DE BEAUCAIRE
Par napoléon BONAPABTE,
UEUTEWANT d' ARTILLERIE.
J e me trouvais à Beaucaire le dernier jour de la foire : le hasard me fit avoir pour convives à souper , deux uégocians Marseillais , un Nimois et un fabricant de Montpellier. Après plusieurs moments employés à nous reconnaître , Ion sut que je venais d'Avignon et que j'étais militaire. Les esprits de mes convives , qui avaient été toute la semaine fixés sur le cours du négoce qui accroît les fortunes , l'étaient dans ce moment sur l'issue des événemens présents , d'où en dépend la conservation ; ils cherchaient à connaître mon opinion , pour , en la comparant à la leur , pouvoir se rectifier et acquérir des probabilités sur l'avenir , qui nous affectait difi*éremment; les Marseillais surtout paraissaient être moins pétulans : Tévacuation d'Avignon leur avait appris â douter de tout ; il ne restait qu'une grande sollicitude sur leur sort : la confiance nous eut bientôt rendus babillards » et nous commençâmes un entretien à peu près en ces termes.
LE NIMOIS.
L armée de Cartaux est-elle forte ? L'on dît qu'elle a perdu bien du monde à l'attaque ; mai» s'il est vrai qu'elle ait été repoussée, pourquoi les Marseillais ont«ils évacué Avignon.
LE miITÀIRE.
L'armée était forte de 4^000 hommes lorsqu'elle a attaqué Avignon ; elle est aujourd'hui à 6,000 hommes , elle sera avant quatre )Ours à 10,000 hommes ; elle a perdu cinq hommea et quatre blessés ; elle n'a point été repoussée , puisqu'elle n'a fait aucune attaque en forme : elle a voltigé autour de la place , a cherché à forcer les portes , en y attachant des pétards ; elle a tiré quelques coups de canon pour essayer la contenance de la garnison ; elle a dû ensuite se retirer dans son camp pour combiner son attaque pour la nuit suivante. Les Marseillais étaient 5,6oo hommes ; ils avaient une artillerie plus nombreuse et de plus fort calibre , et cependant ils ont été contraints à repasser la Outrance; cela vous étonne beaucoup : mais c'est qu'il n'appartient qu'à de vieilles troupes de résister aux incertitudes d'un siège ; nous étions maîtres du Rhône , de Villeneuve et de la campagne f nous eussions intercepté toutes leurs communication. Us ont dû évacuer la vi^e ; la
cavalerie les a poursuivis dans leur retraite ; ils ont eu beaucoup de prisonniers et ont perdu deux pièces de canon.
LE MARSEILLAIS
Ce n'est pas là la relation que l'on nous a donnée ; je ne veux pas vous le contester , puisque vous étiez présent ; mais avouez que cela ne vous conduira à rien : notre armée est à Aix , trois bons généraux sont venus remplacer les premiers ; on lève à Marseille de nouveaux bataillons , nous avons un nouveau train d'artillerie , plusieurs pièces de ^4 ; sous peu de jours nous serons dans le cas de reprendre Avignon, ou du moins nous resterons maîtres de la Durance.
LE MILITAIRE
Voilà ce que l'on vous dit pour vous entraîner dans le précipice qui s'approfondit à chaque instant , et qui peut-être engloutira la plus belle ville de la France , celle qui a le plus mérité des patriotes ; mais l'on vous a dit aussi que vous traverseriez la France, que vous donneriez le ton à la république, et vos premiers pas ont été des échecs ; l'on vousja dit qu'Avignon pouvait résister long-temps à âo^ooo hommes , et une . seule colonne de l'armée, sans artillerie de siège» dans vingt-quatre heures, en a été maîtresse; l'on vous a dit que le midi était levé , et vous vous êtes trouvé8*seuls ; . Ton vous a dit. que 1^
cavalerie nimoise allait écraser les AUobrogeSy et ceux-ci étaient dé)à au Saint-Esprit et à Villeneuve ; Ton vous a dit que 4*000 Lyonnais étaient en marche pour vous secourir , et les Lyonnais négociaient leur accommodement; reconnaissez donc que Ton vous trompe , concevez l'impéritie de vos meneurs, et méfiez-vous de leurs calculs; le plus dangereux conseiller , c'est l'amour «* propre : vous êtes naturellement vifs , Fon vous conduit à votre perte par le même moyen qui m ruiné tant de peuples , en exaltant votre vanité ;^ vous avez des richesses et une population considérable , l'on vous les exagère ; vous avez rendu des services éclatans à la liberté , on vous les rappelle , sans faire attention que le génie de la république était avec vous alors , au lieu qu'il vous abandonne aujourd'hui ; votre armée, ditesvous, est à Aix avec un grand train d artillerie et de bons généraux ; eh bien ! quoi qu'elle fasse, je vous assure qu'elle sera battue; vous aviez 3,6oa hommes , une bonne moitié s'est dispersée. Marseille et quelques réfugiés du département peuvent vous offrir 4iOoo hommes: cela est beaucoup ; vous aurez donc 5 à 6,000 hommes sans ensemble , sans unité , sans être aguerris ; vous avez de bons généraux , je ne les connais pas ; je ne puis donc leur contester leur habileté , mats ik seront absorbés par le^ détails ^ ne seront pas
i)E SAINTE h£lênë: 35gi
éécondés par les subalternes; ils ne pourront rien faire qui soutienne la réputation qu'ils pourraient s'être acquise , car il leur faudrait deux mois pour organiser passablement leur armée, et dans quatre jours Cartaux sera au-delà de la Durance , et avec quels soldats ! avec Texcellente troupe légère des AUobroges , le vieux régiment de Bourgogne , un bon régiment de cavalerie , lé Tbrave bataillon de la Côte-d'Or , qui a vu cent fois la victoire le précéder dans les combats, et six ou sept autres corps, tous de vieilles milices, encouragés par leurs succès aux frontières et sur votre armée; vous avez des pièces de ^4 etde 18 , et vous vous croyez inexpugnables; vous suivez Fopinion vulgaire ; mais les gens du métier vous diront , et une fatale expérience va vous le démontrer, que de bonnes pièces de 4 et de 8 font autant d'effet pour la guerre de campagne , et sont préférables sous bien des points de vue au gros calibre ; vous avez des canonniers de nouvelle levée , et vos adversaires ont des artilleurs de régiments de ligne , qui sont , dans leur art , les maîtres de l'Europe. Que fera votre armée? Si elle ôe concentre à Aix , elle est perdue : c'est un axiome dans l'art militaire , que celui qui reste dans ses retranchemens est battu : l'expérience et la théorie sont d'accord sur ce point , et les murailles d'Aix ne valent pas le plus mauvais ré-
34o PIECES SUR LE PRISONNIER
tranchciDcnt de campagne , surtout si Ton fait attention à leur étendue » aux maisons qui les environnent extérieurement à la portée du pistolet. Soyez donc bien sûrs que ce parti, qui vous semble le meilleur , est le plus mauvais. Comment pourrez-vous d ailleurs approvisionner la ville en si peu de temps de tout ce qu'elle aurait besoin ? Votre armée ira-t-elle à la rencontre des ennemis? mais elle est moins nombreuse , mais son artillerie est moins propre pour la campagne ; elle serait rompue , dès-lors défaite sans ressource ; car la cavalerie l'empêchera de se rallier. Attendez-vous donc à voir la guerre dans le territoire de Marseille : un parti assez nombreux y lient pour la république ; ce sera le moment de l'eflFort : la jonction se fera ; et cette ville , le centre du commerce du Levant , l'entrepôt du midi de l'Europe , est perdue. Souvenez-vous de l'exemple récent de Lisle (i) , et des lois barbares de la guerre. Mais quel esprit de vertige s'est tout-à-coup emparé de votre peuple ? quel aveuglement fatal le conduit à sa pertePComment peut-il prétendre résister à la république entière? Quand il obligerait cette armée à se replier sur Avignon , peut-il douter que sous peu de jours
(i) Lisle ^ petite ville du département dcVaiicluse, à 4 lieues à l'e^^ d'Avignon , ayant résisté à l'arniéc de Carteaux, fut cinp-rtée de force le 26 juillet 1793.
DE SAINTE-HÉLÈNE. S4r
de nouv(îaux combattans ne viennent remplacer les premiers : la république qui donne la loi à TEuropef , la recevra-t-elle de Marseille ?
Unis avec Bordeaux , Lyon , Montpellier, Nîmes, Grenoble , le Jura , l'Eure, le Calvados, vous avez entrepris une révolution ; vous aviez une probabilité de succès : vos instigateurs pouvaient être mal - intentionnés , mais vous^ aviez une masse imposante de forces ; au contraire, aujourd'hui que Lyon, Nîmes, Montpellier , Bordeaux , le Jura , TEure , Grenoble , Caen , ont reçu la constitution ; aujourd'hui qu'Avignon , Tarascon , Arles ont plié , avouez qu'il y a dans votre opiniâtreté de la folie : c'est que vous êtes influencés par des personnes qui n'ayant plus rien à ménager , vous entraînent dans leur ruine.
Votre armée sera composée de tout ce qu'il y aura de plus aisé , des riches de votre ville , car les sans-culottes pourraient trop facilement tourner contre vous. Vous allez donc compromettre l'élite de votre jeunesse , accoutumée à tenir la balance commerciale de la Méditerranée , et à vous enrichir par leur économie et leurs spéculations , contre de vieux soldats , cent fois teints du sang du furibond aristocrate , ou du féroce Prussien.
Laissez les pays pauvres se battre jusqu'à la
(dernière extrémité : Thabitant du Vivarais , des Cévènes, de la Corse , s'expose sans crainte à Tissue d un combat : s'il gagne , il a rempli son but ; s'il perd , il se trouve comme auparavant dans le cas de faire la paix et dans la même position Mais vous ! ! perdez une bataille,
et le fruit de mille ans de fatigues , de peines , d'économies , de bonheur , devient la proie du soldat.
Voilà cependant les risques que Ton vous fait courir av«ç autant d'inconsidération.
LE MARSEILLAIS
Vous allez vite , et vous m'effrayez ; je coqviens avec vous que la circonstance est critique ,, peut-être vraiment ne songe-t-on pas assez à la, position où nous nous trouvons ; mais avouez que nous avons encore des ressources immenses à vous opposer.
Vous m'avez persuadé que nous ne pourrions pas résister à Aix : votre observation du défaut f}e subsistance pour un siège de longue durée est peut-être sans réplique ! mais pensez-vous que toute la Provence pût voir long-temps de sang-froid le blocus d'Aix ? elle se Jèvera spontanément , et votre armée , cernée de tous côtés i se trouvera heureuse de repasser la Durance.
LE MILITAIRE
Que c'est mal connaître l'esprit des hommes
et celui du moment! Partout il y a deux partis ; dès le moment que vous serez assiégés , le parti sectionnaire aura le dessous dans toutes les campagnes ; l'exemple de Tarascon , d'Orgon , d'Arles doit vous en convaincre : vingt dragons ont suffi pour rétablir les anciens administrateurs et mettre les autres en déroute.
Désormais, tout grand mouvement en votre faveur est impossibe dans votre département ; il pouvait avoir lieu lorsque l'armée était au-delà de la Durance et que vous étiez entiers. A Touloa , les esprits sont très-divisés , et les section^ naires n'y ont pas la même supériorité qu'à Marseille : il faut donc qu'ils restent dans leur
ville , pour contenir leurs adversaires Quant
au département des Basses -Alpes , vous savez que presque la totalité a accepté la constitution.
LE MÀRSEIIIAIS.
Nous attaquerons Cartaux dans nos montagnes , où sa cavalerie ne lui sera d'aucun se^ cours.
lE MILITAIRE.
Comme si une armée qui protège une ville était maîtresse du point d'attaque! D'ailleurs il est faux qu'il existe des montagnes assez difficiles auprès de Marseille pour rendre nul l'effet de la cavalerie ; seulement , vos oliviers sont asse^ rapides
pour rendre plus embarrassant le service de FartiUerie et donner un grand avantage à vos ennemis. Car, c est dans les pays coupés » que» par la vivacité des mouvements > l'exactitude du service et la justesse de l'élévation des distances , le bon artilleur a de la supériorité.
LE MARSEIXAIS.
Vous nous croyez donc sans ressources: seraitil possible qu'il fût dans la destinée de cette ville qui résista aux Romains , conserva une partie de ses lois sous les despotes qui les ont suivis « qu elle devint la proie de quelques brigands ? Quoi l TAllobroge chargé des dépouilles de Lisle ferait la loi dans Marseille ! quoi ! Dubois de Grancé , Albitte , seraient sans contradicteurs ! ces hommes altérés de sang, que les malheurs des circonstances ont placés au timon des affaire» « seraient les maîtres absolus ! Quelle triste perspective vous m'offrez. Nos propriétés , sous différens prétextes , seraient envahies ; à chaque instant nous serions victimes d'une soldatesque que le pillage réunit sous les mêmes drapeaux. Nos meilleurs citoyens seraient emprisonnés et périraient' par le crime. Le club relèverait sa tête monstrueuse pour exécuter sesprojets infernaux! Rien de pis que cette horrible idée; mieux vautil s'exposer à vaincre que d'être victime sans aK ternative.
DE SÀINTE-HELÈNE. 34
LE MILITAIRE
Voilà ce que c'est que la guerre civile ; Ton se déchire , Ton s'abhorre , Ton se tue sans se connaître... Les Allobroges Que croyez-vous que
ce soit? des Africains? des habitans delà Sibérie? eh ! point du tout, ce sont vos compatriotes , des Provençaux, des Dauphinois, des Savoyards: on les croit barbares parce que leur nom est étranger. Si Ton appelait votre phalange la phalange Phocéenne , l'on pourrait accréditer sur son compte toute espèce de fable.
Il est vrai que vous m'avez rappelé un fait, c'est celui de Lisle , je ne le justifie pas ; mais je l'explique.
Les Lislois ont tué le trompette qu'on leur avait envoyé , ils ont résisté sans espérance de succès, ils ont été pris d'assaut; le soldat est entré au milieu du feu et des morts, il n'a plus été possible de les contenir , l'indignation a fait le reste.
Ces soldats que vous appelez brigands, sont nos meilleures troupes et nos bataillons les plus disciplinés, leur réputation est au-dessus de la calomnie.
Dubois-Crancé et Albitte, constants amis du peuple, n'ont jamais dévié de la ligne droite... Us sont scélérats aux yeux des mauvais. Mais Condorcet) Bri^ot, Barbaroux aussi étaient
scélérats lorsqu'ils étaient purs; lapanage des bons sera d'être toujours mal-famés chez le méchant. 11 vous semble qu'ils ne gardent aucune mesure avec vous ; et au contraire , ils vous traitent en enfans égarés.... Pensez-vous que , s'ils eussent voulu, Marseille eût retiré les marchandises qu'elle avait à JBeaucaire ? ils pouvaient les séquestrer jusqu'à l'issue de la guerre: ils ne l'ont pas voulu faire , et grâce à eux , vous pouvez retourner tranquillement chez vous.
Vous appelez Cartaux un assassin: eh bien ! sachez que ce général se donne les plus grandes sollicitudes pour l'ordre de la discipline , témoin sa conduite au Saint-Esprit et à Avignon : l'on n'a pas pris une épingle. U a fait emprisonner un sergent qui s'était permis d'arrêter un Marseillais de votre armée, qui était resté dans une maison, parce qu'il avait violé l'asile du citoyen sans un ordre exprès. L'on a puni des Avignonnais qui s'étaient permis de désigner une maison comme arîttocrate. L'on a instruit le procès d'un soldat accusé de vol... Votre armée, au contraire, a tué, assassiné plus de trente prisonniers; a violé l'asile des familles, a rempli les prisons de citoyens, sous le prétexte vague qu'ils étaient des brigands.
Ne vous effrayez point de l'armée, elle estime Marseille, parce qu'elle sait qu'aucune ville n'a tant fait de sacrifices à la chose publique; vous
DE SÀINTË-HÉLÈNE. 347'
ayez dix-huit mille hommes à la frontière , et vous ne vous êtes point ménagés dans toutes les cir* constances. Secouez le joug du petit nombre darlstocrates qui vous conduisent , reprenez des principes plus sains , et vous n'aurez pas de plus vrais amis que le soldat.
LE MARSEILLAIS
Ah ! vos soldats ont bien dégénéré de l'armée de 1 789 ; elle ne voulut pas , cette armée , prendre les. armes contre la nation : les vôtres devalent imiter un si bel exemple, et ne pas tourner leurs armes contre leurs concitoyens.
LE MILITAIRE
Avec ces principes , la Vendée aurait aujourd'hui planté le drapeau blanc sur les murs de la Bastille relevée , et le camp de Jalès dominerait à Marseille.
LE MARSEILLAIS
La Vendée veut un roi , veut une contre-révolution ; la guerre de la Vendée , du camp de Jalès est celle du fanatisme; la nôtre au contraire, est celle des vrais républicains, amis des lois, de l'ordre, ennemis de l'anarchie et des scélérats. N'avons-npus pas le drapeau tricolore ? Et quel intérêt aurions-nous à vouloir l'esclavage P
LE MIUTAIRE.
Je sais bien que le peuple de Marseille est bien
348 IPlicES 8DR LE PRISONNIER
loin de celui de la Vendée, en fait de contre-ré" yolution. Le peuple de la Vendée est robuste et sain, celui de Marseille est faible et malade; il a besoin de miel pour avaler la pillule. Pour y établir la nouvelle doctrine , Ion a besoin de le tromper; mais depuis quatre ans de révolution, après tant de trames , de complots , de conspiration, toute la perversité humaines est développée sous difierens aspects » les hommes ont perfec* tionné leur tact naturel : cela est si vrai , (jue, malgré la coalition départementale, malgré l'iiabileté des chefs, le grand nombre des ressorts de tous les ennemis de la révolution, le peuple partout s'est réveillé au moment où on le croyait ensorcelé.
Vous avez , dites-vous , le drapeau tricolore? Paoli aussi l'arbora en Corse pour avoir le temps de tromper le peuple , d'écraser lés vrais amis de la liberté; pour pouvoir entraîner ses compatriotes dans ses projets ambitieux et criminels : il arbora le drapeau tricolore , et il fit tirer contre les bâtimens de la république, et il fit chasser nos troupes des forteresses, et il désarma celles qui y étaient, et il fit des rassemblemens pour chasser celles qui étaient dans l'île , et il pilla les magasins, en vendant à bas prix tout ce qu'il y avait , afin d'avoir de l'argent pour soutenir sa révolte , et il ravagea et confisqua les
ï)£ SAINTE-HELENE. 549
biens des familles les plus aisées, parce qu'elles étaient attachées à r unité de la république, et il se fit nommer généralissime, et il déclara ennemis de la patrie tous ceux qui resteraient dans nos armées : il avait précédemment fait échouer Texpédition de Sardaigne; et cependant, il avait Timpudeur de se dire Tami de la France, et bon républicain ; et cependant , il trompa la Convention , qui rapporta son décret de desti*» tution ; il fit si bien enfin , que lorsqu'il a été démasqué par ses propres] lettres , trouvées à Calvi, il n'était plus temps: les flottes ennemies interceptaient toutes les communications.
Ce n'est plus aux paroles qu'il faut s'en tenir, il faut analyser les actions ; et avouez qu'en appréciant les vôtres, il est facile de vous démon^ trer contrq-révolutionnaires.
Quel effet a produit dans la république , le mouvement que vous avez fait? Vous l'avez conduite près de sa ruine; vous avez retardé les opérations de nos armées. Je ne sais pas si vous êtes payés par TEspagnol et l'Autrichien ; mais certes, ils ne pouvaient pas désirer de plus fortes diversions: que feriez vous de plus si vous l'étiez? Vos succès sont l'objet des sollicitudes de tous les aristocrates reconnus; vous avez placé à la tète dç vos sections et de vos armées , des aristocrates avoués , un Latourette , ci-devant colo-*
35o PIÈGES SUR lE P&ISOKNIER
nel, un Soumise, ci-de?ant lieutenant-cokmel du génie , qui ont abandonné leurs corps , au moment de la guerre , pour né pas se battre pour la liberté des peuples.
Vos bataillons sont pleins de pareille» gens , et votre cause ne serait pas la leur, ûi elle était celle de la république.
IS MARSEUXAIS.
Mais Brissot, Barbaroux, Condorcet» Buzot, Vergniaud, sont -ils aussi aristocrates? Qui a fondé la république? qui a renversé le tyran? qui a enfin soutenu la patrie â l'époque périlleuse de la dernière campagne ?
LE mUTÀIEE,
Je ne cherche pas si vraiment ces homines qui avaient bien mérité du peuple dans tant d'occasions, ont conspiré contre lui: ce qu'il me suffit de savoir, c'est que la Montagne, par esprit public ou par esprit de parti, s'étant portée aux dernières extrémités contre eux , les ayant décrétés , emprisonnés , je veux même vous le passer , les ayant calomniés , les Brissotins étaient perdus , sans une guerre civile qui les mit dans le cas de faire la loi à leurs ennemis. C'est donc pour eux vraiment que votre guerre était utile : s'ils avaient mérité leur réputation première , ils auraient jeté leurs armes à l'aspect de la constitution; ils auraient sacrifié leurs intérêts au bien public; mais il est plus facile de citer Décius
DE SAINTE-HÉLÈNE. 35l
que de Timiter; ils se sont aujourd'hui rendus coupables du plus grand de tous les crimes ; ils
ont par leur conduite justifié leur décret
Le sang qu ils ont fait répandre a effacé les vrais services qu'ils avaient rendus.
lE FABRICANT DE MONTPELLIER.
Vous avez envisagé la question sous le point de vue le plus favorable à ces messieurs , car il parait que les Brissottins étaient vraiment cou-* pables ; mais coupables ou non , nous ne sommes plus dans des siècles où l'on se battait pour les personnes. L'Angleterre a versé des torrens de sang pour les familles de Lancastre et d'Yorck , la France pour les Lorrains et les Bourbons, serions-nous encore à ces temps de barbarie! Il
LE NIHOIS.
Aussi , avons-nous abandonné les Marseillais 4 dès que nous nous sommes aperçus qu'ils voulaient la contre-révolution, et qu'ils se battaient pour des querelles particulières. Le masque est tombé dès qu'ils ont refusé de publier la constitution; nous avons alors pardonné quelques irrégularités à la Montagne. Nous avons oublié Rabaud et ses jérémiades , pour ne voir que la république naissante , environnée de la plus monstrueuse des coalitions qui menace de l'étouffer à son berceau , pour ne voir que la joie des aristocrates de l'Europe à vaincre^
LE MARSEIIXAIS.
Vous nous avez lâchement abandonnés après
nous avoir excités par des députations éphé«
mères.
LE Nniois.
Nous étions de bonne foi, et vous aviez le renard sous les aisselles ; nous voulions la république, nous avons dû accepter une constitution républicaine. Vous étiez mécontents de la Montagne et delà journée du 3i mai, vous deviez donc encore accepter la constitution pour la renvoyer, et faire terminer sa mission.
LE MARSEILLAIS
Nous voulons aussi la république , mais nous voulons que notre constitution soit formée par des représentans libres dans leurs opérations ; nous voulons la liberté , mais nous voulons que ce soit des représentans que nous estimons^ qui nous la donnent; nous ne voulons pas que notre constitution protège le pillage et lanarchie. Notre première condition est : point de clubs , point d'assemblées primaires si fréquentes » res* pect aux propriétés.