SUR LA NOUVELLE -ESPAGNE
IT 80a
LA GRANDS VILLB DB TBHmtTAIf MBDCO,
Écrite par im gentilhomme de U foite de Femand Gortéa (1):
Lb pays de la Nouvelle-Espagne ressemble à l'Espagne; les montagnes, les vallées, les plaines sont semblables ; cependant les montagnes sont plus efirayantes et tellement à pic
(i) Cette relation a été iiuérée dans la collection des Toyages de Ramnsio ( çojrez tome 3 , page a54 , de l'édition de Veniie#
5o GONQIJÉTE
qu'on ne peut les gravir qu'avec une peiné infinie , et il en existe qui , autant qu'on a pu le reconnaître, ont jusqu'à deux cents lieues et plus de longueur. On trouve dans la Nouvelle-Espagne de grands fleuves , des sources d'eau douce, et sur les montagnes, des forets très-vastes et très-belles. Dans les plaines croissent des pins très- élevés , des cèdres , des chênes liège ou rouvres , des cyprès , des yeuses et toutes sortes d'arbres. Les collines sont très-agréables vers le centre de la province. Près de la côte , il existe des montagnes qui vont d'une mer à l'autre; la largeur du continent est de cent cinquante lieues dans un certain endroit, et dans un autre , de cent soixante; la longueur est de trois cents et plus;
I ëo6 ). L'auteur , dont le nojn m'et^t inconnu , était certainement un des officiers de l'armée de Gortès ; elle ^ d'antand plus curieuse cpe , négligeant entièrement le récit des opérations militaires qui sont suffisamment connues , il 8*estéiîrtou^ attaché à décrire le» mœurs des indigènes. Il était bon observateur , et l'on trouve dans cet opuscule plus d'un détail curieux que l'on chercherait vainement ailleurs. Il est facile de voir , par plusieurs circonstances , que cette rdation lut écrite presqu'immédiatement aprèsia «conquête.
Dt7 liSXIQIJB. 5l
dans une certaine partie elle est de près de cinq cents lieues ; et plus haut, la distance est si grande , qu'il est impossible de la mesure^ parce que cette contrée n'a jamais été parcourue pjBir les Espagnols i et ne le sera pas d'ici à longtemps. Us ignorent tout à fait ce qui s'y trouve.
Il existe ) dans cette province, des mines * d'or^ d'argent» de cuivre, d'étain, d'acier et de fer* On y trouve une grande variété de ft'uits qui paraissent semblables à ceux d'Espagne , excepté qu'ils n'en ont ni la perfection , ni la saveur, ni la couleur ; néanmoins il y en a quelques-uns de fort bons et même <][ui sont aussi savoureux que chez nous , mais ils sont rares. Les campagnes sont très-" agréables , et toutes couvertes de trés*beaux herbages qui croissent jusqu'à mi-jambe. Le pays est très-ffertile , il donne toutes espèces de productions que l'on veut y cultiver, et, dans beaucoup d'endroits, la terre fournit deux ou trois récoltes*
5a COHQUÉTlt
Des animani.
On y troure beaucoup d'animaux de différentes espèces, des tigres, des lions, des loups, ainsi que des adibes (i), animaux qui tiennent à la fois du renard et du chien , on en voit d'autres qui ressemblent aux lions et aux loups. 'Les tigres sont aussi grands et même plus grands que les lions ; ils sont plus membrus, plus forts et plus féroces ; ils ont tout le corps rempli de taches blanches « aucune de ces bétes féroces ne fait de mal aux Espagnols, mais les gens du pays les redoutent , car ces animaux les dévorent. Il y a aussi des cerfs , des renards , des daims , des lièvres et des la-
(i) Cest l'animal qne les naturels désignent sous le nom de eoyotl , et que nous nommons renard du Mexique.
puis. Les porcs ont le nombril placé au-dessus de Féchine. Il s y trouve encore beaucoup d'autres animaux de différentes espèces : il en existe un en particulier, qui est un peu plus gros qu'un chat ;'il a une bourse au ventre, dans laquelle il cache ses petits, lorsqu'il veut fuir avec eux, pour qu'on né les lui enlève pas; il les porte ainsi sans que l'on s'en aperçoive, et* il monte , en grimpant avec eux, sur les arbres. La Nouvelle-Espagne est en grande partie bien peuplée ; on y trouve des villes considérables, des villages aussi bien dans la plaine que dans les montagnes ; les maisons sont construites en chaux , en pierre, en terre et en briques non cuites , toutes ont des terrasses. Ces peuples passent leur vie dans la paix. Ceux qui habitent le voisinage de la mer ont toutes leurs maisons entourées ^ de murailles faites en briques non cuites , en terre et en planches ; les toits sont en paille. Les naturels de ce superbe pays avaient autrefois des mosquées (des temples) avec de
grandes tours et des monuments. D3 y ho-i noraient leurs idoles et faisaient des sacrifices. Un grand nombre de ces villes sont mieux administrées que celles de ce pays-ci ,. elles ont de belles rues et des places où i^s tiennent leurs marchés.
Des gens de guerre' de la Nourelle-Espagne^
Les hommes de cette province sont bieii faits, plutôt grands que petits; tous ont le teint cuivré et d'une couleur qui s'approche de celle des léopards. Ils sont d'une belle prestance, pour la plupart fort adroits» vigoureux et faits à la fatigue; aucun peuple n'est aussi sobre. Ils sont très-belliqueux et meurent avec le plus grand courage. Autrefois, ils avaient entre eux des guerres très-cruelles,
J>V MBXIQOK. 55
ikiui ItB prisonniers étBieat dérorés ou réduits èfi esclavage. Lorsqu'ils assiégeaient un village , si la garnis<|ii se rendait sans coup férir^ tes vaincus devenaient simplement sujets du vainqueur } mais , si la pkce était emportée <f assaut f on les faisait tons esclave^. Ils ob* servent un certain ordre dans^eurs g4ierres; ils ont un général en chef et des capitaines qui èonlmandent deux cents ou ijuâtre cents hommes. Chdqtie compagnie a son enseigne, c est un drapeau fixé à une lance qui est attachée d'une telle façon à l'épaule de celui qui le porte, que cela ne le gène nullement pour comhattre ou pour faire toute autre action. Cet étendard est fixé si étroitement au corps, qu'à moins de couper l'hommér en morceaux , on ne peut le délier ni le lui enlever. C'est la coutume de récompenser et de payer trés-gé* néi^eiJsement les gens de guèrr^t qui ise distinguent par une action d'éclat. Quand ce serait lè dernier des esclaves, ils le font capitaine, ratioblisseht , lui donnent des vassaux , et il
56 gomquAte.
jouit d'une si grande estime , que partout où il se présente jon le sert, on le respecte, on rhonore comme un vrai seigqeur. On fait à ce brave un signe à sa chevelure , afin que tout le monde puisse connaître qu'il est Fauteur dVn haut fait , car ils ne portent pas de coiffure. Chaque ibis qu'il donne une nouvelle preuve de bravoure , on lui &it un autre signe dans le genre du premier, et les chefs lui acr cordent constamment de nouvelles faveurç^
De», armefl QfltosiYBs et défensiTes des Indiens
Les armes de guerre défensives sont des espèces de plastrons semblables à des pour^ points, faits et rembourés en coton , Us sont de l'épaisseur d'un ou deux doigts et très-forts.
Les guerriers portent par dessus d'autres espèces de justaucorps qui ne font qu'un avec leurs chausses; on les lace par derrière, ils sont faits d'une forte toile. Le justaucorps et les chausses sont couverts [de plumes de dif^ fërentes couleurs , ce qui produit Un fort joli effet. Une compagnie de soldats les a blancs et rouges, une autre bleus et jaunes, d'autres .de difiërentes manières; les chefs portent pardessus de petits pourpoints semblables à nos cottes de mailles, mais les leurs sont en or ou en argent doré. Cet habillement garni de plumes , d'une force proportionnée à leurs armes , est à l'épreuve des flèches et des dards; ces armes rejaillissent sans pénétrer, on a même de la peine à les percer avec l'épée. Ils se garantissent la tète avec une espèce de coi£Pure qui représente soit une tête de serpent , de tigre , de lion ou de loup, garnie des mâchoires. La tète d^ l'homme s'introduit dans la tète de ces animaux , de façon que l'on dirait que l'animal le dévore ;
S8 COMQtiTB
ces têtes sont faites en bois, garnies de la peau , de plaques d'or, de pierres fines enchâssées , ce qui produit un effet merveilleux. Ils portent de petites rondaohes de différentes formes faites en roseaux très-forts qui viennent dans ce pays ; ces roseaux sont assujettis par une grosse étoffe de coton double , et garnies extérieurement de plumes et de plaques rondes en or ; elles sont si fortes qu'il n'y a qu'unes, bonne arquebuse qui puisse les traverser.
Cependant il peut arriver aussi qu'on les perce avec un arquebuse ordinaire ; les flèches n'y font rien. On a vu en Espagne quelques ron* daches de ce pays , mais je puis assurer que ce ne sont pas de celles que les Indieris portent dans leurs guerres , ce sont des bou-cliers dont ils se servent pour leurs fêtes et pour les danses qu'ils exécutent dans leurs
réjouissances.LesarmesoffensivessontlesareSy
les flèches , les dards qu'ils lancent au moyen d'un mangano ( baliste) , fait avec tïn bâton ; la pointe de leurs flèches- est en pierre dure ou
bien en arête de poisson acérée. Us ont des dards garnis de trois pointes qui font trois blessures; ils insèrent dans un bâton trois petites baguettes garnies des pointes dont nous avons parlé, de telle façon qu'ils lancent trois traits d'un seul coup. Voici comme ils font leurs épées : ils commencent par fkbri<quer une épée de bois comme nos épées à deux mains , à cela prés que la poignée qui n'est pas aussi longue que les nôtres, est grosse de trois doigts; ils pratiquent une rainure à l'endroit tranchant; ils y intro* duisent une pierre dure qui coupe aussi bien qu'une lame de Tolède. J'ai vu dans une bataille un Indien donner un coup du tranchant de son épée à un cheval monté par un cavalier contre lequel il combattait, lui ouvrir la poitrine jusqu'aux entrailles , et l'animal tomber mort sur le coup. Le même jour, un autre Indien asséna un coup de sabre sur le cou d'un cheval et l'étendit mort à ses pieds, ils ont dés ft*ondesavec lesquelles ils
6p COUQUâTE
tirent fort loin. Presque tous ces Indiens,
quand ils combattent , sont munis de toutes.
ces armes. C'est une des plus belles choses du monde que de les voir partir ensemble pour la guerre; ils marchent admirablement en ordre , leur tenue est des plus belles , €^t ils font la meilleure figure qu'il soit possible de; voir. Ils ont parmi eux des hommes d'une, bravoure extraordinaire et qui meurent aveq la plus grande intrépidité. J'en ai vu un se défendre courageusement contre deux chevau-légers, un autre contre trois. et même contre quatre ; enfin un de ces cavaliers irrité de ne pouvoir le tuer lui jeta sa lance , mai« cet homme la saisit à la volée avant d'en avoir été atteint, et combattit avec cette arme plus d'une heure contre les cavaliers, jusqu'à ce que deux fantassins fussent arrivés. Ces gens l'ayant blessé de deux ou trois flèches , il se retourna contre l'un d'eux , alors l'autre fantassin le saisit par derrière et le poignard^. En combattant, ils chantent et ils dansent;
DU Mexique. 6i
quelquefois ils jettent les cris les plus épou* vantables , et ils sif&ent d'une force extraordinaire, surtout lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils ont l'avantage. Il est certain que ces cris joints à leur courage» sont capables d'inspirer la plus grande terreur à des gens qui ne leà auraient pas encore vus combattre. Ils sont à la guerre d'une cruauté sans égale , ils n'épargnent ni frère ni amis , et ne font point de prisonniers; quand ce seraient les femmes les plus belles, ils les tuent et les mangent. S'ils ne peuvent emporter le butin ou les dépouilles de Tennemi , ils les brûlent. Il n'y a que les cbefs qu'il ne soit pas permis de tuer> mais lorsqu'ils les prennent , ils les mettent sous bonne garde. Il existait au milieu dé toutes les places de la ville des constructions circulaires en chaux et en pierres de taille , de la hauteur de huit pieds environ. On y montait par des gradins ; au sommet était une plate-forme ronde comme un disque , et au milieu une pierre ronde scellée , ayant un
'62 GÔnCifUiTB
trou au centre, iprès certaines cérémonie^ , le chef prisonnier montait sur cette plateforme ; on rattachait par le pied à la pierre du milieu , au moyen d'une petite corde , on lui donnait une épée , une rondaehe , et celui qui l'avait pris venait le combattre. S'il était de nouveau vainqueur, on le regardait comme un homme d'une bravoure à toute épreuve , et il recevait un signe en témoignage de la vaillance qu'il avait montrée; Si le prisonnier remportait la victoire sur son adversaire et sur six autres combattants , de sorte qu'il restât vainqueur de sept en tout, il était délivré, et on lui rendait tout ce qu'il avait perdu pendant la guerre. Il arriva un jour que le souverain d^un état, nommé Hae-cicingua ( Huexotzingo ) , combattant avec celui d'un autre ville, nommé Tula, le chef de Tula s'avança tellement au milieu des ennemis que les siens ne purent le rejoindre. Il fit des prouesses admirables, mais les ennemis le chargèrent avec tant de vigueur qu'ik le
DU HBXIQDB, 63
prirent et le conduisirent chez eux. Ils célébrèrent leur fête accoutumée , le placèrent sur
la plate-forme, et sept hommes combattirent contre lui.^Tous succombèrent Tun après l'autre , quoique le captif fût i^ttaché suivant Tusage. Les habitants de Huexotzingo ayant vu ce qui s'était passé , pensèrent que s'ils le mettaient en liberté , cet homme étant si brave n aurait point de repos jusqu'à ce qu'il les eût tous détruits. Ils prirent donc la résolution de le tuer. Cette action leur attira lé mépris de toute la contrée ; ils furent regardés comme des gens sans loyauté et des traitrès , pour avoir violé dans la personne de ce seigneur l'usage établi en faveur de tous les chefs;
64 «ORQirÉTE
é Gostaine des habitants.
Le costume des indigènes se compose dé manteaux de coton semblables à un drap de lit , mais moins grands ; ils sont ornés de jolis dessins de différentes manières, bordés et garnis de franges ; on les noue par devant sur la poitrine; chaque Indien a ordinaire^ ment deux ou trois de ces manteaux. L'hi-^ ver, ils se couvrent avec des espèces de grandes pelisses faites en plumes très -fines sem-* blables à notre drap cramoisi (i) ou à nos chapeaux à poils; il y en a de rouges, de noirs, de ^blancs, d'orangés et de jaunes.
Ils couvrent leurs nudités , soit derrière, soit
(i) Cheparcj ehe sia eermesino. On choisissait peat-étre alors les draps à poils pour les teindre en cramoisi.
devant, avec des serviettes fort élégantes, semblables à ces grands mouchoirs dont on se coiffe en voyage. Il y en a de diverses couleurs
et bordées de toutes sortes de façons. Elles
ont des cordons garnis de glands, et sont disposées de telle sorte, qu'en les }iant, une pointe pend devant et l'autre derrière. Leurs souliers n'ont point d'empeignes ; ils ne sont composés que d'une semelle et de talons très-ornés; Entre les orteils sortent de larges courroies qui viennent se lier au cou-de-pied au moyen de boutons. Les Indiens ne portent rien sur la tête excepté à la guerre, ainsi que dans leurs fêtes et dans leurs danses. Us laissent pousser leurs cheveux et ils les lient de différentes manières.
Costume des femme».
Les femmes portent des espèces de chemises; de coton sans manches, et semblables à celle» que Ton nomme en Espagne sohrepellit (i).
Elles sont longues, larges, fort belles, trar vaillées arec beaucoup d'art et ornées de dessins, de franges et de petites bordures qui font un très-joli effet. Ils en portent jusqu'à quatre de dîfîérètates formes, les unes plus longues que les autres, afin qu'od puisse les voir comme des soutanes, de la ceinture en bas. Ils ont une autre espèce de vêtement qui leur descend jusqu'au cou-de-pied ; il est aussi fort joli et très-bien travaillé. Elles
( I ) On appelle ainsi en Espagne un habillement court et serré, ayant deux ouvertures pour passer les bras.
DU IHBXIQUE. 67
n'ont aucune espèce de coiffure , même dans les pays froids ; seulement elles laissent croître leurs cheveux, qui sont beaux quoique noirs ou châtains clairs. Revêtues de ce costume, et avec leurs longs cheveux qui tombent sur les épaules , elles sont très-jolies. Dans les pays chauds , près de la mer , les femmes portent une espèce de voile fait en filet de couleur jaunâtre, avec un fll qui leur sert à différents travaux.
Voici comme ils fabriquent ce fil : ils prennetit les poils du ventre des lièvres et des lapins ; ils les teignent de la couleur qu'ils désirent avec tant de perfection, qu'il est impossible d'exiger mieux. Ils le filent, s'en servent pour coudre et en font des ouvrages aussi jolis que ceux que nous fabriquons avec la soie ; et même notre soie change de nuance, tandis que les couleurs des ouvrages que les Indiens font avec leur fll durent fort longtemps.
De la nourriture des Indiem.
Le grain dont ils font leur pain ressemble à un pois chiche; il y en a de blanc, de rouge, de noir et d'orangé. On le sème; il produit un roseau de la hauteur d'une demî-pique, d'où sortent deux ou trois épis où le grain est placé comme dans \epanicum(i). Ils font le pain delà manière suivante : ils mettent sur le feu une grande marmite de la contenance de quatre ou cinq seaux d'eau. Ils entretiennent le feu jusqu'à ce que l'eau bouille ; alors , ils l'éteignent , puis ils y versent le grain qu'ils nommetït tai^ul; ils jettent ensuite dessus un peu de chaux , afin d'enlever l'écorce qui le couvre. Le lendemain, ou bien
(i) Espèce de millet.
trois ou quatre heures après qu'il est refroidi, ils le lavent avec soin à la rivière , ou chez eux dans beaucoup d'eau , ce qui le nettoie complètement de la chaux. Puis , ils le broient avec des pierres préparées exprès. Ils l'humectent d'eau à mesure, de telle sorte que le grain se réduit en pâte. Après qu'ils l'ont ainsi pétri, ils en forment des pains qu'ils font cuire dans des vases semblables à de grands bassins (tecchie grandi) un peu plus grands qu'un crible. A mesure qu'il est cuit , ils le mangent, parce qu'il est meilleur chaud que froid. Ils ont encore d'autres manières de confectionner le pain. Ils font des espèces de petites miches avec.de la. pâte; ils les enveloppent dans les feuilles d'un certain arbre y puis, ils les mettent dans un grand pot avec un peu d'eau , les couvrent avec soin , et les font cuir sur le feu à l'étouffade. Ils le préparent aussi dans des tourtières avec différents autres aliments dont ils se nourrissent. Ils ont un grand nombre de poules semblables
à des paons , et qui ont trés^^bon goût. Us possèdent aussi une grande quantité de cailles de quatre ou cinq espèces : il y en a qui ressemblent à des perdrix. Ils ont une grande quantité d'oies et de canards très- variés dans leurs espèces, soit domestiques, soit sau* vages» Ils font avec leurs plumes des habille* ments de guerre ou de fête , et les emploient à un grand nombre d'usages ; il y en a de plusieurs couleurs. Tous les ans, ils les arrachent à leurs oiseaux. Ils ont des perroquets grands et petits qu'ils élèvent chez eux; ils se servent aussi de leurs plumes. Us tuent pour se nourrir beaucoup de cerfs , des lièvres et des lapins, qui, dans certains endroits, sont très-nombreux. Ils possèdent une grande variété de plantes de jardin , et de légumes qu'ils aiment beaucoup. Ils les mangent tantôt crus, tantôt bouillis de différentes manières; ils ont une espèce de poivre qui sert d'assaisonnement : on le nomme chil ; ils ne mangent rien sans cela. Ces gens vivent
Qvec fort peu de chose ; aucune nation n est aussi sobre qu'eux. Les seigneurs se nourrissent très - splendidement de toutes sortes d'aliments , de viandes , de soupe , de beignets j de pâtés faits avec tous les animaux qu'ils possèdent, de fruits, d'herbages , de poisson qui est fort bon. Les Indiens fournissent à leurs seigneurs toutes ces espèces d'aliments; ils les portent devant eux dans des plats, des assiettes et des espèces de tasses travaillées avec beaucoup. d'art. 11 y en a dans toutes les maisons. On y trouve aussi des chaises de formes variées; elles sont si basses qu'elles n'ont pas plus d'un palme de hauteur. Ils placent ces aliments devant leurs chefs avec. une serviette de coton qui leur sert à essuyer les mains et la bouche. Les seigneurs sont servis par deux ou trois sénéchaux ou 'maitres-d'hôtels. Ils mangent ce qui leur convient davantage, puis ils font distribuer les restes à d'autres chefs, leurs vassaux, qui sont près d'eux pour leur faire la cour.
OONQXTÉTB
Des boj|NK>iu en usage chez les Indiens.
Les Indiens ont plusieurs manières de faire le vin qui leur sert de boisson. La principale et la plus remarquable de ces boissons se nomme cachatle. Elle est composée avec les pépins du fruit d'un arbre; ce fruit est semblable à un melon. On trouve dans l'intérieur des grains qui ressemblent presque aux noyaux des dattes. L'arbre qui produit ce fruit est des plus délicats ; il ne vient que dans les terrains chauds et forts. Avant de les se-
mer , on plante deux autres arbres qui ont un
feuillage épais ; aussitôt qu'ils se sont élevés à la hauteur d'environ douze pieds, on sème au milieu l'arbre qui produit le fruit en question «
Bt3 MEXIQUE. 73
afin que les deux autres Tabritent du vent et du soleil, ear il est très-sensible à Fintempérie des saisons; on a soin aussi de le couvrir. Ces arbres sont extrêmement estimés, parce que les semences sont la principale monnaie du pays ; chacune équivaut à un demi-marchetto de Venise (i); c'est la monnaie la plus commune , mais elle est fort in^ commode; ensuite viennent For et l'argent qui ont le plus de cours dans cette contrée.