ITINERAIRE
DO TOTÀGS
iûE LA FLOTTE DU ROI ÈATHOLIQUE
L'ILE DE YDCATAN
DANS L^INDB.
Fait en Tan 1518 , sons les ordres da capitaine général
Joan de Grijalva ,
Rédigé et dédié à S. A. (1), par le cbapelain en chef Çà) de ladite
flotte.
[Samedi , i" du mois de mars de l'année ï5i8 (3), le. commandant de ladite flotté jpartit de Tile Femandina (Cuba). Lelyndi sui-
' (i) Don Diego Colomb » amiral et vice-roi des Indes, (s) Il se nommait Jaan Dia2 suivant Bernai ( Hist. de la conquête , cap. YIII) ainsi qu*Herrera (dëcad. 2, liv. 3, cap. I). Bernai Diaz accompagna Ciortès dans là conquête (voy. ibîd, cap. II ).
(3) Herrera(decad. 9, lib. 3, cap. 1) dit que Grijalva quitta 10. . . I
2 GONQT^E
vant , c est-à-dire le 4 de mars , nou^ vîmei
sur un promontoire une maison blanehe ,
quelques autres <jai étaient couvertes de paille,
et un petit lac formé par Teau dfe la mer qui
pénétrait dans^les terres. Comme c'était le
jour de Sainte-Croix , nous eVi donnâmes le
nom à cette terre. Tputp la côte était couverte
d'écueils et de bas-fonds; nous nous diri-
geâmes sur le rivage opposé , où nous distin-
^ guâmes la maison plus facilement Elle était
en fof me de petite tour , paraissait avoir une
canne de longueur, c'est-à-dire huit palmes ,
et était dé la hauteur d'un homme. La flotté
jeta Fancréà six milles environ de la côte.
Deux petites barques que l'on appelle canots s'approchèrent da nous; elles étaient montées chacune par trois Indiens qui les manœu-
Santiago de Coba leS aytil iSi9. Bernai Dite del Castilla (cap. XlV)etGogeIhiâo(iii8l. de YucilUn, lib. i, eap.BI), prétendent qu'il parfit le 5 ami de H^atansas, <etOviede (lib. i% eap. IX) , écrit qu'il aj^areilla de Santiago le sS janTier tSrSr qu'il entra dans le port de Matanzasd'où il repartit le lo avril^ ce ^ parait les ipettre d'accord quant au point de dëpart.^
DU msfiqcE. 3*
vraient Ils vinreot jusqu'à une portée de canon des vaiss^ux sans vouloir s'avancer davantagiç. JNous ne pûmes leur parler ni rien apprendre sur eux, si non , que le lendem^n matin, le cacique.(i), c'est-à-dirç le chef de cet endroit viendrait à bord de nos vaisseaux. Lç lendemain matin , nous mimes à la voilé pour reconnaître un cap que nous voyions de loin. Le pilote nous dit que c'était File d^ Ifucatan* Entre cette pointe et celle de Cucu^ niel (a) où^ nous étions , uous trobvàmes un golfe dans laquel iK>us entrâmes , et nous parvînmes près du rivage de «rile de Guzamil que nous côtoyâmes. Outre la tour que nous avîooâ»apereue la pranière fois, nous ed découvrîmes quatorze autres de la même forme.
(i) Les indigènes donnaient à leurs chefs le nom deca/aekuni (Oriedo, làh. 17, cap. X). Gaci<{ne est im mot de la langue de l'île espagnole
(3) Le Téritaible nom 4e cette île est Cuzamil , ce qui Teut dir^ nie des kirondelles (Gogolludo, lib. i, cap. III), c'était le principal sanctuaire du Yucatan; on y venait de tous les points du pays par une chaussée qui la traversait entièrement , et dpnt il reste encore aujourd'hui beaucoup de vestiges (iW, lib. i, cap. VI ),^
'4 GONQIJÉTK
Avant de quitter la première , les deux canots d'Indiens , dont nous avons parlé revinrent.
Le chef du village était dans une de ces embarcations ; il monta à bord du vaisseau amiral , nous parla au moyen d'un interprété et pria le commandant de venir dans son village, disant qu'il lui ferait beaucoup d'hcgineur. Les nôtres lui deàiqndérent des nouvelles des chrétietis que Francisco Fernandez avait laissés dans l'ile de Yucatàn ; cet homme répondit que l'un d'eux était mort et que l'autre vivait encore. Le commandant lui fit présent de chemises espagnoles et d'autreà objets , et ces Indiens de retirèrent chez eux. Nous partîmes efi suivant la côte pêur retrouver le chrétien dont on nous avait parlé , et qui. était resté dans ce pays avec son camarade pour recueillir des informations sur la nature de l'île et sur ses produits. Nous naviguions à un jet de pierre du. rivage, caf là mer est très-profonde sur les bords , le pays paraissait fort agréable ; nous comptâmes , à
partir de cette poiate , quatorze tdurs de la forme que nous avons indiquée. Au moinent où le soleil allait se coucher, nous vîmes une
grande tour blanche qui paraissait être trés^ élevée 9 nous nous en approchâmes et tious apeBcûmes auprès une multitude d'Indiens , hommes et femmes , qui nous regardaient , et qui restèrent dans cet enciroit jusqu'à ce que la flotte fut arrêtée à une portée de mousquet delatour« Les Indiens qui sont très- nombreux dans cette ile faisaient un grand bruit
avec des tambours.
Lç jeudi y 6 ^u mois de mai , le commandant ordonna à ^:ent hommes de s'armer. Ils s'embarquèrent dans les chaloupes et descendirent à terre. Ils étaient accompagnés par un prêtre; ils s'attendaient à être attaqués par un grandnombre d'Indiens. S'étant préparés à la défense , ils se rangèrent en bon ordre et parvinrent à la tour où ils ne trouvèrent personne , et dans tous les environs on n'aperçut pas un seul homme. Le commandant monta
6 COTf(iVtTE
sur la tour avec le porte-étendard , renseigne déployée. Il planta cet étendard sur une des façades de la tour, dans l'endroit qui convenait au service du roi catholique. Il prit possession au nT>m de son altesse , en présence de témoins^ et jédigea un acte en foi et témoignage d^ ladite prise de possession. On montait à cette tour par <ïix-huit degrés^ ; la base étaft toute massive; elle avait cent quatre-Vingts pieds de circonférence (i). Au sommet s'élevait une petite tour de la hauteur de deux hommes placés l'un au-dessus de l'autre ; il y avait en dedans des figifres, des ossenents, des cenUe (i) d'idoles qu'ils adoraient. D'après ces
(i) Voici comment Oviedo décrit cet édifice : « Ils débarquèrent au pied de la tour bâtie sur Iç rirage , c'était un monument en pierre , bien conslruif ; de dix-huit pieds de tour ; on y montait par dix- huit marches; au-dessus de^es dixrhuit marches, il y avait un autre escalier qui conduisait jusqu'au haut, tout le reste de la tour paraissait massif: dans la partie supérieure, et en dehors était un escalier en escargot, et au sommet une plaie-forme qui pouvait contenir beaucoup de monde (lib. 17 , cap. X).
(2) Lisez cemiseSf c'est le nom que l'on donne aux idoles des Indiens des îles (co^. Oviedo , lib. 1 7 , cap. XII ).
DU MBXIQtE. 7
indices on croit qu'ils sont idolâtres. Pendant
^iste le commanc^nt était an somm^ de la tour avec beaucoup des nôtres i un Indien , suivi de tr^ûs autises , qui gardaient les portes,
mit dans Fintérieur un vase avqq des parffams
trés*odoriféi|uats qui paraissaiyit du stora^m Cet Indien était âgé ; il avait les doigts des pieds coupés ; il fit brûler beaucoup de parfums devant les i4olès qui étaient dans la to^r, et chanta à haute voix un chant qui était tolijoujcs sur le. même ton. Nous crûmes comprendre qu'il invoquait ses idoles. Les Indiens domiérent à notre comifiajidant etÀ phisieurs de nos compagnons des roseaux longs de deux p^mes , et qui répandaient une excellente odeiir quand oi) les brûlait. On se raûgea en ordre dans cette tour et Ton y dit la messe. Aussitôt après , le commandant fit lire des ordonnances qui avaient rapport au service de son altesse. Le même Indien que lion crut êtrele prèjre des idoles arriva , suivi de huit naturels; ils portaient des poules, du miel ,
des rachies dont ils font le pain , et qu'ils riommcnt mais! Le confioandant leur dit qu'il rte ^voulait que de l'or , que ces gens appellent dans leur langue taquin. Il fit signe -de leur* donner en échange des ms^rckandises (i) qu'il avait apporté^ pour cela. Ces Indien? emmenèrent notre commandant ayec di^s: ou douze Espagnols , et leur donnèrent à manger dans une salk construite en pierres très-rapprochées les unes des autees, et couverte en paille. Devant cette saJJe, il y avait un puits ou tout le monde but. Vers
neuf heures du m£U:in , c'est-à-dire environ à
quinze heures» d'Italie , on ne vit plus dans cet endroit aucun Indien ; ils nous laissèrent donc seuU , et nous entrâmes dans le village dont tqutes les maisons étaient bâties en
(i) La principale marchandise dont les Espagnols s*étaient pourras pour faire des échanges, était du vin de Guadalcanar, parce qujon avait remarqué y dans la première expédition, que , les Indiens l'aimaient beaucoup ; c'est dans tous ces parages le meilleur objet d'échange qu'on puisse leur oQrir ; ils^n boirent jusqu'à ce qu'ils tombent morts irres ( Oviedo , lib. 1 7 , cap. IX).
piètres. On en voyait entre autres cinq fort bien faites et dominées par des tourelles. La base de ces édifices est très*large et massive ; la construction est très-petite dans le haut; ils paraissent être bâtis depuis longtemps , mais il y en a aussi de modernes.
Ce village ou bourg était pavé en pterres concaves; les ruè^ élevées sur les côtes descendaient en pente 4dns le milieu qui étd't pavé entièrement de grandes pierres. Les cotés étaient occupés par les maisons des habitants. Elles sont construites en pierres depuis les fondations jusqu'il la moitié de la hauteur des murailles et couvertes en paille. A en juger par les édifices et les 'maisons , ces Indiens pa* raissent être très-ingénieux ; et si Ton n'avait pas vu plusieurs constructions récentes , on aurait pensé que ces bâtiments étaient Tonvrage des Espagnols. «Cette lie me semble très-belle. Dix milles avant d'y arriver, on sentait des odeurs si suaves que c'était merveilleux. Outre cela, on y trouve beaucoup
lO CONQVÉTB
de viyres, c'est-à-dîre d'alaeAori (i), de we
ft
et de miel. Les alochari sont comme ceux d'Espagne , maïs plus petits. On. dit que cette lie ne possède pas autre 'chose. Nous pénétrâmes , au nombre de dix hbmmes » k trois ou quatre milles dai^ Tintérieur; nous y vi Aes des édifices et des habitations séparées les unes des autres et trèsw^^bien construites. On trouve dans ce pays des arbres nommés sarales {2), dont les abeilles se nourrissent; pn y voit aussi des lièvres et des lapins. Les Indiens disent qu'il y a des porcs et des cerfs, et beaucoup d'autres animaux sauvages a^ussi bien dans cette ile de Cuzamil , que Ton appelle aujourd'hui de Sainte-Croix , que dans Vile de Yucatan où nous allâmes le lendemain. Vendredi , le 7 du mois de mars , on parvient à l'île de Yucatan»
(1) Oviedo qui paraît avoir beaucoup profité de cette relation pour la composition du livre 1 7 , de son Histoire générale de» Indes, traduit presque littéralement ce passage/et rend le mot alochari par liehre (lihvre),
(a) L'auteur veut peut-être parler ici des cerales on arbres à
cire.
Ce jouivlà , nous partîmes de llle nommée
de Sainte-Croix et nous nous rendîmes à celte de Yucatan, qu} en est éloignée de quinze milles. Quand nous fûmes près de la côte, nous vîmes trois grands villages éloignés de deux milles environ l'un de Tautre. Ils contenaient un grand nombre de maisons de pierres, des tours trés-élevées , et beaucoup d'habitations couvertes en' paille, rtôus serions entrés dans le village, si le commandant Tavait voulu permettre, mais il s'y opposa. Nous courûmes la cote jour et nuit, et, le lendemain , vers le coucher du soleil , nous aperçûmes un bourg ou village si grand , que SéviHe n'aurait pas paru plus considérable ni meilleure : on y voyait une très-grande tour; il y avait sur le rivage une ftmle dlndiens qui portaient deux étendards qu'ils élevaient et qu'ils abaissaient pour nous foire signe d'aller les trouver : le commandant ne le voulut pas. Le même jour, nous arrivâmes à une plage prèsi de laquelle était une tour , la plus haute que
nous eussions vue : on y remarquait un bourg ou village *très-considérabIe; le pays était arrosé par beaucoup de rivièfes; nous découvrîmes une haie où aurait pu entrer une flotte^ Elle était environnée cohabitations en bois construites par des pécheurs ; le commandant alla y débarquer (i). Il nouS fut tout à fait impossible de suivre la cote et d'avancer davantage; nous remimes à la voile, et nous revînmes par où nous étions entrés.
Le din^anche suivant.
Ce jour-là, nous côtoyâmes jusqu'à ce que nous eussions aperçu une autre fois Tîle de Sainte-Croix, où nous allâmes débarquer dans le même bourg ou village où nous avions déjà été , car nous avions besoin d'eau.
Quand nous fûmes à terre , nous ne vîmes personne; nous fîmes aiguade à un puits; n'ayant pas trouvé d'eau de rivière, nous fîmes provision d'une grande quantité de
(i) Apparseufia bccca de una caravana cir^undata delegniame fada per piscaiorl^dove dismoio in terra el capitaneo (sip).
DU MBXIQUE. 1 3
inanàgi : ce sont des fruits gfos commis des melons, et qui ont le même goût. Nous primes aussi des âges , racines dont la saveur est semblal)^e à celle des panais , et des ungeas, qui sont des animaux que l'on appuie en Italie schirati (i). Nous restâmes dans cet endroit jusqu'au mardi , et noua retournâmes â nie de Yucatan en prenant la direction du nord. Nous suivîmes la côte y et nous trou-vàmes, sur une pointe de terre, une très-belle tour que Ton nous dit être habitée par dés femmes qui vivent sans hommes; on pensé ifix'elles descendent des amazones. On voyait une autre tour près de là , et Ton crut remarquer des villages. Le capitaine ne nous laissa pas débarquer. On apercevait du monde sur le rivage, et beaucoup de femmes s'approcher lés unes des autres. Nous allâmes à la recherche du cacique Lazaro, qui avait fait une réception honorable à Francisco Fernandez \
(i) Ce mot n^estpas italien; j'ignore ce que l'auteur Teut dire.
1 4 OOMQlJÉf E
qui lé pfemiéf avait découvert cette He* Il était entré dans le village qu'habite le cacique ; au milieu couje un fleuve nommé le fleuve deç Lézards ( rio de los^Lagartos ). Comn^^nous avions très-grand besoin d'eau, le commandant nous ordonna de débarquei^ et de voir s'il y en avait près de la côte. On n'en trouva pas, mais on reconnut le pays.
Nous crûmes que nous n'étions pas éloignés du village du ca*cique. Nous suivîmes le rivage et nous "parvihmes où il résidait. Nous jetâmes l'ancre à deux milles loin de terre, prés d'ane tour construite dans la mer , à un mille du village où demeurait le cacique. Le com- ^ mandané ordonna à cent hommes de prendne les armes ,pour le débarquement , c'est-à-dire cinq pièces d'artillerie et des arquebuses.
Le lendemain matin , et même toute là nuit, nous entendîmes un «grand bruit de tambours qui venait de la terre , ainsi que de grands cris jetés par les habitants qui veillaient , faisaient sentinelle et se tenaient bien
DU llfeXTQU£. l5
sur leurs gaitles. Nous débarquâmes avant la pointe du jour ; nous allàlNs nous placer près deia tour; on y monta rartîllerie » et toute li troupe resta ap pied. Les espions des Indiend étaient dans les 'environs qui nous obser*' vaîent; les chaloupes du navire rçtournèrent
pour prendre le reste des troupes, c'est-à-dire
cent autres hommes qui étaient restés à bord.
Le* jour étant venu, un corps d'Indiens se présenta. Le commandant ordonna de faire sileroe, et il donna Tordre à l'interprète de dire aux naturels qu'il ne voulait pas leur faire la guerre, qu'il avait seulement l'intention de prendre de l'eau et du bois et de se retirer aussitôt Les parlesôekitaires qui étai^t v^ub
re|p%n^nèrent biehtèt sur leurs pas. Nous
crûmea que Finterpréte ncais trompait, car il ^it naturel de <!ette ile, et de ce village Bièoie» Eq. effet, voyant que nous nous tenions sur nos gardes, et qu'il ne pouvait pas s'en ali«r, îi se mit à pleurer, ce <]|[ui âous ftt Soupçonner quelque mauvaise intention.
t6 GONQuÊito*
Enfin, nous fûmes forcés de nous aranoer davantage, en bon ordre, vers une autre tour qui était plus dans l'intérieur. Les Indiené nous dirent de ne pas pousser4)lus avant et d'aller prendre de Teau à un rocher que nous avions laissé en arrière; mais il y en avait trop peu pour que cela fût possible , et nous continuâmes notre marche dans la direction du village. Les Indiens nous barraient le passage autant qu'ils pouvaient; c'est ainsi que nous avançâmes jusqu'à un puits où Francisco Fernandez avait fait aiguade lors du premier voyage. Les Indiens apportèrent à notre commandant une poule bouillie et beaiipoup d'autres qui étaient crues. Celui-ci leur demanda s'ils avaient de l'or à échangier contre d'autres marchandises. Ils nous apportèrent un masque de bois dor#, deux autres pièces semblables à des plaques d'or de peu de valeur et nous dirent de nous en aller, qu'ils ne voulaient pas que nous prissions de l'eau. Le même soir, ces Indiens vinrent se ré-
BU UUIQTJÈ. k^
^ler avec nous; ils nous apportèrent du mais et quelques petite pains faits avec cette graine : cependant ils insistaient toujours pour que nous partissions. Ils firent uiie garde active pendant tbiite la nuit. Le lendemain , ils sortirent let se rangèrent en trois corps; ils avaient une quantité dé flèches et d'ârcs; ils étaient habilles de diverses couleurs, et un grand nombre étaient prêts à combattre. Le frère et le fils du cacrque vinrent nous dire de nous retirer; l'interprète leur répondit que l'on partirait le lendemain de très-bonne heure; que nous ne voulions pa6 leur faire la guerre^ et nous restâmes. Le soir, lés Indiens vinrent de nouveau pour voir notre armée ; tous nos gens étaient au désespoir de ce que le commandant ne voulait pas nous permettre d'âttaqfier les Indiens. Ceux-ci firent encore une très^bonne garde pendant toute la nuit.
Le lendemain matin, ils se rangèrent en bataille; ils nous envoyèrent dire de nouveau de quitter le pays. Leurs envoyés placèrent
lO.
l8 CONQUÊTE
au milieu du camp -un vase dans lequel étaient des parfiims , et ils nous signifièrent de partir avant qu'ils ne fussent consumés* Ils commencèrent à tirer une nuée de flèches; mais le commandant donna Tordre à Tartil-^ lerie de faire feu. Trois Indiens furent tués; nos gens poursuivirent le plus grand nombre qui s'était enfui vers le village ; nous brûlâmes trois maisons en paille , et les arquebusiers tuèrent des naturels qui y entraient. Ce qui fut très-malheureux , c'est que plusieurs des nôtres poursuivirent les fuyards tandis qu'un certain nombre resta avec notre commandant , cela fut cause que quarante chrétiens furent blessés et que nous eûmes un homme de tué. Il es| certain que, sans Vartillerie , ces Indiens étaient si déterminés » qu'ils nous auraient mis dans une position bien difficile. Nous regagnâmes nos quartiers ; on pansa les blessés et nous ne revîmes plus un seul Indien. Cependant quand le soir fut nrrivé , il en vint un qui porta un autre
bu HBXIQUE. I^
masque d'or» Il dit que les Indiens désiraient la paix f mais nous priâmes tous le comman* dant de nous laisser venger la mort du chrétien! il ne le voulut pas, et nous fit rembarquer la nuit même. Quand nous fûmes à bord nous ne vîmes plus qu'un seul Indien qui était renu nous voir avant la bataille. Il nous dit qu'il était esclave du cacique i it indiqua par signes une grande étendue cir* ci^aire où il prétendait qu'il y avait beau^ coup d'iles 1 des caravelles et des hommes de notre espèce^ excepté qu'ils avaient de grandes oreilles et qu'ils se servaient d'épées et de bou*^ cliers. Il nous parla aussi d'autres provinces , et dit au commandant qu'il voulait venir avec nous y mais celui^^i n'y consentit pas t ce qui nious mécontenta tous. La contrée que ilous oètoyàmes jusqu'au 2^ mars , où nous quittâmes le pays du cacique La^aro i était trés^basse , l'apparence ne m'en plut pas du tout ; l'ile de Cuzamil , que l'où appelle Sainte^Grois , me seiuble bkn meilleure. De
:iO GON<}DiT£
là nous nous rendîmes à Champoton , où Francisco Fernandez avait laissé du monde qu'on lui avait tué. Il peut y avoir ti*éntesix milles environ, depuis le pays* de Tautré cacique. Nous remarquiàmes dans cette contrée beaucoiqp de montagnes; nous vîmes un grand nombre de barques indiennes, avec lesquelles lés liaturels avaient l'intention de nous attaquer. Quand ils furent prêts d'un bâtiment, on leur tira deux coups de cation qui leur firent tant de peur qu'ils prirent la fuite. Nous aperçûmes de nos bâtiments des maisons en pierre, et une tour blanche con* struites sur le rivage. Le commandant ne nous permit pas d'y débarquer.
Le dernier jour de mai, nous découvrîmes enfin un très-bon port auquel nous donnâmes le nom de port Désiré , car nous n'en avions pas trouvé jusqu'alors. On jeta l'ancre et tout le monde débarqua. On fit des cabanes de branchages et des trous en terre d'où l'on retira de très-bonne eau. Nous réparâmes un
DU MBXIQQB. 2i
bâtiment auquel nouç donnâmes carène ; nous restâmes douze jours dans ce port , car il est très-agréable; on y pèche beaucoup de poisson d'une seule espèce et que Ton nomme zui^llo (i) : il est excellent. Nous y vîmes des lapins, des lièvres ^t des cerfe: Ce port est formé par un bras de mer où naviguent des barques indiennes, d'après ce que nous dirent trois naturels que prirent dans cet endroit les gens de Diego Yelasquez. Ces barques se rendent de File à la terre ferme de rinde poqr y faire des échanges , c'est du moins ce qu'ils a(16rmèrent(ii). Les pilotes dé-
(i ) Frobàblemeatjurel, mot espagnol, qui ftigniâe un poisson de mer semblable au gardon.
(s) 11 paraît, en effet, que les habitants du Yucatan commerçaient assez loin par mer. Quand Christophe Colomb, dans son quatrième Toyage, en i5o3 , visita l'île de Guanaja qu'il nomma Tîle des pins, à douze lieues du cap Honduras , il vit arriver un canot indien qui était aussi long qu'une galère et qui avait huit pieda de large. Au milieu était une tente en nattes de feuilles de palmier, que Ton nomme pétâtes à hi Nouvelle-Espagne , sou9 laquelle ils avaient placé leurs femmes « leurs enfants et leurs marchandises , qui oonsistaient,en étoi&s de cojbpn brodées de diverses couleurs, en chemises sans manches et en almaizare» ou ëcharpes qui
23 eOKQUÉTE
plarérent que dans cet endroit l'île de Yuoatan se séparait de File Rieeha nommée Falor, que nous découvriipes. Nous primes de Feau et du bois ; nous appareillâmes et nous allâmes découvrir un autre pays que Ton nomme Mulua. Nous en achevâmes la reoonnaissance et nous nous remimes en route le premier jour du mois de juillet. La flotte suivait la côte; à six milles environ du rivage, imus vîmes un grand fleuve dont Teau douce cal* trait jusqu'à six milles dans la mer. Le cour rant était si fort que nous ne pûmes le remonter ; nous le désignâmes sous le nom de
serrent aux hommes i caeh^r leurs parties naturelles, travaillés de la même manière. Ils avaient aussi des épées de bois dont le tranchant était fait avee des eailloiuç aiguisés , attachés avec du fil et de la poix ; des haches , des plaques et des grelots de cuivre ; deé creusets pour fondre le cuivre , et des amaudee de cacao qui servent de monnaie au Yucatan et à la Nouvelle- Espagne. Leurs vivres consistaient en pain de maïs, en racines y et en vin de maïs qui ressemble à la bière.
Colomb les fit venir à son bord , et leur demanda d'où ils venaient, et ils répondirent de l'Orient, etc., etc.. L'amiral écrivit aux rois catholiques tout ce que je viens de rapporter , et je possède une copie de sa lettre (Las Casas. ïïiUoria de /n^^ dias, lib. a , cap. XXI). .
DU HBXIQXJE. 33
fleuve de Orijûha. Nous fûmes suivis par plus de deux mille Indiiens qui nous faisaient des signes menaçants. A peine étions-nous arrivés dans ce port, qu'un chien se jeta àl'eau; les Indiens l'ayant aperçu crurent que nous l'avions jeté exprès. Ils le poursuivirent jusqu'à ce qu'ils l'eussent tué, et ils nous lancèrent un grand nombre de flèches. Nous tirâmes un coup de canon qui lua un Indien , et le lendemiain plus de cent canots vinrent de l'autre rivage en se portant sur nous. Ils étaient montés par environ trois mille Indiens. Une de ces embarcations nous demanda ce que nous voulions ; l'interprète répondit que nous cherchions de l'or, que s^ls voulaient nous en apporter nous leur donnerions en échange beaucoup d'autres marchandises. Les nôtres çriBFrirent aux Indiens de ce canot des vasM et difl^érents ustensiles que nous avions à bord , afin de gagner leur amitié , car cetaient des hommes qui paraissaient distingués. Un des naturels que Ton avait pris sur un
^4 QONQDiTB
canot dans le port Désiré 9 fut reconnu pa^ plusieurs autres qui étaient venus le voir; ils apportèrent de l'or, et le 4Dnnérçnt au
commandant. Le lendemain matin , le cacique vint nous, voir dans un jçanot; il pria notre chef d'entrer dans sou embarcation, celuici le fit, et le cacique dit à un des I]|diens qui l'accompagnaient, d'habiller le commandant. Cet homme obéit et lui mit un justaucorps en or, des brassards , de hauts brodequins qui montaient jusqu'au milieu de la jambe et d'autres ornements de même métal ; il lui.posa sur la tête une couronne d'or compose^ de feuilles très-minces. Le commandant ordonna d'habiller aussi le cacique; on
lui passa un en velours vert , des
chausses rouges , un justaucorps , des souliers fins et un bonnet de velours. Le cacique demanda ensuite au coitimandant de lui donner l'Indiep qu'il cuvait avec lui , mais il n'y voulut pas consentir; il lui proposa même de le garder jusqu'au lendemain , qu'il lui porte- ,
PU MBXIQUE. ^S
l^it une rançon en or, ce qui ne fut pas accepté. Ce fleuve vient de certaines montagne» très-élevées. Lé pays parait le meilleur que le soleil éclaire. iS^//jr a des habitations, elles dopvent être réunies en uillages ou en inities très-im-t portantes (i). On le nomme la province Protontà. Les habitants sont très-propres , ils ont beaucoup d'arcs et de flèches , et se servent d*épées et de boucliers. On apporta au capitaine des petites chaudières en or, des anneaux et des' bracelets du même métal. Nous voulions tous entrer dans le pays de ce cacique , espérant y trouver pltis de mille pesos d'or, mais le commandant ne le permit pas. La flotte quitta ce pays et nous longeâmes la cote. Nous trouvâmes un fleuve ayant deux embouchures, d'où sortait de l'eau douce; on lui donna le nom de Saint-Barnabée parce que nous arrir vâmes le jour de la fête de ce bienheureiux.
Le pays est très-élevé dans l'intérieur, op.
(i) Quesia terra sise Aa, et habitua piu fa hisogno cKfia un pilagio o çero ioco molto principal ( sic ).
36 GOMQOtTE
pensa qu'il y avait beaucoup d'or dans ce fleuve. En côtoyant, nous vîmes beaucoup de femmes , placées l'une devant l'autre sur le rivage, comme des signaux. Nous reconnûmes un village sur le bord de la mer. Un brigantin qui côtoyait aperçut beaucoup de naturels sur la côte; ils suivaient les vaisseaux , étatent armés d'arcs , de flèches et de boucliers, et tout brillants d'or. Les femmes portaient des bracelets , des clochettes et des colliers de même métal. Sur le bord de la mer, le sol est très-bas mais il est élevé dans l'intérieur et couvert de montagnes. Nous employâmes tout le jour à côtoyer pour trouver un pas^ge , mais nous ne pûmes y parvenir.
Quand nous fûmes arrivés près des montagnes, nous nous approchâmes des premières terres ou de la pointe d'une petite île qui était environ à trois milles de là ; on jeta l'ancre, et tout le monde débarqua. Nous donnâmes à cette île le nom d'île des Sacri-
9U KBXIQim. 37
fices : elle est petite et peut avoir dix milles de tour. Nous vîmes quelques édifices très* élevés cQUStruits en chaux, une partie d'ëdifice bâti de même et un arc antique e/t* touré (f autres constmciions (i) y dont les fondements s'élevaient à la hauteur de deux hommes sur deux pieds de large; la longueur était considérable. Il y avait un autre monu-» ment semblable à une tour ronde , de quinze pas de large; au sommet était un bloc de marbre de Tespéce de ceux que Ton trouve en CastiUe > surmonté d'un animal semblable à un lion , sculpté en marbre. On avait pra^ tiqué dans la tête» un trou dans lequel on mettait des parfums. Ce lion avait la langue hors de la bouche. On voyait auprès tin yase en pierre y dans lequel était du sang qui semblait être là depuis huit jours , et deux pieux de la hauteur d'un homme. Au milieu étaient quelques étoffes bordées ef^
(t) Ch' sta é Merida et altri êdifieii ( sic )•
9oie(i)9 dans le goût des Maures, et que Ton appelle almaizares (a). De Vautre côte était une idole qui avc^it une plume sur la tête , et le visage tQurnédu côté de la pierre dont nous venons de parler (3). En arrière de cette idole s'é-
Ijevait un amas de grandes pierres; entre les pieux et derrière Tidole , il y avait deux jeunes Indiens morts , enveloppés dans une couverture peinte. Au delà, des étoffes , oi^ voyait deux autres Indiens, morts depuis trois jours environ. Il paraît que l'un des deux premiers était mort depuis vingt jours; il y avait près de ces Indieiis et de Fidole , un grand nombre de têtes y d'ossements humains , beaucoup de fiigpts de pin et quelques grandes pierres sur lesquelles on tuait les Indiens. Un figuier et
(,i) De teda pour di teia sans contredit, ce qui paraît assez extraordinaire.
(2) Les Espagnols appellent almaizaret des écharpes mauresqnes de gaze rayée, garnies de franges et qui serrent a f&ifO, des turbans.
(3) Le temple qui se trouraît dans Tile des Sacrifices était celui de Rakalku , le dieu de la mort. Les prêtres portaient de longs manteaux noirs (Gogolludo, lit>. 2t cap. IV ).
DU îflXtQDE. Ûq
utk autre, arbre fruitier que Y on appelle zuara, croissent dans le voisinage. Le commandant ayant observé ces monuments, voulut savoir des habitants s'ils servaient à des sacri* fiées; il envoya au vaisseau chercher un Indien qui était de cette province. Aussitôt que cet homme fut près de Grijalva , il tomba presque mort , croyant qu'on allait le tuer.
Etant arrivé à la tour, le commandant lui demanda si Ton y faisait des sacrifices. On apprit que les Indiens trianchaient la tête aux victimes sur cette grande pierre ; qu'ils déposaient le sang dans le vase , et qu'ils arrachaient le cœur de la victime pour l'bfirir à ridole après avoir été brûlé; ensuite ils coupaient les mollets, les bras, les jambes pour les manger : voilà comme ils traitaient les prisonniers qu'ils disaient à la guerre. Pendant que notre commandant s'entretenait ainsi avec l'Indien , un chrétien trouva en terre deux vases d'albâtre dignes d'être présentés à l'empereur; ils étaient remplis de pierres*
3tt CONQUÊTE
de toutes espéceSvt Nous vîmes dans cette lie une quantité de fruits bons à nianger« Le lendemain matin nous aperçûmes sur la terré ferme beaucoup de drapeaux et dlndiens« Le commandant donna Tordre au capitaine Francisco de Montejo de prendre une cha^ Toupe et un Indien du pays , et d'aller voir ce que voulaient les naturels. Quand il fut arrivé près d'eux 9 ceux-ci lui donnèrent beaucoup de couvertures peintes , de toutes sortes de formes et fort belles. Francisco Montejo leur demanda s'ils avaient de For à échanger contré d'autres objets. Ces gens lui répondirent qu'ils en porteraient le soir, et Francisco regagna le vaisseau» Dans la soirée , un canot monté par trois Indiens , vint apporter les couvertures
dont nous venons de parler : ces natm^ls nous dirent que le lendemain ils nous donneraient beaucoup d'or, et ils partirent. Le matin suivant Us se montrèrent sur la plage avec des drapeaux blancs, et ils appelèrent notre commandant , qui débarqua suivi
DU MfxiqaB. 3i
d'un certain oombre de sôldata. Ils avaient apporté des branches d'arbres sons lesquelles ils sassireqt aip$i que notre chef; ils lui don-» nèrent aussitat quelques petits moraeaux de roseaux avec des parftiois semblables au storax » beaucoup d$ mais moulu , dés galettes « des gâteaux et des poules bien rôties , ma^s comme c'était yendredi on n'en mangea pas* Ils apportèrent un grand nombre de couver* tures de coton , très-bien peintes , de diverses couleur^ : nous restâmes dix jours dans cet endroit.
Tous les matins avant Taurore les Indiens venaient sur la plage ; ils construisaient des cabanes de bl^anchages pour que nous pus* sions nous asseoir à l'ombre. Si nous ne nous y rendions pas de bonne heure , ils se fâchaient i car ils avaient beaucoup de plaisir à nous voir : ils nous embrassaient et faisaient des fêtes. Nous en nommâmes un en qualité de cacique , il s'appelait Ovando. Nous lui donnâmes autorité sur les autres^ il nous té-'
3i CONQUÊTE
moigna un attachement extraordinaire. Nëtre commandant leur dit que noys ne voulions que de Ter ; ils nous répondirent qu'ils nous en donneraient le jour suivant. En effët, le lendemain ils en apportèrent qui était fondu en barres, et Grijalva leur dit d'eii apporter beaucoup. Lé surlendemain ils nous donnèrent un masque d*br très-beau , une petitie statue en or (i)^ un petit masque du même métal , une couronne , des àgnus (2) , d'autres bijoux en or , des pierres de diflFérentes couleurs et des vivres. Les nôtreë leur demandèrent de For pour fondre; les Indiens leur enseignèrent où il y en avait.
Ils leur dirent qu'ils le retiraient au pied de la montagne dans un endroit qu'ils connaissaient ; ils en trouvaient aussi dans les fleuves
(i ) Cette idole avait un chasse mouche à la main, des boucles d'oreilles, des cornes d*or et une très-belle turquoise sur le ventre ; parmi les pierres précieuses était une émeraude qui valait deux mille ducats (Las Casas, lib. S , cap. CXI ).
(s) Pater nwtri , sans doute ces plaques rondes* dW ou de cuivre doré , que les indigènes nommaient guanincs ( Oviëdo, lib. 17, cap. X).
qui en descendeDt ; ils prétendent qu un Indien qui part de chez eux le matin , arrive à la montiB^ne à midi , et que jusqu*au isoir il en remplit un tuyau de roseau gros comme le doigt. Pour recueillir Tor, ils plongent dans Teau , emplissent leurs mains de sable ; extradent les paillettes d'or , et se les mettent dans la boiurhe. D'après ce rapport on pense qu'il y â dans cet endroit beaucoup d'or.
Les Indiens fondent ce métal dans un petit vase ( casola ) partout où ils se trouvent Ils construisent des soufflets avec des tuyaux de roseaux ( canavere ) , qvi leur servent à al-lumer vie feu y et nous le leur avons vu faire en notre présence. Le cacique amena à notre commandant un jeune homme de Tingt-deux ans qu'il lui offrit en présent; mais celui-ci ne voulut pas l'accepter.
Ces naturels ont beaucoup de respect pour leur chef; et devant nous, lorsqu'ils ne s!en allaienCims assez vite de l'endroit où nous de^ vions nous mettre à l'ombre, il leur don-
IQ. 3
34 coitQtlin
naît des coups de bâton. Notre cotnmandant
nous défendait d^éehanger^nôs marc^ndises
contre kwrs • nmnteaux ' ou ^couyei^tureis , ce
qui fut came que le^ Indiens venaient lious
trouver çn cachette sans la moixidre crainte.
Un seul bomme venait au milieu* de dix icbré^
tiens , et H nous apportait de il'or et ckr très-?
belles eouVertuiT8;^nous JeS'preinons e£ don^
nioiiiss For au commandant II y avaiidanscet
endroit uii fleuve très-considérable |n*ès du«
quel nous étIabKmés nos quartiers. Les nôtres
voyant la bonté' du pays» voulaient absokir
ment le coloniser, pe qui déplut beaucoup. à
notre chef. Il y pei^dit plua que nôu^, C9V ii
n'eut pas asser de bonheur pourJé cpnquiérir^
Je suis d'avis qu«< dans- l^space de.six.moia^^
on n^en aurait pu: trouver ^aùfeun. qui Me va*^
lût. Il perdit plus de deva^ mille castiUatts\f car
il en aurait au moins rapporté cette somitt^..
Un castillan vaut un ducat et quaH..J$0nij
quittâmes cet endroit ; désespérés du refus -dît
commandant. A notre départ, les Indîeiis
DU HBX»^. 35
hoùs embrassaient et pleuraient parbe que nou6 les quittions. Ils amenèrent au oomman* dant une Indienne- si bien habillée , qu'elle n'aurait pu être vêtue plus jridbeiodent quand elle Feùt été de .brocard. Nous croyons que ee pays. est le plus riche et le plus abondant e& pierms fines qui soit au motide; nous en eimportâmes de plusieurs espèces. Il y en ayait une, entre autres, que Ton donna à Diego Ve* lasquez, qui, d^api^ès. la manière dont elle était
travaiRée, valait plus dèdeu^ mille castillans. Je ne sàuràfaj que dire sfur ce pays. Ce que iiOtt^ y vimeâést si extraoMinàirè, qu'à peine peut-on le cToiréi Nous fiines' voîle de cet endi^oit dans Pinteîitiori de voir si l'île iînîssait du delà des montagnes; le courant était trèsfort; nous noiis dirigeâmes vers un village habité, bâfti'au'pied des hauteurs dont iibûs vetfbns de parler ; nous le nommâmes Jlmérie^ parde que lé sol était couvert de buissons (i).
(i).Almarjo si^ifie eu espagnol sonde , et almarjal un endroit 'plante de soudes ou de bruyères.
36 GONQUÉTB
Quatre canots Sortirent de ce village et abor^ dèrent le iHrigantin qui Voyageait de conserve avec nous. Les Indiens dirent à ceux qui le montaient de continuer leur voyage , qu'ils étaient charmés de ,son arrivée ; et cependant Féquipage du brigantin rapporta qu'ils avaient lair de pleurer ; mais comme le vaisseau et les autres bâtiments étaient plus au large, on ne put rien iaire avec ces Indiens* Nous rejoignîmes la^otte, et, plus loin) nous trouvâmes d'autres naturels plusT farouches. Aussitôt qu'ils virent les bâtiments , douze canots sortirent d'un grand village, qui, vu de là mer, ne semblait pas moins considérable que Séville. Les maisons et les tours étaient en pierres. Les Indiens vinrent au^ devant de nous en droite ligne , armés d'arcs et de flèches dans l'intention de nous atta^ quef, croyant qu'ils étaient assez for t& pour nous prendre; mais aussitôt qu'ils furent près des vaisseaux et qu'ils eurent vu qu'ils étaient si grands, ils rebroussèrent chemin et
pu MUIQtJI. ^7
çomcnencèrent à nous tirer des flèches. Le commandant donna Tordre de faire une décharge d'artillerie et de mousqueterie qui tua
quatre Indiens , coula à fond un canot et mit en fuite tous les naturels. Nous voulions entrer dans leur village, mais notre chef s*y ppposa.
Le soir du même jour, nous fûmes témoins d'un miracle bien extraordinaire : une étoile apparut au sommet des mâts des vaisseau^
après le coucher du soleil, elle s'éloigna
en lançant continuellement des . feux , finit par s'arrêter au-dessus du village ou grand
bourg, et il s'en échappa un rayon dans l'air qui se fit voir pendant plus de trois heures. Nous reconnûmes aussi d'autres signes bien certains qui nous firent comprendre que Dieu voulait , dans Fintérêt de la religion , que nous colonisassions ce pays. Après ce miracle» nous arrivâmes à la hauteur du village. Le courant était si rapide que les pilotes n'osèrent avancer ; nous primes le parti de retourner ,
38 çoNQuin
et, comme le coupant était toujours trèjfe^fort et le temps assez mauvais, le pilote en chef mit le cap en pleine mer. Peu de temps après avoir fait cette manœuvre, nous passâmes devant le bourg ou village de Saint-Jean, qui est celui où résidait le cacique Ovando. L'anténe d'un bâtiment se brisa ; ce qui fut cause que nous courûmes à Taventure sur la mer et nous fîmes une voie d'eau. Pendant quinze jours y nous ne parcourûmes que cent vingt milles environ depuis le fleuve de Grijalva,
où nous avions reconnu le pays. Nous décou-
vrîmes un autre port nommé le port de Saint- Antoine.; nous y entrâmes ppur faire de l'eau pour la conserve, et pour réparer l'antène qui s'était rompue comme je l'ai dit. Nous y restâmes huit Jours pendant lesquels nous primes l'eau dont nous aviops besoin. Nous reconnûmes dans ce pqrt un vUlage que l'op apercevait de loin , le commandant ne nous pero^t pas d'y aller. Pendant une nuit ,
DU HBXIQVB. 39
huit hàtimenta $e séparèrent (1) , fureat jetés les uns contre les autres^ et rompirent plusieurs parties de leurs agrès ; cependant nous voulions rester dans cet endroit , mais le commaiidaat refusa d'y é(Miseiftir. En quittent ce pôlrt , le vaisseau amiral toudia sur le sable , un bordage fut rompu , et comme flous vîmes que nous allions étt*e noyés, nous tntiiies k la mer une chaloupe qui pouvait contenir trente hommes. Quand nous fumes arrivés à terre nous vîmes environ dix Indiens
sur le rivage ' opposé , ils portaient trentetrois ce^e (n) , appelèrent les chrétiens à eux en leur ftiisant des signes de paix avec leurs do^ts 9 comme c'est leur coutume. Ils se disaient saigner la langue et crachaient a terre en'sîgne d'amitié. Deux des nôtres allèrent les ta*ouver, et leur demandèrent les eete qui
[f) ^«tfaductoiir iUlien écrit très-lisiblemQnt VIII nwalti pour navîlii, ce qui est éyidemment une erreur, puisque d'après Oiîedo , lib. 1 7 , cap IX , la flotte de GrîjalTa était composé» ! de quatre citrayelles et d'un brigantin.
(2) Probmblement sccûri , sceptres , baguettes.
4o CONQUÊTE
étaient de cuivre , et. ils les donnèrent volon-i tiers. Le vaisseau amiral éiant brisé, nous fûmes foreés de débarquer l'équipage et tout ce qu'il contenait. Nous construisin^es dans le port de Saint* Antoine des baraques en paille qui nous furent fort utiles. Gomme le temps était mauvais , nous nous décidâmes à rester dans cet endroit pour réparer le vaisseau , ce qui employa quinze jours pendant lesquels les esclaves que nous avions amenés de l'ile de Cuba, parcouraient le pays et nous apportaient beaucoup de fruits de diverses espèces , tous fort bons à manger. Les Indiens nous donnèrept des manteaux ou des couvertures de coton ; ils nous apportèrent deux fois de l'or, mais ils ne se présentaient pas sans crainte devant les chrétiens ; nos esclaves ne craignaient pas d'aller et de venir dans les villages et dans l'intérieur des pays. Nous vîmes près d'une rivière un canot dans lequel des naturels étaient passés sur l'autre, bord : ils avaient emmené un enfant y ils lui
DU MKXIQUB. 4'
retirèrent le cœur de la poitrine et le jetèrent devant une idole. Des chrétiens étant passés sur la rive opposée dans la chaloupe du vais-r seau amifal , virent un tombeau dans le sable; rayant fouillé ils y trouvèrent un petit garçon et une petite fille qui paraissaient morts depuis peu de temps j et qui avaient les doigts coupés. On trouva à leur cou des petits coK liers qui pouvaient peser environ cent castillans , et dont la forme ressemblait à de petites poires {peripiccoU) (i); ces cadavres étaient e%)veloppés dans des manteaux ou couvertures de drap de coton. Quatre Indiens quittèrent nos cabanes et se rendirent derrière le village. Les naturels les reçurent fort bien chez eux , leur donnèrent des poules bouillies , les logèrent » leur 'montrèrent des sacs de maïs, beaucoup d or, et leur firent comprendre par signes qu'ils avaient préparé tout cela pour le porter le lendemain à notre com-
(i) Je çirois qu'il faut lire père pieeole.
4^ CQHQOiTS
mandant; mais ieomme ils virent qu'il se disait tard, et que l'heure de se retirer. était arrivée , ils leur dirent de retourner aux vaisseaux , et leur donnèrent à chacun daux paires de poules. Si nous avions eu un commandant commd il aurait dû être , nou^ aurions retiré de ces gens plus de deux mille castillans , mais il fut cause que nous ne pûmes faire des échanges de nos marchandises» ni coloniser le pays, ni entreprendre ribn de h(»% Jj^ vaisseau ayant été réparé , nous partàmes^ de ce port et nous continuâmes nette, voyage^ Le grand mât de Famiràl se rompit ; nous fûmes forcés fde le réparer. Notre commandant qui ne prenait aucun souci de nous,, quoique nous fussions malades des fatigues de notre mauvais voyagé et du manque de nourriture»
dit qu'il voulait se rendre à Champotcm , c'està-dire dans Vôndroitoùleslndiens avaient tué de&chrétieiis, et où avait débarqué Franciscp Fernandez. Nous commençâmes avec ardeur à préparer nos armres ^ Vartillerie, à plus de
DU MUIQUE. 4^
ipialre milles du village dé Ghampotôn ; nous deseendimes' dans les chaloupes au sombre de cent hommes et nous abordâmes. Nous nous rendîmes à une tour fort élevée qui est k une portée de mousquet du rivage ^ et noiis y attendîmes le jour* Il y avait bieaucoup d'In* diens dans Miette tour» Aussitôt qu'ils nous virent avancer, ils jetèrent de grands cris, coururent à leurs canots et entourèrent nos cbaloupes^; mais' les navires leur ayant ttré des coups de canon » ils prirent la fuite vers la terre , abandonnèrent la tour , nous nous en emparâmes / les chaloupes ' s'en approchèrent et tout le monde qui était resté dans les navires débarqua. Le commandant prit Vavis de la»traupe\ qui, pleine de cou* rage , voulait, pour venger la mort des chrétiens , pénétrer dans le village et le brûler, cependant un avis différent prévalut ; on' conviiît <ïe ne>pa(s séjourner davantage, de s'èmbaiîquér ^ de gagner le village de LaiSàro-^Nottâ descendîmes à terre dans cet endroit, nous
44 GpUQUÉTG
primes de l'eau, du bois et beaucoup de mais ; nous en eûmes suffisamment pour tout notre voyage. Nous quittâmes cette île dans Tintentiou^de nous rendre au port de Saint*Christophe. Nous y trouvâmes un autre vaisseau que don Diego Velasquez avait envoyé contre nous, croyant que nous avions colonisé quelque part. Le capitaine ne npus levait pas rencontrés 9 il 9vait avec lui sept navires et nous cherchait depuis douze jours. Aussitôt quQ Piégo Valasquez eut appris notre arrivée , et que nous avions reconnu le pays, il en fut très- fâché, et défendit à qui que ce fut de quitter la province; il se fit délivrer tous les vivres dont il avait besoin , et Dieu voulut que nous retournassions derrière les autres.
Après ce voyage, le commandant de la flotte écrit au roi catholique qu'il a découvert une fie nommée Ulo^ , dans laquelle il a trouvé des naturels habillés de drap de coton. Us sont très-civilisés et habitent des maisons construites en pierres; ils ont des lois, des, édi-
DU IIBXIQUE. 4^
fices publics destinés à radministration de la justice. Ils adorent une grande croix de marbre^ blanc , sur le haut de laquelle est une couronne d'or. Ils disent que sur cette croix il est mort quelqu'un qui est plus beau et plus resplendissant que le soleil. Ces gens sont très-habiles; on reconnaît leur talent à des yases d'or et à des couvertures de coton dont les tissus représentent des figures d'oiseaux et d'animaux de diverses espèces. Ces naturels ont donné des objets de ce genre au capitaine ^ui en a envoyé une bonne partie au roi catholique. Tout le monde a reconnu ces ouvrages comme fbrt ingénieux. On doit remarquer que tous les Indiens des iles sus^lites sont circoncis (i); ce qui pourrait faire croire que l'on trouvera par la suite des Maures et
(i) GogôUudo (lîv. 4, cap. VI) dit pcfitivement que la cirooncition était entièrement inconnue aux Indiens , et ajoute qu'il n*a pu , malgré ses recherches , en découyrir aucune irace. On sait que les Indiens du Mexique se tiraient du sang diss parties naturelles pour l'offrir aux idoles ; ne serait-ce pas cet usage qae Joan Diaz a confondu arac la circoncision ?
46 cdlIQOtTB'
dès Juifi; .d'autant* plus que ces nâtttpeis assurent que plus loin il y a des peuples qui font usage de vaisseaux., • d'habillen^ents et d*armes semblables à ceuoc des 'Ëspagnob; qu'un oanot se i^end en dix jours datrs ce j^aysrlà^ et^qu'il peut y avoir trois cents milles ^en-^ viï*oh de distance.
/ Ici fiùit Fitinéraire de Vile de Yucatan j découverte par le seigneut Juan de Grijalva, comriiandàntde la^fiotte du roi d'Espagne, ëté.^ rédige parscHi chapelain J
J'ai fait iaire cette copie avec le plnsgrând ^in sur rorîginai imprimé à la fin de 'l'itinéraire dé Lodovico' de YaHbefDav Bolégnais, *en Egypte ) en Syrie, dans FArabte déserta et heureuse/en Perse; dans lUixde et enÉtfaiopie. Venise j i5îia, in-8"(i). Cet itinénaireesl! précédé de ce titre : Ici commence l'itinéraire de l'ile de Yucats^ , nouvellement découverte
fi) JtiheraHo 'de Ludovieo de Pa^f^ma' Bolrh^U ne h JEgirpiOf ne Ta Suriti , ne la jirapià déserta h feliee\ fié làPeniâ, ne la Indta^e nelàEthwpitt^ Vehézià, i5Vs, iil-j.'(ft!C). '
DU MEXIQTJB. 4?
par Juan de Grijalva, capitaine général de la flotte du roi d'Espagne, etc., par son chapelain. Qui comincia lo itinerario de Usola et luchathan novamente ritrovata per il signor Joan de Grisahe capitan générale del armata del re de Spaniaj etc. ^ per ilsuo capellano composta ( sic ). Je ne me souviens pas d avoir vu autre part cette relation imprimée ni manuscrite. Dans le cas où Ton ne trouverait pas l'original, cette traduction pourrait servir toute mauvaise qu'elle soit. L'exemplaire dont je viens de parler a appartenu à don Hernando Colon ; il est annoté de sa propre main ; il
existe dans la bibliothèque de la sainte église de Séville. E. ¥• — Tab. 1 1 5, n* ai.
RELATION
ABBIOSB