , c'est-à-dire dans, le délai rigo.ureiisemyent nécessaire à une armée pour se transporter du fond- de TAUemagne au fond de l'Italie , la dynastie- de Napka avait disparu^ comme par l'effet d'un souflSe jonagique^

DE SAINTE-aÉLÈNB. 2^g

évacuions l'Allemagne à l'aspect de leur armée. Les insensés 1 qu'ils sachent donc qu'il serait mille fois plus facile de détruire la grande capitale, que de flétrir l'honneur des enfans du grand peuple et de ses alliés. Leurs projets furent confondus alors ; ils trouvèrent dans les plaines de Champagne la défaite, la mort et la honte; mais les leçons de l'expérience s'effacent, et il est des hommes chez lesquels le sentiment de la haine et de la jalousie ne meurt jamais.

Soldats 5 il n'est aucun de vous qui veuille retourner en France par un autre chemin que celui de l'honneur. Nous ne devons y rentrer que sous des arcs de triomphe.

Eh quoi! aurions-nous donc bravé les. saisons , les. mers , les déserts , vaincu l'Europe plusieurs fois coalisée contre nous , porté notre gloire de l'orient à l'occident , pour retourner aujourd'hui dans notre patrie comme des transfuges , après avoir abandonné nos ajliés , et pour entendre dire q\xe l'aigle françaijse a fui épouvaii^tée devant des armiées prussiennes?....

Mais déjà ils sont arrivés sur nos avantpostes Marchons donc pour les faire sortir

de cette étonnante ivresse. Que l'armée prussienne éprouve le même sort qu'elle éprouva il y a quatorze ans 1 qu'ils apprennent que s'il est feoile d'acquérir un accroissement de domaines

dSo PIÈCES sua I»B PRISONNIER

et de -puissance avec Tamitié du graïkd peuple , son inimitié •( qa on ne peut provoquer que par l'abandon de tout esprit de sagesse et de raison) est plus terrible que les tempêtes de l'Océau.

SOMMAIRE

Voulant épargnera rhamanité les sanglans el les llfàttles . résultats d'une guerre Impolitique^ rÈmpeieor éttivil à Frédério - Guillaume : « Sire ^ Totre Majesté s^ra

. .« vaincue; elle aura compromis le repos de ses Ioops» « l'existence de ses sujets, sans l'ombre d'un prétexte* « Elle est aujourd'hui intacte et peut traiter avec moi «d'une manière conforme à son rang; elle traitera c avant un mois dans une situation différente. • Cependant que répondit le toi de Prusse à tant de

- magnanimité? Il persista dans l'imprudent désir de

• combattre, livra bataille et perdit ses états.

La journée d'Iéna fut tellement funeste auxPrussieûs,

. que la *gazet(e de] Berlin, celle de toutes les feuilles allemandes dont on attendait le moins de franchise , se servit de ces mots pour annoncer son malheur' : « L'armée du roi a été battue ; le roi et ses frères sont «en vie. •

SOIDATS!

Vous avez justifié mon attente et dignement répandu à la confiance du peuple français. Vous avez ^supporté les privations et les fatigues

DE SAINTE -HiliÈHE. Jlfiâ

avec autant de 4X>urage que Toui avez nuMitré d'intrépidité et de «ang^froid au milieu des combats. Vous êtes les dignes défenseurs de rhon- Aeur de ma couronne et de la gloire du grand peuple; tant que vous serez animés de cet esprit « rien ne pourra vous résister. Je ne sais désormais

à quelle arme je dois donner la préférence

Vous êtes tous de bons soldats. Voici le résultat de nos travaux :

Une des 'premières puissances Hdilitaires de TEurope , qui osa nag^uère nous proposer vaoQ boat^ise capitulatton, e$t anéantie^ Les forêts , kiBttéfilés delà Francouie, Jb Saale^ l'Elbe, que nos pères n'eussent pas traversés en sept ans , nous les avons traversés en tiept jours, et livré dans l'intervalle quatre combes et une grande bataille» Nous avons précédé à Postdam/i Ber- Un, la renommée de nos victoires. Nous avons fisiit 60,000 prisonniers, pris 65 drapeaux parmi lesq^s oe^oL des gardes du roi de Prusse « 600 pièces de canon, |rois forteresses, plus dé 90 généraux : cependant plus de la moitié de vous regrettent de n'avoir pas tiré un coup de fiisil. Toutes les provinces de la monarchie prussienne jusqu'à rOder sont en notre pouvoir.

Soldats, les Russes se vantent devenir au-devant de nous. Nous:atwdieron»à leur Tencontve, nous leur épargnerons la moitié du chemin; ils

a8a PIÈGES SUR le prisouhier

reHouyeront Austerlitz au milieu de la Prusse* Une nation qui a aussitôt oublié la générosité dont .nous avons usé envers elle après cette bataille^ où son empereur, sa cour, les débris de son armée n ont dû leur salut qu'à la capitula-* tipn que nous leur avons accordée» est une nation qui ne saurait lutter avec succès contre nous.

Cependant, tandis que nous marchons audevant des Russes, de nouvelles armées*, formées dans Tintérieur de Fempire , viennent prendre notre place pour garder nos conquêtes. Mon peuple tout entier s'est levé, indigné de la honteuse capitulation que les ministres prussiens , dans leur délire , nous ont proposée. Nos routes et nos villes frontières sont remplies de conscrits, qui brûlent de marcher sur vos traces. Nous ne serons plus désormais les jouets d'une paix traîtresse, et nous ne poserons plus les armes que nous n'ayons obligé les Anglais^ ces étemels ennemis de notre nation , à renoncer au projet dé troubler le continent , et à la tyrannie des mers.

Soldats, je ne puis mieux vous exprimer les sentimens que j'éprouve pour vous, qu'en disant que je vous porte dans mon cœur l'amour que vous . me montrez tous les jours ( i \

(i) Cet amour fut encore exprimé par Tordre d^élev^r

DB SAINTE-HÉLÈITE. ^83

dons Paris ^ iuf Tancien terrain de la Madeleine y un tenoi* pte^oà les Vertus des soldats seraient tous lés ans ccm* rotinées. Voitsi qaelqaes-ones des dispositions du décret: c Dans l'intérieur du monument seront inscrits, sur des taUes de marbre, les noms de tous les hommes , par corps d'armée et par r^;iment, qui ont assisté aux batailles d'Ulm^ d'Austerlitz , et de lèna; et sur des tables d'or massif, les noms'de tdus' ceux qui sont làAorts sur le champ de bataille. Sur des tables d'argent sera gravée la récapitulation par département , des soldats que chaque département a fournis à la grande armée.»

■ Aùtoar de la salle seront sculptés des bas-reliefs où seront représentés les colonels de chacun des régîmens dé la grande armée avec leurs noms. Ces bas-reliefs seront faits de manière que les colonels soient groupés autour de leurs généraux de division et de brigade par corps d'armée. Les statues en marbre des maréchaux qui ont commandé des corps ou qui ont fait partie de la grande armée , seront placées dans l'intérieur de la salle. »

c Les arjpAures, statues, monumens de toute espèce enlevés par la grande année dans ees deux campagnes; les drapeaux , étendards et timbales conquis par la grande armée, avec les noms des régimens ennemis auxquels ils appartenaient , seront déposés dans l'intérieur du monument. »

c Tous les ans, aux anniversaires des batailles d'Ansterlitz et de léna, le monument sera illuminé; et il sera donné un concert précfédé d'un diécôurs sur les vertus nécessaires au soldat, et d'iin éloge de ceux qui périrent -sur le champ de bataille dans ces deux

l84 FliOBS SUE LS FEISOHVIKR

iammtm aémofibleii Vn mois avant , un §m9L ggfett piwr lecefoirla maflleare pièce de tkpm aâalogtie au ciieooitaBoaf. Une médaille d*er de i9o double» napoléons fera donnée aux anl^vs de chacune de cea ^èoes qui auront icn^KNrté le prix, Dana les discours et odes il est expressément défiendu de parler de l'Empereur.— .. »

Les gens qai nventloin de Paris slmaginent que le Temptê détagiaire s'élère cenukie on géant au milieu des nwnnmens qui distinguent Tanoienne reine dea cités. Us sont dans Teirreur. Les édifices de cette tta«> ture étaient bons quand la gloire militaire était do mode; mais^ je le demande , qu*en ferait-on au jourdirai ? Il vaut bien mieux avoir de riches églises que de pareils colifichets.

SOUUAiaE.

Au glorieux et double anniversaire du couronnement de TEmpereur et de la bataille d'Austerlitz, Napoléon fait connaître à Tarmée l'intention qu*il a de marcher contre les auxiliaires de la Prusse.

Soldats!

Q y a aujourd'hui un an , â cette heure même , que vous étiez sur le champ mémorable d'AuslerHtab Lea bataillons russes épouvantés fuyaient en déroute «ou » enveloppés, rendaient les armes à leurs vainqueurs. Le lendemain ils firent en-

BK SAINTE- HÉ £È]f£. j85

teadre des |>aroles de paix; mais elles étaient trompeuses. A peine échappés par FefFet d'une générosité peut-être condamnable , aux désastres d'une troisième coalition , ils en ont ourdi Une quatrième: mais l'allié sur la tactique duquel ils fondaient leur principale espérance n'est déjà plus. Ses places fortes , ses capitales, se? mc^asins^ ses arsenaux; a 80 drapeaux» 700 pièces de bataille; cinq grandes places de guerre sont en notre pouvoir 2 l'Oder , la Wartha, les déserts de la Pologne , les mauvais temps de la saison n'ont pu V0U3 arrêter un moment Vous avez tput bravé, tout surmonté j tout a fui à votre approche. C'est en vain que les Russes ont Toulu défendre la capitale de cette ancienne et illustre Pologne ; l'aigle française plane sur la Vistule. Le brave et infortuné Polonais , en vous voyant croit revoir les légioas de Sobieski de retour de leur mémorable expédition.

Soldats» nous ne déposerons point 1^ ari&es que la paix générale n'ait affermi et assuré la puis- Bance de nos alliés, n'ait restitué à notre commerce sa liberté et ses colonies. Nous avons conquis, sur l'Elbe et l'Oder, Pond ichery,. nos établisseinens des Indes , le r4ap de Bopjpi^-JElspérance et les colçinies Esp^igQQl^t Qw 4oon^i?^ le droit de faire «spérfir. aux Russes de balancer les destins ? qui leur dwinerail le droit de re&«-

verser de si justes desseins? eux ei nous m.koM^

MES nous Plus LES SOLDATS d'AuSTERLITZ (i) ?

SOMMAIRE!

Là Prusse expirante 9 ayante à ses derniers instans^ ré* clamé le secours des Russes , ceux-ci , qui se sont avancés fusqu'à Preilssich-Eylau , viennent de recevoir comme elle le châtiment de leur témérité.

Soldats I

Nous commencions à prendre un peu de tepos dans nos quartiers d'hiver, lorsque l'en-

(i) Il serait difficile 9 poar ne pas dire impossible 9 de rendre une vérité plus mathématique que celle-là. C'est un des grands moyens dont Napoléon se servait fréqqen^ ment, pour donner aux soldats la mesure de ce qu'ils avaient à redouter. Quel soldat en effet pourrait douter de rissue du combat , quand son chef vient lui dire comme TEmpereur le fit à Austerlitz : « Ce sont ces c mêmes bataillons que vous avez battus à Hellabrunn » c et que depuis , vous avez poursuivis constamment a jusqu^ici? • Les héros ^ on le sait bien ; n*ont pas besoin d'un pareil véhicule pour se conduire en héros; mais comme la plus vaillante des armées n^est que )usqu*à certain point exempte de sujets qui font exception , il convient sur-tout d'inspirer à ceux-ci la courageuse a^ deur dont les autres sont animés. C'est en un mot augmenter le noinbre des brades.

nemi a attaqué le premier corps , et' s'est présenté sur la basse Vistule : nous avons marché à lui et nous l'avons poursuivi pendant l'espace de quatre-vingts-lieues ; il s'est réfugié sous^les remparts de ses places, et a repassé le Prégel. Nous lui avons enlevé aux combats de Bergfried, de Deppen , de- HofF , à la bataille d'Eylau , soixante cinq pièces de canon, seize drapeaux, et tué , pris ou blessé plus de quarante mille hommes (i). Les braves qui, de notre côté sont restés sur le champ de l'honneur, sont morts d'une mort glorieuse : c'est la mort des vrais soldats. Leurs familles auront des droits constans à notre sollicitude et à nos bienfaits.

Ayant ainsi déjoué tous les projets de l'ennemi , nous allons nous rapprocher de la Vistùle et rentrer dansnos cantonnemens.Quioseraeo troubler le repos s'en repentira , car au-delà de la Vistule

(1) Selon le 58* bulletin , 5oo bouches à feu ont vonii la mort de part et d*autre pendant douze heures. On peut conclure de ce fait comme des résultats de la bataille^ que cette journée a pris rang parmi les plus sanglantes des temps modernes. C'est là surtout que l'Empereur a montré toute la grandeur de sa bravoure et de son génie. Non- seulement il substitua avec rapidité des plans nouveaux aux premiers qui venaient d'être découverts , mais il le fit encore dHine manière si savante j qu'une miÂilé de notre armée ne donna pas.

^88 PliCSS SUE LE PEI80VHIEE

comme au-deli du Damibe, au milieu des firir miAs de Fhiver, comme au commencement de 1 automne, nous serons toajoun les soldats Français, et les soldats Français de Iqi grande armée.

SOMMAIRE

L*année Russe j qui semblait d'abord Touloir resj^ler la paix des cantonDemens que nous avions pris; cette armée tant de fois défaite et pourtant toujours si pré- ■omptoeuse^ tient de recevoir dans la plaine de FVicdland le juide châtiment 4b set: nouvdilet agressons. < C'est un ÎQur de bonheur, s'écrie. ItupatécHi^ c?e9t « l'anniversaire dQ Blarengo. >

Soi^ATs!

Le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnemens par l'armée Russe: lennemi s'est mépris sur les causes de notre inactivité; il s'est aperç^ trop tard que notre repos était celui du lion ; il se repent de l'avoir troublé.

Dans les journées de Gustadt, d'Heilsbei^, dans celle à jamais mémorable de Friedlànd, dans dix jours de campagne enfin nous avons pris 120 pièces de canon » sept drapeaux, tué, blessé ou, fait prisonniers 6o,ooo Russes , enlevé à . l'armée ennemie tous ses magasins^ ses hôpitaux, ses ambulaoces, la place de Kœnigsberg^ les

3oo bàtimens qui étaient dan» ce port, chaînés de, toute espèce de munitions, 160,000 fusils que TAnglcterre envoyait pour armer nos en^ nemis.

Des bords de la Vistule , nous sommes arrivés sur ceux du Niémen avec la rapidité de l'aigle. Vous célébrâtes â Âusterlitz l'anniversaire du couronnement , vous avez cette année dignement célébré celui de la bataille de Marengo , qui mit fin à la guerre de la seconde coalition.

Français , vous avez été dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en France couverts de tous vos lauriers , et après avoir obtenu une paix qui porte avec elle la garantie de sa durée (i}. Il est temps que notre patrie vive en repos, à l'abri de la maligne influence de l'Angleterre.

(1) Un armistice fut conclu le ai juiuj et le 25 du même mois, un pavillon élevé à la hâte au milieu du Niémen reçut les deux empereurs, qui, dans Teffusion de leur joie, s'embrassèrent à la vue des deux armées que séparait le fleuve. Ce fut là que s'établirent des conférences dont semblaient dépendre les destinées du monde* Jamais entrevue n'offrit un spectacle plus im« posant. Le roi de Prusse vint bientôt compléter cette réunion qu'eooibellit la présence de la reine. Cette prin« cesse, qui joignait aux grâces de son sexe toutes les vertus d'une héroïne^ fut l'objet des prévenances de Napoléon: on eût dit que par une o«ur assidue, ce monarque cher«

Bfy> FliCES SVR lE YEIS01flfIE&

Mes bienfaits tous prouveront ma reconnaissance et toute l'étendue de l'amour que je vous porte.

Napoléon qui vient de partir pour Erfort, s^est assuré de Famitié d* Alexandre » et annonce à l'armée son prochain départ pour TEspagne.

Soldats ! Après avoir triomphé sur les bords du Danube et de la Vistule , vous avez traversé l'Allemagne à marches forcées : je vous £ds aujourd'hui traverser la France sans vous donner un instant de repos*

Soldats 1 j'ai besoin de vous (i). La présence

chait à Ini faire oublier les sarcasmes lancés contre elle dans ses bulletins. •

( par M. TistoT, Histoire abrégée des guerres de ia r évolution fra/nçaise.)

(i) Franchise admirable ^ déclaration pleine de grandeur. Ce mouvement a beaucoup d'analogie avec celni de Mithridate, lorsque battu par Pompée, ce roi vient dire à ses fils : je suis vaincu, £n disant à Tarmée qu^il avait besoin d'elle , l'Empereur des Français retrempa toutes les âmes. Chaque soldat éprouva à un degré sublime le sentiment de sa dignité ^ et se crut à lui seul comme appelé à changer lesort du monde. C'est par de tels moyens que l'on crée les héros , car les héros n^ont que rhonneur pour inspirateur st pour guide.

hideuse du Léopard ( i ) souille les continens d'Espagne et du Portugal : qu'à votre aspect il fuie épouvanté; portons nos aigles triomphantes jus* qu'aux cQlonnes d'Hercule : U ausai nous avons des outrages à venger.

Soldats , vous avez surpassé la renommée ,des armées modernes; vous avez égalé la gloire des armées de Rome» qui, dans une même campagne triomphèrent sur le Rhin et sur l'Ëuphrate , en Ulyrie et sur le Tage.

Une longue paix, et une prospérité durable seront le prix de vos travaux. Un vrai Français lie peut, ne doit prendre de repos quef les mers me soient ouvertes et affranchies.

Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple Français et pour ma gloire , sera éternellement gravé dans mon cœur.

(i) Une armée anglaise venait de déi)arquer en Espagne sous les ordres de sir John Mohr : peu de temps auparavant^ sir Arthur Wélesley 9 depuis duc de "Wellington, était decsenduavec 3o,ooo hommes dans la baie de llondégo.

IB^S PIÈGES SUR LE JPRI80!firi£&

SOMMAIRE

Toujours teBdueàrAtigleterre^ 1* Autriche ne s'est oc-» cupée depuis quatre ans qu'à secouer le joug qui lui fut imposé à Presboui^g. Elle a sous les armes 5oo,ooo hommes dont elle fait servir une forte partie à l'en* vahissement de la Bavière j mais Napoléon qu'elle croit trop occupé au Midi pour pouvoir songer au Nord, se porte rapidement contre elle y et prélude par desprodiges aux nouvelles merveilles que son génie doit enfanter»

Soldats ! Le territoire de la confédération du Rhin a été violé (i). Le général Autrichien veut que nous fuyions à laspect de ses armes , et que nous lui abandonnions nos alliés; il arrive avec la rapidité de l'éclair.

Soldats! jetais entouré de youà lorsque le souverain de FAutriche vint à mon bivouac de Moravie; vous l'avez entendu implorer ma clé- -= — - — ■ — '-^ ... i i-j

(il) Violé est en effet le seul mot qui convienne) car , indépendamment de l'absence de tout motif fondé y l'empereur François II avait peu de temps auparavant renouvelé à Napoléon ses sermens d'amitié Ces nouveaux sermens furent amenés par l'Inquiétude que témoignait Napoléon sur les armemens de l'Autriche. A entendre le cabinet de Vienne y l'Autriche ne voulait que se prému-* nir contre les aggressions de la Turquie*

Imcnce, et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans trois guerres, rAutriche a dû tout à notre générosité ; trois fois elle a été parjure ? nos succès passés nous sont un sûr garant de la Tictoire qui nous attend. Marchons donc , et qu'à notre aspect l'ennemi reconnaisse son vainqueur*

SQUUAIRK

Ppursaivant avec sa double armée le cours rsrpide de ses triomphes. Napoléon foudroie partout Fennemî et se dispose à marcher sur Vienne. C'est dans un do ces engagemens qu'il fut blessé d'une balle au talon gauche. «Il faut, dit-il froidement , que j'aie été ror* « connu par quelque Tyrolien : qea^ hommes-là sont « fort adroits. >

Celle de ces affaires qui tiendra fe prenrier rang, dans rhist<Hre y fut amenée par la prise d\in régimenV français qu'attaquèrent à la fois dans Ratîsbonne toutes^ les foroes réunies du prince Charles. Informé de cet événement^ Napoléon iure de le venger dans les vjngtquatre heures^ fait ses dispositions et livre la batailled'EckmûhL

Soldats 1 Vous avez justifié mon attente ; tous avez suppléé au nombre par la bravoure ; vous avez glorieusement marqué la différence qui existe entre les soldata de César y et les cobues^ armées de Xercès.

^94 PliciS SVK II YEISONVIBR

EU peu de jours nous avons triomphé dans les trois batailles de TaoïB^ d'Abensberget d'Eckr mûhUdans les combats de Preussich, de Kands-^ hul et Ratisbonne. Cent pièces de canon > qu ^rante drapeaux , cinquante mille prisonniers^ troia équipages de pont , trois mille voitures attelées portant les bagages, toutes les caisses des régimens ; voilà les résultats de la rapidité de vos marches et de votre courage.

L'ennemi , enivré par un cabinet parjure / paraissait ne plus conserver aucun souvenir de vous; son réveil a été prompt : vous lui avez apparu plus terrible que jamab* Naguère il a traversé i'inn et envahi lé territoire de nos alliés; naguère il se promettait de porter les armes au sein de notre pairie, aujourd'hui, défait , épou* vanté, il fuît en désordre ^ déjà mon avant-garde a passé Tlim : avanjt un mois nous serons- à Vientie i^.

(i) On verra dans le cours de cet ouvrage avec quelle ponctualité cette promesse fut accomplie^

BE SÀINTK-Hililfl. jgS

SOMMAIRE

Oubliant à-la-fois ses désastres et nos ticloires ; ouUianft surtout qu^il n'était plus rien que par la générosité de Napoléon , l'empereur François II a profité ,. pour rallumer la guerre contre la France , du moment où les Français soutenaient en Espagne une guerre d'éx* termination. C'est eu vain qu'il s'est dit le vengeur des peuples. Les Français ont reparu , et , pour la •iconde fois^ Vienne est en leur pouvoir.

Soldats !

Un inoia après que Fennemi passa Ilnn , au même jour, à la même heure , nous sommes en-^ très dans Vienne.

Ses Landwehrs , ses levées en masses , ses rem* parts créés par la rage impuissante des princes de la maison de Lorraine n'ont point soutenu nos regards (i). Les princes de cette maison ont abandonné leur capitale , non comme des sol* dats d'honneur qui cèdent aux circonstances et aux revers de la guerre , mais comme des par-*

(i) Depuis le commencement de 1% campagne Yienne offrait l'aspect d'un camp. Toutes ses avenues étaient couvertes de cavalerie ^ d'in&nterie , d'artillerie y do cabson^^ de pontons ^ de bë^aget. Jfamaii on n'avait vià tant de pré|^at«& iê dé£snse%

jares que poursuivent leurs propres remords» En fuyant de Vienne , leurs adieux à ses habitans ont été le meurtre et Tincendie ; comme Médée , ils ont de leur propre main, égorgé leurs enfans.

Le peuple de Vienne , selon Texpressioni de la députation de ses faubourgs, délaissé, abandonné, veuf, sera l'objet devos égards. J'en prends les bons habitans sous ma spéciale protectioirr quand aux hommes turbulens et notéchans j^ j'en ferai une justice exemplaire.

Soldats ! soyons bons pour les pauvres paysans y pour ce bon peuple qui a tant de^^droit à notre estime : ne conservons aucun orgueil de nos succès ; voyons-y une preuve de cette justice dtvina qui punit l'ingrat et le parjure.

SOMMAIRE

L'armée d'Italie que commande en chef le prinee Eugène Beauhamais 9 vient de couronner ses travaux par une ionction avec la grande armée.

Soldats de i.*aem£e d'Itaiie !

Vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué :Le Somering a été témoin de votre jonction avec la Grande^ Armée

DE ftlINTE-HELÈSTE. ^gj

Soyez les bienvenus , je suis content de vous ! Surpris par un ennemi perfide avant que vos coloilnes fussent réunies , vous avez dû rétrograder jusqu'à FAdige; mais lorsque vous reçûtes Tordre de marcher en avant , vous étiez sur le dhamp mémorable d^ArcoIe , et là vous jurâte» sur les mânes de nos héros, de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave , aiix combats de San- Daniel, de Tarvis» de Goritz. Vous avez pris d'assaut les forts de Molborghette, de Pradel , et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prewald et dans Laybach. Vous n'aviez pas encore passé la Drave, et déjà vingt-cinq mille prisonniers » six cents pièces de bataille » Tingt drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis la Drave^ la Save , la Murh n'ont pu retarder votre marche.

La colonne autrichienne de Jellacbich , qui la première entra dans Munich , qui donna le signal des massacres dans le Tyrol « environnée à San-M ichel , est tombée sous vos baïonnettes; vous avez fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de la grande armée.

Soldats ! celte armée autrichienne d'Italie , qui un moment souillait par sa présence nos provinôes ; battue , dispersée , anéantie , grâces à vous 9 sera un exemple de la vérité de cette

sgS PliCES SUR LE PRISONNIER

devise : Dio la mi diede , guaia la cki la tocca. (i) Dieu me la donnée , malheur à qui la touche l

Ayant tout fait pour engager la Russie à exécuter franchement le traité de paix que son souverain avait signé après la bataille de Friedland ; et ne pouvant décider Tempereur Alexandre à fermer^ comme il s'y était engagé, les ports de son empire aux bàtimens Anglais». Napoléon met à Tordre du jour qu'il va marcher contre la Russie. "^

Soldats!

La seconde guerre de Pologne est commeflK cée:la première s*est terminée à Friedland et à Tilsitt. A Tilsitt , la Russie a juré éternelle allianclif à la France et guerre à TAngleterre ; elle viole aujourd'hui ses sermens ; elle ne veut donner aucune explication de son étrange conduite, que les aigles françaises n aient repassé le Rhin » laissant par là nos alliés à sa discrétion.

La Russie est entraînée par la fatalité, ses destinées doivent s'accomplir. (2^ Nous croit-elle donc

(1) Devise gravée sur la couronne de fer des ancieiiA rois Lombards.

(a) Nous étions plus, nombreux que les Russes , et ce' fait est eonuu du monde entier ; mais que Ton mette •»

dégéuérésPoe serions-nous donc plus les soldats d'AusterlitzPelle nous place entre le déshonneur et la guerre : le choix ne. sera pas douteux. Marchons donc en avant , passons le Niémen , portons la guerre sur son territoire ; la seconde guerre de Pologne sera glorieuse aux armées

parallèle la position respective des partis , et Ton reconnaîtra bientôt que, loin de Tètre trop , nous ne l'étions point assez. En effet , les Russes en se retirant y détruisaient leurs habitations et lâurs magasins , armaient et s'adjoignaient une partie de la population , se renforçaietit progressivement de toutes leurs troupes en marche ou stationées 9 et finissaient par nous opposer sûr un terrain choisi, tout ce que leur immense nation avait d*homnies capables de comba^ttre. La situation des Français était bien différente. Avant d'arriver au Niémen , les maladies , les fatigues et les privations avaient diminué grandement Teffectif de Tarmée. Sur Tautre rive • ils ne trouvaient , au lieu de vivres et de logemens, que des traces dé pillage et d'incendie; et les causes primitives de leur affaiblissement, se joignant chaque jour à la nécessité de laisser des troupes sur leurs derrières , il se trouvait enfin qu'ils étaient à 700 lieues de leur patrie > sous un ciel et sur un sol totalement inconnus ^ tombant de fatigue et périssant de misère , lorsqu'il fallait disputer la victoire à un ennemi dispos , bien préparé , abondamment pourvu 9 et se déployant à la fois, sous les yeux de ses proches et sur la cendre de «es pères* pour ce qu'il' croyait être la défense de sa glcure 9 de sa liberté^ de ses biens et de ses dieax;. .

Sofk PIÈCES SUR LE PRISONNIER

françaises, comme la première; mais la paix qne nous conclurons portera avec elle sa garantie , et mettra un terme à la funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe.

SOMMAIRE

Écrasés partout où ils ont voulu résister 5 les Russes se.

décident à tenter par un dernier combat la fortuno

qui les poursuit. L^armée française n'est plus i|a*à

quinze lieues de Moscou 9 et si elle n'est battue, la vltte.

chérie des Gzars devient sa conquête avant vingt-quatre.

heures.

Cependant Napoléon s'apprête à vaincre. A peine a-t-U;

disposé seslégions, que le soleil caché jusqu'alors perce.

et dissipe tout à coup les nuages dont il est environné.

A cette vue , Napoléon ne peut contenir sa joie : C^est.

le soUU (VAusterUtz , s'écrie-t-il aussitôt; et aoo,ooOi

braves répètent avec lui : C'est te soleil d'Justertit^ l

Soldats!

Voilà la bataille que vous avez tant désirée... Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous, est nécessaire ; elle nous donnera Tabondance >, de bons quartiers d'hiver , et un prompt re-r tour dans la patrie. Conduisez-vous comme 4 Austerlitz» à Friediand , à Witepsk, àSmolensk;. et que la postérité la plus recvàée cite avec or-

DE SAINTE -HEXENE. 5o<

gucll votre conduite dans cette journée ; que Ton dise de vous : // était à cette grande bataille wus les murs de Moscqw: c'est un brave (i).

(i( Il ne sera peut-être pas sans intérêt de comparer avec cette prpclamatioh ^ celle que fit de son côté le général en chef de Tarmée Russe. Présetntant à ses troupes avec un appareil religieux cette relique que les Russes ontnommée la «S'ain te /ma^eiet qu'Us n'invoquent jamais que lorsque Tétat est menacé. « Vous voyez ^ leur dit-il a d'une voit forte et solennelle, vou^ voyez devant vous « dans cette image sacrée du saint objet de votre adora- « tiou, notre devoir de marcher contre le perturbateur « du mondé. Non content de détruire l'image de Dieu « dans là personne de ses créatures , cet archi-rebelle « pénètre à main armée dans vos sanctuaires , les souille « de sang, renverse vos autels et expose l'arche du seî- 0 gneur à tous les genres de profanation. Ne craignez c pas que ce Dieu dont les autels ont été insultés par a ce vermisseau que sa toute-puissance a tiré de la pousc sière , ne craignez pas , dis-je / qu'il ne veuille point « étendre son bouclier sur vos rangs y et combattre sou « ennemi avec l'épée de Michel.

« C'est dans cette croyance que je veux combattre et « vaincre : c'est dans cette croyance que je veux com-< tt battre et mourir, et que mes yeux mourans verront « la victoire. Soldats, je vous le dis, pensez au sacrifice c de vos cités consumées par les flammes , pensez à vos « femmes et à vos enfans qui réclament votre protec- « tion ; pensez à votre empereur , qui vous considère c comme le nerf de sa force : et avant que le soleil de « .demain n'ait disparu ^ vous aurez écrit votre foi et

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SOMMAIRE

Réalisant pour la France ce mot du grand Pompée, qu*U suffirait de frapper du pied pour faire sortir des légions de la terre j Napoléon , vainqueur des calamités de la Russie , s'est reporté avec une armée nouvt41e dans les champs fertiles de la Saxe ( à Lutzen ). C'est là qu'échappés à la fureur des élémens, les illustres débris de la plus intrépide armée sont réduits à se placer comme des vaincus , sous la protection d'une jeunesse qui n'a jamais vu le feu, qu'aucune cavalerie ne seconde, et qui, toute novice dans l'art cruel des ^ combats, ne sait pas même encore observer un alignement. Mais cette jeunesse est française , mais les dangers de la patrie enflamment son courage ^ mais elle a sous ses yeux l'exemple des héros , et, pour garant de la victoire, le génie de Napoléon.

Soldats,

Je suis content de fous (i) ; vous avez rempli mon attente , vous avez suppléé à tout par votre bonne volonté et par votre bravoure. Vous avez,

« votre fidélité dans les champs de votre patrie avec 1« * sang de l'agresseur et de ses légions. »

On ne peut juger de l'esprit des deux armées que par les divers ressorts mis en jeu pour les mouvoir.

(i) Au commencement de la bataille, l'Empereur avait dit à l'armée : CeH une i^ataUk d'Egypte : une

DE SAINTE-ftElÈNE. 5o5

dans la célèbre journée du 2 mai , défait et mis en déroute larmée Russe et Prussienne commandées par l'empereur Alexandre et par le roi de Prusse. Vous avez ajouté un nouveau lustre à la gloire de mes aigles ; vous avez montré tout ce dont est capable le sang français. La bataille de Lutzen sera mise au-dessus des batailles d*Austerlitz, dléna, de Friedland et delaMoscowa (1). Dans la campagne passé l'ennemi n a trouvé de

éonnô infanterie soutenue par de Vartiilerie doit savoir se suffire. A la vue de Napoléon tout brûlé de poudre 9 les jeunes soldats frappaient les airs du cri chéri de vive l'empereur. Il y a vingt ans, dit Napoléon , que je commande ies arm>ées françaises y et je n'ai pas encore vu autant de bravoure et de dévouement,

( 1 ) Les 509OOO hommes que les alliés perdiren t à Lubsen , ne sont pas le plus miraculeux des titres de Farmée à notre admiration. Bans aucune de ses campagnes Tempereur ne s^était montré si audacieux. Quelle différence entre lui et les souverains qu'il combattait ! Tandis que, placés sur une hauteur perdue dans Thorison , leurs majestés se bornaient à expédier des dépèches 9 Napoléon semblait avoir établi son quartier-général au foyer même du péril ; il voyait et prévoyait tout , commandait et |)ayait d'exemple. En vain Tennemi concentre sur sa tête des nuées de boulets et de projectiles ; en vain tout tombe autour de lui 9 en vain lui-même s'affaisse sur son cheval abattu : maître de sa pensée comme de son courage , il se relève tranquillement et continue de commander.

5o4 PliClS SVK ££ PRISONNIER

refuge contre nos armes qu'en suÎTaot la méthode féroce des barbares ses ancêtres. Des armées de Tartares ont incendié ses campagnes » ses Tilled^ la Sainte Moscou elle-même ! Aujourd'hui ils arrivaient dans nos contrées^ précédés de tout ce que l'Allemagne » la France et l'Italie ont de mauvais sujets et de déserteurs , pour y prêcher la révolte , l'anarchie , la guerre civile , le meurtre. Ils se sont faits les apôtres de tous les crimes. C'est un incendie moral qu'ils voulaient allumer entre la Vistule et le Rhin , pour , selon l'usage des gouvernejoiens despotiques , mettre des déserts entre nous et eux. Les insensés ! ils connaissaient peu l'attachement à leurs souverains , la sagesse , l'esprit d'ordre et le bon sens des Allemands l Us connaissaient peu la puissance et la bravoure des Français !

Dans une seule journée , vous avez déjoué tpua

ces complots parricides (i) Nous rejetterons

ces Tartares dans leurs affreux climats qu'ils ne doivent pas franchir. Qu'ils restent dans leurs déserts glacés , séjour d'esclavage , de barbarie et de corruption où l'homme est ravalé à l'égal

(i) Les alliés sont terrassés, Dresde et la Saxe sont en nos mains , rîen n'égale plus Tardeur de l'armée : il a suffi d'un jour pour faire loo^ooe héros de loo^ooa conscrits.

DE SAINTE- HÉLÈNE. 3o5

de la brute. Vous avez bien mérité de l'Europe civilisée. Soldats 1 Tltalie , la France , T Allemagne vous rendent des actions de grâces (i) !

SOMMAIRE

L'empereur Napoléon s'est échappé de son exil. Il a reparu sur le territoire Français 9 et, du golfe de Juan où il est descendu , il rappelle à ses étendards toute spn invincible armée.

Soldats!

Nous n'avons pas été vaincus : deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers , leur pays , leur prince » leur bienfaiteur.

Ceux que nous avons vus pendant vingt*cinq

(1) Le» noms de Ney , de Drouot et de Girard sont liés pour jamais au souvenir de la bataille de Lutzen. Percé de plusieurs coups et persistant à combattre, Girard déclara vouloir mourir à la tête de sa division , puisque le momient était arrivé où tout Français qui avait du cœur devait vaincre ou périr. G^est à Lutzen que la France perdit Timmortel maréchal Bessiëres. J'ai vu la place où il tomba frappé d'un boulet. Obligés sans cesse de combattre 5 nous ne pûmes y élever de monument ; mais la piété des villageois Saxons suppléa à notre impuissance. Gette place est marquée sur le bout d'un sillon par une pierre carrée d'environ 18 pouces de hauteur.

3o6 PIÈCES SITE LB PHISONNIER

atïê parcourir toute TEutôpè pour nous Susciter d^ ennemis , qui ont passé leur Tie à coàibattire contre nous, dans les rangs des armées étran* gères , en maudissant notre belle France , prétendraient-ils commander et enchainernos aigles; eux qui n'ont jamais pu en soutenir les r^ards ? souffrirons-nous qu'ils héritent du fruit de nos glorieux travaux ? qu'ils s'emparent de nos honneurs, de nos biens» qu'ils calomnient notre gloire ? Si leur règne durait , tout serait perdu , même le souvenir de ces mémorables journées. Avec quel acharnement ils les dénaturent (i) 1

(i) Je vais rapporter fidèlement les proclamatioiu de 181 5. SU platt à quelque procurear du Roi d*y trouver de coupables iâtëntiims , tl le peut : lui setd offisnèera te clief axstuel de la France ; lui seul outragera le Roi, dont lapolitique^ la force et la grandeur sont au^essot 4e ces tyrannies subaRernes. Qui ne sait, d'ailleurs, que depuis la restauration ces mêmes proclamations ont été publiées vingt fois , qu'elles ont même été l'objet d'enmens juridiques dont elles sont sorties victorieuses ? Et quand il serait vrai qu'elles eussent par leur nature un caractère séditieux, est-il dans toute r£urope un seul honmie qui ne les connaisse ? et celui qui, seul, pouvait en espérer quelque chose, n'a-t-il pas en mourant cessé d'être dangereux?

9e nié Tièès ^ofitft ià 'télébnfr 8a mémoire ;

La Ybtxdtt monde eotierpMplessMtt de ta gloire -

VoftVAIftiB.

lU cherchoot è empoisamnar ce que la moàde adaiû^et Qt s'il reste Qpcore des défenseurs de DkDtre gloire I o'^st parmi ees méaies ennemis que nous avons combattus sur lès champs de l>a$aille.

Soldats ! dans mon exil « j'ai entendu votre ^oix : je suis arrivé à travers tous les obstacles et tous les périk»

Votre géaéraJ , appelé au trône par le choix du pçjpple^ et élevé sur vqs jpavois, vous est rendu ; ^mw le jpindr^e.

Arrachez c^s couleurs que la nation a pros* crit^ et qui pendant , vingt-cinq ans servirent de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore : vous la portiez dans nos grandes journées, Nous devons oublier que nous avons été les maîtres des nâtianis ; mais nous ne devons pas souffrir qu aucune se muèle de nos affaires. Qui prétendrait iétre maître chez nous .^ qui ^n aurait Je pouvoir? Repreipez ces aigles que vous aviez a Ulm, .à Austerlitz*, à:IéBa9 à Eylau , à Wagram 9 à Friedland» à Tudéla ,^ à

mais, animé d'un autre zèle» i^ viens toaneimeitre ;4 <c^\ix que le sort ou leurs talens ont mis à la tète dfi j^os légions l'art d'enflammer les cœurs par le s^ev^ effet de la parole ; cet art miraculeux dont Napolépn ût usage, et qui port^ jusqu'aux nues la gloire de notre patrie.

(A T.) ao.

3o8 PliCES SUR £B PRISONNIER

Eckmûlh^ à Essling , à Smoknsk , à la Moscowa , à LutzeH » à Wurtch^a , à Montmirail. Peasezvous que cette poignée de Français, aujourd'j^ui si arrogans , puissent en soutenir la vue ? Ib retourneront d où ils viennent, et là, s'ils le veulent, ils régneront comme ils prétendent avoir régné depuis di&-neuf ans.

Vos biens, vos rangs, voire gloire, les biens, les rangs et la gloire de vos enfans, n'ont pas de plus grands ennemis que ces princes que les étrangers nous ont imposés. Us sont les ennemis de notre gloire, puisque le recit'de tant d'actions béroiques qxd ont illustré le peuple Français , combattant contre eux pour se soustraire à leur joug, est leur condamnation.

Les vétérans des armées de Sambre-et-Meuse , du Rhin, d'Italie^ d'Egypte, de l'Ouest," de la grande armée , sont humiliés ; leurs honorables cicatrices sont flétries, leurs succès seraient des crimes; les braves seraient des rebelles, si, comme le prétendent les ennemis du peuple, des souverains légitimes étaient au milieu des armées étrangères. Les honneurs., les récompenses, les affections sont pour ceux qui les ont servis contre la patrie et nous.

Soldats ! venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef; son existence ne se compose que de la vôtre ^ ses droits ne sont que ceux du peu-

BB SAINTE-HitiNB- SOQ

pie et les vôtres (i) , son intérêt, son honneur, sa gloire , ne sont autres que votre intérêt , votre honneur et votre gloire. La victoire marchera au pas de charge; Taigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame. Alors vous pourrea^ montrer avec honneur vos cicatrices; alors vous pourrez vous vanter de ce que vous aurez' fait: vous serez les libérateurs de la patrie.

Dans votre vieUIesse , entourés et considérés de vos concitoyens , ils vous entendront avec respect raconter vos hauts faits; vous pourrez dire avec orgueil : « Et moi aussi Je faisais partie de de cette grande armée qui est entrée deux fois dans les murs de Vienne , dans ceux de Rome y de Ber-» lin y de Madrid, de Moscou, qui a délivré Paris de la souillure que la trahison et la présence de Cen^ nemi y ont empreinte. » Honneur à ces braves soldats , la gloire de la patrie ! et honte étemelle aux Français criminels , dans quelque rang que la fortune les ait feit nattre, qui combattirent vingt -cinq ans avec l'étranger pour déchirer le sein de la patrie.

(i) Il y aurait, selon moi , manière d'interpréter cett:0 phrase. Napoléon, comme souverain, s'était en effet despotiquement emparé des droits et de i'exktence du peu-< pie et de Tarinée ; mais ce n'est pas là sans doute ce qu*U voulait dire à la France.

3lO PIÈCES ftIJR LE PRISONNIER

» -i%i-ni"fc-tV-t^'>"i'*'i"i~i"rT''"m^~ii~~~~"i">TniT»T>~i"i '»iii'»"i'i "*"iiti">ii""mi "■ l'anal

SOUMAIRE.

NilpoléM a reconquis son empire. Chef ééeore Que tài^ de la Flanoe ël des Français ^ il se revoit après elofetl pénis affrontés y devant ce même palais où il eut: taoil de flatteurs et si peu d^amis^ tant de gloire et si peu de repos. Les troupes envoyées la veille pour le détruire sont toutes devant lui. Il les passe en revue avec la même sécurité qu^aux plus beaux jours de sa puis" sance; 11 en 1*69011 les mêmes hommages que sur les plus fiimeux champs de victoire. C'est alors que pavaissent les compagnons de son exil. Restés d'une mar-

^ che en arrière par Feffet inème de leur rapidité » ib viennent après un an d'absence , se replacer- parmi leurs frères.

Soldats !

Je suis Ycnu avec six cents hommes en France* parce que je comptais sur 1 amour du peuple et sur le souvenir des vieux Soldats. Je nai pas été trompé dans mon attente; Soldats > )e vous en remercie* La gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et^à vous : la mienne se réduit à vous avoir connus et appréciés.

Sodàlsl le tirônë des Bourbons étail ittégi* time (1) , puisqu'il avait été relevé par des mûua

■ • • rf.-Vl II • - - - , I ■ I

(1) Si 5 è la nouvelle de son débarqUement>VAiitHchre

DE SAINTE-HilÈBrE. 3ll

étrmigèreg; puisqu'il avait été proscrit par le yœu dç la nation , expriix^é par toutes nos aa-* sewbléas nationales; puisqu enfin il n'offrait de garantie qu'aux intérêts d'un petit nombre d'bçuinied arrogans , dont les prétentions soAt xipposées à nos droits.

Soldats \ le trône impérial peut seul garantir les droits du peuple , et surtout le premier de nos intér^ » celui de notre glpire. Soldats ! nous allons marcher « pour chasser de notre territoire ces princes auxiliaires de l'étranger. La nation mon seulement nous secondera de ses vœux, mais même suivra notre impulsion. Le peuple Français et moi » nous comptons sur vous : nous ne voulons pas nous mêler des affaires des nations étrangères ; mais 'malheur à qui se mêlerait dès nôtres!

Voilà les braves du bataillon qui in a accompagf^édaps ;p[^Qnm^beiiir;il|B sont tous mes amis. Us étaient chers. à mon coeur: toutes les fois que }e les voyais , ils me représentaient les différens régimens de l'armée ; car dans ces six cents braves , il y a des hommes de tous les régimens. (i).

Vavait secondé comme il s^y attendait, Napoléon aurait-U attaqué datis Uè mêmes termes la légitimité da trône des Bourbons? Pour moi , j'ai la faiblesse de croire que le plus légitime des gouvevnemens est celui qui de tous sait la mieux se faire aimer, (i) «Tant que Napoléon n'avait eu d^autre trône que

3l2 PIÈGES SUR I.E PRISONNIER

Tous me rappelaient ces grandes journées dont le souvenir m'est si cber, car tous sont couveriSs d'honorables cicatrices reçues à ces batailles mémorables. En les aimant c'est vous tous, soldats de toute l'armée française, que j'aimais. Ils vous rapportent ces aigles ; qu'elles vous servent de ralliement ! en les donnant à la garde , je les donne à toute l'armée.

La trahison et des circonstances malheureuses les avaient couverts d'un voile funèbre; mais grâce au peuple français et à vous, elles repa-

son rocher, ils s'étaient montrés aussi désintéressés que fidèles; lorsqu'il eut recouvré sa couronne, ib se flattèrent que leur dévouement serait généreusement recompensé. Les uns^ que l'honneur seul avait attachés au sort de Napoléon , jouissaient d'avance des louanges , des titres et des cordons qui leur seraient prodigués ; les autres , animés de sentimens moins élevés, aspiraient à des biens plus réels. La garde et ses dignes chefs n'ambitionnaient que la seule faveur de conserver le glorieux titre de GreruMdiers de €iie d'Eléô. Yaines illusions! La pensée de l'Empereur, absorbée tout entière par d'autres soins , ne se reportait plus vers les braves qui avaient partagé son exil et ses malheurs. Cependant ce mopient d'oubli n'eut point le temps de d^énérer en ingratitude : il fut réparé. Des grades, des dotations, des indemnités leur furent accordés; et, s'ils n'eurent point à se louer compléter. « ment de Napoléon , ils cessèrent du moins d'avojur k « s'en plaindie. » {Cinq mets de VHùtoire de Franoe.)

DE SAINTE-HÉLÈNE. 3l3

raissent resplendissantes de toute leur gloire. Jurez qu'elles se trouveront toujours partout où l'intérêt de la patrie les appellera ; que leé traîtres , et ceux qui voudraient envahir notre territoire, n'en pourront jamais soutenir les

regards.

SOMMAIRE

Ayant harangué Parmée , PEmpereur s'adresse

à TËmpire.

Fkançàis ! la défection du duc de Gastiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis. L'armée dont je lui avais confié le commandement était , par le nombre de ses bataillons , la bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient , en état de battre le corps d'armée autrichien qui lui était opposé , et d'arriver sur les derrières du flanc gauche de l'armée ennemie, qui menaçait

Paris (i).

(i) Il est certain que le maréchal Augereàu flétrit tous ses lauriers dans la campagne de France. Napoléon lui avait pourtant écrit par Torgane du maréchal Berthier , d'oublier ses cinquante- cinq ans^ pour ne se rappeler que des beaux jours de Gastiglione: il n'en tint aucun compte et se laissa complaisamment rejeter derrière risëre avec une année qui aurait sauvé la patrie ^ s'il eût exécuté avec zèle et courage les instructions qu*il avait reçues.

5l4 Pli:CE8 SUR LE PRISONNIER

Les victoires de Champ*Aubert , de Montmirailt de Gbât^u-Ttuerry, de Vauchamp, de Mormans » ^e Montereau > de Craone, de Reinu», d'Arcy-sur-Aube et de Saint^Dizier ; Finsurreç* tion des bravas paysans de la Lorraine, de la Champagne, de l'Alsace, de la Franche*Comté et de la Bourgogne, et la position que jamais prise sur les derrières de larmée ennemie, en là séparant de ses magasins, de^s parcs de réserve, de ses convois et de tous ses équipages , l'avaient placée dans une situation désespérée. Les Français ne furent )ainais sur le point d'être plus puissans , et l'élite de l'armée ennemie était perdue sans ressource ; elle eut trouvé son tombeau dans ces vastes contrées qu elle avait si impitoyablement saccs^ées , lorsque la trahison du duc de Raguse livra la capitale et désorganisa l'armée (i). La conduite inattendue de ces deux généraux, qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre ; la situation de l'ennemi était telle qu'à la fin de l'afiaire qui eut lieu devant Paris , il était sans mumtions par la séparation de sçs parcs de réserve.

(i ) On van tait 9 Qy a quelques jours, eu ma préseuce ^ rin trépide manière dont le jeune capitaine M arment se montra jadis sur le Rhin devant toutes les masses du

I)E SAtNTS-HÉliNE. 5l5

Dans ces nouvelles et grandes clfconstatices , mon cœur fut déchiré , mais mon âme resta inébranlable, je ne consultai que Fintérét de la patrie, je m'exilai sur un rocher tiu milieu des mers: ma vie vous était et devait encore vous être utile. Je ne permis pas que le grand nombre de citoyens qui voulaient m^accompagner partàgfeassent mon sort; je crus leur présence utile â la France , et je n'enmenal avec moi qu'une poignée de braves, nécessaires à ma garde.

Elevé au trône par Votre choix, tout ce qui a été fàk sans vous est illégitime. Depuis vingtcinq ans , la France a de nouveaux intérêts , de nouvdles institutions, une nouvelle gloire, qui ne peuvent être garantis que par un gouvernement national et par une dynâiftie née dans ces nouvelles circonstances. Un prince <{ui Têgneraît

wBmm

^nérai Clafffayt. C'est alors, ajouta quelqu'un, que la t>atrie (yocnraft hxi aire :

Tu aVis point dévienti ma gloire et mon estime^ Va , con^cye à jamais cet esprit magnanime : Qae Rome admire en toi son éternel soutien. Grands Dieux 1 que ce héros soit toujours citoyen ! Dienxl ne corrompez pas cette lime gënéreose , Et qne%itt cfe^t^ifîftiiiie'soit pat dangereuse!

3i6 PIÈCE» SUR LE PRISONNIER

sur VOUS, qui serait assis sur mon trône par la force des mêmes armées qui ont ravagé notre territoire, chercherait en vain à s'étayer des principes du droit féodal ; il ne pourrait assurer l'honneur et les droits que d'un petit nombre d'individus ennemis du peuple , qui depuis vingt-cmq ans, les a condamnés .dans toutes nos assemblées nationales. Votre tranquillité intérieure et votre considération extérieure seraient perdues à jamais.

Français ! dans mon exil j'ai entendu vos plaintes et vos vœux, vous réclamiez ce gouvernement de votre choix , qui seul est légitime : Vous accusiez mon long sommeil , vous me reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de la patrie.

J'ai traversé les mers, au milieu des périls de toute espèce; j'arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont lei vôtres. Tout ce que des individus ont fait, écrit, ou dit depuis la prise de Paris, je l'ignorerai toujours; cela n'influera en rien sur le souvenir que je conserve des services importans qu'ils ont rendus ; car il est des événemens d'une telle nature, qu'ils sont audessus de l'organisation humaine (i).

(i) J*aime mieux cela qu'un pardon tout cru. L'un fait de rhomme un criminel gracié ^ tandis que^ rejetant

DE SAlKTE-HiliNE. Sl'J

Français ! II n'est aucune nation^ quelque petite qu'elle soit, qui n'ait eu le droit de se soustraire et ne se soit soustraite au déshonneur d'obéir à un prince imposé par un ennemi momentanément victorieux. Lorsque Charles Vil rentra dans Paris et renversa le trône éphémère de Henri VI , il reconnut tenir son trône de la vaillance de ses braves , et non d'un prince régent d'Angleterre.

C'est aussi à vous seuls et aux braves de l'armée, que je fais, et ferai toujours gloire de tout devoir.

SOMMAmE.

Victorieux encore sur le terrain même où Jourdan s'immortalisa eng5, Napoléon qui, la veille, a détruit ou dispersé iao,ooo Prussiens commandés par Bkicher^ se prépare incontinent à marcher contre 120,000 Anglais dirigés par Wellington.

Soldats!

C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland , qui décida deux fois du destin

tout sur le torrent des circonstances , Tautre lui laisse au moins le bonheur de rillusion. Ce n*est point en avilissant les hommes qu'on se les attache, mais en leur persuadant, sinon qu'ils ont bien fait, du moins qu'ils ne pouvaient mieux faire. Il ne faut pas se le cacher, c'est là tout le secret du pouvoir.

5i8 PiicBS SUR LB PRisosradER

de l'Europe. Alors , comme après Austerlitz , comme après Wagram » nous fumes trop gêné* reux ! nous crûmes aux protestatioiis et aux sermens des princes que nous bussâmes sur le trône ! Aujourd liui » cependant » coalisés contre nous, ils en yeulent à Tindépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont com* mencéla plus injuste des agressions : ne sommesnous plus les mêmes hommes ?

Soldats ! à léna , contre ces mêmes Prussiens, aujourd'hui si arrc^ans , i^ous étiez un contre trois , et à Montmirail, un contre six! Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais vous fassent le récit de leurs pontons et des maux affi:«ux qu'ils ont soufferts (i).

immf^^^mfmmmmmmti^

(i) Lafoim, le dénuement, rinsalubrUé, le« outrages ne sont 9 on ne l'oubUra jamais » qu*uoe (rèa-faibl^ fMi^îe de ces maux. Les Anglais avaient fait du séjour des pontons une espèce de torture dont le but était de forcer de s'enrôler dans leurs bataillons ceux en qui le patriotisme et rhoaneur agissaient le moins pmssamment. Les bourreaux cbargés de ces tortures s'en acquittaient sans doute avec toute la férocité que Ton attendait d^eux; maisquelque barbares qu'ils se montrassent , et ce sont ifux-mêmes qui nous rendent cette justice ^ peu de nos guerriers cédèrent à leurs inttmes propositions. On en vit mtoie se réjouir de voir la jmort arriver pour offrir pure encore aux souvenirs de la patrie une glpci^use existence que les boulets ataient épargnée.

Les Saixoné , les Belges , les Hanovriens , Iss soldats de la Confédération du Rhin gémissent d être obligés de prêter leurs bras à la cause de princes ennemis de la justice et des droits de tous les peuples. Ils savent que cette coalition est insatiable. Après avoir dévoré douze millions de Polonais , douze millions d'Italiens , un million de Saxons , six millions de Belges , elle devra dévorer les états du deuxième ordre de TAUe-

magné.

Les insensés ! un moment de prospérité les

aveugle. L'oppression et Thumiliation du peuple

Français sont hors de leur pouvoir ! S'ils entrent

en France , i|s y trouveront leur tombeau. Soldats , lions avons des marches forcées à

faire , d^es f>ataille^ â livrer , des périls à courir ;

mais avec de la constance la victoire sera à nous;

les droitis , lliônneur et le bonheur de la patrie

seront reconcpiîs.

Pour tout Fiançais qui a du cceur , le moment

est arrivé , de vaincre ou de périr (i). • • ■ ■■ ' ■ i ■■' " ■ ■

Il est d'autant pltw adroit à Napoléon de rappeler id tant d'outrages et tant de bulux , qu'on grand nombre de ses soldats sortment alors des pontons anglais 9 et qu'il n'était) pas un seul de ces braves dont le cœur ulcéré ne bouillonnât encore de rage, de douleur et d*in* dignation.

(i) Paroles empruntées do, général Girard à la bataille de Lutzen.

SOMMAIRE

Vaincu à Tinstant même où la victoire lui souriait, Na- |1 poléon a vu s'écrouler d'un seul coup l'immense échafaudage de sa nouvelle puissance. C'est en vain qu'il demàn4e aux représentans de la nation les secours dont il a besoin pour venger les désastres de Mont- Saint-lean ; les représentans,: divisés d'opinions, se déclarent en insurrection contre lui, et il est réduit une seconde fois à descendre du trône où son génie l'avait porté.

Soldats!

Quand je cède à la nécessité qui me force à m'éloigner de la brave armée française , j'emporte avec moi l'heureuse certitude qu'elle jus* tifiera , par les services éminens que la patrie attend d'elle i les éloges que nos ennemis euxmêmes ne peuvent pas lui refuser.

Soldats ! je suivrai tous vos pas , quoiqu'absent. Je connais tous les corps , et aucun d'eux ne remporteraun avantage signalé sur l'ennemi, que je ne rende justice au courage qu'il aura déployé. Vous et moi nous avons été calomniés. Des hommes absolument indignes d'apprécier vos travaux ont vu dans les marques d'attache^ ment que vous m'avez données , un zèle dont j'étais le seul objet : que vos succès futurs leur

apprenoent que c'était la patrie par-dessus tout que vous serviez en m'obéissant , et que, si j'ai quelque part à votre affection , je le dois à mon ardent amour pour la France , notre mère com-« mu ne !

Soldats ! encore quelques efforts , et la coalition est dissoute ! Napoléon vous reconnaîtra aux coups que vous allez porter (i).

c Sauvez Thonneur , Tindépendance des Français. Soyez jusqu'à la fin tels que je vous ai connus depuis vingt-cinq ans , et vous serez invincibles.

(i) Il nous connaissait bien, celui qui attendait de nous tout ce qu*un beau désespoir peut enfanter de prodiges; cent fois il nous avait vus au champ d'honneur appelant de tous nos vœux un trépas digne de notre vie : mais ce jour-là tout devait changer. L'ennemi que nous avions si souvent vaincu , s'établit en paix dans DOS foyers; et nous ^ nous jadis la terreur de tout ce qui n'était pas Français > nous trouvâmes à peine sur un coin de notre pairie ^l'azile que^ trois années auparavant f nous prenions à notre choix dans les quatre parties du monde. Consolons-nous cependant.

c(Les annetux qu^Annibalk Canne eut en partage Pourront bien être un jour reconquis dans Carthage^ Et du chêne abattu les rejetons nouveaux Atteindre la hauteur de ses premiers rameaux, p

fisiM. Ddpatt»

K ai*

5â3 PIÈCES SUR ££ PRISONHIER

SOMMAIRE

Assailli par toutes les armées de TËurope, lâchement vendu par la plupart de ceux qu'il avait comblés de bienfaits , Napoléon qu'une trahison nouvelle livre 5 pour ainsi dire , à tous ses ennemis , dépouille à la fois la puissance et les grandeurs, paraît devant sa garde assemblée pour Técouter , arrache à tous les jeux dés larmes héroïques , et s'échappe comme un trait pour aller vivre au sein des mers.

Soldats!

Je vous fais mes adieux ; je suis content de vous* Depuis vingtKdnq. ans je tous ai toujours trouvés sûr le chemin de la gloire.

Les puissances alliées ont armé toute TEurope contre moi : une partie de l'armée a trahi ses devoirs , et la France elle-même a voulu d'autres destinées (i).

Avec vous et les braves qui me sont restés fidèles , j'aurais pu entretenir la guerre civile pendant trois ans ; mais la France eût été malheureuse, ce qui était contraire au but que je me suis proposé.

Soyez fidèles au nouveau roi que la France

( 1 ) La dynastie des Bourbons a dû prendre acte de cet aveti*"

DE SÀlNTE-HÉtiNE." 5^5

s'est cjhLoisi; n'abandonnez pas cette chère patrie trop Icing-temps malheureuse.

Ne plaignez pai mon sort : je serai toujours heui^ux , lorsque je saurai que vous Têtes.

J'aurais pu mourir , rien ne m'aurait été plus facile ; mais je suivrai sans cesse le chemin de l'honneur (i).

J'écrirai ce que nous avons fait.

Je ne peux pas vous embrasser tous , mais l'embrasse votre général (2). Qu'en m'apporte l'aigle : chère aigle ( s' écria-t-il ) ! que les baisers que je te donne retentissent dans le cœur de tous les braves (3) !

(1) Le désespoir n7e8t pas d'ane àme magnanime; Souvent il est faiblesse , et toujours il est crime

Grbsset.

(a) Le général Petit,, digne sous tous rapports, de cette immortelle faveur.

(3) Le bruit en résonne encore : non que les vrais citoyens regrettent le [conquérant qui enchaîna leurs libertés, mais parce qu^il est naturel aux grands cœurs de s^identifier avçc les malheurs d'un grand homme.

Ifota. Pour suivre Tordre chronologique cette procla-* mation aurait dû être placée avant celle qui est page i6i«

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