LETTRE XX* O
QooiQVB la révolte d'une petite partie du Midi ait cessé de menacer Lyon 5 et que la marche des troupes sorties de cette ville et de Grenoble ait forcé les insurgés à une retraite précipitée 9 j'ai, conjointement avec le Ministre
de la police, et après avoir pris les ordres de Votre Majesté , prescrit les changemens utiles , dans la municipalité et dans l'état-major de la garde nationale. Je dis les changemens utiles et non indispensables, car le danger est passé; mais il est bon que, s'il se reproduirait, les autorités municipales et la garde natîonal)^ sofetit , cotmne le dit Votre Majesté, àïahàuteurdet^opînionduptupid. Le Comte Rœderer a des ordres positif? à cet égard. Ses
(*) Correspondance de Napoléon, p« 39a.
instructions, et mieux encore son expérience, Tauronf convaincu qu^en cas de nouvelle crise, il faut que Ljoo nous offre toute la force de sa population. Le préfet a reçu Tordre exprés de porter la garde nationale à dix mille hommes au moins. Celle du faubourg de la Guillotière et autres faubourgs sera organisée avec soin , aussi-bien que les deux compagnies de canon niers. J'apprends que le général Brayer vient d'arriver à Lyon , où il commandera provisoirement. Une semblable opération est ur^ gente , et sera faite dans toutes les villes de la 19*. division militaire. Pour me conformer aux instructions de Yotre Majesté, j'ai écrit dans ce sens au conseiller-d'Etat Thibaudeau et à M. IV^archant, commissaires iihpériaux: ils utiliseront leurs missions, purgeront les municipalités et organiseront les gardes nationales sur le principe du dixième de la population.
Paris, ao avril 181 5.
LETTRE XXr. (*)
Des renseignemens sûrs m'ont été envoyés des départemens du Pas-de-Calais et du Nord : il en résulte que la faction éternellement ennemie de l'indépendance nationale, de la liberté publique et de toutes les gloires que vingt-cinq années d'efforts nous ont acquises, ne cesse de travailler à les compromettre > soit en neutralisant les mesures or^ données par le gouvernement , soit en les exagérant. Le
(*) Correapondanee de Napoléon, p. 4^5.
DB SAINTE- HiliNE. 497
nouveau préfet, par ses lumières, son expérience et son dévouement , est très-capable de déjouer cette double et perfide manœuvre. Votre Majesté lui a adjoint, pour Taidcr dans cette besogne , le baron Gostaz, qui, sous tous les rapports, est en état de la bien remplir. Il parcourt, dans ce moment, ces départemens plus travaillés encore par Taristocratie, qu^exposés à l'ennemi. Il a déjà changé la plupart des sous-préfets , un grand nombre de maires , et presque tous les employés des régies. C'est dans ces derniers surtout que s'est manifesté le plus mauvais esprit. Toutefois, je ne flétris pas de ce nom L'attachement à la personne du Roi ou à celles des Princes r un sentiment^ quand il est produit par la convietion , est toujours estimable ; mais ce qui ne saurait l'être , dans toute hypothèse , c'est quand ce sentiment n'est qn'un prétexte pour en étaler de dangereux. C'est ce qui arrive dans la circonstance actuelle. Cette maligne influence ayant gagné la garde nationale , le commissaire impérial en a déjà changé les commandann et les ofiiciers à Arras et à Douai. De là, il s'est transporté à Lille où il est, et où se continue la même opération. Cette mesure devient de jour en jour plus indispensable : il le sera probablement aussi de substituer à l'indulgence , qui enhardit quand elle ne touche pas , quelques déterminations sévères qui retiennent les méchans. Vous autoriserez donc le baron Costaz à lancer , au besoin , des mandats d'arrêt contre les agitateurs du dedans, et surtout contre les détestables partisans de l'étranger.
Paris, ai avril iSiS.
3ii
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LETt&B XXII%n
Le mouyement tenté dans le Nord a été arrêté auMît^t qu^essayé , et ses chef» punis aussitôt que connus. L*opiliion des principales filles de ses départemens repose toute entière sur quelques petits intérêts locaux , favorisés par les ordonnances royales. Il en est de même de Bordeaux^ qui perdait tout au système continent ^ et de Marseille 9 qui doit son royalisme à la franchise de son port« Le gouvernement des Bourbons, parmi les singularités qui le distinguent) a cela de remarquable ^ que sans cesse il descend de Tintérèt général pour se rapetisser aux exceptions privées : vrai moyen de faire un ingrat et mille mécontens. Les flatteurs ont appelé ce gouvernement paternel; mais un gouvernement doit-il Tétre? le peut-il? Au moment ou il devient sentimental ^ û cesse d'être juste, et la'justice doit seule s'asseoir sur le trôner n*ayant pour compagnons que Thonneur et la liberté.
Paris ) ai «vail t8i5*
^ (*) Correspondance de Napoléon ^ p. 3^7.
bÈ SAIfirTE-ftÉLiNÈ. 4dd
LETTRE XXI ir. (*)
Sire,
iPar sa lettre da i5 de ce mois, l'auditeur Wde M., que Votre Majesté a délégué en Corse, m'écrit qu'arrivé à Bastia, il a pris, sur l'objet de sa mission, tous les renseignemens qui pouvaient le diriger. La junte extraordinaire a été dissoute. Une proclamation à ordonné à toutes les troupes de revenir en France , et a fait un appel martial au patriotisme des habitans, pour défendre la Corse. Le général Delauàsay et le préfet ont reçu l'autorisation nécessaire pour l'organisation provisoire des gardes nationales > selon les habitudes du pays. Tout fait espérer que, dans telles circonstances que ce isoit, elles pourront se porter au besoin, sur les points menacés. On annonce comme prochaine l'arrivée du duc de Padoue , chargé des pouvoirs extraordinaires de Votre Majesté. Il achèvera l'organisation des gardes nationales de la Corse ^ par Bastia, Ajaccio, San-Balsamo, Corte> etc. Tous les employés nommés par le Roi, et déjà deâiitués seront renvoyés en France. Selon l'intention expresse de Votre Majesté > un bataillon de cinq cents hommes > tous Corses, sera formé sans délai, et envoyé à iPorto-Ferrajo, pour la défense de Piled'Elbe, sous les ordresdu général Dalesme , qui en est gouverneur. Il aura à sa disposition six étoiles d'ofiGiciers de la Légion-d'Honneur,
(t) Correspondance de Napoléon , p. 389.
5oO PliCES SUE LE PRISONNIER
et trente étoiles de légionnaires, a6n de récompenser ceux des habitans qui se sont le plus distingués lors du retour de Votre Majesté. Il n'y aura de conserré dans les emplois , que les Français nommés avant le mois d'avril 1814. Cependant, comme il importe de ne pas faire de mécontens , le duc de Padoue a la recommandation expresse d^pon server dans leurs fonctions ceux des Corses qui ont m nommés par le Roi, et qui, sous le rapport moral , se sont bien conduits : telles sont sommairement ses instructions.
Paris, aa ayril x8i5.